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Lorsque j’ai lu la nouvelle de Vassili Grossman, intitulée le phosphore, je n’ai pu m’empêcher de sentir la profonde vérité que ce petit récit met en scène. Sous une forme minimaliste, il me semble qu’il donne une chair aux analyses de Rousseau et justifie son pessimisme. Oui, on peut avoir une intelligence phosphorescente, des talents exceptionnels dans un art, briller dans les académies savantes et raffinées et pourtant ne pas être des parangons d’humanité. C’est ce que découvre l’écrivain russe, lorsqu’au terme d’une trentaine d’années, il fait le bilan de sa vie relationnelle. Tous les membres de son cercle d’amis étaient liés par la même chose : « le phosphore, le sel de la terre ». L’un devint un mathématicien internationalement reconnu, l’autre un pianiste de génie, ovationné par tout Carnegie Hall en délire, l’autre encore le lauréat des prix Lénine et Staline et le constructeur en chef d’un immense combinat de machines-outils sans oublier le peintre consacré par l’Académie. « Le seul de notre groupe à n’avoir ni phosphore ni sel de la terre et à ne pas briller dans les amphithéâtres des universités était David Abramovitch Krougliak » Œuvres, Robert Laffont, p.843.
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