
Le stoïcisme est un eudémonisme. Il fait du bonheur la fin naturelle de l’existence humaine et de la sagesse la méthode du bonheur.
Mais Epictète ne définit pas comme Epicure le bonheur par le plaisir. Il le définit par la vertu. Le bonheur c’est la vertu et non ce qui est visé par la vertu. On peut être heureux dans le taureau de Phalaris pourvu qu’on soit vertueux. Ce qui conduit les stoïciens à séparer vertu et plaisir. La vertu, dit Sénèque, existe souvent sans le plaisir et n’a pas besoin de lui. Elle est chose sublime alors que le plaisir est chose basse et vile. « Le vrai plaisir est le mépris des plaisirs » Sénèque. Le plaisir est un trouble de l’âme. Lorsque l’âme, en présence d’un bien tressaille vainement et de manière désordonnée, elle éprouve du plaisir. Au contraire lorsqu’elle est calme et sage elle ressent de la joie. La joie se distingue du plaisir comme un mouvement raisonnable de l’âme se distingue d’une agitation déraisonnable c’est-à-dire excessive.
Le bonheur n’est pas réservé à la vie divine, il doit se réaliser ici et maintenant car la seule réalité qui est, c’est le temps actuel, celui des actes. Le stoïcisme enseigne comment être heureux c’est-à-dire comment actualiser le souverain bien de notre nature.
PB : En quoi consiste la vie vertueuse ou vie heureuse ? C’est une vie libre. « Qu’est-ce que cherche un homme ? A vivre calme et heureux, à faire tout ce qu’il veut sans en être empêché et sans y être contraint ». Epictète. Entretiens IV. I, 46.
Etre empêché c’est être confronté à un obstacle ; être contraint c’est faire l’expérience de la servitude. Comment échapper à ce mal ? La force du stoïcisme est d’établir qu’il n’y a pas d’obstacle en soi, que le coefficient d’adversité des choses dépend de notre désir ou de notre volonté car c’est eux qui nous mettent aux prises avec elles. « Rien d’extérieur à la volonté ne peut l’entraver ou la léser, si elle ne se fait pas obstacle à elle-même » Entretiens. III. XIV ; 2.
PB : Quel est donc le secret d’une vie libre et heureuse ?
La règle d’or consiste à apprendre à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas.
Ce qui ne dépend pas de nous c’est ce sur quoi nous n’avons aucun pouvoir et ce qui a sa nécessité propre. Il y a en effet un ordre des choses qu’il nous est possible, grâce à la raison, de comprendre. Exemple : Tout vivant est exposé à la maladie, à la mort. C’est ainsi selon la loi naturelle. Ce que les autres pensent de moi, ce qui arrive, les événements ne dépendent pas de moi. C’est ainsi selon la loi naturelle.
Ce qui dépend de nous c’est ce qui est en notre pouvoir, soit entièrement, soit partiellement. Ce qui dépend entièrement de nous c’est notre jugement sur les choses (plan de la représentation) or comme l’importance des choses dépend du jugement porté sur elles, si je suis maître de mes jugements, je suis maître des choses. Il n’y a donc pas d’autre mal que le mauvais usage de nos représentations. Malheur à celui qui ne sait pas distinguer les ordres, qui ne comprend pas la nécessité du réel et qui voudrait que les choses soient comme il les désire. C’est là, la formule de la déraison et le prix de la déraison c’est toujours la souffrance et l’aliénation. La vertu consiste, au contraire, à se libérer de cette folie et d’abord à comprendre qu’« il ne faut pas demander que les événements soient comme tu le veux, mais il faut les vouloir comme ils arrivent ; ainsi ta vie sera heureuse » Epictète. Manuel.
Par exemple si l’être que j’aimais est mort, il ne faut pas, comme mon désir m’y pousse, refuser d’accepter la loi du réel. C’est vain et cette attitude me condamne au désespoir. En revanche, je peux grâce à la compréhension rationnelle, agir sur mon désir, l’accorder à la nécessité et conquérir ainsi la sérénité. Si je consens à cette mort et si comme le stoïcisme nous y invite je me représente cet événement comme l’expression d’une nécessité divine, je me dispose à consentir, à coopérer à ce qui par ailleurs échappe à mon pouvoir. J’ouvre ainsi une voie de salut (liberté et paix de l’âme) là où sans cette sagesse, je suis voué à une souffrance inéluctable.
La vertu se définit donc comme effort d’accorder le plan de l’intériorité et celui de l’extériorité, effort d’harmoniser le désir et le réel. « Vivre en accord avec la nature » tel est le grand précepte stoïcien.
Le stoïcisme est une philosophie de la nécessité. Le réel est conçu comme une totalité ordonnée par une loi qui est rationnelle ou divine. Tout ce qui arrive est l’expression d’un destin.
La nature ; la raison ou logos ; Zeus ; le destin ; l’ordre du monde sont des synonymes dans le texte stoïcien.
La physique stoïcienne est donc une physique du fatum mais elle ne débouche pas sur une éthique du fatalisme. Parce qu’il est une parcelle de la raison divine par sa raison, l’homme peut en effet, comprendre la nécessité des choses et se disposer favorablement à son égard. Cet accord du désir et du réel, en quoi consiste la vertu, ne doit pas être pensé comme résignation (= passivité, tristesse, impuissance) mais comme consentement serein voire joyeux à l’ordre divin. Les stoïciens enseignent l’amor fati ou amour du destin.
Pour figurer le rapport de l’homme et du destin, les stoïciens utilisaient l’image d’un chien attaché sous une charrette. « Eux aussi Zénon et Chrysippe, affirmaient que tout est destin avec l’exemple suivant. Quand un chien est attaché à une charrette, s’il veut la suivre, il est tiré et il la suit, faisant coïncider son acte spontané avec la nécessité ; mais s’il ne veut pas la suivre, il y sera contraint dans tous les cas. De même en est-il des hommes : même s’ils ne le veulent pas, ils seront dans tous les cas contraints de suivre leur destin » Hippolyte, Réfutations de toutes les hérésies, I, 21, LS 62 A, SVF II 875.
Commentaire de Jean-François Revel dans Histoire de la philosophie occidentale : « si le chien suit le trajet de la charrette, s’il ne se débat pas, s’il ne fait aucun effort pour tirer en sens contraire de la direction dans laquelle le cheval et le paysan font aller la voiture, eh bien, il se fondera dans le mouvement. Si, au contraire, il s’efforce de tirer en sens inverse, s’il résiste, eh bien, de toute manière il ira dans la même direction mais beaucoup plus inconfortablement, sera traîné sur le sol et éventuellement roué de coups par son maître. Dans les deux hypothèses, le résultat sera le même, simplement dans la première hypothèse il aura en définitive moins souffert, puisqu’il aura épousé un déterminisme auquel il ne peut de toute façon rien changer. »
NB : C’est par là que cette philosophie a pu, pendant six siècles, (jusqu’à l’institutionnalisation du christianisme) être la grande religion du monde antique.
Remarquons que dans la lettre à Ménécée Epicure critique le stoïcisme. Cf.187.188. « Quant au destin, que certains regardent comme le maître de tout, le sage en rit ».
C’est que l’épicurisme est une philosophie de la liberté. Le réel n’obéit à aucune nécessité divine. Sans doute y a-t-il une nécessité physique que la connaissance rationnelle doit permettre de comprendre. Mais les dieux ne président pas à l’ordre des choses. Il y a de la contingence au principe du monde tel qu’il est. D’une part il pourrait être autre (Cf. le rôle attribué au principe de la déclinaison des atomes dans l’épicurisme) d’autre part les hommes peuvent intervenir sur le réel pour incarner en lui les exigences de leur liberté. Ni pur hasard, ni nécessité absolue. Il y a du déterminisme et de la liberté, liberté dont le sage doit connaître les limites, déterminisme qu’il doit apprendre à utiliser en sa faveur. Cf. Lignes 187 à 206.
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Quelle grande sagesse que celle des stoiciens !
Merci pour ce bref article sur le stoicisme.
J’ai prété le manuel d’Epictéte à une amie, et voici ce qu’elle m’a dit :
Elle m’a dit que c’était bien cette philosophie, mais que c’était difficile d’être comme cela. Sur ce point, je suis d’accord avec elle, c’est une philosophie réservé à des personnes capables de faire des grandes choses en elles-mêmes. Ce n’est pas donné à tout le monde.
Mais elle m’a dit d’autres choses où je n’ai pas pu défendre le stoicisme. Je pense que c’est du à une mauvaise comprehension du texte.
Elle me disait qu’en faisant comme cela, on devenait presque associable, qu’on était renférmé au niveau de nos sentiments, que l’on devenait froid.
Je pense que c’est le passage où Epictéte dit qu’il ne faut pas être troublé de la mort d’une personne chére car sa vie ou son décés ne dépendais pas de nous.
A-t-elle raison ? Ou est-ce du à une mauvaise compréhension du texte ?
D’abord je vais me permettre un petit conseil. La connaissance par ouï dire est, en général et en philosophie surtout, à proscrire. Lorsqu’on veut connaître une pensée d’auteur on se donne la peine de pratiquer le texte. Lisez le Manuel d’Epictète, au moins le Livre I des Entretiens, les Pensées de Marc Aurèle.
Ensuite, se rendre insensible n’est pas synonyme d’être insensible. L’apatheia stoïcienne est une conquête de la sagesse non une donnée du caractère.
Enfin, les stoïciens enseignent que le monde est un grand Vivant où toutes les parties sont liées les unes aux autres dans une sympathie universelle. Ils nous apprennent à bien remplir nos devoirs sociaux, à nous conduire comme des citoyens du monde. Il s’ensuit que le propos selon lequel ils cultiveraient des tendances asociales est proprement fantaisiste.
Voyez aussi que l’expression « ce n’est pas donné à tout le monde » est radicalement dénuée de sens. Les conquêtes de la sagesse ne sont, par définition, données à personne.
Excusez-moi, en disant que c’était du à une mauvaise compréhension du texte, c’était une hypothése par rapport à mon amie. Mais, c’est vrai que si je n’ai pas pu défendre le stoicisme c’est que, moi aussi, j’avais une compréhension incompléte du manuel d’Epictéte.
Mais en tout cas merci beaucoup pour ces éclairages sur la sociabilité des Stoiciens. Je ne pensais pas que les Stoiciens étaient associaux, mais je n’avais rien trouvé à défendre le point de vue des stoiciens sur cette question. Donc merci beaucoup.
Pour les Pensées de Marc Aurèle, y a-t-il une édition particuliére à privilégier ? Vaut-il mieux prendre juste le texte intégrale ou un ouvrage où il y a le texte plus certaines explications et études ? Je pense qu’à cette derniére question vous n’allez pas me répondre, mais bon…
bonjour, je suis désolé de n’avoir pu assister à vos cours, mais j’ai été malade. Comme je ne pourrais reprendre les cours que lundi, j’aimerais bien connaître les sujets que vous avez enseignés pendant la semaine afin de rattraper ce retard.
je vous en serai très reconnaissant. Il me faut une épicure de rappel!
Je me suis trouvé par hasard sur ce site et je ne suis pas deçue… felicitations a la créatrice de ce site il est vraimen tres interessant….le cours sur la sagesse stoicienne ma particulierement plu…je suis en terminale ES et il nousa été de demander de disserter sur le sujet : la raison peut-elle dompter le desir? J’ai choisi dans ma dissertation de parler de la sagesse stoicienne j’espere que j’ai fait le bon choix…
Il faudra interroger les présupposés du mot dompter, vous demander si le terme est approprié. Les stoïciens et Spinoza devront être exploités mais Epicure aussi.
Bon courage.
J’ai lu sur un site internet que les stoïciens et distinguent clairement 3 types de désirs : les désirs nécessaires et naturels (boire, manger,…) les désirs non nécessaires mais naturels mais nécessaires (savourer des banquets fabuleux) et enfin les désirs non naturels et non nécessaires (richesse, pouvoir, immortalité,…).
Pouvez vous me dire ce que vous en pensez ?
Super site qui permet de nous rappeler que les philosophes ne sont pas que de vieux hommes à barbe blanche et que les profs ne sont pas tous des huluberlus parlant à un mur (leur classe).
Ce sont les épicuriens et non les stoïciens qui font cette distinction. Voyez le cours sur la sagesse épicurienne et le commentaire de la lettre à Ménécée sur ce thème. Merci pour votre appréciation qui a le mérite de m’amuser.
La question que je me pose apres avoir lu ce texte, y a-t-il une vraie liberté dans le stoïcisme?
Tout dépend de ce que vous entendez par liberté mais il est clair que cette liberté intérieure que définissent les stoïciens, cette manière d’accorder le mouvement de sa vie à ce sur quoi on n’a pas pouvoir en est une des formes les plus essentielles, en particulier dans l’expérience de l’adversité.
Se rendre libre de la nécessité subie grâce à la connaissance rationnelle est aussi la conception spinoziste de la liberté
ce livre est très intéressant. il a une philosophie assez diffèrente de celle de ses prédécesseurs
[…] Ce billet était mentionné sur Twitter par Aurelie Donadel, Aurelie Donadel. Aurelie Donadel a dit: Oui, à lire.. http://bit.ly/b7fLiT "On peut être heureux dans le taureau de Phalaris" (via @gloyp ) […]
J’ai l’impression que les ecrits philosophiques de Alexandra david Neel se rapprochent largement de la sagesse Stoicienne, ce qui peut être pourrait creer un rapprochement entre la philo Stoicienne et bouddhiste, qu’en pensez vous ?
« Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir, mais à ne rien désirer, car il consiste à être libre. »
« C’est un homme sage celui qui ne regrette pas ce qu’il n’a pas mais se réjouit de ce qu’il possède. »
« Ce n’est pas par la satisfaction du désir que s’obtient la liberté, mais par la destruction du désir. »
[Epictète]
« Le sage n’attend rien, n’espère rien ; il évite donc les déceptions et toute occasion de murmure et de trouble. »
« Les sages sont ceux qui ont compris que de ce que le commun des êtres appelle la vie il n’y a rien à tirer que froid et tristesse et qui sont partis, avec leur pensée, en quête d’autre chose qui est au-delà du froid et du chaud, du rire et des larmes. »
[Alexandra David-Néel]
Des années que je travaille sur ma facon de voir le monde et les choses, j’arrive aujourdhui a integrer parfaitement autant la philo de Epictète que de Neel , et finalement je rejoint ce que dit florian plus haut, il en resulte une vision froide du monde et on en arrive a se retirer « psychologiquement » du monde, la vie courrante « travailler, sortir etc.. » c’est plus qu’un vieux reflexe de l’epoque ou tout celà avait un sens , ou l’on ressentais encore des emotions, on ne désire rien, on espère rien, on ne vie meme plus au jour le jour mais a la minute meme, concernant les relations avec les autres, c’est froid et distant, on éprouve plus aucun sentiment. Certains psychanalistes, qualifie cet etat , de Syndrome de Derealistation volontaire (non post traumatique). On est obligé dans notre quotidiens de jouer un role , de faire semblant , on imite donc le vieux souvenir des emotions, pour pouvoir rester integré dans la societé , je trouve que Nietszche image très celà quand il dit : « Les hommes aux pensées profondes, dans leurs rapports avec les autres hommes, ont toujours l’impression d’être des comédiens, parce qu’ils sont forcés, pour être compris, de simuler une superficie. »
Une fois vide de tout, on se retrouve face a une question : « Et maintenant ? …. »
On ne se reconnnais plus dans la societé , et on apprecie uniquement la solitude.
Je finirai par une citation de Neel : « Dès que la moindre parcelle de sagesse est entrée dans l’esprit d’un homme il aspire à la solitude »
Bien a vous
Je ne reconnais pas dans l’expérience que vous décrivez l’attitude du sage. La joie de vivre, la chaleur de la sociabilité, le soin pris à accomplir le rôle que nous n’avons pas choisi mais qu’il nous appartient d’assumer vertueusement font partie de l’expérience stoïcienne. Cela n’a rien à voir avec la sagesse orientale décrite par Alexandra David-Néel.
Sénèque rappelait à Lucilius que ce que promet la philosophie, ce sont le sens commun, l’humanité et la vie en société.
Je ne peux que vous mettre en garde contre des assimilations hâtives entre des univers de pensée hétérogènes.
Les stoïciens chantent la rationalité de l’Etre, pour les bouddhistes l’Etre n’est rien. La seule réalité qui soit est le vide. Les notions d’ordre cosmique, de réalité intelligible ont un sens pour Zénon, elles n’en ont pas dans le bouddhisme. Ce que les bouddhistes appellent l’Eveil n’est pas ce que les stoïciens entendent par connaissance. Ils nous enseignent que notre dimension essentielle est la raison universelle. C’est tout autre chose que de proclamer l’inexistence du moi, son caractère purement illusoire. La discursivité, le travail du concept sont donc pris au sérieux par la philosophie; ils me semblent au contraire totalement disqualifiés dans la tradition bouddhiste.
Les fondements de l’éthique sont très différents. Les grandes vertus n’ont pas comme vocation de promouvoir la cessation de la douleur comme le dit la Quatrième Vérité mais de réaliser l’excellence humaine. Etc.
Prudence donc. Quelques points de convergence n’autorisent pas à sousestimer les différences fondamentales.
Bien à vous.
Merci beaucoup pour ces informations précises. J’ai avec le temps crée ma propre vision du monde et des choses, c’est ce qui m’a amené aujourdhui a m’interesser a la philosophie, et finalement je me retrouve beaucoups de points commun avec les stoiciens, mais aussi avec cette sagesse orientale, mais il semble donc que uniquement certaines parties de un et de l’autre soit en « accord » avec la mienne, et non finalement le sens global et le but. Car finalement ce avec quoi je suis d’accord entraine finalement une pensée profondement nihiliste et exige un retrait de la societé sans neanmoins condamner l’humain, mais bien au contraire ressentir beaucoup de tristesse vis a vis de lui et de la vie en general.
La quete est donc le bohneur et la sérénité dans la solitude profonde.
L’interet de ces recherches est la remise en question permanente, et la possibilité d’ouvrir de nouvelles portes de reflexion afin de ne pas stagner dans une vérité personnelle.
Merci encore
Bien a vous
Je me permets de vous suggérer, si ce n’est pas déjà le cas, la fréquentation de Schopenhauer. Lui aussi célèbre les vertus de la solitude, sur fond d’une analyse très pessimiste de la condition humaine. Je vous conseille, en particulier, Aphorismes sur la sagesse dans la vie, pour le plaisir que donne toujours le sentiment de trouver un écho de sa propre expérience hors de soi, dans le discours d’autrui.
Ex: « On ne peut être à l’unisson parfait qu’avec soi-même ; on ne peut pas l’être avec son ami, on ne peut pas l’être avec la femme aimée, car les différences de l’individualité et de l’humeur produisent toujours une dissonance, quelque faible qu’elle soit. Aussi la paix du cœur véritable et profonde et la parfaite tranquillité de l’esprit, ces biens suprêmes sur terre après la santé, ne se trouvent que dans la solitude et, pour être permanents, que dans la retraite absolue. Quand alors le moi est grand et riche, on goûte la condition la plus heureuse qui soit à trouver en ce pauvre bas monde. Oui, disons-le ouvertement; quelque étroitement que l’amitié, l’amour et le mariage unissent les humains, on ne veut, entièrement et de bonne foi, de bien qu’à soi seul, ou tout au plus encore à son enfant. Moins on aura besoin, par suite de conditions objectives ou subjectives, de se mettre en contact avec les hommes, mieux on s’en trouvera […] Une étude importante pour les hommes serait d’apprendre de bonne heure à supporter la solitude, cette source de félicité et de tranquillité intellectuelle. »
Bien à vous.
La philosophie stoïcienne permet de se protéger de l’influence négative des autres, de la pression sociale, du quant-dira-t-on et donc de ne pas développer une certain culpabilité non justifiée. Elle facilite un certain recul et une meilleure comprehension de ses émotions sans pour cela les rejeter. Dans cette optique, le stoïcisme se rapproche du Bouddhisme Zen ou les émotions (et les pensées) ne doivent être ni rejetées ni fuies. En résumé, cette philosophie aide à vivre plus sereinement sans avoir recours à ce qui ne dépends pas de nous (de la télévision compulsive aux anti-dépresseurs).
Petit rectificatif : Le bouddhisme zen préconise de ne pas retenir ni fuir ses émotions (et ses pensées).
Bonjour,
Merci beaucoup pour ce site qui m’apporte un énorme soutien dans mon apprentissage philosophique. J’aurais une question à vous poser concernant la place (le rôle) de Dieu dans l’univers chez les Stoïciens: est-il différent, distinct, indépendant à l’univers, ou l’ univers est-il lui-même Dieu ?
Je vous remercie d’avance pour votre réponse.
Bonjour
Pour les Stoïciens, le monde est divin. La nature, Dieu, la nécessité sont une seule et même chose. Leur philosophie est un panthéisme.
Bien jouer le rôle qui nous est assigné par le destin, faire un bon usage de ses représentations, vivre conformément à la raison ou à la nature, est une manière de célèbrer la divinité et de manifester sa piété.
Bien à vous.
Bonjour,
Il y a point que je ne trouve pas clair.
Une fois que le sage stoïcien, prend du recul et conscience de ce qui lui importe. Comment fait il pour faire un choix? car perpétuellement nous sommes amenés à en faire. Croit-il au libre-arbitre? Si non, comment écoute-t-il ce fameux destin?
Merci de m’éclairer.
Bonjour
Votre message me semble révéler beaucoup de confusion.
Qu’entendez-vous par « ce qui lui importe »?
Y a-t-il sens à parler de libre arbitre dans une philosophie de la nécessité (le destin) ?
Vous devez comprendre que l’enjeu de cette philosophie est, pour l’homme, la réappropriation du pouvoir qui est le sien afin d’accorder son désir et le réel et de sauver ainsi sa liberté intérieure et sa sérénité.
Bien à vous.
Bonjour,
J’aurais une question sur le terme de » stoïcisme ascétique » : Je ne parviens pas à saisir son sens et j’ai souvent de la peine à comprendre et à placer le terme d’ « ascèse » dans son contexte.
Je vous remercie d’avance pour votre réponse.
Bien à vous
Bonjour
Le terme d’ascèse connote celui d’exercice, de purification, de dépouillement, de détachement.
Toutes les grandes sagesses exigent un exercice spirituel, un travail de soi sur soi, un effort permettant de mettre en échec ce qui en nous est puissance d’aveuglement et d’aliénation.
Le stoïcisme n’échappe pas à la règle dans la mesure où il exhorte à un bon usage des représentations et requiert une maîtrise des désirs.
Mais à défaut de connaître le texte où l’expression qui vous fait problème est employée, il m’est impossible d’en préciser le sens exact.
Bien à vous.
Je vous remercie infiniment pour votre réponse qui rend la compréhension de ce terme plus clair. Je rencontre très souvent ce terme dans les écrits de Sénéque et dans certaines explications de la doctrine stoïcienne et je ne parvenais pas à trouver un sens précis dans le dictionnaire. Je réussis à présent à intégrer votre définition dans de nombreux textes philosophiques et ainsi, à mieux les saisir!
Bien à vous.
M’intéressant au stoïcisme depuis longtemps (j’ai une disposition pour la philo) j’ai trouvé votre page intéressante, bien faite. Au passage, le livre choisi par le prof de philo en terminale (section littéraire) était le manuel d’Epictète. Choix m’ayant paru pertinent avec le temps.
J’ai ensuite continué l’enseignement avec notamment des ouvrages de Sénèque. Evidemment, cette prédisposition à la philo entre autres, a parfois consolidé un apparent décalage avec des aspects sociaux mais j’ai trouvé grand intérêt dans l’étude de la philosophie stoïcienne. Je la vis et la mets en application.
Cordialement
suis très satisfaite de cette page car j ai justement un exposé pour dans les jours à venir sur le thème:stoicisme et résignation et je puis vous dire que ce texte m’a apporté beaucoup d’éclairages sur certains points.
ENCORE MERCI
Bonjour,
N’y a-t-il pas malgré tout une tension, dans le pensée stoïcienne, entre l’affirmation de la liberté intérieure et celle du Destin/ordre du monde ? Il y a, dans le monde, des voleurs, des assassins… Est-ce dans l’ordre ? Je ne suis pas l’auteur de ma vie, seulement l’acteur, dit Epictète, et je dois tâcher de bien jouer mon rôle – d’y consentir. Y a-t-il des rôles d’assassin, de voleur ? Si oui, ces voleurs et assassins, qui jouent un rôle prédéfini, ont-ils vraiment la liberté de parvenir à une sagesse qui devrait leur permettre, en maîtrisant désirs et représentations, de ne PAS être amenés à tuer ou à voler ? Car les stoïciens ne nous invitent pas seulement à comprendre ce qui nous détermine : cette compréhension est libération, qui doit modifier notre manière de vivre.
Faut-il considérer que dieu/le destin, dans son omniscience, « intègre » dans l’ordre du monde le fait que certains ne parviendront pas à la sagesse, et fasse en sorte que leurs actions ne nuisent pas à l’harmonie de l’ensemble, mais y contribuent ?
La sagesse serait en droit accessible à tous mais, en fait, tous ne pourraient y parvenir – ou, en tout cas, n’y parviendraient pas -, et la Raison universelle en tiendrait compte, permettant certaines choses et non d’autres ?
Ne retrouve-t-on pas ici la difficile question de la compatibilité de la liberté avec les idées de prédestination ou de Providence ? Les paradoxes de toute théodicée ?
Auriez-vous connaissance de textes précis des stoïciens sur ces questions ?
Avec mes remerciements pour la qualité de votre site,
bien cordialement.
Bonjour
La pensée stoïcienne s’est efforcée d’éclairer le problème que vous posez. Le Destin n’est pas, chez eux, l’enchaînement nécessaire des causes et des effets mais la cause unique qui est en même temps liaison des causes. Il comprend en son unité tous les genres de causes, c’est-à-dire tout ce qui existe. Or parmi les causes, Chrysippe nous demande de distinguer les causes parfaites et principales des causes auxiliaires et prochaines.
Par exemple, que le devenir criminel d’un homme mette en jeu des causes auxiliaires (mauvaise éducation, tempérament colérique etc.) ne signifie pas qu’il ne dépend pas de son assentiment à certaines représentations, assentiment qui dépend de lui et qui est la cause principale de son acte. Il y a donc place dans le système stoïcien pour la responsabilité et la liberté conçue comme agir conforme à l’ordre naturel des choses, ordre que la raison permet de connaître.
N’appartient pas plus à l’ordre naturel des choses, pour un être porteur de logos, d’être un assassin que de ne pas appeler le médecin, lorsque l’on est malade (cf. l’argument paresseux). « Que tu aies appelé ou non le médecin, tu guériras », c’est là un sophisme ; car il est autant dans ton destin d’appeler le médecin que de guérir ; ce sont choses, je l’ai dit, que Chrysippe appelle confatales » Cicéron, Traité du Destin, XIII, 30.
Il s’ensuit que si l’aporie du hasard, du désordre est évitée à l’échelle cosmique, à l’étage humain, il y a bien un désordre, celui de la folie de l’insensé. Le sage est à l’abri de cette folie, non point en vertu d’une nécessité extérieure à sa nature (écrite de toute éternité) mais en vertu des possibilités de cette même nature, que chaque homme peut mettre en œuvre ou non et qui font elles aussi partie du destin. La détermination de la volonté humaine n’est pas plus à exclure du destin que les autres causes.
Il s’ensuit que la physique du fatum ne débouche pas sur une éthique du fatalisme dans le stoïcisme.
Voyez le Traité du Destin de Cicéron.
Bien à vous.
[…] » La sagesse stoïcienne […]
Si des réticences quant à la praticabilité de la sagesse stoïcienne sont présentes chez beaucoup d’adultes, c’est uniquement, à mon humble avis, parce que quelque part nous sommes déjà formatés par nos parcours divers et diversifiés.
Je crois que la sagesse stoïcienne gagnerait à être un outil à convoquer tout au long du processus d’éducation, de la première enfance à l’adolescence. Un nouvel horizon de pensée serait ainsi offert aux générations futures.
Excusez mon dilettantisme.
Bonjour
Vous ne devez pas sous-estimer ce que la sagesse stoïcienne a de difficile et de surhumain pour la plupart des hommes. Dans la mesure où elle implique un déploiement de la liberté intérieure, elle n’a rien à voir avec un quelconque dressage. En ce sens la raison que vous invoquez pour expliquer son inactualité me semble erronée.
Tant dans ses présupposés (croyance en un ordre cosmique divin) que dans ses moyens (maîtrise de ses affects et de ses désirs), elle n’est guère au diapason d’une époque caractérisée par le nihilisme, l’hédonisme, le culte du désir et la dévitalisation de l’idée même de vertu.
Cela dit, ce n’est pas une raison pour disqualifier cette sagesse. Elle est souvent l’unique recours dans certaines épreuves de la vie.
Bien à vous.
Bonjour. Etant intéressée par le stoïcisme, j’ai un peu lu Sénèque, Socrate, Marc-Aurèle, et Mr Gilles Prod’homme : S’exercer au bonheur selon les stoïciens. J’ai trouvé votre site en fouinant et j’ai adoré. Je traversais une période de deuil difficile et le stoïcisme avait pour but de me remonter un peu le moral , il a réussi. Je ne suis pas très calée mais très intuitive. Je suis en outre athée et il me fallait une philosophie qui ne soit pas trop religieuse. J’ai un peu étudié l’Inde, le taoïsme, mais le stoïcisme me semble vraiment une aide concrète au quotidien. Cette idée d’un corps universel, qui donne une direction dans la pensée, m’est importante. Il y a un monisme plus ou moins panthéiste là-dedans, mais très ouvert : on peut être matérialiste (voir des corps qui changent partout : dans les météores comme dans les humains) tout en ayant une idée universelle : « l’esprit de l’athéisme » de Comte-Sponville.
Y aurait-il un livre que vous conseilleriez, pour mieux vivre sa vie au quotidien de façon philosohe et sage ? Bien sincèrement et merci pour ce site délectable. Anny
Bonjour
Merci pour ce message sympathique.
Je suis démunie pour répondre à votre question tant je suis convaincue que le sésame de la sagesse ne se trouve pas dans un livre mais dans une pratique quotidienne de la philosophie. Or cette pratique se conquiert par la fréquentation des grands philosophes, par un travail de soi sur soi, par un apprentissage de l’autonomie spirituelle et morale.
Je vous conseille de lire les auteurs eux-mêmes non les commentateurs en commençant par les textes les plus accessibles.
Par exemple pour Platon, l’Apologie de Socrate et non les Lois.
Pour Descartes: le Discours de la méthode et non le Traité du monde. Etc.
Il est passionnant aussi de faire des rencontres enthousiasmantes. Par exemple celle de Thoreau. https://www.philolog.fr/eloge-de-leveil-henry-david-thoreau/#more-3545
Plus on élargit son esprit grâce à d’autres expériences que la sienne, plus on grandit en intelligence et en force d’âme.
Souvent un livre nous en apprend plus sur une situation donnée que des bibliothèques. Je pense au dernier livre de Svetlana Alexietvitch, bien utile pour avoir une idée de ce qui se passe en Ukraine. https://www.philolog.fr/svetlana-alexievitch-la-fin-de-lhomme-rouge-ou-le-temps-du-desenchantement/#more-3629
C’est plutôt dans ces multiples directions que je décèle des voies de salut.
Bien à vous.
Je vous remercie. Il est important de savoir définir sa ligne de conduite avec des mots précis, dans notre société si complexe. Ne pas avoir de « gourou » : une indépendance
est un trésor qui doit s’acquérir avec de la connaissance et un début de sagesse.
Je vais donc suivre vos conseils que je trouve éclairés ; je connais Thoreau que j’aime beaucoup.
Je garde votre mail précieusement et, si vous voulez, je vous tiendrai au courant
de mon évolution (je suis « évolutionniste » au sens moral aussi lol) dans la pratique
de la vie individuelle, sociale, universelle au quotidien. Gros défi sympa, non ?
Merci encore. Bien sincèrement à vous,
Anny
Bonjour,je suis tombé par hasard sur votre page et j avoue que cela me fait du bien de lire tous ces commentaires sur le stoïcisme .j en suis personnellement convaincu de cette vraie direction a suivre durant notre vie je continuerai à lire avec intérêt .merci
Bonjour,
Tout d’abord, merci à vous pour cet article. Je me rapproche de la philosophie, persuadée que c’est un lieu de réponses à beaucoup d’interrogations.
J’avais en effet lu Le Gorgias en terminale, et j’avoue que cette lecture m’avait énormément apaisée quand aux différentes manières d’appréhender le bonheur.
Une question cependant: Je me souviens d’un cours de philosophie où on nous avait dit que le stoïcisme se trouvait aussi lorsque l’on fait tout pour arriver à arranger une chose, et que tout ayant été fait, cela ne changeant rien, et seulement à ce moment là, il fallait donc arrêter d’essayer pour voir la chose ou la situation comme elle est, en acceptant de ne rien avoir pu faire. Est ce que cela relève aussi du stoïcisme ou d’une autre philosophie, auquel cas je me serais un peu embrouillée ? Et auriez vous un ouvrage traitant de ce sujet ?
En vous remerciant pour votre réponse,
Madeleine
Bonjour
Le stoïcisme n’est pas une philosophie de la paresse et du fatalisme.
Il s’agit pour chacun de bien jouer le rôle qu’il n’a pas choisi, d’assumer ses devoirs, de viser ses fins avec courage et persévérance.
On ne saura les limites de son pouvoir qu’en l’ayant déployé dans toutes ses possibilités.
Les stoïciens critiquent l’argument paresseux. « Que tu aies appelé ou non le médecin, tu guériras », c’est là un sophisme ; car il est autant dans ton destin d’appeler le médecin que de guérir ; ce sont choses, je l’ai dit, que Chrysippe appelle confatales » Cicéron, Traité du Destin, XIII, 30.
Voyez plus haut ma réponse à Julien du 5 octobre 2013.
Pour avoir une idée précise de la pensée stoïcienne, il faut lire les « Entretiens » d’Epictète et les « Pensées » de Marc Aurèle.
Bien à vous.
Bonjour, j’ai lu votre texte sur le stoïcisme avec grande attention et je l’ai trouvé très interessant. Cependant une question que je me pose demeure; l’homme peut-il vraiment accéder au souverain bien ? Je comprend que les doctrines (ou pensées ) du stoïcisme et de l’épicurisme prônant respectivement, l’appréciation exacte de la valeur des chose et le contrôle des représentations ainsi que le plaisir, joui avec modération et retenu, se disent amener l’homme au bonheur et donc à la fin naturelle de l’existence humaine. Mais le souverain bien est-il vraiment accessible pour n’importe qui ? Existent-ils des obstacles, des barrières qui pourraient nous amener à considérer l’atteinte du souverain bien comme hypothétique et non réellement réalisable pour le commun des mortels ?
Bonjour
Les stoïciens eux-mêmes soulignent la rareté du sage mais rareté ne signifie pas impossibilité. Celui-ci « naît à peu près, comme le phénix, une fois tous les cinq cents ans » dit Sénèque.
C’est dire la difficulté d’être un sage accompli, c’est-à-dire un homme capable de faire coïncider sa raison avec la raison universelle. Il faut donc comprendre non pas que la sagesse est une exigence hors de portée de l’humaine condition mais qu’elle définit un idéal dont on peut seulement s’approcher. La philosophie se définit comme amour de quelque chose dont on est privé. Le stoïcien conséquent ne peut être que celui qui s’efforce vers une perfection qu’il ne prétend jamais incarner. En ce sens, il n’est pas sage mais en route vers la sagesse.
Voyez bien que pour le stoïcisme on est un sage ou un non-sage. Il n’y a pas de milieu entre ces deux états. Que l’on se trouve à une coudée ou à cinq brasses au-dessous de la surface de l’eau, disent-ils, on n’en est pas moins noyé.
Mais reconnaître les faiblesses de l’humanité ne revient pas à y consentir avec complaisance.
Les stoïciens ne les sous-estiment pas mais ils nous exhortent à un progrès spirituel dont s’exonèrent ceux qui, par principe, déclarent l’idéal de la sagesse impossible. Ce genre de déclaration est toujours l’alibi de la paresse et de la lâcheté.
Cf. Le souverain bien comme telos dans la dernière partie de cet article. https://www.philolog.fr/visage-de-la-folie-humaine-nous-ne-nous-tenons-jamais-au-temps-presentpascal/
NB: Il va de soi que la pratique stoïcienne n’est accessible qu’à ceux qui se donnent la peine d’en honorer les exigences. Ce qui n’est pas « n’importe qui »!
Bien à vous.
mon épouse est décédée le 23 décembre 2014 suite à une césarienne mal faite au Centre Hospitalier Départemental du Borgou (Bénin). ce texte me donne le courage, l’espérance et me fait espérer le bonheur. Vive la philosophie stoïcienne
Bonjour
La philosophie stoïcienne est en effet d’un très grand secours dans l’adversité. Elle nous aide à nous disposer d’une certaine manière par rapport à ce qui échappe à notre pouvoir de telle sorte que nous ayons moins à en souffrir.
Puisse-t-elle vous donner des forces dans cette douloureuse épreuve.
Avec toute ma sympathie.
Bonjour,
Merci pour ce petit cours très intéressant! Je suis actuellement en train de préparer un devoir sur l’héritage du stoïcisme et de l’épicurisme dans la littérature, et je dois dire que j’ai un peu de mal sur un point: l’oeuvre de Rabelais et celle de Montaigne suivent-elles la philosophie stoïcienne ou épicurienne?
Désolée pour cette question un peu dérivée du sujet, et merci d’avance pour votre réponse,
cordialement.
Bonjour
Il faut toujours se méfier des étiquettes Ce n’est pas parce que certains points d’une doctrine se rencontrent chez des écrivains qu’ils suivent les préceptes d’une école de pensée et de vie, telle que le furent l’épicurisme ou le stoïcisme.
Par exemple, les Essais montrent que Montaigne ne ressemble qu’à lui-même, qu’il est ondoyant et divers comme la vie, qu’il fait l’éloge des plaisirs et qu’à ce titre on pourrait le prendre pour un épicurien. Mais il n’a pas les réserves d’un Epicure à l’endroit de l’amour, il ne le suit pas dans le conseil de « vivre caché » puisqu’il assume des engagements politiques etc. Il critique l’ascétisme stoïcien, leur conception inhumaine de la vertu. Il affiche toujours son option sceptique. https://www.philolog.fr/pierre-manent-montaigne-la-vie-sans-loi/
Par ces quelques remarques, je veux seulement suggérer que seule une comparaison fine, à partir d’une bonne connaissance des textes pourra vous permettre de tenir des propos fondés.
Idem pour Rabelais.
Bien à vous.
…..ouahh !!!découverte d’une lueur lumineuse et vive dans mon monde noir et obscur…. la lumiére existe donc !! n »éteignez pas l »interrupteur guidez moi ( nous ) à la voix, au voir, au sentir, aux gestes, au peu de sens qui nous restent…..
Bonsoir Simone MANON; je tiens à vous remercier pour tous vos exploits. J’ai un thème de mémoire de maitrise qui se présente comme suit: La sagesse stoïcienne en tant que lieu de la quiétude et de la tranquillité de l’âme. Je souhaite que vous m’indiquiez des ouvrages pouvant m’aider pour la rédaction du thème; si possible, me revoyiez le thème et me proposiez un plan. D’avance, je vous dit sincèrement merci!
Bonjour
Il ne faut pas attendre des autres qu’ils fassent le travail à votre place. Vous pouvez exploiter le travail de Pierre Hadot et de bien d’autres. La bibliographie est très importante et on attend de vous que vous preniez la peine d’approfondir par vous-même cette belle question.
Bien à vous.
Félicitation Simone! Je viens souvent sur le site m’enrichir de vos publications ; mais cette fois j’ai voulu laisser ce message.
Bien à vous.
Très beau texte, merci pour les informations pertinentes !
bonjour Madame
merci pour blog tres intéressant!la sagesse stoiciennne consiste elle à tout aimer dans la vie?
merci pour ce blog! j’aimerais que vous traitiez aussi des sujets qui touchent la philosophie africaine si possible.je pense que cela aussi est important nous etudiants africains . merci
Bonjour
La sagesse stoïcienne consiste à se disposer favorablement par rapport à tout ce qui nous arrive, par un travail sur nos représentations et donc par une discipline de nos désirs. C’est beaucoup plus précis et sensé que l’expression que vous employez car que signifie « aimer »?
Pour ce qui est de la philosophie africaine, je ne sais pas à quoi l’expression renvoie. Ce qui existe, ce sont des auteurs s’exprimant lorsqu’ils font vraiment œuvre dans leur langue, ce qui est un obstacle pour ceux qui ne la maîtrisent pas.
Bien à vous.
Bonsoir ça fait 4 ans maintenant je consulte votre blog mon objectif renforce mes capacités d’apprendre la philosophe parce que j’aime la philosophie je suis très ravi votre connaissance.
Abdoulaye Satie pprentiqua’d la philo. Merci votre disponibilité.
Bonsoir Professeur ,
Votre blog est un éclairage, une lanterne qui éclaire au-delà du chemin parcouru .
Une consultation de votre blog nous fera apparaitre la partie manquante du puzzle de notre vie .
La sagesse est un immense et inépuisable trésor , une source intarissable ou s’abreuvent ceux dont le regard pénètre au plus profond des choses .
Faisons de la juste mesure une règle de conduite , brisons nos désirs pour fuir les diverses servitudes et ne soyons pas telle la brebis qui, se trouvant dans une prairie verte brouta jusqu’à s’engraisser , ce qui causa sa perte .
Que vos pas soient guidées par deux lumières, une lumière pour la crainte et une autre pour l’espoir …
Merci pour ce sympathique message.
Bien à vous.
Merci, Madame, pour ces précieuses synthèses. J’aurais une question/remarque à propos de la thèse d’un consentement délibéré au réel, que vous préférez à celle de la « résignation », définie comme passion triste. Je comprends que la pleine adhésion à l’ordre du monde se distingue d’une soumission morose, arrachée à contrecoeur, sans l’aval de la raison. Néanmoins, la résignation n’est pas seulement, à mon sens, un mouvement intérieur: elle s’assortit d’un refus d’agir. A ce titre, mettre ses désirs en conformité avec l’ordre du monde pensé comme implacable me paraît une forme de ruse (je suis le libre acteur de ma passivité) pour ne pas dire le comble de la servitude. Merci de m’éclairer!
Bonjour
Rien n’est plus étranger aux stoïciens que la passivité et donc la soumission (ce qu’implique l’idée de résignation). Il s’agit pour eux de faire un bon usage des représentations afin de comprendre l’ordre rationnel des choses et de tendre sa volonté afin de vivre en conformité avec lui. Nul n’a choisi le rôle qui lui est imparti (les devoirs qu’il a à assumer, sa fonction sociale etc.) mais il appartient à chacun de le jouer le mieux possible, dans la sérénité voire la joie d’une adhésion positive à ce qui est, (amor fati).
Parler de servitude témoigne d’une incompréhension foncière de cette grande école de liberté.
Bien à vous.
Merci de votre réponse. J’employais le mot « servitude » car je songeais aux usages politiques de cette sagesse. Le stoïcien se dresse-t-il contre le tyran? Ou considère-t-il la tyrannie comme ce qui ne dépend pas de lui et ce à quoi il doit, dans ses actions, se conformer? Encore merci de votre aide.
Bonjour
Le stoïcisme est une philosophie des temps de crise. Il se développe à l’âge hellénistique, le mot « hellénistique » désignant un moment de l’histoire grecque s’étendant du règne d’Alexandre le Grand (fin du IV siècle avant JC) jusqu’à la domination romaine.(fin du 1°siècle av. JC). On a souvent dit qu’avec la victoire de Philippe (le père d’Alexandre) à Chéronée en 338 av. JC, s’achève la grandeur du monde grec. La liberté politique des cités grecques est révolue. Le régime monarchique supplante la démocratie et le grand effort d’un Platon ou d’un Aristote pour former les futurs citoyens perd de son actualité. La philosophie ne peut plus définir une éthique qui soit en même temps une politique. Elle s’attache plutôt à penser une morale de l’individu davantage tournée vers l’intériorité.
La liberté ne peut plus être conçue comme inscrite dans les institutions d’une cité libre ; elle ne peut l’être que comme liberté intérieure, la seule permettant d’échapper à un prince tout puissant. Le bonheur devient donc, lui aussi, affaire individuelle dans un monde menaçant, voire hostile. Plus question de penser la liberté et le bonheur comme des réalités politiques.
Epictète est un esclave, Sénèque ou Marc-Aurèle des hommes puissants mais il ne dépend pas de Sénèque de résister à Néron ou à Marc Aurèle de ne pas avoir un fils (Commode) cruel et sanguinaire.
Le « ce qui dépend de nous » s’apprécie dans des situations qui sont toujours singulières. Il s’ensuit que l’usage politique de la liberté varie en fonction des contingences historiques.
https://www.philolog.fr/vaut-il-mieux-changer-ses-desirs-que-lordre-du-monde/
Bien à vous.
Bonjour Madame,
Un immense merci pour votre travail et votre disponibilité qui font honneur à la mission de professeur que vous vous fixez, bien au delà de l’audience de vos élèves. Atteignant bientôt les trois quarts de siècle, j’en suis arrivé à adopter, autant qu’il est possible, la philosophie stoïcienne pour le cours de l’existence, c’est pourquoi je profite du développement de ce sujet pour témoigner de ma reconnaissance.
Bienheureux sont vos élèves qui bénéficient d’un éclairage, d’une réflexion, qui en son temps auraient pour moi été une aubaine incomparable.
Une des mes joies est d’avoir, modestement, encouragé – si tant est que ce fût nécessaire – mon petit fils à s’engager dans des études supérieures de philosophie en préparation de licence.
C’est à des professeurs comme vous qui portent haut l’idée d’éducation populaire, c’est à dire accessible à tous, qu’est validée, en ces temps troublés et incertains, la fameuse parole de R. Rolland sur le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté.
Merci encore et honneur à vous.
Merci, Madame, pour cette mise en perspective éclairante.
Réponse à Mr Marcailloux
Merci pour ce sympathique message.
Bien à vous.
Bjr professeur
c’est avec un réel plaisir que je découvre cet blog pour ne pas dire cet autel.
Merci encore et beaucoup de courage à vous …
[…] » La sagesse stoïcienne. Le stoïcisme est un eudémonisme. Il fait du bonheur la fin naturelle de l’existence humaine et de la sagesse la méthode du bonheur. Mais Epictète ne définit pas comme Epicure le bonheur par le plaisir. Il le définit par la vertu. Le bonheur c’est la vertu et non ce qui est visé par la vertu. On peut être heureux dans le taureau de Phalaris pourvu qu’on soit vertueux. Le bonheur n’est pas réservé à la vie divine, il doit se réaliser ici et maintenant car la seule réalité qui est, c’est le temps actuel, celui des actes. PB : En quoi consiste la vie vertueuse ou vie heureuse ? Etre empêché c’est être confronté à un obstacle ; être contraint c’est faire l’expérience de la servitude. […]
J’ai découvert sur recommandation de faire les lectures vertueuses sur les stoïciens et j’en suis très réconforté. Je comprends de plus en plus que ma faiblesse, c’est de m’appesantir sur des choses que je ne contrôle pas. Je lirai de plus en plus sur votre site.
Bonsoir,
Merci pour votre travail très complet et de grande qualité!
J’aurais une question à vous poser « pourquoi les stoïciens pensent-ils que nous vivons dans le « meilleur des mondes »? »
Merci.
Bonjour
Je ne me souviens pas d’avoir lu l’expression « meilleur des mondes » dans le texte stoïcien mais pour ces philosophes le monde est un logos divin. Il est parfaitement bon du fait qu’il forme un tout complet.
Bien à vous.
Bonjour,
Tout d’abord, merci pour votre article et votre site qui est une mine d’informations.
Le stoïcisme postule un déterminisme qui n’exclut pas la liberté. J’aurais aimé savoir si la pensée existentialiste de Sartre participe de cette vision compatibiliste.
Dans le Traité du destin, Cicéron revient sur la réponse de Chrysippe à l’objection faite par le sophisme paresseux. Chrysippe distingue les causes auxiliaires et les causes principales pour affirmer que la nécessité du destin n’empêche pas la possibilité pour l’homme de se réformer (cf: exemple du devenir criminel de l’individu).
Lorsque Sartre affirme que « l’existence précède l’essence », ou encore que « nous n’avons jamais été aussi libre que sous l’occupation allemande », n’y a-t-il pas quelque chose de cette nature chez les Stoïciens?
Je vous remercie d’avance pour votre réponse.
Bonjour
Il y a en effet du stoïcisme dans la philosophie sartrienne lorsqu’il affirme la liberté foncière de l’être humain qui, en qualité de pour soi (un néant capable de néantiser), ne saurait sans mauvaise foi se prétendre déterminé par sa situation dans le monde. https://www.philolog.fr/etre-en-situation-dans-le-monde-sartre/
Ainsi Sartre, comme les stoïciens, montre qu’il n’y a pas d’obstacle en soi. C’est la manière de se projeter vers le monde qui détermine le coefficient d’adversité des choses. https://www.philolog.fr/liberte-et-obstacles/
« De même que la Nature universelle a communiqué à chacun des êtres raisonnables ses autres pouvoirs, de même aussi nous avons reçu d’elle celui-ci: de la même manière qu’elle retourne en sa faveur, réinsère dans l’ordre du Destin, transforme en une partie d’elle-même, tout ce qui barre son chemin et lui résiste, de la même manière le vivant raisonnable peut faire de tout ce qui lui fait obstacle sa matière et en tirer parti, quel que soit le but vers lequel porte son intention » Marc Aurèle, Pensées, VIII, 35
Reste qu’il n’y a pas chez Sartre une physique du fatum et la liberté de l’existant n’est pas une pure liberté intérieure qui peut consentir sans se nier au taureau de Phalaris (amor fati). La liberté sartrienne est négativité, négation de tout ce qui la nie, liberté aux prises avec l’extériorité non pour consentir à son inertie mais pour la soumettre à ses exigences. Liberté créatrice donc se réappropriant les pouvoirs qu’un Descartes avait mis en Dieu et qui définit aux yeux de Sartre le fondement d’un véritable humanisme.
https://www.philolog.fr/la-liberte-de-letre-en-situation-dans-le-monde-sartre/
Bien à vous.
Bonsoir,
je vous dérange et j’en suis désolé.
j’ai tenté de lire Pensées et Entretiens de Épictète pour retrouver une phrase cité dans l’article au dessus:
« Qu’est-ce que cherche un homme ? À vivre calme et heureux, à faire tout ce qu’il veut sans en être empêché et sans y être contraint. »
Épictète. Entretiens IV. I, 46
Hélas je n’ai pas trouvé de trace dans différents documents en ma disposition, pourriez-vous m’aider à trouver cela s’il vous plaît ?
Amicalement,
Moi
Bonsoir
Vous avez la référence. Vous pouvez retrouver le texte dans n’importe quelle édition.
Par exemple dans la Pléiade, les Stoïciens, vous le trouverez page 1044.
Bien à vous.