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« Linné et Cuvier ont été mes deux divinités mais ce sont de simples écoliers en comparaison du vieil Aristote » Darwin. Lettre à William Ogle. 22 février 1882.

 

  « (...) Anaxagore prétend que c'est parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c'est de dire qu'il a des mains parce qu'il est le plus intelligent. Car la main est un outil ; or la nature attribue toujours, comme le ferait un homme sage, chaque organe à qui est capable de s'en servir. Ce qui convient, en effet, c'est de donner des flûtes au flûtiste, plutôt que d'apprendre à jouer à qui possède des flûtes. C'est toujours le plus petit que la nature ajoute au plus grand et au plus puissant, et non pas le plus précieux et le plus grand au plus petit. Si donc cette façon de faire est préférable, si la nature réalise parmi les possibles celui qui est le meilleur, ce n'est pas parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des êtres, mais c'est parce qu'il est le plus intelligent qu'il a des mains.

    En effet, l'être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d'outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C'est donc à l'être capable d'acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l'outil de loin le plus utile, la main.

   Aussi, ceux qui disent que l'homme n'est pas bien constitué et qu'il est le moins bien partagé des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et il n'a pas d'armes pour combattre) sont dans l'erreur. Car les autres animaux n'ont chacun qu'un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour faire n'importe quoi d'autre, et ne doivent jamais déposer l'armure qu'ils ont autour de leur corps ni changer l'arme qu'ils ont reçue en partage. L'homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d'en changer et même d'avoir l'arme qu'il veut et quand il le veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance, ou épée, ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela, parce qu'elle est capable de tout saisir et de tout tenir. La forme même que la nature a imaginée pour la main est adaptée à cette fonction. Elle est, en effet, divisée en plusieurs parties. Et le fait que ces parties peuvent s'écarter implique aussi pour elles la faculté de se réunir, tandis que la réciproque n'est pas vraie. Il est possible de s'en servir comme d'un organe unique, double ou multiple ».

     Les Parties des animaux, § 10, 687 b, éd. Les Belles Lettres, trad. P. Louis, p. 136. 137.

 

Thème : La main et l’intelligence.

Question : Pourquoi l’homme est-il le seul animal à disposer de mains ?

Thèse : S’interrogeant sur la structure anatomique du corps humain, Aristote engage une double polémique :

  • contre Anaxagore d’abord et son explication mécaniste. «  Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais c’est parce qu’il est le plus intelligent qu’il a des mains ».
  • contre Protagoras ensuite qui veut que l’homme soit une victime de l’imprévoyance d’Epiméthée.

 Questions : Pourquoi Aristote substitue-t-il une explication finaliste à une explication mécaniste ? Et quel est l’enjeu de sa critique des sophistes ?

 

I)                   L’intelligence est la raison d’être de la main, non ce qui en résulte.

  

   « Anaxagore prétend que c'est parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c'est de dire qu'il a des mains parce qu'il est le plus intelligent. Car la main est un outil ; or la nature attribue toujours, comme le ferait un homme sage, chaque organe à qui est capable de s'en servir »

   Nous dirions aujourd’hui que ce qui est rationnel c’est d’éviter de se représenter l’ordre naturel comme un système ordonné de fins et de prêter à la nature, comme Aristote se le permet ici, une intention. Aussi le savant moderne dénonce-t-il dans l’explication finaliste le type même d’une illusion anthropomorphique. Seule l’explication mécaniste est valide à ses yeux. Celle-ci consiste à expliquer les phénomènes selon l’ordre temporel de leur enchaînement. Tout fait est l’effet d’une cause et cette cause est antérieure à son effet. Ainsi, la main précédant l’intelligence comme l’organe sa fonction, celle-ci est la cause de celle-là. L’intelligence et la spécificité de l’homme par rapport à l’animal résultent de sa main. La nécessité de faire usage de cette partie du corps humain détermine le développement de la capacité instrumentale ou intelligence. Ce modèle mécanique de causalité repris par Marx et Engels et tous les matérialistes est aussi celui de la paléontologie contemporaine. Leroi-Gourhan par exemple montre que la station verticale de l’archanthrope libère les mains (ne servant plus à marcher elles sont disponibles pour la préhension), cette libération conditionnant celle de la face et du développement cérébral.

   Avec humour le paléontologue explique que le départ du progrès humain « n’a pas été pris par le cerveau mais par le pied ». En effet la station verticale conditionne le développement des facultés supérieures à travers un triple processus : « le dégagement mécanique de l’arrière crâne par l’acquisition de la station droite, le dégagement progressif du front par la réduction des racines dentaires, l’augmentation du volume du cerveau ». Ainsi le développement du système nerveux et la naissance de l’intelligence symbolique marquent l’aboutissement d’une ligne évolutive zoologique où le supérieur naît de l’inférieur.

 

   Aristote lie lui aussi la possession de la main à la bipédie : la main est le propre du corps qui est en station verticale. «  Et puisque sa nature est de se tenir droit, il n’avait aucun besoin de jambes devant : aussi au lieu de ses jambes, la nature lui a donné des bras et des mains » (686b, p. 136) mais il ne faut pas inverser l’ordre des déterminations. Ce qui est valide « dans l’ordre de la génération » ou ordre temporel ne l’est pas « dans l’ordre de la substance ». Car ce qui fait une main c’est la capacité de s’en servir or celle-ci n’est pas mécaniquement inscrite dans la structure de la main. La main est biologiquement un organe non spécialisé dans une fonction. Comme la flûte ne produit pas ce qu’il est possible de tirer d’elle sans un flûtiste,  la main ne serait pas une main sans l’intelligence. Ce qui est rationnel c’est donc de dire que l’homme a des mains parce qu’il est intelligent.

    « Car la main est un outil ; or la nature attribue toujours, comme le ferait un homme sage, chaque organe à qui est capable de s’en servir ». Aristote joue ici de la polysémie du mot grec : organon désignant à la fois l’instrument et l’organe. La main est bien un organe du corps humain mais si les organes naturels sont adaptés à une fin, la main ne l’est pas. Leroi-Gourhan parle d’ailleurs d’elle comme « d’un organe invraisemblablement archaïque » et au fond, lui aussi, admet que sans le cerveau elle serait inefficiente. Ses « opérations sont dirigées par un cerveau surspécialisé dans la généralisation ».

   Voilà pourquoi l’explication par la cause finale [La raison d’être d’une chose est sa fin ; « Ce qu’une chose est une fois que sa genèse est complètement achevée, nous disons que c’est la nature de cette chose » Politique I, 2, 1252, 1253A] est, pour Aristote, plus satisfaisante pour l’esprit que l’explication par la cause antécédente. De fait, la main semble moins être ce qui conditionne l’émergence de l’intelligence que ce qui la requiert comme sa propre condition. Comment ce qui dépend de l’intellect pourrait-il en être la condition ? Selon l’ordre rationnel il faut donc dire que l’intelligence est la raison d’être de la main. Sans l’aptitude à s’en servir la main serait inutile. Or «  la nature ne fait rien en vain ». La main a donc été donnée à l’être qui est aussi doué d’intelligence. Il s’ensuit qu’il faut renverser le schéma explicatif et convenir que «  c’est parce qu’il est intelligent que l’homme a des mains ».

   Telle est la thèse qu’Aristote va établir sous forme syllogistique. La majeure du syllogisme posant que «  l’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre possible d’outils » et la mineure que «  la main semble bien être non pas un outil mais plusieurs » la conclusion s’impose d’elle-même : est doté de la main celui qui est doté de l’intelligence.

 

   La question est de savoir si les prémisses de ce raisonnement sont fondées. Peut-on suivre Aristote dans sa définition de l’intelligence et son analyse de la main ?

   On dit d’ordinaire que l’intelligence est la capacité de résoudre des problèmes. Problèmes théoriques ou pratiques ; dans tous les cas il s’agit de vaincre un obstacle et de se tirer d’affaire en découvrant une solution. Ce qui exige une activité mentale par laquelle on envisage des possibilités, on met en rapport les idées ou les choses. Toute solution pratique implique d’établir un rapport entre une fin visée et le moyen propre à l’atteindre. Si l’on veut immobiliser un animal il faut mettre en relation son cou, un arbre et une corde. S’il n’y a pas d’arbre il faut imaginer un pieu et une massue pour le planter et ces derniers n’étant pas donnés, pas plus que la corde, il faut les fabriquer. D’où de nouveaux problèmes appelant de nouvelles solutions. Il est donc exact que l’habileté instrumentale et la souplesse opératoire sont des expressions de l’intelligence. Sans opération mentale pas de véritables opérations techniques. Certes la capacité technique n’est pas le propre du seul dispositif physique humain mais la technicité humaine est sans commune mesure avec la technicité animale. Ce qu’Aristote établit en réfléchissant sur la nature de la main. Elle est  « non pas un outil mais plusieurs » écrit-il.

   Il y a dans cette petite phrase toute une méditation de la main. En bon observateur et en spécialiste de l’anatomie comparée, Aristote nous invite à découvrir que la main étant en elle-même un organe indéterminé, se prête à un usage polymorphe dont l’homme a le génie parce qu’il est capable de se donner toutes sortes de fins. Saisir et tenir sans doute, la fonction d’appréhension étant la plus évidente mais il y en a tant d’autres! L’homme se sert de  sa main pour explorer la distance du monde, s’informer, communiquer, éprouver par le toucher la résistance et l’énigmatique profondeur des corps ou déjouer par la caresse l’obstacle de l’extériorité. Dans son Discours aux chirurgiens Valéry s’applique à pointer les extraordinaires pouvoirs de la main.

   Sa polyvalence s’atteste ainsi dans chaque comportement humain. Ici Aristote analyse sa polytechnicité. La comparaison avec le singe en souligne la spécificité. « Les mains, les doigts et les ongles du singe ont un aspect plus bestial » remarque-il. Et surtout le singe se sert de ses mains comme les autres animaux le font de leurs pieds. Etant plus souvent à quatre pattes que debout, les extrémités de ses mains sont un composé de main et de pied. Sa main n’est donc pas une vraie main car la fonction de cette dernière n’est pas de porter habituellement le poids du corps mais d’être l’instrument de l’intelligence. Aussi est-elle en elle-même un organe intelligent. Aristote le montre en décrivant l’anatomie de la main. Les doigts et leurs articulations, le pouce opposé aux autres doigts, les ongles protecteurs des extrémités, les articulations du bras qui se plie à l’inverse des pattes antérieures des quadrupèdes, font de la main un instrument performant. Le pouce est court  « pour augmenter sa force et parce qu’il ne servirait à rien s’il était long » ; le doigt du milieu est long car pour se servir d’un objet il faut pouvoir l’entourer par le milieu (867b, p.138). La main est anatomiquement et physiologiquement disponible pour les usages que le cerveau lui assigne. Par nature elle peut être utilisée comme un outil et même comme plusieurs. L’homme peut en faire une pince, un marteau, une pioche, un crochet, un moule etc. Il lui suffit de jouer de la mobilité de sa paume et de ses doigts. « Elle tient lieu » de tous ces outils qu’elle permet aussi de fabriquer pour multiplier ses propres pouvoirs et se libérer ainsi des tâches qu’elle transfère à des outils artificiels. En ce sens elle n’est pas seulement un instrument, elle est « un instrument d’instruments ».

 

   Au terme de cette première analyse on peut donc suivre l’auteur lorsqu’il dit que ce qui fait vraiment des mains, c’est qu’elles font quelque chose d’intelligent. Aristote part de ce qu’il observe : la main comme instrument et organe. Un instrument suppose une capacité instrumentale. On ne peut pas rationnellement concevoir un outil sans la faculté permettant de s’en servir. La faculté déterminante de la possession de la main est donc « la capacité d’acquérir le plus grand nombre de techniques ». L’intelligence est donnée en creux dans la polytechnicité de la main. Il s’ensuit que l’explication finaliste ou téléologique dont le propre est d’expliquer la structure par la fonction est plus satisfaisante que l’explication mécaniste expliquant la fonction par la structure. La main n’est pas la condition de l’intelligence, elle en est l’expression. L’intelligence est rationnellement l’essence des mains.

 

II)                L’homme est le mieux doté des animaux.

 

    D’où la seconde polémique du texte. Il est difficile de suivre les sophistes dans l’interprétation qu’ils donnent de la nature humaine. « Aussi, ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le moins bien partagé des animaux sont dans l’erreur ». La référence au mythe de Prométhée que Platon met dans la bouche de Protagoras est explicite : « l’homme est né nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes ». Protagoras insiste sur la déficience native de l’être humain. Sa supériorité n’est pas donnée. Il n’est pas équipé comme les animaux d’organes spécialisés dans des fonctions précises, il ne dispose pas d’un instinct c’est-à-dire d’un savoir-faire inné. Sa supériorité est une conquête. Il ne doit qu’à lui seul ce qu’il est. Sa main et son intelligence ne sont pas d’emblée opératoires. Tout ce qu’elles peuvent doit être conquis par l’art humain. Ainsi supplée-t-il peu à peu l’avarice de la nature  et se constitue-t-il un dispositif technique artificiel par lequel il témoigne de son étrange statut. L’homme est un être dont la nature est d’être en rupture avec la nature.

 Aristote réfute le mythe qui met l’homme à l’origine de lui-même. La main et l’intelligence ne sont pas des productions humaines, ce sont des dons de la nature. Elles lui sont octroyées et il fait ce qu’il peut avec. A l’inverse des sophistes, le Stagirite donne la priorité à la nature. L’invention de la culture, l’immense corps inorganique par lequel l’homme prolonge les pouvoirs de son corps sont un déploiement de sa nature non un signe d’antinature. La technique est expression de la vie ou comme l’écrit Canguilhem : « L’homme est en continuité avec la vie par la technique ». Simplement les possibilités cérébrales donnent aux techniques du vivant humain une dimension que n’ont pas celles du vivant animal.

   La fin du texte approfondit cette différence. L’auteur souligne la souplesse opératoire de l’adaptation humaine. L’homme peut inventer divers moyens pour accomplir une même fin. Aristote prend l’exemple de la défense contre les dangers parce que c’est une des fins des équipements animaux, mais ce qui distingue l’organe animal de l’outil humain c’est que le premier est spécialisé dans une seule fonction. L’organe animal a très peu de souplesse. Il ne peut pas être perfectionné ou tenir lieu d’un autre organe. L’animal ne peut pas en substituer un à un autre et surtout il ne peut pas s’en déprendre ou les reprendre. La main au contraire qui se fait pince n’est pas figée dans cet usage ; elle peut devenir marteau ou aiguille. Pas plus la main-outil que les outils artificiels ne sont annexés au corps de l’homme. D’où liberté inventive et liberté motrice. Rien de tel chez l’animal. Son adaptation se caractérise par sa rigidité. Il dispose en général d’un seul moyen de défense (crocs, griffes, cornes etc.). Celui-ci adhère à son corps. Il n’en dispose pas librement car la fonction de ses organes est déterminée par un instinct. L’usage qu’il en fait est donc programmé par un savoir-faire inné, relativement aveugle. Aussi ne sait-il pas toujours inventé le geste adapté à une situation inédite. L’organe devient alors un fardeau. Ainsi si l’indétermination de la main est la marque en creux d’une souplesse opératoire, elle-même signe de l’intelligence, l’extrême spécialisation du corps animal est le chiffre de la rigidité des mécanismes instinctifs. Ceux-ci sont parfaitement bien adaptés à leur fonction mais cette perfection immédiate se paie d’un prix lourd. La pince du crabe fait remarquablement bien ce qu’elle fait mais elle ne peut pas faire autre chose que ce que la nature lui a assigné. Les dispositifs animaux peuvent donc devenir des prisons. A l’inverse la main et l’intelligence peuvent se tromper, elles commencent par être peu performantes mais elles ouvrent l’adaptation humaine à des progrès indéfinis.

 

    Cf. Leroi-Gourhan : « Pour l’homme, la stabilisation puis le dépassement du cerveau technique ont revêtu une signification capitale car, si l’évolution s’était poursuivie vers une corticalisation de plus en plus poussée du système neuro-moteur, l’évolution, pour lui, se serait fermée sur un être comparable aux plus évolués des insectes. Bien au contraire, les territoires moteurs ont été surpassés par des zones d’association de caractère très différent, qui, au lieu d’orienter le cerveau vers une spécialisation technique de plus en plus poussée, l’ont ouvert à des possibilités de généralisation illimitées, du moins par rapport à celles de l’évolution zoologique. Tout au long de son évolution, depuis les reptiles, l’homme apparaît comme l’héritier de celles d’entre les créatures qui ont échappé à la spécialisation anatomique. Ni ses dents, ni ses mains, ni son pied, ni finalement son cerveau n’ont atteint le haut degré de perfection de la dent du mammouth, de la main et du pied du cheval, du cerveau de certains oiseaux, de sorte qu’il est resté capable d’à peu près toutes les actions possibles, qu’il peut manger pratiquement n’importe quoi, courir, grimper et utiliser l’organe invraisemblablement archaïque qu’est dans son squelette la main pour des opérations dirigées par un cerveau surspécialisé dans la généralité » Le geste et la parole, 1964. Albin Michel, 1985, p. 168.

 

Conclusion :

 

   Qui, d’Anaxagore ou d’Aristote, de Protagoras ou d’Aristote nous aide le mieux à nous comprendre nous-mêmes ? Il semble qu’Aristote aille droit à l’essentiel. Il se refuse à penser l’homme et son corps « avant l’homme ». Dans son analyse il part du fait : le dispositif fonctionnel de l’être debout à la main libre et il donne la priorité au locataire du dispositif, à savoir le cerveau, parce que l’ordre selon le temps lui semble secondaire par rapport à l’ordre selon la nature des choses. Si contre Anaxagore, et en opposition au présupposé méthodologique de la science moderne il fait peu de cas de la genèse, contre les sophistes il donne la priorité à la nature. L’homme est le père de ses actes mais il n’a pas fait sa main et son intelligence, il les a reçues de la nature.

 

     * Anaxagore: Philosophe et savant grec: 500. 428 av. J.C. Il enseigna à Athènes où il eut Périclès et peut-être Socrate pour élèves. Accusé d'impiété, il s'exila et mourut à Lampsaque.

 NB: Sur le site:  www.futura-sciences.com/.../c3/221/p6/     on peut lire les résultats de la comparaison de la main du singe et celle de l'homme. Avec la main humaine:

  •  la mobilité de la main par rapport au bras augmente aussi, ce qui augmente les possibilités de gestes compliqués ;
  • le bout des doigts cesse d'être spatulé ;
  • des plis de flexion transversale apparaissent ;
  • la surface de la main devient presque plane en extension ce qui est impossible au singe ;
  • la paume s'élargit par rapport à la longueur de la main elle-même. Le rapport longueur largeur passe de 4 chez le gibbon à 2,2 chez l'homme !
  • le pouce se développe séparément et devient plus mobile ;
  • la pince pouce-index devient alors très précise ;
  • l'indépendance des doigts les uns par rapport aux autres augmente considérablement ;
  • la représentation de la main dans le cerveau  est beaucoup plus importante que chez le singe.

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31 Réponses à “Aristote. La main et l’intelligence.”

  1. lAURA dit :

    Par rapport à ce texte j’ai une question et j’ai du mal à y répondre la voici :
    la supériorité de l’homme consiste-t-elle dans sa capacité d’acquérir le plus grand nombre de techniques ?

  2. Simone MANON dit :

    La différence spécifique de l’espèce humaine dans le genre animal est l’intelligence ou la capacité de résoudre des problèmes. Par voie de conséquence, l’homme peut être polytechnicien, utiliser et mettre au point toute sorte de techniques.

  3. Samuel dit :

    Il me semble que cette différence que vous mentionnez apparaît de moins en moins spécifique.

    Lire par exemple :

    http://www.sciences.uqam.ca/scexp/11fev08/vol7_no6_art_coeur1.html

    Amicalement,

    Samuel

  4. lAURA dit :

    Merci beaucoup =)

  5. lAURA dit :

    J’ai aussi parlé du fait que les hommes innovent ce qui lui permet dans certains cas de gagner du temps et de l’énergie comme pour le lave-vaisselle c’est bon ?

  6. Simone MANON dit :

    J’ignore quelle est la nature de votre exercice. S’il s’agit de l’explication du texte d’Aristote, voyez bien qu’il propose une réflexion sur l’anatomie du corps humain et sur le lien essentiel de la main et de l’intelligence dans le cadre d’un présupposé finaliste.

  7. billkill dit :

    il n’y a pas d’introduction?

  8. Simone MANON dit :

    Dois-je vous conseiller une greffe des neurones qui semblent vous manquer pour prendre conscience de votre indécence et être capable de fournir un petit effort de rédaction?

  9. Antoine dit :

    Pouvez vous me renseigner de quel ouvrage de Leroi-Gourhan est cité : Le départ du progrès humain « n’a pas été pris par le cerveau mais par le pied. « .
    Merci

  10. Simone MANON dit :

    C’est dans « le geste et la parole » que Leroi-Gourhan établi que  » nous étions préparés à tout admettre sauf d’avoir débuté par les pieds « 

  11. Justine dit :

    Je vous remercie pour cette analyse approfondie et brillante qui m’a beaucoup aidée.

  12. Jean dit :

    Très complet et très utile ! Merci !

  13. Malika dit :

    C’est très clair. Merci!

  14. CamilleM dit :

    Je vous remercie pour cette explication de texte, elle m’a bien aidée ! Tout est clair, encore merci ! (j’ai parlé du mythe de Prometée pour faire le lien)

  15. […] Les mains, l’organe de l’homme le plus lié à l’esprit, du moins traditionnellement, du moins selon Aristote. […]

  16. Sophiem dit :

    Merci pour ce bel article, j’avais une question pour pouvoir approfondir philosophiquement une notion en lien avec celui-ci, à savoir la notion d’outil qui me semble d’autant plus complexe qu’il peut y avoir un sens propre et un sens aussi figuré (dans le langage courant). Dans quelle mesure pouvoir considérer la main (et plus largement le corps humain) comme un outil dès lors qu’elle n’est ni détachable/extérieur ni interchangeable mais en même temps que cet outil peut aussi fabriquer des outils et le corps peut être dans certaines situations considéré comme « un moyen en vue d’une fin ». Est-ce que vous auriez des pistes d’auteurs philosophiques vers lesquels me diriger pour tenter d’investiguer le thème « Le corps est-il un outil? » sur un plan philosophique? J’avais pensé déjà à Marx, peut-être Arendt mais je ne voyais pas vraiment très clair à ce propos. Est-ce que certains philosophes actuels ou plus anciens ont déjà conceptuellement franchement ramené le corps à un outil ou alors en tout cas jamais exclusivement? Grand merci de votre avis!

  17. Simone MANON dit :

    Bonjour
    On peut instrumentaliser le corps ou des parties du corps comme de nombreux artistes contemporains le font. Comme on le voit aussi avec certaines techniques du corps (Marcel Mauss). Le corps humain peut être dégradé en simple outil comme c’est le cas dans certains systèmes totalitaires (cf. Camus dans l’homme révolté « L’homme n’est plus (dans le régime nazi), s’il est du parti, qu’un outil au service du Führer, un rouage de l’appareil »)
    Mais l’envisager comme un simple outil revient à le déshumaniser et à transgresser un principe fondamental de notre droit qui le définit non comme chose (instrumentalisable) mais comme personne (dignité à respecter).
    Aucun philosophe qui se respecte, à ma connaissance, ne peut réduire le corps à un simple outil.
    Bien à vous.

  18. Sophiem dit :

    Rebonjour Madame,
    Grand merci pour votre réponse, je connaissais un tout petit peu Mauss (avec le don) mais je n’avais pas repensé à lui dans ce cadre-ci et oui, Camus, très bonne idée, en effet, je vais relire cela, encore merci!

  19. […] » Aristote. La main et l’intelligence. « Linné et Cuvier ont été mes deux divinités mais ce sont de simples écoliers en comparaison du vieil Aristote » Darwin. Lettre à William Ogle. 22 février 1882. « (…) Anaxagore prétend que c'est parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c'est de dire qu'il a des mains parce qu'il est le plus intelligent. Car la main est un outil ; or la nature attribue toujours, comme le ferait un homme sage, chaque organe à qui est capable de s'en servir. […]

  20. Delphine dit :

    Bonjour,
    tous mes remerciements pour cette article très intéressant et accessible au grand public. Puis-je me permettre une question, ma recherche porte sur l’objet c’est ainsi que j’ai trouvé cette page outil. Auriez-vous d’autres pistes de réflexion sur l’outil main orienté objet dans la tradition antique ?
    merci

  21. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je comprends mal quel est l’objet de votre recherche.
    Pour ce qui est de la pensée technique en Grèce: voyez les travaux de Jean-Pierre Vernant (le chapitre consacré à la technique dans mythe et pensée chez les Grecs) ou de Marcel Détienne (Les Ruses de l’intelligence. La métis chez les Grecs)
    https://lhomme.revues.org/2629
    http://www.philolog.fr/le-mythe-de-promethee-commentaire-detaille/#more-2564
    Bien à vous.

  22. Delphine dit :

    Merci infiniment pour votre réponse et sa rapidité. Je travaille sur l’objet dans le sens objet usuel, objet d’art. Diogène a exprimé une opinion très radicale vis à vis des objets et de leurs méfaits, mais j’ai du mal à trouver des développements autour de cet axe concernant d’autres philosophes.
    Encore merci

  23. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La réflexion sur l’éthique de la liberté selon Diogène nous invitant à nous libérer des artifices de la civilisation est une chose, la réflexion sur l’objet usuel ou l’objet d’art en est une autre. Désolée, je ne vois pas vraiment quel est votre objet d’étude.
    Bien à vous.

  24. Delphine dit :

    Bonjour, je suis navrée de ne pas m’exprimer clairement. Je suis historienne d’art, je travaille sur l’objet, de l’ustensile à l’objet d’art. Je cherche à savoir s’il y a eu des réflexions (voire une absence de réflexion), autour de ce type d’objets dans la philosophie. Si vous aviez une piste de lecture je vous en remercie grandement, comme vous le remarquez par notre échange mes recherches, venant de l’histoire de l’art, ne rencontrent pas clairement la sphère philosophique. Je suis d’autant perdue.
    merci

  25. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La bibliographie est pléthorique sur la question de l’objet d’art, sur le détournement de l’objet usuel, banal, dans l’art contemporain ainsi que sur la sémiologie des objets, mais pour le monde antique je ne vois pas quel auteur vous pourriez mobiliser.
    Cf. Roland Barthes: Sémiologie de l’objet dans l’Aventure sémiologique.
    Baudrillard: Le système des objets.
    François Dagognet: Eloge de l’objet.
    Bien à vous.

  26. Delphine dit :

    Merci beaucoup d’avoir le pris le temps de me répondre.
    Étant assez désarmée devant la question de l’objet (artefact pour dire vite) et le monde antique, le fait que vous confirmiez le vide que je constate est constructif
    bien à vous

  27. Laëtitia dit :

    Article très intéressant, merci!

  28. Adouris dit :

    Bonjour,

    J’ai une petite question en lisant ce bel article: Pour Aristote, la main est-elle naturelle ?
    Vu qu’il utilise le mot « outil », je suis un peu perdu… Ou alors serait-ce une simple analogie avec l’objet technique (pour nous permettre de mieux cerner ce qu’elle est) ?

    Bien à vous.

  29. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il vous suffit de réfléchir pour répondre à votre question. Est-ce que les organes du corps humain sont une production technique? Il se peut que l’homme soit de plus en plus capable de produire des cœurs artificiels, des articulations, des mains artificielles mais jusqu’à preuve du contraire notre organisme est d’abord une production naturelle.
    Si Aristote emploie le mot outil, c’est, d’une part parce qu’il joue sur la polysémie du mot grec organon (organe et instrument ou outil), d’autre part parce nous utilisons notre main comme un outil ou un instrument et même comme « un instrument d’instruments » comme l’explique cet article.
    Bien à vous.

  30. Martial dit :

    Bonjour. Merci pour ce bel article. J’ai un travail de recherche sur le finalisme chez Aristote. Pouvez vous m conseiller des pistes de recherche?
    Bien à vous.

  31. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je ne vois guère d’autres conseils à vous donner que de lire avec précision et rigueur l’ensemble des textes d’Aristote. Etude de longue haleine qui doit s’aider du travail de ses grands commentateurs.
    Bien à vous.

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