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   La lecture de ce livre m’a bouleversée. Est-ce parce que l’élégance de l’écriture et la pratique de l’ironie  ne parviennent pas à étouffer le sanglot d’une solitude égarée dans un temps qui n’est pas le sien ? Est-ce parce qu’il me renvoie quelque chose de ma propre expérience alors même que nous n’appartenons pas à la même génération?

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    Comment se faire une idée de la situation de l’Islam sur le territoire de France et de l’ampleur réelle des crispations identitaires  gangrenant le corps social?  Sommes-nous en voie d’islamisation massive comme le prétendent les diffuseurs des concepts « d’Eurabia » et de « dhimmitude » ou ces discours relèvent-ils du délire pur et simple ? De quoi la multiplication des sites identitaires alimentant complaisamment les peurs et les haines est-elle le symptôme ? Car il suffit de se promener sur la toile pour découvrir que les constructions fantasmatiques de l’autre vont bon train et que l’islamophobie des uns n’a d’égal que la francophobie ou l’occidentalophobie des autres. (Gilles Kepel en donne un bon aperçu dans le dernier chapitre de son livre).

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NB: Texte à mettre en perspective avec la conception platonicienne, kantienne du génie (https://www.philolog.fr/quest-ce-quune-oeuvre-dart/) et la critique qu’en fait Nietzsche (https://www.philolog.fr/la-critique-nietscheenne-du-genie/).

« Voilà comme nous sommes faits! Les humeurs sombres et les illuminations, voilà ce qui fait la destinée de l’homme! Nous aurions besoin que le démon nous mène tous les jours en lisière, nous dise ce qu’il y a à faire et nous y pousse. Mais le bon esprit nous abandonne, et nous sommes sans ressort et tâtonnons dans l’obscurité.

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    Lorsque j’ai lu la nouvelle de Vassili Grossman, intitulée le phosphore, je n’ai pu m’empêcher de sentir la profonde vérité que ce petit récit met en scène. Sous une forme minimaliste, il me semble qu’il donne une chair aux analyses de Rousseau et justifie son pessimisme. Oui, on peut avoir une intelligence phosphorescente, des talents exceptionnels dans un art, briller dans les académies savantes et raffinées et pourtant ne pas être des parangons d’humanité. C’est ce que découvre l’écrivain russe, lorsqu’au terme d’une trentaine d’années, il fait le bilan de sa vie relationnelle. Tous les membres de son cercle d’amis étaient liés par la même chose : « le phosphore, le sel de la terre ». L’un devint un mathématicien internationalement reconnu, l’autre un pianiste de génie, ovationné par tout Carnegie Hall en délire, l’autre encore le lauréat des prix Lénine et Staline et le constructeur en chef d’un immense combinat de machines-outils sans oublier le peintre consacré par l’Académie. « Le seul de notre groupe à n’avoir ni phosphore ni sel de la terre et à ne pas briller dans les amphithéâtres des universités était David Abramovitch Krougliak » Œuvres, Robert Laffont, p.843.

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  «  Le principe fondamental de toute morale, sur lequel j’ai raisonné  dans tous mes écrits, et que j’ai développé dans ce dernier avec toute la clarté dont j’étais capable, est que l’homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l’ordre ; et qu’il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits. J’ai fait voir que l’unique  passion qui naisse avec l’homme, savoir l’amour de  soi, est une passion indifférente en elle-même au bien et au mal; qu’elle ne devient bonne ou mauvaise que par accident et selon les circonstances dans lesquelles elle se développe. J’ai montré que tous les vices qu’on impute au cœur humain ne lui sont point naturels ; j’ai dit la manière dont ils naissent; j’en ai, pour ainsi dire, suivi la généalogie, et j’ai fait voir comment, par l’altération successive de leur bonté originelle, les hommes deviennent enfin ce qu’ils sont.

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     Nous fêtons, en cette année 2012, le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau.

      Occasion, pour Chambéry, de rendre hommage à l’hôte  illustre des Charmettes, à celui qui confessa en son temps : « S’il est une petite ville au monde où l’on goûte la douceur de la vie dans un commerce agréable et sûr, c’est Chambéry ».

   Je voudrais profiter de cet anniversaire pour inviter à  lire ou à relire Rousseau. Ses talents littéraires font de son écriture un enchantement et  la profondeur de sa pensée force l’admiration du philosophe. Mais celle-ci n’est pas exempte de difficultés, aussi, pour que 2012 soit aussi « une année Rousseau » sur ce blog, je me propose d’en affronter quelques-unes.

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   Au terme de ce parcours sur le thème de l’ennui, il est temps de se demander s’il y a des remèdes à ce mal de l’existence. Car s’il est la matrice d’autres maux, en particulier de la cruauté, le souci du bien public implique de lui trouver des dérivatifs. Schopenhauer le souligne: « On le traite comme une calamité publique; contre lui, les gouvernements prennent des mesures, créent des institutions officielles, car c’est avec son extrême opposé, la famine, le mal le plus capable de porter les hommes aux déchaînements extrêmes: panem et circenses! voilà ce qu’il faut au peuple» (Le monde comme volonté et comme représentation, trad.  Burdeau, Puf, p. 396). Mais quels sont les remèdes à l’ennui? Ne faut-il pas qu’ils soient à la mesure de son apathie? Et s’il en est ainsi, y a-t-il d’autres voies de salut que l’ivresse?   Baudelaire ne semblait pas en imaginer d’autres, aussi affirmait-il avec force :

Enivrez-vous.

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   Quel antidote à l’ennui ? L’enthousiasme révolutionnaire, avait déjà suggéré Saül Bellow, un enthousiasme peut-être moins irrigué par le souci d’un monde meilleur que par le goût de la violence qui lui est substantiellement liée. D’où l’intérêt de lire ce texte de Fondane sur Baudelaire. L’auteur ne se contente pas de faire de l’ennui « le mal par excellence de la pensée », « la désaffection de la vie par la pensée », l’enfant maudit du péché originel, comme il a été vu dans l’article : ennui et connaissance. Il montre que « l’ennui à son tour engendre un besoin immense d’excitants, susceptibles, dans sa croyance, de le tirer de son état d’apathie; il ne recule devant rien : la drogue, la débauche, la violence, la cruauté; ce sont là ce que Baudelaire appelle « les paradis artificiels », la tentative vaine d’un redressement de l’équilibre perdu ». Ainsi s’éclaire l’idée que  « la cruauté est fille de l’ennui».

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    Qu’est-ce qui peut bien pousser Jeanne de la Rochefoucauld, (1705.1775),  marquise d’Urfé à suivre Casanova, l’enchanteur, dans la promesse qu’il lui fait de promouvoir sa régénération sous la forme de sa renaissance dans un nouveau corps,  un corps glorieux, fruit de leurs amours dans lequel son âme transmigrera à l’accouchement ?  Sa crédulité sans bornes, dira-t-on, car, nul doute qu’il en faut pour ouvrir un boulevard à de telles superstitions.  Et pourtant, elles ne sont pas rares. La fin du monde est régulièrement annoncée. Elle se produira, paraît-il, le 21 décembre 2012 à défaut d’avoir eu lieu au passage de l’an 2000 comme divers hallucinés l’avaient prophétisée.

   Inutile de multiplier les exemples. Il y a en chacun de nous un superstitieux en puissance, la question étant de savoir  comment rendre intelligible la propension des hommes à croire aux effets magiques de certaines paroles ou de certains actes, à des pouvoirs occultes, à la possibilité de communiquer avec les morts ou avec des êtres surnaturels etc.

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    Est-il vrai que l’arbre de la connaissance n’est pas celui de la vie et qu’il eût mieux valu garder les yeux fermés sur le secret des choses? Echapper ainsi à la malédiction divine, ne pas être chassé du paradis et jouir de la plénitude de l’Être… « Oh ! félicité  de la créature menue – qui habite toujours et reste dans le sein qui l’a portée à son terme », « Et nous : toujours et partout spectateurs, tournés vers tout, et jamais au-delà ! », « Qui donc nous a retournés de la sorte, que quoi que nous fassions nous ayons toujours l’air de celui qui s’en va ? » (Rainer Maria Rilke. Huitième élégie de Duino »

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