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Henri Bergson, 1859.1941. Portrait par J E Blanche.1891. 

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« A quoi vise l’art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience? Le poète et le romancier qui expriment un état d’âme ne le créent certes pas de toutes pièces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions pas en nous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui. Au fur et à mesure qu’ils nous parlent, des nuances d’émotion et de pensée nous apparaissent qui pouvaient être représentées en nous depuis longtemps mais qui demeuraient invisibles telle l’image photographique qui n’a pas encore été plongée dans le bain où elle se révélera. Le poète est ce révélateur. […]

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Giuseppe Castiglione. Peintre italien.1829.1908. Le salon carré au musée du Louvre en 1865. 

   

 Il n’est pas sans intérêt de remarquer que nous avons commencé à parler d’art à l’époque où apparaît l’institution à laquelle il est lié désormais, à savoir le musée. Avant la seconde moitié du XVIII° siècle, on parlait des beaux-arts ou des Muses, non de l’art en général. On entendait par beaux-arts l’architecture, la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, la danse ; toutes productions par lesquelles le lien de l’homme avec l’homme n’était pas noué par des besoins et des intérêts profanes mais par une inspiration d’origine transcendante, celle des Muses ou déesses qui, dans la mythologie antique, présidaient aux arts libéraux.

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Berthe Morisot au bouquet de violettes. Manet. 1872.   
 

 

 «  Est-il absurde de penser que si l’on devait quelque jour s’y prendre à une analyse très exacte des conditions de la peinture, sans doute faudrait-il d’assez près étudier la vision et les yeux des peintres? Ce ne serait que commencer par le commencement.

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      PB : Que faut-il entendre par division du travail ? S’agit-il d’un invariant anthropologique ou d’une caractéristique propre à une certaine organisation sociale et économique ?

   L’élucidation de cette question exige de distinguer ce que Adam Smith théorise sous l’expression « division du travail » de la traditionnelle répartition sociale des métiers. Celle-ci est aussi vieille que les sociétés humaines. Ainsi au livre II de la République, Platon souligne que ce qui donne naissance à une cité est le besoin que l’homme a d’une foule de choses et l’impuissance où il se trouve de pourvoir tout seul à l’entretien de sa vie. De même  Aristote, note que « ce n’est pas entre deux médecins que naît une communauté d’intérêts, mais entre un médecin par exemple et un cultivateur, et d’une manière générale entre des contractants différents et inégaux […] » Ethique à Nicomaque, V, 8, 1133a, 16.

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   « Voilà votre métier, dont vous parlez en amant tout à fait heureux. Quant à moi, je n’en connais qu’un, qui n’en est pas un, puisqu’il est essentiellement niable, que tout homme, s’armant d’une plume, peut se targuer d’en être maître; et je ne dis le connaître que pour m’être fait un sens toujours plus exquis, et comme ombrageux, de ses difficultés – et presque – de son impossibilité.

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    On distingue les époques et si certaines ont brillé par une grande culture, par la vitalité des échanges de biens et d’idées, par les grandes œuvres que la liberté d’esprit de leurs créateurs ont apportées au patrimoine de l’humanité, d’autres ont stagné dans certaines formes d’obscurantisme, de fermeture et de servitude.
 
 
 Anselm Kiefer. naglfar, 1998.
 
 
   De même on distingue l’homme cultivé de l’homme inculte et ce n’est pas un compliment pour ce dernier.

   Dans les deux cas la culture est conçue comme une valeur reconnaissable universellement. Elle incarne un idéal d’humanité que la paideia grecque, la cultura animi latine, par exemple, avaient comme enjeu de sculpter à la fois comme un accomplissement personnel et une tâche collective. Cet idéal de la culture, fixé dans la Grèce du IV° siècle av. J.C. a perduré grosso modo jusqu’au milieu du XX° siècle dans notre institution scolaire.

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Salle de la bibliothèque du Strahov. Prague. 

   

   « Etre cultivé » est le résultat d’un processus par lequel à force d‘instruction et d’éducation, de socialisation et d’humanisation, un individu donne à voir un visage de l’humain que caricature au contraire celui que l’on qualifie d‘inculte, de barbare ou de sauvage. La culture est « la promotion de l’humanité dans le monde et dans l’homme » (Gusdorf) et Alain note la parenté des idées de culture, culte et coultre. Comme le paysan travaille patiemment son champ pour faire lever le bon grain, il semble que l’homme ne donne pas spontanément ses meilleurs fruits. Lui aussi a besoin d’être cultivé, ne serait-ce que pour devenir capable de moralité.

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Pic de la Mirandole. 1463.1494. 

 

« Le parfait artisan décida finalement qu’à celui à qui il ne pouvait rien donner en propre serait commun tout ce qui avait été le propre de chaque créature. Il prit donc l’homme, cette œuvre à l’image indistincte, et l’ayant placé au milieu du monde, il lui parla ainsi : « Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. Je t’ai mis au milieu du monde, afin que tu puisses mieux contempler autour de toi ce que le monde contient. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur. Tu pourras dégénérer en des formes inférieures, comme celle des bêtes, ou régénéré, atteindre les formes supérieures qui sont divines »

               Pic de la Mirandole. Discours sur la dignité de l’homme. 1486 ou 1487.


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 « […] on est pris de fou rire en se rappelant la succession des signes immémoriaux et irréfutables de la différence anthropologique, et en constatant la retraite à laquelle les avancées des sciences du vivant condamnent la sacro-sainte différence humaine. Faut-il, dans un premier temps, faire un recensement de ces prétendues compétences? Oui, sans doute, et dans le pêle-mêle d’un inventaire à la Prévert, sans souci de les classer suivant un ordre quelconque. Au commencement du commencement, l’homme a été « créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Puis Aristote dira, au début du livre I de la Politique, que l’être de l’homme consiste à « avoir » langage et raison.

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Léonard de Vinci. La Scapigliata ou tête de jeune fille échevelée. Pinacothèque de Parme. 

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 « En fait, il est absolument impossible d’établir par expérience avec une entière certitude un seul cas où la maxime d’une action d’ailleurs conforme au devoir ait uniquement reposé sur des principes moraux et sur la représentation du devoir. Car il arrive parfois sans doute qu’avec le plus scrupuleux examen de nous-mêmes nous ne trouvons absolument rien qui, en dehors du principe moral du devoir, ait pu être assez puissant pour nous pousser à telle ou telle bonne action et à tel grand sacrifice ; mais de là on ne peut nullement conclure avec certitude que réellement ce ne soit pas une secrète impulsion de l’amour-propre qui, sous le simple mirage de cette idée, ait été la vraie cause déterminante de la volonté ; c’est que nous nous flattons volontiers en nous attribuant faussement un principe de détermination plus noble ; mais en réalité nous ne pouvons jamais, même par l’examen le plus rigoureux, pénétrer entièrement jusqu’aux mobiles secrets ; or, quand il s’agit de valeur morale, l’essentiel n’est point dans les actions que l’on voit, mais dans ces principes intérieurs des actions, que l’on ne voit pas ».
      KANT : Fondements de la métaphysique des mœurs.1785.Vrin, page 112.
   

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