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   Dans le Conflit des facultés (1798), Kant détermine trois perspectives suivant lesquelles l’histoire peut être pensée : « 1) Ou bien le genre humain se trouve en perpétuelle régression ; 2) Ou bien il est en constante progression par rapport à sa destination morale ; 3) Ou bien il demeure en stagnation et reste éternellement au degré actuel de sa valeur morale parmi les divers membres de la création (stagnation qui se confond avec l’éternelle rotation circulaire autour d’un même point.

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    «  On dit aux gouvernants, aux hommes d’Etat, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant des maximes qu’on en aurait pu retirer. Chaque époque se trouve dans des conditions si particulières, constitue une situation si individuelle que dans cette situation on doit et l’on ne peut décider que par elle. Dans ce tumulte des événements du monde, une maxime générale ne sert pas plus que le souvenir de situations analogues, car une chose comme un pâle souvenir est sans force en face de la vie et de la liberté du présent. A ce point de vue, rien n’est plus fade que de s’en référer souvent aux exemples grecs et romains, comme c’est arrivé si fréquemment chez les Français à l’époque de la Révolution. Rien de plus différent que la nature de ces peuples et le caractère de notre époque (…). Seuls l’intuition approfondie, libre, compréhensive des situations et le sens profond de l’idée (comme par exemple dans l’Esprit des Lois de Montesquieu) peuvent donner aux réflexions de la vérité et de l’intérêt ».

                             Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire (cours de 1822).

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     Il suffit de lire les historiens pour découvrir les difficultés qu’il y a à définir la nature de cette connaissance qu’on appelle l’histoire. Elle n’est pas comme la physique, un discours formalisé, dont les résultats s’énoncent dans des formules mathématiques, le double avantage d’une telle science étant d’exiger la formation intellectuelle nécessaire à sa compréhension et de faire l’accord des esprits. La recherche historique explicite ses conclusions sous forme de récits de telle sorte que d’aucuns pourraient être tentés de croire qu’elle appartient au champ de la littérature et non à celui des sciences. Or l’histoire ne veut pas raconter « des histoires », elle se veut un discours obéissant à une norme d’objectivité. H.I. Marrou demande de la définir comme : « la connaissance scientifiquement élaborée du passé » mais, à peine a-t-il donné cette définition qu’il anticipe les objections  que ne peut manquer de susciter la notion de science appliquée à l’histoire.

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 Thèse: La conscience de l’histoire est un fait historique.
 
 

   L’homme ne s’est pas toujours su et voulu un être historique. On peut même dire que de nombreuses sociétés, celles que l’on appelle les sociétés primitives (ou les sociétés traditionnelles, ou sociétés pré-modernes) se caractérisent par des modalités d’existence niant l’histoire. D’où l’opposition que l’on peut établir entre l’homme traditionnel qui vit son histoire en l’annulant et l’homme moderne qui, en découvrant la nature foncièrement historique de son existence, a permis à l’esprit de devenir historien.

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  «  A priori, histoire et mémoire sont deux perceptions du passé nettement différenciées. Le fait a été souvent analysé, en particulier récemment par Pierre Nora. La mémoire est un vécu, en perpétuelle évolution, tandis que l’histoire — celle des historiens — est une reconstruction savante et abstraite, plus encline à délimiter un savoir constitutif et durable. La mémoire est plurielle en ce sens qu’elle émane des groupes sociaux, partis, Eglises, communautés régionales, linguistiques ou autres. De ce point de vue, la mémoire dite «collective » est à première vue une chimère, car somme imparfaite de mémoires éclatées et hétérogènes. L’histoire en revanche a une vocation plus universelle, sinon plus oecuménique. Malgré les conflits, elle est une propédeutique de la citoyenneté. La mémoire, parfois, est du registre du sacré, de la foi; l’histoire est critique et laïque. La première est sujette au refoulement, tandis que, toujours a priori, rien n’est étranger au territoire de l’historien.

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   Distinguons avec rigueur l’histoire et la philosophie de l’histoire.

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Herodote

 

   Le mot désigne soit :

 

  • La connaissance historique, le récit ou le discours que les hommes élaborent de la vie des sociétés humaines dans le temps.
  • La réalité historique, l’ensemble des événements et des faits historiques.

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  Caravage0 La diseuse de bonne aventure. 1595.1598. Louvre.

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  Interpréter consiste à donner une signification claire à quelque chose qui commence par être obscur, ambigu. L’exigence herméneutique s’est ainsi imposée pour la compréhension des mythes, des textes sacrés et de manière générale pour tout ce qui est susceptible de faire sens pour les hommes. L’astrologue interprète le mouvement des astres, le devin les viscères des animaux sacrifiés, Freud les rêves, le superstitieux ce qu’il constitue comme des signes confirmant ses craintes ou ses espérances.

  A première vue il semble que tout soit interprétable, que rien a priori ne soit susceptible d’échapper à l’appropriation symbolique. Parce qu’il est une intentionnalité signifiante, l’homme peut faire fonctionner la totalité du réel comme un ensemble de signes renvoyant à du sens.

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 Glenn Gould à Toronto vers 1970. 1932.1982.Il cessa de se produire en public à partir de 1964. www.nytimes.com 

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     Interpréter consiste à donner une signification claire à quelque chose d’obscur. On appelle interprétation, le résultat de cette opération. Le terme est synonyme d’exégèse ou d’herméneutique. (Hermêneuein en grec signifie : traduire, exprimer, expliquer).

Ex : L’exégèse biblique de Spinoza.

L’herméneutique freudienne.

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 Henri Poincaré

Plan:

 

   Reconnaître c’est identifier, savoir distinguer une chose de ce qui n’est pas elle. La discrimination est la tâche la plus difficile de l’esprit, car l’expérience première est marquée par l’obscurité et la confusion. Par exemple, il existe une grande quantité de productions théoriques. On entend par là une vision de l’esprit, une construction intellectuelle, un système spéculatif. Les hommes ne sont pas avares de telles productions. L’astrologie, l’alchimie, la numérologie, la graphologie en proposent et pourtant il  s’agit de fausses sciences. Le marxisme, le freudisme aussi, or si l’on en croit Popper, ces discours sont des idéologies, ce ne sont pas des sciences. Alors comment se prémunir contre ce genre de confusion? Y a-t-il des critères solides permettant de faire le partage entre ce qui appartient au champ des sciences et ce qui lui est étranger ?

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