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    « Le problème de l’individu, de la personne humaine, c’est d’emblée le problème du dépassement de la quotidienneté et de l’orgiasme » Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire. (Verdier poche, 1999, traduction Erika Abrams p. 180.)

   On ne peut mieux résumer en quelques mots les défis que l’humaine condition doit relever si elle ne veut pas consentir à son aliénation. Mais cette affirmation ne va pas de soi. Pire, elle risque de susciter l’hostilité de ceux qui revendiquent la liberté de se projeter dans l’existence à leur manière. Car on ne peut parler de vie aliénée que par contraste avec une vie libérée de quelque chose qui la mutile, la diminue voire la trahit. C’est dire que ce propos n’est pas neutre, objectif. Il engage une idée de ce qui pour l’homme est « la vraie vie » par rapport à une autre forme de vie, une vie restant en deçà de ce que l’on peut attendre d’une vie humaine. Or de quel droit le philosophe prétend-il tracer la frontière entre une vie accomplie et une vie aliénée ?

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   « L’homme ne peut pas vivre sans sens, sans un sens total et absolu. C’est dire qu’il ne peut pas vivre avec la certitude du non-sens. Mais est-ce à dire qu’il ne puisse pas vivre dans le cadre d’un sens recherché et problématique ? » demande Jan Patocka dans ses Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire. (Verdier poche, 1999, traduction Erika Abrams, p. 124)

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   Il y a dans la vie des moments de perfection. La fondation Maeght nous en offre un cet été. Au programme, une rétrospective Chillida, consacrant d’un même mouvement l’évidence intemporelle d’une œuvre et les retrouvailles avec la fondation Maeght telle qu’en elle-même. La personnalité de l’artiste n’y est pas étrangère car Chillida, c’est l’ami des premiers jours de la Fondation, celui qu’Aimé Maeght appelait « mon petit » et qu’il fait découvrir dans sa galerie parisienne dès 1950, lors de l’exposition collective : « les mains éblouies ». C’est le compagnon d’une aventure dont André Malraux disait le jour de l’inauguration du lieu, le 28 juillet 1964 : « Ici est tenté quelque chose qui n’a jamais été tenté : créer un univers dans lequel l’art moderne pourrait trouver à la fois sa place et l’arrière-monde qui s’est appelé autrefois, le surnaturel ».

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 C’est fou ce qu’une oeuvre gagne à être en résonance avec le lieu de son exposition! J’avais déjà été impressionnée par cette peinture à  la fondation Maeght à St Paul de Vence en 2000, mais la souriante Provence opposait comme un démenti à la rudesse de ces toiles si résistantes à la légèreté de l’air et à la luminosité de l’atmosphère.

 

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    Il y a longtemps que je n’avais pas fait une rencontre dans un FRAC. Il est vrai que l’ennui suscité par certaines expériences passées m’avait dissuadée, depuis quelques années, de fréquenter ces espaces consacrés à l’art contemporain. Mais là… surprise. Le Frac de Lorraine donne vraiment rendez-vous avec une œuvre d’art si l’on entend par là, autre chose qu’une occasion d’entertainment, un moment ludique, une surenchère de provocation ou un simple succès de curiosité. Une véritable œuvre est toujours ce qui vous arrête, vous bouleverse, vous somme de penser au moment même où est suspendue la fausse évidence du quotidien. Avec une discrétion, une pureté minimaliste et une intensité silencieuse exemplaires, Berni Searle nous convoque à ce genre d’expérience.

 

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       Très tôt dans son œuvre, sous l’influence de Spengler, Jünger mobilise le terme de Figure, traduction française de l’allemand Gestalt. Mais il ne va pas de soi de préciser ce qu’il entend sous ce vocable. Il s’explique dans Type, Nom, Figure où l’on peut lire que l’art de saisir des formes, indexé sur la puissance de la nature et du temps à les faire surgir, relève d’une forme de divination et confère un pouvoir métaphysique. « L’indifférencié n’est pas seulement gros de types ; il fait lever dans le temporel des figures. Elles viennent des couches plus profondes, plus denses : celles-là mêmes où l’homme les pressent et aussi les contemple. Cette rencontre ébranle davantage que celles des types : si le type s’annonce à la conscience par l’intuition, la figure le fait pas divination » Type, Nom, Figure (1981), Traduction François Poncet, Bourgois 1996, p. 106.

 

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  C’est pour moi une découverte tardive. Je n’en suis pas fière mais je dois avouer que je n’avais jamais lu un seul ouvrage d’Ernst Jünger. Et pourtant quel auteur ! Il a fallu le hasard d’un intérêt pour le thème de la guerre pour me conduire à lui. J’ai donc commencé par La guerre comme expérience intérieure, « ce texte fou mais nullement le texte d’un fou », (pour reprendre la formule d’André Glucksmann dans sa préface aux éditions Bourgois), et ce fut une forme de sidération. De toute urgence il me fallait aller à la rencontre de l’homme capable d’écrire un texte pareil, un texte qui  résonnait si vrai, alors même qu’aucune expérience ne pouvait faire écho dans ma propre vie à ce dont il parlait. J’ai  immédiatement compris qu’il était de la race de ceux qui nous révèlent une dimension de notre humanité commune. Aussi me suis-je empressée d’enrichir la mienne d’un trésor que j’avais ignoré trop longtemps.

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   L’hystérie médiatique autour du bac de philosophie s’est apaisée. Ouf ! Il a fallu subir jusqu’à la nausée la déchéance de la réflexion philosophique, ou ce qu’il advient d’elle lorsque se mêlant d’occuper l’espace public, elle se déleste de sa rigueur et de son poids de sens. Si j’étais parent d’élève, citoyen non averti de ce qui est en jeu dans cet enseignement, je me poserais de sérieuses questions sur l’intérêt d’une discipline s’exhibant comme un exercice bavard, souvent creux et ridiculement suffisant en la personne de certains spécialistes des plateaux de télévision ou d’émissions branchées. Pour un peu on se croirait à Eumeswil, la cité « calcinée par le nihilisme » qu’Ernst Jünger décrit dans son roman éponyme : « On n’y entend que des phrases éculées, usées comme les sous qu’on jette aux mendiants, et bien plus encore dans la bouche des universitaires que sur le port ou le marché. Il n’en a pas toujours été ainsi : le paysan, l’artisan, le chasseur, le soldat, l’escarpe savaient donner vie à des images robustes ».

 

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   L’expression est de Clément Rosset dont l’œuvre consiste essentiellement à instruire le procès de la dénégation de la réalité, si complaisamment entretenue par la tradition philosophique et d’abord par Platon dans sa critique du monde sensible. Celui-ci est accusé de ne pas avoir de réalité ontologique et de ne pas contenir en soi son principe d’explication. D’où la nécessité de construire un double : le monde intelligible, décrété plus réel que celui des apparences. Rosset soupçonne cette dénégation du réel d’être symptomatique de l’intolérance de la philosophie à l’égard de la cruauté du réel beaucoup plus que de son exigence d’intelligibilité.  Ce qui le conduit à définir ce qu’il appelle une éthique de la cruauté se caractérisant par deux principes : le principe de réalité suffisante et le principe d’incertitude.

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   Ce n’est pas de la grande littérature et pourtant ce livre a du souffle. Ce qui explique, sans doute, son fabuleux succès. Véritable phénomène de société aux Etats-Unis, The Help  (Les Bonnes), paraît en février 2009, figure sur la liste des meilleures ventes pendant des mois, s’écoule à des millions d’exemplaires et fait déjà l’objet d’une adaptation cinématographique. Pour un premier roman, c’est un coup de maître. De quoi se dire que les ateliers de « Creative Writing » fréquentés par l’auteur sont efficaces. Quelques bonnes recettes de construction d’une intrigue avec ses rebondissements, ses suspens et voilà la gloire assurée.

 

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