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    Dans les deux cas l’esprit a un rapport imaginaire à la vérité. Il erre loin d’elle mais si dans l’erreur il se trompe, on peut dire que dans l’illusion il est trompé. L’une est le signe d’un manque de connaissance et l’aveu d’une imprudence de l’esprit. (Sauf dans la recherche scientifique où le risque de l’erreur est instrumentalisé pour discriminer le vrai du faux). L’erreur est donc la marque d’une faiblesse.  L’illusion est plutôt l’expression de la force de certaines puissances trompeuses s’exerçant sur l’esprit et l’égarant.

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    Qu’importe le mensonge, pourvu qu’on ait l’ivresse, disais-je dans l’article précédent. Mais que faut-il entendre par ivresse et toutes les ivresses procèdent-elles d’un oui innocent à la vie? Ainsi qu’en est-il du « enivrez-vous » baudelairien? Enthousiasme des sens et de l’esprit, acuité de la pensée, exaltation de la vie, béatitude, sentiment de plénitude et de force, disent nos auteurs. Néanmoins faut-il suivre Jacques Le Rider lorsqu’il dit que les paradis artificiels sont la forme décadente du dionysisme nietzschéen? Sur ce thème voir l’article de Laurent Schneider.

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   Qu’importe le mensonge pourvu qu’on ait l’ivresse. La beauté n’est pas extérieure à l’esprit, elle est la nature réfléchie dans la sensibilité et la pensée de l’artiste, l’image de son goût de l’infini, l’expression de son rêve le plus intime, «  la peinture de l’âme dans ses belles heures ».

   Qu’importe le mensonge s’il est un moyen d’atteindre un Idéal plus vrai  que la fade vérité et « s’il rend l’univers moins hideux et les instants moins lourds » ?

   « Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m’imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers. Ces choses, parce qu’elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai ; tandis que la plupart de nos paysagistes sont des menteurs, justement parce qu’ils ont négligé de mentir » Baudelaire, Salon de 1859. Pléiade, p. 1085.

Cf. Le bel article de Laurent Schneider sur l’amour de l’apparence chez Baudelaire et Nietzsche.

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 Qu’il s’agisse de Platon ou de Hegel, le sens de l’art est interrogé dans le cadre d’un présupposé métaphysique distinguant l’ordre de l’apparence et celui de l’essence. Et pour l’un comme pour l’autre, la pure apparence doit être relevée pour être sauvée. Dans sa pure immédiateté, dans sa phénoménalité brute, elle n’a pas d’être ou de dignité. C’est patent aussi bien chez le penseur de l’historicité de l’Etre que chez le contempteur du devenir. En disant que « le réel est rationnel » Hegel ne prétend pas sauver tous les phénomènes. Il les sauve à la manière des Grecs car c’est toujours l’esprit et son exigence d’intelligibilité qui décident de la réalité et de la vérité. Est réel, objectif, dans l’art aussi bien que dans la science, ce que l’esprit a réussi à rationaliser ou à spiritualiser. C’est dire que l’apparence a besoin d’être rédimée et son salut vient toujours de sa fonction expressive de l’Etre ou du Vrai.  

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     «Le reproche d’indignité qui s’adresse à l’art comme produisant ses effets par l’apparence et l’illusion serait fondé si l’apparence pouvait être regardée comme ce qui ne doit pas être. Mais l’apparence est essentielle à l’essence. La vérité ne serait pas si elle ne paraissait ou plutôt n’apparaissait pas, si elle n’était pas pour quelqu’un, si elle n’était pas pour elle- même aussi bien que pour l’esprit en général.

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   Depuis que nous avons pris conscience de notre historicité, il semble que nous n’en finissions pas de l’interroger comme si désormais la question du sens faisait corps avec celle de ses figures historiques. L’attention à la différence, le souci humble et curieux de l’événement se sont ainsi substitués à la fuite paisible dans le royaume de l’essence. L’Histoire comme mouvement à éclairer a expulsé l’Etre comme lumière à contempler.

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    Cf: https://www.philolog.fr/ennui-et-cruaute-baudelaire-par-benjamin-fondane/#more-3337

     Le 15 mars 1968, Pierre Viansson-Ponté publiait dans le journal Le Monde, un article destiné à avoir un certain retentissement : « La France s’ennuie » affirmait-il et il terminait son papier par ces propos : « On ne construit rien sans enthousiasme. Le vrai but de la politique n’est pas d’administrer le moins mal possible le bien commun, de réaliser quelques progrès ou au moins de ne pas les empêcher, d’exprimer en lois et décrets l’évolution inévitable. Au niveau le plus élevé, il est de conduire un peuple, de lui ouvrir des horizons, de susciter des élans, même s’il doit y avoir un peu de bousculade, des réactions imprudentes.

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   « Il existe un tableau de Klee qui s’intitule «Angelus Novus». Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

             Walter Benjamin. Sur le concept d’histoire, IX , 1940. Gallimard, Folio/Essais, 2000,  p. 434.

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     L’intérêt des deux textes qui suivent consiste à montrer que le régime d’historicité sous lequel les hommes vivent change d’une époque à une autre. Octavio Paz distingue, comme le fait François Hartog dans son livre : Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, publié en 2003, des régimes hétérogènes selon qu’on privilégie le passé ou le futur, un futur temporel ou un futur hors du temps. François Hartog distingue ainsi le régime héroïque privilégiant le passé, le régime chrétien articulant le passé, le présent et l’avenir sur fond d’une éternité incarnant la promesse du salut, le régime moderne axé sur le futur temporel et donc sur l’optimisme du progrès avant d’établir que le régime moderne est en crise et qu’il semble s’effacer au profit d’un nouveau rapport au temps privilégiant le présent.

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  « Ce n’est pas un hasard si ces grandes révolutions, qui ont fondé l’histoire moderne, se sont inspirées de la pensée du XVIII° siècle, une époque fertile en projets de réforme sociale et en utopies. On a prétendu que ces utopies représentent la part moins heureuse de son héritage; pourtant, nous ne pouvons ni les dédaigner ni les condamner.

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