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«  Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance: Keep your distance ! – Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. – Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n’éprouver ni ne causer de peine. »

               Schopenhauer. Parerga und Paralipomena, t. II, chap. 31, §400. Cité en note au bas de la page 105 des Aphorismes sur la sagesse de la vie, par Cantacuzène. PUF, 1998.

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Joyeux Noël.

 

   Joyeux Noël à tous les lecteurs de ce blog et tous mes voeux de bonheur pour la nouvelle année.

   

    

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«   Déjà en considérant la nature brute, nous avons reconnu pour son essence intime l’effort, un effort continu, sans but, sans repos; mais chez la bête et chez l’homme, la même vérité éclate bien plus évidemment. Vouloir, s’efforcer, voilà tout leur être; c’est comme une soif inextinguible. Or tout vouloir a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur; c’est par nature, nécessairement, qu’ils doivent devenir la ·proie de la douleur. Mais que la volonté vienne à manquer d’objet, qu’une prompte satisfaction vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un vide épouvantable, dans l’ennui; leur nature, leur existence leur pèse d’un poids intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme. De là ce fait bien significatif par son étrangeté même : les hommes ayant placé toutes les douleurs, toutes les souffrances dans l’enfer, pour remplir le ciel n’ont plus trouvé que l’ennui. »

 Schopenhauer. Le monde comme volonté et comme représentation, I, IV, §57. Traduction A. Burdeau, PUF, (1966. 2008), p. 394.

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      « J’ai dit que je me suis toujours ennuyé; j’ajoute que c’est depuis un certain temps relativement récent que je suis arrivé à comprendre avec une clarté suffisante ce qu’est réellement l’ennui. Pendant mon enfance, puis mon adolescence et ma première jeunesse, j’ai souffert de l’ennui sans me l’expliquer, comme ceux qui souffrent d’un mal de tête sans jamais se décider à interroger un médecin. Quand j’étais enfant surtout, l’ennui assumait des formes tout à fait obscures pour moi et pour les autres, formes que j’étais incapable d’expliquer et que les autres, ma mère par exemple, attribuaient à des troubles de santé ou à d’autres causes analogues; un peu comme la mauvaise humeur des petits enfants est mise sur le compte de la poussée de leurs dents.

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«  Quand un homme n’a plus rien à construire ou à détruire, il est très malheureux. Les femmes, j’entends celles qui sont occupées à chiffonner et à pouponner, ne comprendront jamais bien pourquoi les hommes vont au café et jouent aux cartes. Vivre avec soi et méditer sur soi ne vaut rien.

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Fernando Pessoa

 

 

   « Personne encore n’a défini, dans un langage pouvant être compris de ceux-là mêmes qui n’en ont jamais fait l’expérience, ce qu’est l’ennui. Ce que certains appellent l’ennui n’est que de la lassitude; ou  bien ce n’est qu’une sorte de malaise ; ou bien encore, il s’agit de fatigue. Mais l’ennui, s’il participe en effet de la fatigue, du malaise, de la lassitude, participe de tout cela comme l’eau participe de l’hydrogène et de l’oxygène dont elle se compose. Elle les inclut, sans toutefois leur être semblable.

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    Je me suis toujours demandé si l’inaptitude à l’ennui était une force ou une faiblesse. Je ne parle pas de l’ennui occasionnel que l’on ressent dans une situation de désintérêt momentané, je parle de l’ennui existentiel, celui que, de Sénèque à Houellebecq, les grands auteurs ont décrit avec la profondeur que l’on sait. « Mécontentement de soi, va-et-vient d’une âme qui ne se fixe nulle part, résignation triste et maussade à l’inaction, […] tristesse, langueur, mille fluctuations d’une âme incertaine, hésitante à entreprendre, mécontente d’abandonner » Dans De la tranquillité de l’âme, Sénèque résume en quelques mots la symptomatologie de l’ennui et on a l’impression que toute la littérature de l’ennui ne sera que variations sur le thème.

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   La rumeur du monde bruisse d’un certain désaveu de la politique de l’enfant-roi. L’heure est à l’émergence des « mamans tigres » si l’on en croit le débat ouvert en Amérique par la publication du livre d’Amy Chua : Hymne guerrier d’une maman tigre (Battle Hymn of the Tiger Mother, Penguin). Elle est donc à la redécouverte des vertus de l’autorité, en pédagogie semble-t-il  plus qu’en politique. Et parce que sous le beau mot d’autorité, on peint ce qui en est la négation absolue, (discipline militaire, mobilisation de punitions sévères, la plus grotesque étant quatre ans d’anniversaire supprimés), il m’a paru intéressant de proposer ce modeste rappel des significations. Précaution salutaire car la société moderne est tellement étrangère à quelque chose comme l’autorité qu’elle est sans doute devenue inapte à restituer la nature d’une expérience correspondant à d’autres conditions historiques de vie politique.

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   « Je compte, Halévy, que vous ne réglerez point ces débats par les méthodes kantiennes, par la philosophie kantienne, par la morale kantienne. Le kantisme a les mains pures, MAIS IL N’A PAS DE MAINS. Et nous, nos mains calleuses, nos mains noueuses, nos mains pécheresses nous avons quelquefois les mains pleines *1

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Désir de rendre hommage à un grand professeur… Comment dire le bonheur de redevenir élève sur des questions et des auteurs avec lesquels on a pourtant la plus grande familiarité ? C’est la réussite du dernier livre de Francis Wolff. Précieux outil de connaissances pour ceux qui n’ont pas lu les grands auteurs  et n’ont jamais affronté sérieusement la problématique qu’il aborde, cet ouvrage ne peut que réjouir les initiés par la maîtrise théorique, les vertus synoptiques et l’immense talent pédagogique qu’il révèle. Le propos est limpide, les analyses approfondies, le style alerte, l’idée directrice convaincante.

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