Pourquoi faudrait-il changer ses désirs ? Le désir n’est-il pas, selon Spinoza, « l’essence » de l’homme, et la tendance de tout désir n’est-elle pas de tendre à se réaliser ?
Or il faut pour cela se disposer à transformer le réel car il n’y a pas un accord de fait entre notre désir et la réalité. Nous désirons la santé mais le réel contient la maladie, nous désirons être libres, mais il y a des contraintes naturelles ou sociales nous condamnant dans certaines situations à une véritable aliénation. La grandeur de l’homme ne consiste-t-elle pas à se dresser contre ces limites et à les faire reculer ? Sa vocation n’est-elle pas d’aménager ses conditions d’existence de telle sorte que, ce qui commence par être un rêve devienne réalité ? Si la liberté, le bonheur sont des biens, et personne ne peut raisonnablement dire le contraire, alors il ne semble pas qu’il faille changer ses désirs, il faut les réaliser. Seuls des esprits chagrins peuvent consentir à la servitude et au malheur d’exister. Seuls, des esprits morbides ou des conservateurs trop intéressés à ce que les choses restent comme elles sont, peuvent nous demander de renoncer à nos désirs, de nous résigner à une vie mutilée. Parce que le ressort du progrès, des conquêtes humaines les plus sublimes, des victoires de l’homme sur l’adversité est le désir il faut refuser un mot d’ordre aussi défaitiste. La sagesse nous enjoint d’abord, comme l’écrit Descartes de faire « notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures ».






