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Voltaire par Quentin de la Tour. www.ac-strasbourg.fr 

 

   La notion de vertu connote celle de force et de qualité morale. Pour les Grecs, l’homme vertueux est l’homme qui accomplit son humanité dans son excellence. Le vice au contraire renvoie à l’idée de faiblesse, de défaut moral. La question est de savoir ce qu’il en est de la tolérance sous le rapport de la force ou de la faiblesse morale. On entend par tolérance une attitude consistant à accepter des croyances, des conduites que l’on n’approuve pas. Dans l’idée de tolérance il y a à la fois l’idée d’une acceptation et celle d’une réprobation. D’où les problèmes :

  Si ce qui est réprouvé l’est en raison, la vertu humaine ne consiste-t-elle pas à le dénoncer et à le combattre ? Il nous semble que la vocation de l’homme est de lutter contre l’erreur et le mal moral, non de s’en accommoder. Inversement, si ce qui est réprouvé a sa légitimité, il n’y a pas à le tolérer mais à le respecter. Qu’est-ce donc qui peut conduire les hommes à s’accommoder de l’inacceptable ou bien à avoir une attitude condescendante là où le respect serait de rigueur ? Ne faut-il pas admettre que ce sont des principes peu honorables rejetant la tolérance du côté du vice ?

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  Nous venons de penser l’ambiguïté de la condition humaine. Sans doute avez-vous concrètement compris que la philosophie construit des concepts pour rendre intelligible le réel. Comme les concepts scientifiques, les concepts philosophiques sont précis, rigoureux. Ils requièrent un travail d’appropriation. On ne les maîtrise qu’à partir du moment où l’on peut en faire un usage pertinent. La question que je pose est destinée à vous familiariser avec les concepts de pour soi, de négativité, de double existence, de liberté. 

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carnaval de rio www.album-photo.net

 

  Il est bon de suspendre parfois le difficile travail d’appropriation des concepts. J’appellerai récréation ces moments de pause. Je désire aujourd’hui présenter un compte rendu d’un petit livre, d’accès très facile, que j’ai trouvé intelligent : La peste et l’orgie. Giuliano Da Empoli. Grasset 2005. 

Constat: L’auteur observe qu’il y a une mise en déroute du rationaliste progressiste dans son analyse du réel, depuis l’explosion des réality shows, des blogs, du populisme, du terrorisme, du retour du religieux etc. Celui-ci ne semble pas comprendre que son rêve d’un monde soumis aux exigences de la raison n’est qu’une illusion. D’où son indigence analytique, celle-ci se manifestant par un surcroît d’indignation.

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 David Michel Ange. Exécuté entre 1501et 1504. Galerie de l'Académie de Florence.

 

  La conscience définit la manière humaine d’exister. A la différence des choses qui sont mais ne le savent pas, l’homme est et il le sait. Cela change tout et fonde le statut d’exception que la modernité aussi bien que la tradition ont conféré à l’homme. L’une et l’autre affirment en effet que l’homme est un être à part et  supérieur. Son humanité se recueille dans ce qui le distingue des animaux et des choses. La conscience fait sa supériorité ontologique.

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Jean-Dominique Ingres. Oedipe et le sphinx. 1808. Musée du Louvres

  

 

   La conscience est un pouvoir de représentation. « Avoir conscience qu’il y a une personne dans la pièce » ; « être conscient de ma joie » signifie que j’ai la connaissance d’une présence dans l’espace ou de mon état moral. Je m’en aperçois ; je me les représente. La conscience est une expérience de présence à soi, aux autres et aux choses enveloppant une connaissance d’elle-même. L’étymologie en témoigne. Le mot est formé de science et de cum (avec). La conscience est un savoir accompagnant ma pensée, mes actions, mon être au monde.

 

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Descartes par Franz Hals ssa.paris.online.fr

  

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 «  Or c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelque fois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste (…) »

              Descartes. Préface aux principes de la philosophie. 1644.

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La tolérance

  Vous venez de comprendre ce que disserter veut dire. Maintenant il faut vous mettre à l’ouvrage. Pour le premier devoir, et en particulier pour ceux qui se seraient dispensés de faire les lectures conseillées, je vous fournis un cours. Il faut vous l’approprier. Ensuite seulement vous serez capables d’affronter la question que vous avez à élucider : La tolérance est-elle un vice ou une vertu?

 


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 LA TOLERANCE.

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  The laughing child Franz Hals. www.allposters.fr

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 » L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire. L’animal le plus malheureux et le plus mélancolique est comme de bien entendu le plus allègre » Nietzsche. Fragments posthumes. »

 Que l’homme ait la capacité de rire, il suffit d’observer le réel pour en être assuré. Qui n’a pas été secoué d’un rire irrépressible à la vue d’un homme glissant sur une peau de banane, du professeur tombant de son estrade ou se ridiculisant dans un lapsus éloquent ? Les éclats de rire sont une donnée de fait. Ce qui ne va pas de soi, en revanche, c’est l’amplitude de cette capacité. Est-elle illimitée ? L’homme a-t-il le pouvoir de rire de tout ? L’exemple des humoristes nous donne à voir que rien ne semble échapper à leur inépuisable esprit facétieux. D’où notre étonnement. Qu’est-ce que le risible et pourquoi certains ont-ils la faculté de rire de ce qui fait pleurer d’autres ou pourquoi déclenchent-ils au lieu du rire salvateur, la colère haineuse qui se déchaîne régulièrement dans notre actualité ?

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Klimt. Mère et enfant.                                  

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Si l’on prend acte de la « rollersmania », du triomphe contemporain de ce que Philippe Muray appelle « homo festivus » infiniment occupé à s’exhiber dans les gay-pride, techno-parade et autres fêtes qui sont en passe de constituer l’essentiel du calendrier, on se dit que l’âge des trottinettes et des cours de récréation, c’est-à-dire de l’enfance est moins à dépasser qu’à prolonger tard dans une vie d’homme. La question est de savoir si une telle éthique de vie peut être fondée en raison. Comment penser le statut de l’enfance dans l’économie d’une existence humaine? Ce qui doit être surmonté ou au contraire ce qu’il faudrait sauver pour accomplir dans son excellence son humanité ? L’énoncé nous demande, en effet, d’examiner le statut de l’enfance dans une perspective morale. Il s’agit de prescrire ce qui doit être non de décrire ce qui est. Qu’est-ce donc que l’enfance envisagée du point de vue de l’idéal intellectuel et moral ?

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  Comme on ne devient potier qu’en s’exerçant à la poterie, on n’acquiert de la méthode et de la performance dans l’activité pensante qu’en faisant des dissertations.

  Etudiez les exemples publiés dans les prochains articles :

"Penser par soi-seul est-ce penser librement? ",

"L’enfance est-elle ce qui doit être surmonté?",

"Peut-on rire de tout? ",

pour bien comprendre ce que penser veut dire.

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