Peut-on fonder un droit de punir?
La justice corrective.
(Elle correspond à notre institution judiciaire. Le tribunal de justice.)
Aristote appelle justice corrective, la justice qui s’exerce lorsque le rapport de droit entre les personnes a été rompu. Elle consiste à rendre à chacun son dû. Son problème est de rétablir l’équilibre en proportionnant la sanction à la faute. Corriger c’est ramener à la règle, supprimer un désordre.
Aristote propose de poser le problème en termes de perte pour la victime et de gain pour le coupable. Le juge doit retrancher le gain du coupable afin de compenser la perte de la victime. Si on appelle pathos de la victime, ce qui correspond à sa perte, il faut définir un pathos du coupable pour le compenser. Ex : un meurtre a été commis. Le juge doit « rendre justice » comme on dit. Il doit rétablir le rapport de droit entre le coupable et la victime en proportionnant la peine (justice pénale), au dommage.
PB : Peut-on réparer l’irréparable ? La loi du réel n’est-elle pas que ce qui a été fait ne peut pas être défait ? Ainsi ni la condamnation à mort du meurtrier, ni son incarcération ne constituent au sens propre une réparation. Et pourtant réparation est demandée, et par la victime ou sa famille, et par la société, c’est donc que celle-ci est de l’ordre du symbolique, voire du magique.
PB : Peut-on trouver une commune mesure entre le délit, le crime et le châtiment ? Au tribunal de la raison, c’est-à-dire du souci de la proportionnalité et de l’égalité, le crime appelle la condamnation à mort. Mais outre que l’exécution d’un meurtrier nous semble dans ses modalités, un acte barbare, la peine de mort prive la justice d’une de ses dimensions fondamentales. On punit pour le bien de la victime et aussi pour le bien du coupable. La peine doit permettre à un coupable de payer sa dette et de s’amender. A partir du moment où l’on ne croit plus que le service dû au coupable a un sens dans une autre vie (se présenter devant le tribunal de Dieu en ayant commencé à expier par le sacrifice de sa vie, la faute commise), c’est pour cette vie là que la justice doit s’exercer, ce qui exclut la peine de mort.
Il faut donc admettre qu’il n’y a pas de commune mesure entre une faute et une peine, par exemple entre un crime et la prison. La définition d’un châtiment ne peut être que contingente et arbitraire. Cette observation n’en discrédite pas la nécessité rationnelle de principe, mais permet de comprendre qu’il soit toujours possible de critiquer les modalités concrètes de la peine.
Foucault distinguait quatre grands types de châtiments : le bannissement en usage surtout dans la Grèce antique ; la réparation en usage dans les sociétés germaniques, le marquage en usage en Occident à la fin du Moyen Age ; l’enfermement en usage dans notre monde.
La justice corrective est l’institutionnalisation du droit de punir. La question est de savoir s’il est possible de justifier un tel droit.
PB : Peut-on fonder un droit de punir ? (Plan).
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