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Buste de Montesquieu. Agen. Salle des illustres agenais. 
 

  

   

    Une convention est un accord que les hommes passent les uns avec les autres. Elle implique la décision humaine, c’est pourquoi elle en a souvent le caractère arbitraire, relatif, contingent. Les conventions d’une société ne sont pas les conventions d’une autre et l’expérience montre que pour une même société, ce qui est conventionnellement établi à une époque est différent de ce qui est établi à une autre. Les conventions sont donc essentiellement relatives et changeantes. La question est de savoir s’il en est de même pour les notions de juste et d’injuste. Ce que les  hommes tiennent pour tel a-t-il les caractères des choses conventionnelles ou bien s’agit-il de notions ayant l’universalité, la nécessité et l’éternité des choses naturelles ? S’il est vrai qu’il n’y a de juste ou d’injuste que de ce qui est conforme à la loi, quelle est la nature de la loi nous permettant de juger du juste et de l’injuste ?

    Faut-il avec les sophistes ou avec Hobbes comprendre que la mesure de la justice est l’arbitraire humain, la convention, le légal ou avec le jusnaturalisme considérer que le légal n’est pas par soi seul le légitime et qu’il faut encore que la loi qui dit la justice c’est-à-dire la loi juridique soit en accord avec la loi morale pour s’imposer comme juste aux yeux de la conscience ?

       

   1)   Il n’y a de justice que conventionnelle.

 

  • Protagoras : «  l’homme est la mesure de toutes choses » Tout est relatif. Il n’y a pas au-delà de ce que les hommes, dans leur particularité empirique jugent juste ou injuste, un ordre transcendant et universel permettant de dépasser la multiplicité, la diversité et les contradictions des appréciations humaines. Chacun juge en fonction de ses intérêts, de ses conditionnements culturels, de sa fantaisie. Il y a autant de définitions du juste et de l’injuste que de sujets qui  se prononcent. A chacun sa conception de la justice. Le subjectivisme et le relativisme sont indépassables. Cf. Pascal « Plaisante justice qu’une rivière borne. Vérité en deçà des Pyrénées erreur au-delà » Ex : Ici il a plu aux hommes de dire que les femmes sont inférieures aux hommes, là il leur a plu de dire qu’ils sont égaux en droits. Il faut donc en conclure avec les sceptiques qu’il n’y a pas de justice universelle ou avec Protagoras qu’à défaut de cette justice universelle, la tâche de chacun est d’être suffisamment fort pour faire triompher la conception de la justice correspondant le mieux à ses intérêts ou à son idéologie.

 

  • Hobbes : On comprend pourquoi dans ces conditions, le grand penseur politique Hobbes affirme que : « Commettre quelque injustice envers les hommes, cela suppose qu’il y ait des lois humaines, qui ne sont pas encore établies en l’état de nature » Le citoyen. Dans l’état de nature c’est-à-dire dans l’état pré-civil le rapport entre les hommes est tributaire de l’arbitraire individuel. Le droit de chacun s’étend jusqu’où s’étend sa force et même si, en tant qu’être de raison l’homme a une exigence de justice, chacun étant juge en la matière, les opinions des uns entrent en conflit avec les opinions des autres et il s’ensuit la guerre de tous contre tous. L’état de nature est un état de violence généralisée dont l’homme doit absolument sortir s’il veut sauver les intérêts légitimes de sa nature : le désir de persévérer dans son être, la possibilité de développer les potentialités de sa nature et de promouvoir la civilisation. Sans la paix civile, ni le commerce, ni le développement des sciences et des arts, ni l’instruction d’un peuple n’est  possible. Or la condition de la paix implique que chacun renonce à décider souverainement de ce qui est juste ou injuste et se soumette à la souveraineté politique ; seule instance apte à permettre le dépassement des différends entre les membres d’un groupe et à garantir la paix civile. Dans cette perspective la  justice est conventionnellement définie. C’est la loi, telle qu’une souveraineté politique l’institue qui définit le juste et l’injuste ; à défaut c’est la concurrence des subjectivités dans cette prétention avec son cortège de violences. Voilà pourquoi Hobbes écrit que seule « l’ignorance des causes et de l’institution première du droit, de l’équité, de la loi et de la justice dispose les hommes » à se tromper sur ce qui les fonde. Au gré des intérêts des uns et des autres sont convoquées la coutume ou la raison. Mais l’une et l’autre ne sont jamais que l’alibi des passions. Hobbes précise que si la vérité mathématique était comme la question du juste et de l’injuste, l’otage des passions et des intérêts humains, il y a fort à parier que les hommes la discuteraient avec la même violence et la même partialité. La définition du juste et de l’injuste est donc la compétence de la souveraineté politique. C’est le droit et le devoir du souverain d’instituer ce qui est juste et injuste, parce qu’au-dessus des points de vue partisans, il incarne le souci de l’intérêt général. Là, où il n’y a pas de souveraineté politique, il y a l’état de nature et « dans cette guerre de chacun contre chacun…rien ne peut être injuste, les notions de bien et de mal n’existent pas… la justice et l’injustice sont des qualités qui concernent l’homme en société et non dans la solitude » Hobbes.  Léviathan.

 

  Transition : Que Protagoras théorise la loi de la caverne et Hobbes celle de l’histoire, il n’est pas question de le récuser. Mais on peut objecter au sophiste que s’il n’y a de justice que relative à l’arbitraire des uns et des autres il faut renoncer à parler de justice. La justice est reconnaissable universellement ou alors elle n’est pas la justice. Le subjectivisme et le relativisme dissolvent l’idée même de justice comme ils dissolvent celle de vérité. De même on peut objecter à Hobbes que, même s’il est vrai qu’en un sens le juste c’est le légal, il faut encore que la légalité revête à nos yeux une légitimité pour être qualifiée de juste. Ainsi nous arrive-il souvent de dire que telle loi est injuste. Comment serait-ce possible si la justice se limitait à ce que la loi conventionnelle définit ainsi ? Il faut donc que la justice ne soit pas seulement une convention pour être ce que l’on invoque pour contester les conventions et les changer. Mais alors s’il n’y a pas de justice que conventionnelle, que faut-il entendre par justice ?

                  

2)   Il y a du juste par nature.

  

   «  Il existe une justice et une injustice dont tous les hommes ont comme une divination et dont le sentiment leur est naturel et commun même quand il n’existe entre eux aucune communauté ni contrat » Aristote. Rhétorique 1373b.

  Cette loi naturelle nous dit qu’on ne doit pas porter atteinte à la vie, à la liberté et aux biens d’autrui. Aussi Locke ne définit-il pas l’état de nature comme un état de guerre. La loi naturelle régit tant bien que mal le rapport d’êtres n’ayant pas encore institué un arbitre commun pour régler leurs différends. Chacun se sent tenu de faire respecter cette loi naturelle et s’il est vrai que cela va générer des violences, il n’en reste pas moins qu’il y a une loi naturelle de justice que chacun peut découvrir dans le trésor de sa raison. Chacun en a « la divination » dit Aristote. Entendons, la loi naturelle est connue intuitivement, elle est intérieure à la conscience et définit l’homme dans ce qui le distingue de l’animal.

   Cette loi naturelle, Antigone l’oppose au roi Créon dont le décret interdit de donner une sépulture à Polynice. La fille d’Œdipe, sœur de Polynice, refuse d’obéir à la loi positive car s’il est juste de ne pas rendre les honneurs de la cité à un traître, il est injuste de ne pas rendre à quiconque, les devoirs qui sont dus à l’homme en tant qu’homme. La colère a égaré Créon, et son aveuglement est tout entier dans cette manière d’être devenu sourd à la voix de la conscience. Antigone incarne l’exigence de la loi naturelle de justice contre l’injustice de la loi positive.

   L’histoire ne manque pas de nous confronter très souvent à la disjonction du légal et du juste. Or comment cette disjonction pourrait-elle se faire jour s’il n’y avait de juste ou d’injuste que conventionnels ? Pourquoi les hommes s’indigneraient-ils de certaines institutions juridiques telles que l’esclavage ou l’inégalité des hommes et des femmes ? Pourquoi dénonceraient-ils les injustices sociales ? Simplement parce qu’ils en sont les victimes ? Certes pas. L’expérience montre que les exigences immanentes à l’esprit sont en général plus vives chez ceux qui ont le loisir de développer cet esprit. Et sauf exception, ce sont d’ordinaire les privilégiés d’un ordre social. C’est en effet au cœur de l’intériorité rationnelle qu’on découvre que le juste c’est l’égal, l’exactitude, la proportionnalité. Il y a là un impératif rationnel nous faisant obligation d’admettre qu’il est aussi injuste de traiter inégalement des choses égales que de traiter également des choses inégales. La justice suppose l’art de la pesée qui est en définitive l’art de penser ou de juger avec rectitude.

   C’est pourquoi « le commun langage désigne du beau nom de jugement à la fois la sentence irrévocable et la plus haute fonction de l’esprit » (Alain). Le langage ne s’y trompe pas. Il faut travailler à bien penser pour être juste car il y a une parenté entre la justesse du jugement ou du raisonnement et la justice. La fonction de juge atteste cette parenté. On attend de celui qui est investi de la redoutable tâche de la justice corrective qu’il juge de manière droite et l’on sait que s’il doit appliquer la loi, il n’est pas dispensé d’en ajuster parfois la lettre pour en sauver l’esprit de justice. Ce qui s’appelle équité.

   Ainsi on peut suivre Montesquieu pour reconnaître que : « les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ». La nécessité dont il s’agit lorsqu’on a affaire à des êtres intelligents n’est pas la nécessité physique, comme c’est le cas avec les corps. C’est une nécessité morale, qu’il est possible de définir quand bien même il n’y aurait au monde aucun être intelligent. Il suffit pour cela de réfléchir, de faire retour sur soi-même pour expliciter la voix de la conscience. Comme elle est la mesure de la justesse mathématique, elle est celle de la justice. Il s’ensuit que la loi de justice a les mêmes caractères que la loi mathématique et seul le respect de cette loi immanente à la raison, par la loi positive permet de juger que celle-ci est juste. Il faut donc comprendre que : «  Dire qu’il n’y a de juste ou d’injuste, que ce qu’ordonnent ou défendent les lois positives, c’est dire qu’avant qu’on eût tracé le cercle tous les rayons n’étaient pas égaux ».

  Ex : Une propagande politique peut bien dire qu’on peut désobéir aux lois régissant une cité, la raison nous dit que si une société d’hommes se donnent des lois, il est juste de leur obéir, ce qui n’exclut pas qu’il soit juste de les changer si elles s’avèrent insatisfaisantes du point de vue des exigences rationnelles de la justice. Mais la raison nous dit encore que dans une République où la réforme est une possibilité légale, la justice consiste à modifier les lois en respectant les règles procédurales.

  Ainsi encore, la raison nous dit que lorsque quelqu’un a commis un délit ou un crime, il doit être puni ; que lorsqu’un homme a fait du bien à un autre, celui-ci doit témoigner de la reconnaissance.

  Certes, ce qui est juste par nature, c’est-à-dire en raison n’est pas toujours clairement entrevu par les hommes ni suivi invariablement. Le monde intelligent ne se gouverne pas aussi bien que le monde physique et cela tient à plusieurs facteurs. La liberté d’abord de l’homme qui, à la différence des phénomènes naturels, n’est pas soumis à un déterminisme. La nécessité morale a ceci de singulier qu’elle est, ce qui est possible par liberté et non par déterminisme. Ce qui constitue à la fois sa grandeur et sa misère. Les passions ensuite, dont les effets d’aveuglement consistent à altérer la rectitude du jugement. Par exemple, l’expérience montre que les sentiments (la psychologie empirique) ne sont pas toujours en accord avec la raison (la psychologie rationnelle). La bienfaisance ne débouche pas toujours sur la reconnaissance, elle suscite parfois, paradoxalement, une réaction d’hostilité à l’égard du bienfaiteur. On en veut à celui qui nous rappelle la misère d’où il nous a sorti. On lui en veut d’avoir eu besoin de lui et d’avoir une dette de reconnaissance. Cet affect est repérable aussi bien dans la vie privée que dans la vie publique.

 

                  3)   Dépassement.

 

   Tant que la loi naturelle de justice reste une pure loi morale, une pure exigence rationnelle, elle n’a aucune effectivité. En ce sens Hobbes a raison ; sans la loi positive qui dit le juste et l’injuste les hommes sont soumis à la violence de l’arbitraire des uns et des autres. Mais qu’il n’y ait de justice effective que celle que la loi positive fait exister en arrachant le règne humain à la violence généralisée de l’état de nature ne signifie pas qu’il n’y a pas une loi naturelle de justice, immanente à la conscience ou à la raison. Cela signifie seulement que la voix de la conscience ou de la raison est une voix confuse commençant souvent par être aveuglée par cette part sensible de notre nature dont Platon montre dans « l’allégorie de la caverne » combien elle subvertit la part rationnelle. Voilà pourquoi l’expérience semble donner raison à Protagoras. La loi naturelle de justice n’est pas immédiatement transparente. Elle ne devient intelligible que sur fond d’ascèse, de désintéressement. Elle est, semble-t-il, naturelle et pourtant elle requiert la culture de la raison pour devenir audible. Son intelligence parait davantage de l’ordre de la conquête que de celui du donné immédiat. Et pourtant si un haut degré de civilisation et de formation morale semble nécessaire pour que l’homme soit capable de distinguer la loi de justice de ses caricatures il ne s’ensuit pas que celle-ci ait le caractère artificiel des réalités conventionnelles. Elle est au contraire ce qui s’impose à la conscience parce qu’elle a une nécessité rationnelle. La loi naturelle de justice est transcendante, universelle, éternelle. On ne décide pas arbitrairement que le juste c’est l’égal, on découvre dans le trésor de son esprit qu’il en est ainsi et on se soumet en le reconnaissant à une nécessité qui est celle de l’esprit. Ainsi advient-t-on à la liberté d’un être spirituel, liberté qui est aux antipodes de l’aliénation propre aux êtres aveuglés par leurs passions et leurs intérêts.

  Conclusion : On nous demandait si le juste et l’injuste ne sont que des conventions. Au terme de cet examen, on peut répondre que non. Il y a du juste par nature, mais heureusement qu’il y a des conventions pour donner effectivité et matière à se rectifier à la faible voix de la raison.

 

 Cf. Rousseau et la question du droit naturel. http://www.philolog.fr/rousseau-et-la-question-du-droit-naturel/#more-3384

 

 

Annexe: Textes utilisés. 

 

  « Les êtres particuliers intelligents, peuvent avoir les lois qu’ils ont faites : mais ils en ont aussi qu’ils n’ont point faites. Avant qu’il y eût des êtres intelligents, ils étaient possibles : ils avaient donc des rapports possibles, et par conséquent des lois possibles. Avant qu’il y eût des lois faites, il y avait des rapports possibles. Dire qu’il n’y a rien de juste ni d’injuste que ce qu’ordonnent ou défendent les lois positives, c’est dire qu’avant qu’on ait tracé le cercle tous les rayons n’étaient pas égaux.

  Il faut donc avouer des rapports d’équité antérieurs à la loi positive qui les établit : comme, par exemple, que supposé qu’il y eût des sociétés d’hommes, il serait juste de se conformer à leurs lois ; que s’il y avait des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d’un autre être, ils devraient avoir de la reconnaissance ; que si un être intelligent avait crée un être intelligent , le crée devrait rester dans la dépendance qu’il a eue dès son origine ; qu’un être intelligent qui a fait du mal à un être intelligent mérite de recevoir le même mal ; et ainsi du reste.

  Mais il s’en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique. Car quoique celui-là ait aussi des lois, qui, par leur nature sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bornés par leur nature, et par conséquent sujets à l’erreur ; et d’un autre côté, il est de leur nature qu’ils agissent par eux-mêmes. Ils ne suivent pas constamment leurs lois primitives ; et celles même qu’ils se donnent, ils ne les suivent pas toujours ».

                                                                            Montesquieu. De l’Esprit des Lois. I, 1.

 

  « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses » Montesquieu.

 

  « L’ignorance des causes et de l’institution première du droit, de l’équité, de la loi et de la justice, dispose les hommes à faire de la coutume et de l’exemple la règle de leurs actions, au point de penser que l’injuste est ce qu’il a été coutumier de punir et que le juste est ce de l’impunité et de l’approbation de quoi on peut fournir un exemple(…) ; semblables en cela aux petits enfants qui n’ont pas d’autre règle des bonnes et des mauvaises manières que les corrections qu’ils reçoivent de leurs parents ou de leurs maîtres : à ceci près que les enfants sont fidèles à leur règle, alors que les hommes ne le sont pas ; en effet, devenus vigoureux et entêtés, ils en appellent de la coutume à la raison, et de la raison à la coutume, comme cela sert leur cause : récusant la coutume quand leur intérêt le requiert, et se dressant contre la raison chaque fois que la raison est contre eux. Et c’est pour cela que la doctrine du juste et de l’injuste est perpétuellement disputée, tant par la plume que par l’épée, alors que la doctrine des lignes et des figures ne l’est pas ; dans ce domaine en effet, quelle peut être la vérité, les hommes n’en ont cure, car elle ne contrecarre l’ambition, le profit ou la concupiscence de personne. Mais je ne doute pas que s’il eût été contraire au droit de dominer de quelqu’un, ou aux intérêts de ceux qui dominent, que les trois angles d’un triangle soient égaux à deux angles d’un carré, cette doctrine eût été sinon controversée, du moins étouffée, par la mise au bûcher de tous les livres de géométrie, pour autant que cela eût dépendu de celui à qui elle importait »

                                                                          Hobbes. Léviathan.

  «  Cette guerre de chacun contre chacun (=dans l’état de nature) a une autre conséquence ; à savoir, que rien ne peut être injuste. Les notions de légitime et d’illégitime, de justice et d’injustice, n’ont pas ici leur place. Là où il n’est pas de pouvoir commun, il n’est pas de loi ; là où il n’est pas de loi, il n’est pas d’injustice. La violence et la ruse sont en temps de guerre les deux vertus cardinales. Justice et injustice ne sont en rien des facultés du corps ou de l’esprit. Si elles l’étaient, elles pourraient appartenir à un homme qui serait seul au monde, aussi bien que ses sensations et ses passions. Ce sont des qualités relatives à l’homme en société, et non à l’homme solitaire. Enfin cet état a une dernière conséquence : qu’il n’y existe pas de propriété, pas d’empire sur quoi que ce soit, pas de distinction du mien et du tien ; cela seul dont il peut se saisir appartient à chaque homme, et seulement pour aussi longtemps qu’il peut le garder. Cela suffit comme description de la triste condition où l’homme est effectivement placé par la pure nature, avec cependant la possibilité d’en sortir, possibilité qui réside partiellement dans les passions, partiellement dans sa raison »

                                                                       Hobbes. Léviathan.

Autour de ce Sujet :

  1. Quelles sont les fins qui sont en même temps des devoirs? Kant
  2. Pourquoi le légal n'est-il pas toujours le juste?

16 Réponses à “Le juste et l’injuste ne sont-ils que des conventions?”

  1. Sabrina Perotti dit :

    Bonjour,
    J’ai découvert par hasard votre blog ( comme quoi mes préoccupations se tournent toujours vers la philosophie!), et j’y vois l’occasion de vous remercier pour cette année de philosophie que j’avais attendue lontemps et qui a dépassée mes attentes…
    Je vous remercie pour cet accès à la philosophie que vous m’avez offert même si je ne sais malheueeusement que trop mal poursuivre le chemin seule…

    Très bonne continuation à vous,
    mes félicitations pour ce site,

    Cordialement,

    Sabrina Perotti

  2. Simone MANON dit :

    Merci Sabrina.
    C’est un plaisir de retrouver ses anciens élèves.
    Avec mon bon souvenir.

  3. kouoplong dit :

    salut ,
    s’il te plait repondez à cette question,soyez précis.
    est ce qu’il éxiste une justice injuste?

  4. Simone MANON dit :

    Pour la réponse à cette question, voyez le cours: Pourquoi le légal n’est-il pas toujours le juste?
    Il serait bon que vous révisiez la règle de l’accent du e.

  5. jo dit :

    bonjour madame
    je n’arrive pas à faire le lien entre un le juste et l’injuste parla convention cela me parait difficile de le faire! Mon sujet est:Le juste et l’injuste ne sont-ils que des conventions?
    je ne sais pas comment répondre à ce sujet et surtout je ne sais pas quel terme redéfinir pour ma 3e partie. Si vos pouvez me venir en aide se serai bien aimable à vous!
    merci à vous

  6. Simone MANON dit :

    Je ne dispense pas les élèves de réfléchir par eux-mêmes.

  7. Anne ENGLEBERT dit :

    Bonjour,

    Auparavant je voudrais vous remercier pour cet incroyable richesse de votre site qui m’aide chaque semaine en philosophie

    J’avais néanmoins une question de compréhension : La loi naturelle de justice correspond à la loi naturelle de la conscience humaine c’est a dire hors des conventions de l’état civil ?

    Encore Merci

  8. Simone MANON dit :

    Il me semble que la formule de Aristote doit vous aider à comprendre clairement la signification: « Il existe une justice et une injustice dont tous les hommes ont comme une divination et dont le sentiment leur est naturel et commun même quand il n’existe entre eux aucune communauté ni contrat » (Aristote Rhétorique 1373b)
    Dire que les hommes ont un sens naturel de la justice revient à dire que la capacité de distinguer le juste de l’injuste n’est pas la simple intériorisation des conventions sociales, des principes éducatifs. Elle est le propre de la faculté rationnelle, celle-ci ayant néanmoins besoin d’être éduquée pour prendre possession d’elle-même.

  9. Anne ENGLEBERT dit :

    Peut-on parler alors d’un sens de la justice inné chez l’Homme ? meme s’il est enfouis

  10. Simone MANON dit :

    Oui, c’est ce que cela signifie avec la réserve cependant que, sans éducation, la faculté rationnelle ne peut pas se développer.

  11. Gessy dit :

    bonjour,
    j’ai découvert votre blog par hassard et vous m’avez été d’une aide formidable.
    merci beaucoup…

  12. Mélissa dit :

    Bonsoir,

    Tout d’abord merci, car votre site est une très grande aide pour moi, malheureusement je n’ai pas compris la conclusion de sujet sur : « Le juste et l’injuste ne sont-ils que des conventions? »
    Je ne cesse de la relire, mais rien ne s’éclaire. J’aimerai si le temps ne vous fait pas défaut, avoir plus ample informations.

    Cordialement.

  13. Simone MANON dit :

    Je doute, Mélissa, de pouvoir vous faire comprendre des significations que l’article n’a pas clarifiées pour vous.
    Vous devez partir de l’idée de convention. Les hommes s’entendent, dans des espaces et des temps donnés, sur des principes. Ici on dit que l’homme et la femme ne sont pas égaux, que certains hommes méritent de mourir comme des chiens (Créon refuse la sépulture à Polynice), là on dit que les hommes sont égaux et que tous les hommes ont droit à une sépulture. Ici on tient donc pour juste, ce que là on tient pour injuste.
    L’expérience montre en effet que les conventions sont arbitraires, relatives (aux mentalités, aux traditions, au contexte de chaque groupe), changeantes.
    La question est de savoir s’il n’y a de juste que ce que les conventions définissent comme tel ou si l’on peut définir du juste par nature. En ce cas, est juste ce qui peut être universellement et éternellement reconnu comme tel par la raison humaine.

    La pensée de Protagoras et celle de Hobbes illustrent le conventionnalisme ou le positivisme en matière de justice, celle d’Aristote et de Montesquieu, l’option opposée. (Je donne des pistes de réflexion. Vous pouvez en utiliser d’autres)
    Pour mieux comprendre voyez le cours: droit naturel, droit positif.
    Bon courage.

  14. Mélissa dit :

    Merci beaucoup, d’avoir pris le temps de me répondre.
    Je pense que votre réponse m’éclaire un peu plus, sur ce que j’étais en train d’entreprendre.
    En tout cas bravo pour ce site, il est très interressant, et surtout très enrichissant.

  15. constantin dit :

    Pouvons-nous affirmer de façon aussi tranchée que Hobbes, sur la question du droit, est un conventionnaliste? Il me semble en effet que Hobbes parle de « lois de la nature », c’est-à-dire de règles de justice dictées par la raison, à l’instar des jusnaturalistes. De plus, il me semble que Hobbes évoque la possiblité de la création, par le Prince, de lois civiles contraires à ces lois de nature (lorsque par exemple le Prince vise son intérêt personnel au lieu de l’intérêt commun), et par conséquent de la création de lois civiles injustes. Certes, Hobbes répond que le Prince n’a commis envers le peuple aucune injustice, puisque, en vertu du contrat social, la volonté du Prince, quelle qu’elle soit, incarne la volonté du peuple. Par contre, Hobbes affirme que le Prince a commis une injustice envers Dieu ou la raison. Il me semble donc qu’il y a, chez Hobbes, l’idée d’une justice naturelle sur laquelle doit se fonder la justice civile.
    Qu’en pensez-vous?

    Bien à vous, et bonne continuation pour ce site de qualité…

  16. Simone MANON dit :

    Vous remarquerez Contantin, que cet article ne propose que des pistes de réflexion pour traiter un sujet de dissertation. Ce n’est pas un cours sur la pensée de Hobbes.
    Vous avez raison de souligner l’insistance avec laquelle Hobbes mobilise le thème de la loi naturelle qu’il distingue du droit naturel bien que l’une et l’autre soient rationnels.
    Mais enfin la loi naturelle nous faisant obligation de veiller à notre conservation et donc de rechercher la paix, de passer le contrat social et de tenir les promesses qui lui sont liées n’a aucune effectivité hors de l’institution politique. En ce sens Hobbes est un conventionnaliste résolu. La raison humaine n’étant pas pratique par elle-même, elle doit nécessairement instituer le Léviathan. Celui-ci est le titulaire absolu du droit de justice à l’intérieur du corps politique et du droit de guerre à l’extérieur. Sa légitimité procède de sa puissance. Ce qui n’exclut pas l’idée que le souverain ait des devoirs envers lui-même et envers ses sujets, de telle sorte que l’obligation civile pour ces derniers n’est pas, en dernière analyse, désolidarisée de l’obligation morale et des principes d’une république chrétienne ou du royaume de Dieu. Nous sommes ici au coeur de l’ambiguïté de la pensée de Hobbes, qui à soi seule exigerait des développements étrangers à la problématique de notre sujet dès lors que par justice, on entend la justice effective.
    Bien à vous.
    Joyeux Noël.

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