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  La bonne volonté ou volonté morale consiste à avoir comme principe d'action la seule obéissance au commandement énoncé par la raison, non un intérêt sensible ou une inclination naturelle. Elle est la volonté d'agir par pur respect pour la loi de la raison et seule la pureté de cette intention la qualifie comme bonne volonté. "De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde , et même en général hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n'est seulement une bonne volonté" Fondements de la métaphysique des moeurs. 1785 

  

       Il s'ensuit qu'on ne peut pas savoir de l'extérieur si une action est morale ou non. C'est dans le secret d'une intériorité que se joue la moralité ou l'immoralité d'un acte. Il n'y a que le sujet lui-même, (et encore on peut en douter si l'on considère combien nous sommes enclins à nous aveugler sur nous-mêmes, par mauvaise foi ou amour propre ou simplement parce que nous n'avons pas un absolu rapport de transparence à nous-mêmes) qui puisse savoir ce qui est au principe de son action. Cf. http://www.philolog.fr/lopacite-du-sujet-moral-kant/

  L'analyse kantienne de la moralité établit que : 

  

1)  Première proposition. 

 

  L'action morale n'est pas simplement l'action conforme au devoir, c'est l'action accomplie par devoir. Ex : Une personne peut être bienveillante par sympathie pour le genre humain. Extérieurement son action est conforme à la loi morale qui nous commande la bienveillance à l'égard d'autrui. Mais dans ce cas de figure, la volonté de la personne n'est pas déterminée par la loi morale, elle est déterminée par une inclination sensible (la sympathie). Ce qui la fait agir n'est pas un principe pratique (le pratique chez Kant est ce qui est possible par liberté), c'est un mobile pathologique (le pathologique est ce qui relève de la sensibilité, du passif). L'action n'est donc pas morale, quand bien même elle en a l'apparence extérieure. La bienveillance ne serait morale que si la personne faisait du bien par respect pour la loi morale. Autre exemple donné par Kant : Le marchand servant loyalement ses clients agit conformément au devoir mais s'il n'a en vue que sa réputation ou son intérêt bien compris, sa loyauté n'a pas de valeur morale. Il est pathologiquement déterminé, il ne se détermine pas pratiquement (moralement). Il n'est pas libre car il ne s'est  pas rendu indépendant de ses inclinations naturelles pour régir sa conduite par la loi de la raison. Il n'est pas autonome rationnellement, il est hétéronome et son intention n'a aucune pureté morale

  Cette analyse atteste le rigorisme kantien. Dès lors qu'une inclination sensible, par exemple l'aspiration au bonheur, intervient dans la détermination de la volonté, celle-ci est moralement corrompue. Elle n'a pas de valeur morale, elle n'est pas bonne volonté. 

  

2)  Deuxième proposition. 

 

  L'action tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle ou des effets qu'elle produit, mais du principe du vouloir. En effet, le but peut être bon, sans qu'il faille faire preuve de bonne volonté pour l'atteindre. (Cf. La bienveillance par sympathie. La loyauté par intérêt). Par ailleurs, les buts, les contenus de l'action dépendent de la faculté de désirer et des situations dans lesquelles se trouve l'agent. Ce n'est pas la matière de l'action qui permet de juger sa valeur morale, c'est le principe du vouloir. Ce qui importe, c'est la règle en vertu de laquelle l'action est accomplie. La loi morale n'est  pas définissable par un contenu, elle l'est par sa seule forme. Or la forme d'une loi énoncée par la raison, qu'il s'agisse des lois formulées par la raison théorique (les lois de la nature) ou de celles qui le sont par la raison pratique est l'universalité. Il s'ensuit qu'il n'est pas difficile d'agir moralement, il suffit de se demander en toutes les occurrences de la vie si l'on peut universaliser la maxime de son action. Ex : Puis-je faire une fausse promesse ? Puis-je mentir ? Non répond Kant, car je ne peux pas universaliser le principe du mensonge ou de la fausse promesse. Il y a là une contradiction logique détruisant l'idée de promesse ou celle de mensonge. 

  Cette analyse fonde le formalisme kantien et conduit le moraliste à donner cette autre formulation de l'impératif catégorique ou impératif moral : «  Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle ». Agis d'après un principe subjectif (une maxime) qui puisse être érigé en loi objective. 

  

3) Troisième proposition. 

 

  Elle est une conséquence des deux propositions précédentes : « Le devoir est la nécessité d'accomplir une action par respect pour la loi ». 

  Avec la notion de respect, Kant introduit un mobile sensible dans la détermination de la volonté. Mais ce mobile ne corrompt pas la pureté de l'intention morale, car le respect n'est pas un sentiment comme un autre. Il est l'effet dans la sensibilité d'une représentation de la raison. En termes kantiens, « le respect n'est pas un sentiment reçu par influence, c'est un sentiment spontanément produit par un concept de la raison ». C'est un sentiment pratique non un sentiment pathologique. Cf. Cours 

  L'action accomplie par respect pour la loi morale est donc bien l'action dans laquelle la détermination de la volonté procède de la seule causalité de la raison

 

  L'articulation de la vertu et du bonheur dans notre idée du souverain bien. 

 

 Définition : Le souverain bien est le bien suprême, le bien au dessus duquel il n'y en a pas de supérieur. 

  Dans les morales antiques ou morales téléologiques (telos : la fin, le but), le souverain bien est indistinctement vertu et bonheur. 

  Dans la morale kantienne ou morale déontologique (= morale du devoir) la vertu et le bonheur sont distingués et hiérarchisés. Le bonheur est sans doute notre fin naturelle mais notre dignité est d'être un être de raison or la finalité d'un être raisonnable est une finalité morale. La moralité est le bien suprême. Notre vocation, affirme Kant, est moins d'être heureux que de nous rendre dignes de l'être. 

  Pourtant qu'il y ait hétérogénéité voire antinomie parfois entre la recherche du bonheur et la moralité ne signifie pas que l'exigence morale condamne le bonheur. Nous pensons bien sous le nom de souverain bien l'union de la vertu et du bonheur. Et nous considérons communément que le bonheur devrait être la récompense de la moralité (ou vertu). Voilà pourquoi nous nous indignons lorsque nous observons que tout réussit à un scélérat alors que l'homme de bien, Job par exemple, souffre tous les maux de la terre. Il nous semble qu'il y a là un scandale car notre idée du bien complet est bien celle de l'union de la vertu et du bonheur, l'une (la vertu) devant être la condition de l'autre (le bonheur). 

  Or il s'en faut de beaucoup que les choses soient en fait, ce que nous pensons qu'elles devraient être en droit : 

  L'expérience montre que la jouissance de la vie ne semble pas liée à la qualité morale de la conduite. De nombreuses personnes ne s'encombrent guère de scrupules moraux et cela ne semble pas altérer leur capacité de jouissance. Ex : Les hommes de la trempe de Calliclès. 

  L'expérience montre aussi la nette tendance des hommes à sacrifier l'exigence morale à la satisfaction de leurs désirs c'est-à-dire au bonheur. Ex : De nombreuses personnes construisent leur bonheur sur la ruine de la vie des autres. Le mari qui abandonne sa femme vieillissante pour une jeunesse sait bien que sa conduite n'est pas moralement bonne, cela ne l'empêche pas de choisir son bonheur. Kant fait d'ailleurs remarquer qu'on ne peut reprocher à personne de choisir le bonheur mais il faut avoir l'honnêteté de reconnaître que ce n'est pas toujours respectable moralement. 

  Ce scandale moral fonde, selon Kant, l'espérance religieuse d'un au-delà où seront réconciliés la vertu et le bonheur. Cf. Le thème du Jugement dernier où les bons seront récompensés et les méchants punis. 

 

 TEXTES:

 

   « Il faut donc développer le concept d’une volonté souverainement estimable en elle-même, d’une volonté bonne indépendamment de toute intention ultérieure, tel qu’il est inhérent déjà à l’intelligence naturelle saine, objet non pas tant d’un enseignement que d’une simple explication indispensable, ce concept qui tient toujours la plus haute place dans l’appréciation de la valeur complète de nos actions et qui constitue la condition de tout le reste; pour cela nous allons examiner le concept du DEVOIR, qui contient celui d’une bonne volonté, avec certaines restrictions, il est vrai, et certaines entraves subjectives, - mais  qui, bien loin de le dissimuler et de le rendre méconnaissable, le font plutôt ressortir par contraste et le rendent d’autant plus éclatant.

   Je laisse ici de côté toutes les actions qui sont au premier abord reconnues contraires au devoir, bien qu’à tel ou tel point de vue elles puissent être utiles; car pour ces actions jamais précisément la question ne se pose de savoir s’il est possible qu’elles aient eu lieu par devoir, puisqu’elles vont même contre le devoir. Je laisse également de côté les actions qui sont réellement conformes au devoir, pour lesquelles les hommes n’ont aucune inclination immédiate, qu’ils n’en accomplissent pas moins cependant, parce qu’une autre inclination les y pousse. Car, dans ce cas, il est facile de distinguer si l’action conforme au devoir a eu lieu par devoir ou par vue intéressée. Il est bien plus malaisé de marquer cette distinction dès que l’action est conforme au devoir, et que par surcroît encore le sujet a pour elle une inclination immédiate. Par exemple il est sans doute conforme au devoir que le débitant n’aille pas surfaire le client inexpérimenté, et même c’est ce que ne fait jamais dans tout grand commerce le marchand avisé; il établit au contraire un prix fixe, le même pour tout le monde, si bien qu’un enfant achète chez lui à tout aussi bon compte que n’importe qui. On est donc loyalement servi; mais ce n’est pas à beaucoup près suffisant pour qu’on en retire cette conviction que le marchand s’est ainsi conduit par devoir et par des principes de probité; son intérêt l’exigeait, et l’on ne peut pas supposer ici qu’il dût avoir encore par surcroît pour ses clients une inclination immédiate de façon à ne faire, par affection pour eux en quelque sorte, de prix plus avantageux à l’un qu’à l’autre. Voilà donc une action qui était accomplie non par devoir, ni par inclination immédiate, mais seulement dans une intention intéressée.

   Au contraire, conserver sa vie est un devoir, et c’est en outre une chose pour laquelle chacun a encore une inclination immédiate, Or c’est pour cela que la sollicitude souvent inquiète que la plupart des hommes y apportent n’en est pas moins dépourvue de toute valeur intrinsèque et que leur maxime n’a aucun prix moral. Ils conservent la vie conformément au devoir sans doute, mais non par devoir. En revanche, que des contrariétés et un chagrin sans espoir aient enlevé à un homme tout goût de vivre, si le malheureux, à l’âme forte, est plus indigné de son sort qu’il n’est découragé ou abattu, s’il désire la mort et cependant conserve la vie sans l’aimer, non par inclination ni par crainte, mais par devoir, alors sa maxime a une valeur morale.

   Etre bienfaisant, quand on le peut, est un devoir, et de plus il y a de certaines âmes si portées à la sympathie, que même sans aucun autre motif de vanité ou d’intérêt elles éprouvent une satisfaction intime à répandre la joie autour d’elles et qu’elles peuvent jouir du contentement d’autrui, en tant qu’il est leur œuvre. Mais je prétends que dans ce cas une telle action, si conforme au devoir, si aimable qu’elle soit, n’a pas cependant de valeur morale véritable, qu’elle va de pair avec d’autres inclinations, avec l’ambition par exemple qui, lorsqu’elle tombe heureusement sur ce qui est réellement en accord avec l’intérêt public et le devoir, sur ce qui par conséquent est honorable, mérite louange et encouragement, mais non respect; car il manque à la maxime la valeur morale, c’est-à-dire que ces actions soient faites, non par inclination, mais par devoir. Supposez donc que l’âme de ce philanthrope soit assombrie par un de ces chagrins personnels qui étouffent toute sympathie pour le sort d’autrui, qu’il ait toujours encore le pouvoir de faire du bien à d’autres malheureux, mais qu’il ne soit pas touché de l’infortune des autres, étant trop absorbé par la sienne propre, et que, dans ces conditions, tandis qu’aucune inclination ne l’y pousse plus, il s’arrache néanmoins à cette insensibilité mortelle, et qu’il agisse, sans que ce soit sous l’influence d’une inclination, uniquement par devoir alors seulement son action a une véritable valeur morale. Je dis plus : si la nature avait mis au cœur de tel ou tel peu de sympathie, si tel homme (honnête du reste) était froid par tempérament et indifférent aux souffrances d’autrui, peut-être parce qu’ayant lui-même en partage contre les siennes propres un don spécial d’endurance et d’énergie patiente, il suppose aussi chez les autres ou exige d’eux les mêmes qualités; si la nature n’avait pas formé particulièrement cet homme (qui vraiment ne serait pas son plus mauvais ouvrage) pour en faire un philanthrope, ne trouverait-il donc pas encore en lui de quoi se donner à lui-même une valeur bien supérieure à celle que peut avoir un tempérament naturellement bienveillant? A coup sûr! Et c’est ici précisément qu’apparaît la valeur du caractère, valeur morale et incomparablement la plus haute, qui vient de ce qu’il fait le bien, non par inclination, mais par devoir […]

   Voici la seconde proposition une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d’après laquelle elle est décidée; elle ne dépend donc pas de la réalité de l’objet de l’action, mais uniquement du principe du vouloir d’après lequel l’action est produite sans égard à aucun des objets de la faculté de désirer. Que les buts que nous pouvons avoir dans nos actions, que les effets qui en résultent, considérés comme fins et mobiles de la volonté, ne puissent communiquer à ces actions aucune valeur absolue, aucune valeur morale, cela est évident par ce qui précède. Où donc peut résider cette valeur, si elle ne doit pas se trouver dans la volonté considérée dans le rapport qu’elle a avec les effets attendus de ces actions? Elle ne peut être nulle part ailleurs que dans le principe de la volonté, abstraction faite des fins qui peuvent être réalisées par une telle action; en effet, la volonté placée juste au milieu entre son principe a priori, qui est formel, et son mobile a posteriori, qui est matériel, est comme à la bifurcation de deux routes; et puisqu’il faut pourtant qu’elle soit déterminée par quelque chose, elle devra être déterminée par le principe formel du vouloir en général, du moment qu’une action a lieu par devoir; car alors tout principe matériel lui est enlevé.

 

 

   Quant à la troisième proposition, conséquence des deux précédentes, je l’exprimerais ainsi : le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi. Pour l’objet conçu comme effet de l’action que je me propose, je peux bien sans doute avoir de l’inclination, mais jamais du respect, précisément parce que c’est simplement un effet, et non l’activité d’une volonté. De même je ne peux avoir de respect pour une inclination en général, qu’elle soit mienne ou d’un autre; je peux tout au plus l’approuver dans le premier cas, dans le second cas aller parfois jusqu’à l’aimer, c’est-à-dire la considérer comme favorable à mon intérêt propre. Il n’y a que ce qui est lié à ma volonté uniquement comme principe et jamais comme effet, ce qui ne sert pas à mon inclination, mais qui la domine, ce qui du moins empêche entièrement qu’on en tienne compte dans la décision, par suite la simple loi pour elle-même, qui puisse être un objet de respect et par conséquent être un commandement Or, si une action accomplie par devoir doit exclure complètement l’influence de l’inclination et avec elle tout objet de la volonté, il ne reste rien pour la volonté qui puisse la déterminer, si ce n’est objectivement la loi, et subjectivement un pur respect pour cette loi pratique, par suite la maxime d’obéir à cette loi, même au préjudice de toutes mes inclinations ».

   Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, première section, traduction Victor Delbos, Delagrave, p. 94 à 101.

 

 

 

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90 Réponses à “La morale kantienne: rigorisme et formalisme.”

  1. Sartres dit :

    Je vous remercie bien pour cette explication. Bonne continuation!

  2. محيي الدين dit :

    Merci infiniment,
    je peux maintenant continuer avec un bon bagage la lecture de La critique de la raison pratique..

  3. Beauvoir dit :

    merci pour ce petit article que j’avais déjà lu il y a un moment et sur lequel je viens de me repencher. J’aurais une petite question à propos du respect.
    La raison nous donne donc si j’ai bien compris directement ce sentiment moral que nous ressentons donc par rapport aux actions que nous devons effectuées (actions morales). Est ce que cela veut dire que c’est le respect qui nous donne notre conscience morale tandis que la raison nous donne le fondement de cette conscience morale? plus exactement est ce qu’on peut déterminer notre volonté moralement bonne simplement en suivant ce sentiment de respect et d’admiration puisqu’il résulte d’une activité de ma raison dans ma détermination à
    Je me demandais cela en lisant ses propos suivant:  » La raison arrache immédiatement mon respect pour une telle législation; et, si je n’aperçois pas encore maintenant sur quoi elle se fonde ( ce que peut rechercher le philosophe), du moins puis je comprendre qu’il y a là pour nos actions la source d’une valeur bien supérieure à celle que peut leur donner l’inclination, et que la nécessité d’agir uniquement par respect pour la loi pratique est ce qui constitue le devoir, auquel tout bautre motif doit céder parce qu’il est la condition d’une volonté bonne en soi, dont la valeur est au dessus de tout ».
    Du coup je me disais que le respect permet déjà de connaître la valeur de l’action puisqu’il est engendré par la raison quand celle ci voit la maxime de mon action comme universalisable, donc mon action comme nécessaire et inconditionnée. Aussi je me disais qu’il me suffisait peut être de ressentir le respect sans connaitre le fondement (la raison) puisque de toute évidence le respect sera toujours respect pour la loi universelle. Ainsi, le respect qui me donne la conscience morale, il me semble, même si je n’ai conscience que de ce sentiment et non de la raison qui l’a engendré, me suffit pour considérer la volonté comme moralement bonne si celle si s’attache à effectuer les actions pour lesquelles je ressens le respect. Serait ce quelque chose comme cela?
    merci par avance pour votre réponse !

  4. Simone MANON dit :

    Bonjour
    J’avoue ne guère comprendre le sens de votre question car votre propos est bien confus.
    Le respect est un sentiment suscité en nous par la représentation de la loi morale et agir moralement consiste à agir sans autre motif que ce respect pour la loi.
    Kant veut dire qu’il n’y a pas besoin d’être un philosophe (celui-ci s’interroge sur le fondement des choses) pour être moral. Ce sentiment, qui est l’effet dans la sensibilité de la représentation de la loi morale, confère immédiatement à l’action que la loi commande une valeur bien supérieure à celles qui ont leur principe dans l’inclination naturelle.
    Cf. http://www.philolog.fr/le-sentiment-du-respect/
    Bien à vous.

  5. Beauvoir dit :

    ce qui me gène c’est que Kant dise que l’on n’ait pas besoin de connaitre le fondement de la législation pour agir par respect pour elle.
    Parce que: le fondement de la législation: c’est la raison, le fait qu’elle puisse nous déterminer à l’action selon un impératif catégorique.
    mais en réalité nous ne sommes pas conscients non plus de cette législation. Nous ne connaissons pas ce fonctonnement de la raison donc nous ne connaissons pas cette législation.
    Donc quand Kant dit que nous agissons par pur respect de la loi morale, c’est inconsciemment. Nous allons agir en fonction du sentiment de respect qui engendre une sorte d’admiration pour les actions morales mais sans savoir que c’est en réalité un respect que nous avons pour la législation universelle. C’est cela?
    Désolé, je reconnais très volontiers que j’ai du mal à exprimer clairement ma pensée. Merci en tout cas pour le lien vers l’autre article, je ne l’avais pas vu !

  6. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Non, vous ne comprenez pas.
    Y a-t-il sens à parler du respect comme d’un sentiment inconscient?
    Avez-vous besoin de fonder théoriquemernt l’impératif vous commandant de ne pas mentir, de ne pas porter atteinte à la vie d’autrui etc. ?
    La représentation de la loi morale est « un fait de la raison » dit Kant. Autrement dit: c’est ainsi, on ne peut que prendre acte d’un fait. Un fait se constate, il ne se déduit pas.
    Cette représentation suscite le respect et ce sentiment suffit à savoir que l’action morale a une valeur absolue. Un point c’est tout.
    Bien à vous.

  7. Beauvoir dit :

    mhm. Je comprends ce que vous me dites. Mais ce n’est pas que je pense que le respect est inconscient mais plutôt la représentation de la loi. Enfin, je vous remercie en tout cas d’avoir pris le temps de me répondre.
    Bonne continuation ! et merci vraiment pour la mise en ligne de tous ces articles qui sont vraiment enrichissants tout en restant très abordables!

  8. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il n’est pas davantage sensé de dire que la représentation de la loi est inconsciente. N’avez-vous pas conscience de la loi qui vous commande de traiter la personne humaine comme une fin, jamais seulement comme un moyen (= de la respecter)?
    Vous en avez conscience bien évidemment sinon il n’y aurait pas d’expérience morale possible. Kant veut simplement dire qu’il n’est pas nécessaire de savoir ce qui fonde une telle loi pour se sentir obligé par elle (et donc pour éprouver à son endroit un sentiment de respect). Autrement dit, il n’y a pas besoin d’être un philosophe ou un savant pour être moral.
    J’espère que vous commencez à comprendre.
    Bien à vous.

  9. Sofia dit :

    Bonjour
    Est ce que cette idée est proche du concept kantien ?
    On est bien par respect aux lois qu’elles soient religieuses, civiles ou autres… Ou parce c’est notre nature et parce qu’on est respectueux, même en l’absence des lois ?
    Autrement dit : Les lois ont étés crées pour des personnes qui ne sont pas naturellement respectueux sinon ils se permettront tout parce qu’il n y a pas de lois répressives ?

    Merci

  10. Simone MANON dit :

    Bonjour Sofia
    Votre propos témoigne à l’évidence que la morale kantienne est totalement incomprise.
    Je vous conseille de commencer par assimiler le cours.
    Voyez bien que Kant parle de la loi morale. Or le propre de celle-ci est d’être donnée par la raison humaine et non extérieurement à elle. Sa représentation est « un fait de la raison » dit notre auteur.
    L’expérience morale a donc un caractère autonome. C’est une expérience commune témoignant que l’homme n’est pas qu’un être sensible, il est aussi un être intelligible appelé par sa nature même à se soumettre à la législation dont il est l’auteur en qualité d’être raisonnable. Sa vocation éthico-politique est de substituer celle-ci à toutes les autres législations, qu’il s’agisse de celle de la nature ou de celles qui sont déterminées par des usages, des préjugés, des intérêts pragmatiques contraires aux exigences de la raison.
    Cf. http://www.philolog.fr/liberte-et-obligation-kant/
    Bien à vous.

  11. J'interrogedoncjesuis dit :

    Bonsoir.

    L’analyse de Kant repose sur l’existence d’une loi morale qui s’impose universellement (donc à tout homme en tant que tel, abstraction faite de sa condition propre et de sa situation), qui apparaît à la conscience dans une clarté totale, et il s’en faut de peu qu’on la compare à un émissaire dépêché par une sphère supérieure de la Raison. Dès lors, pourvu que les propos précédents soient vrais, la Raison qui dicte sa loi inflexible (n’y voyez aucune connotation dépréciative), ne peut pas être assimilée au sujet en lui-même, mais est plutôt une instance présente en lui. Plus modestement : quelle est la nature de cette Raison ? Est-ce une faculté de l’esprit du sujet au même titre que la volonté qui opère des choix ? La Raison est-elle une « aptitude à » démêler, débrouiller ? Ou est-ce une « entité » qui délivre des lois ? La Raison procède-t-elle du Moi ou le jouxte-t-elle ?

    Lorsque Kant professe « tu dois, donc tu peux », qu’entend-il ? Signifie-t-il que l’ordre des choses ne peut contrarier l’accomplissement de l’acte-par-devoir ? Ou bien que la loi morale une fois énoncée, l’agent est nécessairement disposé, dans ses propres facultés, à l’observer ?

    Il apparaît que Kant appréhende la moralité comme une évidence. Mais est-ce si évident ? Si tant est que la loi morale s’offre aussi nettement, comment être sûr qu’elle est bien une exigence de la Raison, et non l’avatar de quelque conditionnement antérieur ? A quelle catégorie d’actions s’applique la loi morale ? Kant a évoqué le mensonge ou la loyauté, mais si la moralité ne se mesure pas à l’aune du résultat, mais à celle de l’intention (le principe du vouloir), peut-on concevoir qu’un acte qui a causé quelque trouble ou quelque dégât puisse procéder d’une volonté sainte ? Un général pénétré de préceptes humanistes sait assurément qu’il n’agit pas moralement en sacrifiant des hommes. Est-ce si évident pour un homme abreuvé de haine dès le berceau, à qui on a inculqué des valeurs moins libérales ; et auquel on intimerait de perpétrer un acte que le premier réprouverait ? Le cas est certes extrême, mais non moins fréquent… la doctrine de Kant exclut-elle que la « voix de la Raison » puisse être étouffée ?

  12. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Kant part de l’expérience commune et ne fait que dégager les conditions de possibilité de l’expérience morale.
    Dans la mesure où le « tu dois » contrarie les penchants naturels, il n’a pas sa source dans la nature sensible de l’humaine condition mais dans ce que kant appelle la nature raisonnable, pour autant bien sûr que l’ordre commande inconditionnellement et universellement. Car avant d’éclore dans sa dimension raisonnable, l’homme est soumis à des conditionnements sociaux qui lui font confondre la voix du devoir avec celle du groupe auquel il appartient. Il va donc de soi que la raison peut être subvertie par les passions ou par les effets d’une éducation non libérale (au sens antique du terme).
    « Tu dois, donc tu peux » signifie: l’obligation morale te révèle ta liberté; Ce n’est pas la liberté qui fonde, aux yeux de Kant, la capacité morale, c’est l’expérience morale qui exige de postuler la liberté. http://www.philolog.fr/liberte-et-obligation-kant/
    La raison est en nous la faculté de l’universel. C’est elle qui nous permet, sur le plan de la connaissance, d’élaborer la science en dégageant les lois universelles qui régissent les phénomènes et sur le plan de l’action de répondre à la question: Que dois-je faire?
    Bien à vous.

  13. J'interrogedoncjesuis dit :

    Une explication on ne peut plus limpide et fructueuse ! Si des éloges d’amateur se confondraient à vous rendre hommage (louanger, n’est-ce pas être en mesure de juger que les choses eussent pu être bien pires, et donc s’introniser censeur ? N’est-ce pas là la marque d’une certaine suffisance lorsqu’elle émane du disciple ?), je ne peux que constater les bienfaits que vos cours dispensent à tous, et espérer que vous poursuiviez !

  14. Pierre dit :

    Bonjour chère Simone,
    J’ai du mal à saisir ce que veut signifier Kant lorsqu’il énonce: « Je laisse également de côté les actions qui sont réellement conformes au devoir, pour lesquelles les hommes n’ont aucune inclination immédiate, qu’ils n’en accomplissent pas moins cependant, parce qu’une autre inclination les y pousse. » Quelle différence Kant fait-il entre une inclination immédiate et les autres inclinations?
    Merci d’avance pour votre réponse.
    A bientôt.
    Bien à vous,
    Pierre

  15. Simone MANON dit :

    Bonjour Pierre
    Aucune inclination immédiate ne vous pousse à payer vos impots mais vous pouvez les payer par respect pour la loi morale qui vous fait obligation de participer aux frais de la vie commune (action morale) ou par peur des sanctions. Dans ce dernier cas, l’action est conforme au devoir mais elle n’est pas morale car elle n’est pas accomplie par devoir mais par le souci de ménager vos intérêts (c’est une inclination, non la raison qui détermine la volonté).
    En revanche vous pouvez éprouver une inclination immédiate à être bienveillant envers votre semblable. Tant que c’est cette inclination (sympathie naturelle) qui détermine votre volonté, votre action n’a pas de valeur morale, même si elle est louable, aux yeux de Kant, car seule une volonté déterminée par la raison est bonne absolument.
    Bien à vous.

  16. Pierre dit :

    Je comprends à présent: le critère de spontanéité est opérant pour distinguer ces deux catégories d’inclination. Dans les deux cas, celles-ci ne sont pas accomplies par devoir mais sont extérieurement conformes au devoir.
    Je vous remercie.
    A bientôt.
    Pierre

  17. Armelle D. dit :

    Bonjour

    Tout d’abord, félicitation pour votre site, particulièrement intéressant et complet.
    J’en profite pour poser une question en espérant que vous aurez le temps de me répondre: pourquoi est-ce que l’impératif catégorique est un raisonnement synthétique a priori?

    En vous remerciant d’avance.
    Armelle

  18. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La moralité ou la nécessité d’agir par respect pour la loi morale, représentée par la raison est un concept pur a priori. La loi morale n’est pas tirée de l’expérience, elle est indépendante d’elle et vaut par elle-même quand bien même elle aurait empiriquement des conséquences désastreuses.
    La loi morale s’impose à une volonté qui n’est pas une volonté sainte sous la forme d’un impératif lui commandant d’ « agir uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » (1ère formulation de l’impératif catégorique).
    Ce principe d’universalité de la loi morale se décline en deux autres principes: celui de l’humanité (ou nature raisonnable et non réalité biologique) définie comme fin en soi et celui de l’autonomie de la volonté. D’où les deux autres formulations de l’impératif catégorique.
    Or ni le concept d’une législation universelle, ni celui de la nature raisonnable élevée à la dimension d’une fin en soi et conçue comme sujet de toutes les fins, ne sont contenus analytiquement (logiquement) dans le concept d’une volonté bonne.
    Dans la mesure où l’impératif catégorique lie le concept d’une volonté bonne au concept d’une législation universelle ou celui de devoir au concept d’une fin en général, il faut convenir qu’il s’agit d’une proposition synthétique.
    D’où le grand problème que pose Kant : Comment une telle proposition synthétique a priori est-elle possible et pourquoi est-elle nécessaire? Ce qui exige le passage de la métaphysique des mœurs à la critique de la raison pure pratique. Celle-ci va permettre d’établir que le concept de liberté apporte la solution au problème posé par l’autonomie de la volonté.

    Bien à vous.

  19. Yolanda dit :

    Bonsoir.
    Merci pour cet espace qui nous permet de d’approfondir des connaissances.
    Je voudrais savoir pourquoi la morale de Kan est qualifiée de formalisme?

  20. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Le cours, dans l’explication de la deuxième proposition, le précise clairement: parce que la loi morale ne se définit pas par un contenu mais par la forme de son exigence, à savoir celle de l’universalité.
    Les mobiles de l’agent moral mettent en jeu sa faculté de désirer, qui fournit les fins et la matière de l’action. Sous cet angle, la conduite n’a pas de dimension morale. Seul peut lui en conférer une le principe du vouloir et celui-ci est formel: dans tout ce que tu fais, demande-toi si tu peux ériger la maxime de ta volonté (principe subjectif) en loi universelle (loi objective).
    Il en est ainsi parce que le loi morale est donnée par la raison et que l’ordre de la raison s’atteste dans l’exigence d’universalité.
    Bien à vous.

  21. […] La morale kantienne: rigorisme et formalisme. » Print […]

  22. […] » La morale kantienne: rigorisme et formalisme. La bonne volonté ou volonté morale consiste à avoir comme principe d'action la seule obéissance au commandement énoncé par la raison, non un intérêt sensible ou une inclination naturelle. […]

  23. serge dit :

    bonjour j’aimerai savoir après tous vos dire quelle est alors la place de la bonne volonté dans une action qui se veut morale?

  24. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Si vous ne l’avez pas encore compris, il ne faut vous en prendre qu’à vous-même!
    Bien à vous.

  25. Bonjour Manon,si nous nous tenons sur la moralité de kant n’ ya t-il pas lieu de voir une impossibilité d’accomplir une action morale parce que selon moi tout acte est intéressé. Ya t-il un lien entre la morale kantienne et la religion? Merci.

  26. Simone MANON dit :

    Bonjour
    A partir du moment où vous considérez qu’un acte désintéressé est impossible, vous avez répondu vous-même à votre question.
    Kant lui-même doute que la terre ait jamais porté un agent vraiment moral. Voyez ce texte et son commentaire: http://www.philolog.fr/lopacite-du-sujet-moral-kant/
    Pour le rapport religion/morale: Traditionnellement on a considéré que la religion est le fondement de la morale. La loi morale est un commandement émanant de Dieu. La transcendance du commandement, son caractère majestueux et obligatoire procèdent de son origine divine. Dans l’expérience du devoir l’homme éprouve sa dépendance à l’endroit d’une puissance souveraine qui l’éclaire et le gouverne.
    Pour Kant, cette lecture consacre l’hétéronomie de l’homme. Or, à ses yeux, la morale doit être pensée en terme d’autonomie. La loi morale n’a pas d’autre fondement que la raison humaine. La représentation de la loi morale, l’expérience de son caractère impératif sont des FAITS de la raison. Il s’ensuit que « La morale, qui est fondée sur le concept de l’homme en tant qu’être libre, s’obligeant pour cela même, par sa raison, à des lois inconditionnées, n’a besoin ni de l’Idée d’un Être différent, supérieur à lui pour qu’il connaisse son devoir, ni d’un autre mobile que la loi même, pour qu’il l’observe »
    Cette analyse conduit Kant à soutenir que non seulement la religion ne fonde pas la morale, mais que c’est la morale qui fonde la religion. Elle fonde l’espérance religieuse, ( réconciliation ultime du bonheur et de la vertu) Elle rend nécessaires l’Idée de Dieu, celle de la liberté ou d’un ordre suprasensible comme postulats de la raison pratique. « La morale conduit immanquablement à la religion » écrit-il.
    Bien à vous.

  27. Cedric Djamba dit :

    Bonjour peut-on vraiment rendre possible la morale kantienne etant donné que nos actes que nous posons visent essentiellement notre satisfaction? Quelles sont alors reellement les conditions de possibilité. D’une action morale Chez Kant? À vous la réponse merci!

  28. Simone MANON dit :

    Bonjour
    D’abord, permettez-moi de souligner combien le dogmatisme de votre affirmation est déplacé. Qu’en est-il des conduites humaines? Un acte désintéressé est-il possible ou bien toute action est-elle déterminée par des inclinations sensibles et donc intéressée? C’est là une question, bien malin qui croit avoir une réponse définitive à cette question. La nature humaine est peut-être plus complexe que vous ne semblez l’imaginer.
    Par exemple, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant souligne avec beaucoup de profondeur que « la volonté humaine peut PRENDRE INTÉRÊT à une chose sans pour cela AGIR PAR INTÉRÊT. La première expression désigne l’intérêt PRATIQUE que l’on prend à l’action; la seconde, l’intérêt PATHOLOGIQUE que l’on prend à l’objet de l’action. La première manifeste seulement la dépendance de la volonté à l’égard des principes de la raison en elle-même; la seconde, la dépendance de la volonté à l’égard des principes de la raison mise au service de l’inclination, puisque alors la raison ne fournit que la règle pratique des moyens par lesquels on peut satisfaire au besoin de l’inclination »

    Pour ce qui concerne les conditions de possibilité de l’action morale, de nombreux articles sur ce blog, l’explicitent. Il vous suffit de vous donner la peine de les consulter.
    http://www.philolog.fr/determinisme-et-liberte-kant/
    http://www.philolog.fr/liberte-et-obligation-kant/
    http://www.philolog.fr/libertedeterminisme-la-question-epineuse/
    Bien à vous.

  29. damien alba dit :

    Madame,
    Merci pour cette leçon. Si vous le permettez j’ai encore une question. Pardon si elle est un peu bête. Un commentateur a écrit cette phrase dans son livre : « La loi morale est le fait immédiat de la raison pratique… ». C’est le terme « immédiat » qui m’arrête. Car comment puis-je à la fois me déterminer librement en faveur de la loi morale (et dans ce cas agir par devoir) et admettre son action sur ma volonté soit immédiate? Si je dois faire effort pour agir par respect pour la loi morale, c’est que la loi morale ne m’y détermine pas immédiatement, n’est-ce pas? Seconde question qui rejoint la première : pourquoi Kant définit-il le respect comme un sentiment « spontanément » produit par un concept de la raison? Spontanément : Cela voudrait dire que tout le monde l’éprouve? Que la seule différence entre un homme qui agirait pas devoir et un autre ce ne serait pas de ne pas éprouver de respect pour la loi morale, ni d’ignorer cette loi, puisque cette loi lui serait en quelque sorte immédiatement communiquée par la raison, mais de ne pas la choisir et de lui préférer une inclination sensible?
    J’ai vraiment un problème avec ces idées d’immédiateté et de spontanéité couplées à l’idée de liberté.
    Mille merci !!! Dam’

  30. damien alba dit :

    Oubli : et admettre QUE son action …

  31. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Oui, Kant affirme que la loi morale est un fait de la raison en tant qu’elle donne ses règles à l’action (raison pratique). Un fait est ce qui se constate dans l’immédiateté de sa réception.
    Dire cela ne signifie pas que la loi que se représente la raison détermine la volonté. Pour que l’action morale soit possible, il faut une initiative de la liberté consistant à se rendre indépendant des inclinations sensibles afin d’obéir à l’impératif moral. N’oubliez pas que l’expérience morale est l’expérience même de notre liberté. Il s’ensuit qu’il est contradictoire de dire, comme vous le faîtes, que la loi morale détermine, immédiatement ou non, l’agent moral.
    Kant nous donne une analyse très profonde du sentiment du respect. Et c’est parce que le respect n’est pas un sentiment pathologique mais un sentiment pratique que l’auteur, peut sans contradiction, le faire intervenir dans l’expérience morale. Car nous avons appris que la sensibilité est un principe de corruption de l’intention morale. Si le devoir consiste à agir par respect pour la loi, c’est parce que ce sentiment est un effet d’un concept de la raison dans la sensibilité. Voyez ce cours pour clarifier les choses.http://www.philolog.fr/le-sentiment-du-respect/
    Spontané: sponte sua: de son propre mouvement. Ce qui ne procède pas d’une impulsion extérieure mais de la faculté que nous avons de produire de nous-mêmes une représentation.
    Bien à vous.

  32. damien alba dit :

    Oui, merci beaucoup, je me rends compte que j’avais pris un raccourci … d’où mon erreur.

  33. Pablo Thomas dit :

    Bonjour,

    Je suis professeur stagiaire en philosophie et je travaille actuellement sur une notion reliant le devoir à la morale. Je voulais d’abord vous remercier pour la clarté et la générosité de vos explications, toujours précieuses dans la préparation des cours.
    Je m’interroge sur un point précis dans la morale kantienne.
    D’un côté, seul le sujet lui-même peut avoir conscience (et encore, comme vous le faites remarquer en évoquant l’opacité de ce sujet à lui-même) de la moralité de son action. D’un autre côté, Kant propose une formulation permettant au sujet de déterminer en raison la moralité de son action (l’impératif catégorique). Ma question est la suivante : dès lors qu’il y a une possibilité de juger objectivement ce qui est moral de ce qui ne l’est pas, par le critère de l’universalisation, n’y a-t-il pas contradiction possible entre ce jugement universel en raison et le jugement intérieur en conscience ?

    L’exemple de la disqualification morale du mensonge me semble assez illustratif de ce point de vue. Quelqu’un ment. Soit on juge le contenu de l’action selon le principe d’universalisation : on en déduit que, étant donné que cela rend impossible tout rapport de confiance liée à la parole, l’acte de mentir est immoral. Soit on applique rigoureusement l’impératif catégorique mais, dans ce cas, ce n’est pas le contenu de l’action qui doit être universalisé mais la maxime de l’action : or, qui sait si, en mentant (et malgré le contenu de l’action, à savoir le mensonge), le sujet n’a pas une intention qui est, elle, bel et bien digne d’être universalisée (pour reprendre l’exemple de discorde fameux, sauver un homme). Si l’on répond qu’il s’agit là d’un mobile et nullement d’un motif, je ne comprends plus alors pourquoi il y aurait encore « un secret de l’intériorité » (pour reprendre votre expression) qui se joue dans l’évaluation morale d’une action : il suffirait, comme semble le faire Kant, de répertorier une liste d’actions (et donc leurs contenus, non leur forme) qui ne résistent pas à l’épreuve de l’impératif catégorique et de faire une nouvelle table des lois (ne pas mentir, ne pas voler).

    J’espère avoir exposé avec suffisamment de clarté le problème auquel je me heurte et qui m’empêche d’être tout à fait convaincu du cours que je propose aux élèves.

    En vous remerciant d’avance pour votre réponse,

    Bien cordialement,

    Pablo Thomas

  34. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il me semble que votre propos n’est pas exempt de confusion sur plusieurs points:
    -Il ne faut pas réduire le mensonge à un simple contenu. Comme toute action, il met en jeu une forme et un contenu. Mentir consiste à décider de ne pas dire la vérité, que l’on connaît, à une personne. La question est de savoir si l’on peut universaliser la maxime de cette action (autrement dit le principe du vouloir), quelles que soient les bonnes ou les mauvaises raisons que l’on se donne pour mentir. Inutile de faire intervenir ici l’idée de l’opacité du sujet moral. La réponse kantienne est non. En mentant, je me confère un privilège que je ne suis pas prêt à reconnaître sans réserve aux autres. Ex: Reconnaissez-vous aux autres le droit de mentir fût-ce pour votre bien? Si vous êtes parvenu à vous enfuir du lieu où l’on vous cherche pour vous nuire, ne préfériez-vous pas que votre hôte vous fasse gagner du temps en invitant vos ennemis à vous chercher à un endroit où vous n’êtes déjà plus? http://www.philolog.fr/y-a-t-il-des-mensonges-innocents/
    -Le principe de l’universalisation ne porte pas sur le contenu d’une action (toujours lié dans sa matière à la particularité de la faculté de désirer et aux contingences des situations concrètes) mais sur le principe du vouloir (la maxime de l’action). Peut-on l’ériger en loi universelle?
    -La loi morale est une représentation de la raison qui oblige la volonté. C’est là « un fait de la raison ». La question de la difficulté à évaluer la valeur morale d’une action ne se pose pas à ce niveau. Elle se pose dans le cas d’une action qui est extérieurement conforme au devoir. Peut-on être sûr que ce qui a déterminé la volonté (à ne pas mentir par exemple) est le seul respect pour la loi morale? Non répond Kant, car des mobiles pathologiques ont pu intervenir à notre insu étant donné le caractère foncièrement intéressé de notre nature. Pour ce qui est du mensonge, la question n’a aucune pertinence puisqu’il contrevient par principe à l’obligation de véracité.
    -Même si l’on envisage votre perplexité sous l’angle des difficultés du jugement, l’idée d’une contradiction entre le jugement de la raison et celui de la conscience n’est pas recevable car l’exigence d’universalisation ne porte jamais sur un contenu, toujours sur la forme de l’action. Le rigorisme kantien est substantiellement lié à son formalisme. http://www.philolog.fr/le-jugement-est-un-don-particulier-qui-ne-peut-pas-du-tout-etre-appris-mais-seulement-exerce-kant/
    Bien à vous.

  35. Pablo Thomas dit :

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour votre réponse. Je pense que je n’avais pas mesuré avec assez d’ampleur l’importance de bien distinguer contenu de l’action et forme de l’action, notamment dans le cas du mensonge.

    La question de savoir si l’on préfère que les autres nous mentent, pour notre bien par exemple, demeure peut-être ouverte : je pense au cas d’un couple amoureux, dont l’un des deux partenaires « préférerait ne pas savoir » si un adultère advenait. Je comprends bien, par ailleurs, que le fait de ne pas mentir est une condition nécessaire mais non suffisante pour attester de la moralité de notre action (et que c’est donc ici que le secret de l’intériorité joue son rôle en tant que condition complémentaire).

    Cependant, admettons qu’on ait trouvé dans le mensonge un cas exemplaire de l’application de la morale kantienne. D’autres exemples pris par Kant me semblent plus contestables. Je pense au vol. Distinguons le contenu de l’action de sa forme : voler consiste à vouloir dérober un objet sur lequel nous n’avons pas de droit. Envisager ainsi, l’action est immorale puisque nul ne souhaiterait, pas même le voleur, qu’on lui dérobe l’objet sur lequel il revendique un droit. Cependant, mettons-nous un instant dans la tête d’un voleur « droit dans ses bottes » et qui plus est rousseauiste ou marxiste, volant aux riches pour survivre ou pour donner aux pauvres : « certes, je vole, je dérobe ce qui n’est pas à moi ; mais je considère que les biens détenus par ses personnes ont été mal acquis, sanctifiés par un droit injuste et protégeant les voleurs les plus puissants : à savoir le droit de propriété. En bref, la maxime de mon action n’est pas du tout : « je veux voler un objet dont je sais que je n’ai pas de droit dessus » mais « je veux répartir les biens matériels de manière à ce qu’il bénéficie non à quelques uns mais au plus grand nombre. » En volant, je combats un privilège que les propriétaires ne sont pas prêts à reconnaître sans réserve aux autres ».

    Cette petite spéculation intellectuelle peut paraître confuse ou dérisoire mais elle appelle en moi la réflexion suivante. Le principe du vouloir est-il vraiment différent « des raisons qu’on se donne » ? Certes, le voleur veut voler, et on pourrait dire qu’il se donne de bonnes raisons qui ne moralise nullement son action. On peut aussi répondre que le voleur n’a pas la même définition que nous de « voler » et que, en volant, la maxime de son action est tout à fait universalisable (je veux qu’un bien soit donné à celui qui en a le plus besoin) : ses « bonnes raisons » sont donc confondues avec le principe de son vouloir. Il me semble d’ailleurs que Bergson fait une critique semblable à Kant dans Les Deux sources de la morale et de la religion, lorsqu’il considère que la raison kantienne ne fait que rationaliser, mettre en intelligence, ce qu’il appelle « l’obligation sociale » (à travers l’exemple du « dépôt » à un ami).

    Pour en revenir enfin au menteur, qui se confère « un privilège qu’il n’est pas prêt à reconnaître aux autres », on pourrait à peu de choses prêt suivre le même raisonnement. Ce n’est pas ici la valeur de la propriété qui est implicitement sacralisée, mais celle de la vérité. Qui nous dit que le menteur n’agit pas en voulant, au contraire, épargner la personne d’une chose qu’il considère nuisible (à savoir la vérité). Ce n’est pas nécessairement une bonne raison qu’il se donne indépendamment du principe du vouloir : il veut, non pas dissimuler quelque chose qu’il veut être seul à posséder, mais épargner autrui en lui donnant un cadeau empoisonné.

    Je suis sûr que tout ce raisonnement est encore empli de confusions, et je ne veux nullement vous faire perdre votre temps ; aussi, ne vous sentez nullement obligée de me répondre.

    En vous remerciant à nouveau et en vous souhaitant un bon week-end,

    Bien cordialement,

    Pablo Thomas

  36. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il ne faut pas confondre philosophie et sophistique. Vos propos ne sont que des sophismes indignes de ce que Kant appelle notre « nature raisonnable » dont il fait le seul sujet de la morale. On a même l’impression que l’idée kantienne de la représentation de la loi morale comme « fait de la raison » et a fortiori celle de respect de la loi morale comme principe du vouloir vous demeurent inintelligibles.
    Du point de vue de notre raison considérée comme une faculté commune, le vol n’admet pas d’autre définition que celle que nous lui donnons universellement. Rien n’est plus contraire au présupposé rationaliste que le relativisme que vous invoquez, rien n’est plus contraire à la rigueur rationnelle que votre façon de faire glisser le sens d’une notion (d’appropriation illégale du bien d’autrui, le vol devient pour les besoins de votre discours un don à celui qui en a le plus besoin).
    Il s’agit moins ici de confusion que d’instrumentalisation (idéologique) du raisonnement à des fins étrangères à la raison, ce qui est la définition même de la raison sophistique. http://www.philolog.fr/sophistique-sophiste-sophisme/
    http://www.philolog.fr/socrate-ou-lexperience-philosophique-patocka/
    PS: Pour ce qui est de Rousseau, voyez que son discours sur la propriété est beaucoup plus ambigu que vous ne semblez le croire. Voyez le commentaire du chapitre IX du livre I. http://www.philolog.fr/du-contrat-social-livre-i-rousseau-texte-et-explication/
    Bien à vous.

  37. Bonsoir madame,
    je voudrais savoir si le fait de respecter la personne d’autrui parce qu’elle vous fait peur tout simplement, constitue un acte moral? Autrement dit, quelle est la place de la peur dans la conception kantienne de la morale?
    Je vous remercie

  38. Autre préoccupation madame, si je bien compris l’analyse kantienne de la moralité, peut-on considérer les dons des organisations non gouvernementales(O.N.G) aux âmes en difficulté comme une action morale, quant-on sait qu’elles agissent généralement pour vous reprendre dans la première proposition de analyse kantienne de la moralité dans cet article, par sympathie pour le genre humain?
    dans l’attente d’une réponse à cette question, veuillez recevoir mes remerciements.

  39. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vous comprenez mal ce que signifie respecter. Dans l’authentique respect je reconnais une valeur à celui que je respecte. il suscite mon estime, il m’en impose par quelque chose en lui qui est un signe de supériorité morale. Ce qui est parfaitement incompatible avec la crainte ou la peur. Celle-ci peut entraîner des marques extérieures de considération à l’endroit de la personne concernée, mais ces marques définissent ce que Pascal appelle le respect d’établissement qu’il faut bien distinguer du respect naturel.
    Voyez l’analyse de la notion.
    http://www.philolog.fr/le-sentiment-du-respect/
    http://www.philolog.fr/lobligation-morale-du-respect-kant/
    http://www.philolog.fr/deuxieme-discours-sur-la-condition-des-grands-grandeurs-naturelles-grandeurs-detablissement-pascal/
    Dans l’analyse kantienne, dès lors qu’une conduite fait intervenir des sentiments (par exemple la sympathie, la pitié) il n’y a plus de sens à parler de moralité. La conduite est louable, elle n’est pas rigoureusement morale.
    Bien à vous.

  40. bonsoir, merci pour tout,
    Bonne et heureuse année 2017 à vous madame

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