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I)                   La sophistique.
 
 

  Forme de culture caractérisant l’intelligentsia hellénique au siècle de Périclès, la sophistique est représentée par de grands intellectuels : Protagoras, Gorgias, Hippias, Prodicos, etc. Tous sont étrangers à Athènes où ils s’installent périodiquement pour enseigner en se faisant payer leurs leçons. Ce qui scandalise dans une cité où l’éducation est la responsabilité des aînés soucieux de former la jeunesse. Dans l’Apologie de Socrate, Platon fait dire, avec ironie, à Socrate : «  Si quelqu’un vous a dit encore que je me mêle d’enseignement et me fais payer pour cela, cela non plus n’est pas vrai. Ce n’est pas d’ailleurs que je ne trouve beau d’être capable d’instruire les hommes, comme Gorgias le Léontin, comme Prodicos de Kéos, comme Hippias d’Elis. Chacun de ces maîtres, Athéniens, dans quelque ville qu’il se rende, a le don d’attirer les jeunes gens, et quand ceux-ci pourraient s’attacher sans bourse délier à tel de leurs concitoyens qu’il leur plairait, ils leur persuadent de quitter la compagnie de leurs concitoyens pour s’attacher à eux, et les jeunes gens les payent pour cela et se tiennent encore pour leurs obligés » 19e.

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Jan Patocka 1971

 

    « Socrate est, par tout son être, un Athénien, enraciné dans la dernière étape tragique de l’histoire de sa polis. Il a le calme, la supériorité, la modestie, la satisfaction d’un libre citoyen de l’Etat-cité. II est courageux, discipliné, accoutumé aux périls quotidiens que comporte la vie du citoyen. Mais Socrate a connu aussi le déclin de la cité. Au temps de sa grandeur, dans la première moitié du V° siècle, la polis était régie par la « loi divine » dont parlait Sophocle* et dont Héraclite* avait dit autrefois que c’est d’elle que s’alimente tout l’humain Dans les temps anciens, le poète, dont le rhapsode était l’interprète, occupait une place marquante comme héraut de la loi divine. Ce qui est en cause dans la discussion d’Ion avec Socrate, c’est la relation entre deux manières différentes d’interpréter cette loi.

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Buste d'Alcibiade.

 

   J’ai fait ma rentrée avec Péguy mais le temps des récréations est terminé. Le programme doit être traité et comme chaque année, je ne vois pas comment on peut commencer à faire de la philosophie sans en avoir une idée. Je vais donc expliquer une nouvelle fois l’allégorie de la caverne et toujours avec le même sentiment du caractère inépuisable de ce texte.

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Charles Péguy. 1873.1914. Portrait par Pierre Laurens. Photo Harlinguer Viollet. 

 

     Paideia encore et toujours ou le principe d’une Ecole comme Temple voué au culte d’une certaine idée de l’humanité. J’ai grand peur que cette école soit en voie de disparition. Elle a subi, elle aussi, l’air du temps. Machine à flatter, machine à enrôler, machine à ennuyer, elle bruisse des agitations de la cité, de ses aveuglements politiciens, de son utilitarisme et de cette passion de l’égalité, si ravageuse, selon les analyses de Tocqueville, pour l’esprit de liberté et la culture de l’excellence humaine.

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Apollon du Belvédère. Vatican.  

 

   Le temps des vacances s’achève et il faut conclure ces réflexions sur l’Europe.

 Comment endiguer le délabrement de l’Occident, si le constat de Castoriadis est fondé et comment habiter Festivopolis sans en être ?

 Ayant horreur de la sinistrose et portée par une foi indéfectible en l’humanité, je me suis ressourcée auprès de mes vieux maîtres et j’ai trouvé en eux des raisons de résister à l’air du temps et de réaffirmer les exigences autorisant à parler d’une exception et d’une supériorité de la culture européenne.

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Philippe Muray.

 

 
   Son verbe s’est éteint, il y a deux ans (2 mars 2006) et il nous manque, surtout en période de festivité olympique et d’apparition des échassiers urbains destinés, n’en doutons pas, à faire les délices de ceux qui se voient proposer désormais de « planer ». On avait la glisse (les rollers), maintenant on va avoir les joies de l’apesanteur. Je me plais à imaginer les pages que Muray donnerait à lire sur ces nouveaux non-événements dans lesquels s’est abolie, à l’ère postmoderne, l’Histoire. Style inimitable de cet homme de grande culture. Il restera pour moi l’emblème de la résistance de l’esprit à l’air du temps et à son insupportable fatuité. Est-ce la raison pour laquelle il parlait si peu sur la scène médiatique? Les quelques émissions où j’ai pu l’entendre m’ont révélé un homme plutôt silencieux, en décalage avec la logorrhée ruisselante du bavardage ambiant, comme si plus qu’à toutes les autres époques Péguy avait bien vu: « Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte »(Notre jeunesse). Muray est de ceux-là. Il n’a pas habité son temps par l’écho d’une parole mais par le silence assourdissant de son absence médiatique. Sans doute le fallait-il pour échapper à ce qu’il fustige comme « un idéal néoscolaire de lavage de cerveau ».

  S’il n’a pas été une parole, il fut une écriture et quelle écriture ! Avec lui la littérature peut s’honorer de n’avoir pas démérité de son authentique puissance subversive, ce qui n’est pas un moindre mérite dans un monde où pullulent les « iconoclastes en charentaises » !

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    « Europe » ; j’ai essayé de dessiner ton visage ; j’ai interrogé la nature des gisements de sens et de valeurs dont tu as fait ton miel. Je n’ai pas hésité à dire qu’il s’est passé sur ce petit cap du continent asiatique, quelque chose de prodigieux qu’il faut appeler la culture ou la civilisation européenne. J’ai parlé d’exception européenne et pointé dans ce qui la distingue de toutes les autres ères culturelles, une différence qualitative à défaut d’assumer haut et fort l’expression si politiquement incorrecte de supériorité culturelle. 

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chapelle romane

 
 
 
 
 « Depuis que les philosophes grecs et les prophètes juifs ont demandé ce qu’était la justice, et non pas ce qui découlait des usages de leur temps » la civilisation occidentale est « une tradition dans laquelle la tradition est une question toujours ouverte » écrivait Eric Weil dans Tradition et traditionalisme, Essais et Conférences II, 1971.
 
    Propos paradoxal s’il est vrai qu’une tradition est d’ordinaire ce qui enferme dans un traditionalisme et expose à la clôture ethnocentrique mais propos soulignant lui aussi l’exception européenne en nous demandant de faire tenir ensemble deux idées : d’une part l’européanité constitue bien une tradition, d’autre part celle-ci a ceci de spécifique qu’elle est la tradition de la remise en cause de la tradition.

   Qu’il s’agisse de la source grecque ou de la source biblique, impossible de se reposer dans le confort d’une certitude et d’un contentement de soi mais toujours cette distance critique ouvrant la voie de Renaissances, de Réformes, de Révolutions et culminant dans cet événement emblématique de l’Europe, que furent les Lumières. Emblématique, car l’idée d’Europe est intrinsèquement liée au programme que les Européens énoncent à ce moment là, tant en matière philosophique que politique, et ils ne le formulent pas pour eux-mêmes seulement mais pour l’humanité entière.

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Bonnes vacances.

Paul Cézanne. 1830.1906. Le port de Marseille vu de l'Estaque. Métropolitan museum. New York.  

 

 

   Etonnante alchimie que celle ayant donné naissance à cette chose singulière que j’essaye de circonscrire et que nous appelons Europe. Elle s’est façonnée dans le creuset des rives méditerranéennes, là où croisèrent les Grecs, les Romains, les Arabes, là où St Paul  christianisa le platonisme en dépassant les contradictions du judaïsme, là encore où « les Celtes, les Slaves, les peuples germaniques, ont subi l’enchantement de la plus noble des mers ». « Une sorte de tropisme invincible s’exerçant pendant des siècles, a donc fait de ce bassin aux formes admirables l’objet du désir universel et le lieu de la plus grande activité humaine. Activité économique, activité intellectuelle, activité politique, activité religieuse, activité artistique, tout se passe ou du moins, tout semble naître autour de la mer intérieure ». Valéry. La crise de l’Esprit, 1919.

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Paul Valéry. 

 

   Avant de réfléchir sur les deux principales matrices de l’Europe, j’ai jugé utile de conférer une place d’honneur à la romanité puisque Rome est l’emblème d’un certain rapport à l’autre. Là où s’étendit l’Empire romain, là souffle l’esprit européen et c’est par l’aqueduc romain que l’Europe révèle le mieux son essence. Elle a ceci de singulier qu’elle ne se fait pas un honneur d’être à elle-même son gisement de sens et de valeur. Sa richesse vient d’ailleurs, de l’autre qui ne cesse de la décentrer et de la transformer sous l’horizon de l’universel. 

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