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chemin1

 

    «  Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle : c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention ; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de la mettre en doute.

 

    Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.

    Le troisième de conduire avec ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés ; et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

   Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre ».

                   Descartes. Discours de la méthode. Deuxième partie.

 

  Du grec methodos, le mot méthode indique l'idée d'un chemin (odos) vers (meta).

  Pourquoi la nécessité de suivre un chemin balisé ? Parce que Descartes, l'a souligné : « Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien ».

  Or s'il y a une science qui satisfait à cette exigence, c'est la mathématique. « Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons ; confesse Descartes, mais je ne remarquais point encore leur vrai usage, et pensant qu'elles ne servaient qu'aux arts mécaniques, je m'étonnais de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides, on n'avait rien bâti dessus de plus relevé ».

  Il signifie par ce propos que la scolastique n'a pas su voir la puissance et la fécondité des mathématiques. Son projet va donc consister à expliciter la méthode des mathématiciens et à en faire le modèle de toute science. Car la réussite de la raison dans une discipline est la garantie de sa réussite dans toutes les autres et la supériorité des mathématiques tient au fait qu'elles procèdent selon un ordre précis : intuitions des évidences premières et déduction à partir de ces évidences. D'où la rigueur de leurs raisonnements et la certitude de leurs conclusions. La révolution cartésienne consiste à envisager sous le nom de sciences une mathématique universelle.

   Réfléchissant sur cette rigueur, Descartes estime qu'on peut la formaliser en quatre règles seulement. Ce qui est du plus grand intérêt car ils est facile de les connaître et conséquemment de les respecter.

 

1)      La règle de l'évidence.

 

  La première est de ne rien recevoir sans examen et de n'admettre comme vrai que ce qui résiste au doute. Rien n'est moins naturel à l'esprit que ce souci car « nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs ». Aussi avons-nous reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et sans prendre la peine d'interroger la valeur de vérité de ces opinions, nous fondons sur elles quantité de raisonnements ou de jugements qui ne peuvent qu'être erronés.

  Voilà pourquoi il convient de se défaire de toutes ces opinions et d'éviter les deux périls qui menacent l'esprit dans sa recherche de la vérité.

  D'une part la prévention, d'autre part la précipitation.

  Etre prévenu consiste à avoir des préjugés, à opiner au lieu de se donner la peine de discriminer le vrai du faux. Platon a pointé, dans l'allégorie de la caverne la souveraineté des opinions et la difficulté du chemin permettant de s'affranchir de leur prestige. Descartes décline ici la même leçon. Tant qu'on admet sans examen des énoncés et qu'on fonde sur eux des affirmations, celles-ci n'ont aucune valeur théorique. Il faut se tenir en garde contre l'apparence de vérité du préjugé et n'accepter comme principe du raisonnement que ce dont il est impossible de douter.

  Ce qui suppose de prendre le temps d'examiner et donc d'éviter la précipitation.  Celle-ci consiste à aller trop vite, à être trop peu scrupuleux sur les conditions de la validité rationnelle.

  Car seul peut être reconnu comme vrai « ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute ».

Le philosophe donne ici les critères de l'idée vraie dont le modèle lui a été fourni par le cogito. C'est l'idée claire et distincte, l'idée dont l'esprit ne peut pas plus douter qu'il ne peut douter de lui-même.

  Sa vérité saute aux yeux, autrement dit elle est évidente.

  L'évidence qui, seule peut fonder la certitude, est la propriété intrinsèque d'une idée s'imposant à l'esprit comme vraie de telle sorte qu'il ne peut lui refuser son adhésion. Ce qui lui confère cette force est sa clarté et sa distinction.

  La clarté est le contraire de l'obscurité. L'idée claire est l'idée directement présente à une pensée attentive. Elle est, commente Gilson, « l'impression que produit la perception directe de l'idée elle-même lorsqu'elle est immédiatement présente à l'entendement [...]. Une idée est obscure lorsqu'elle se réduit au souvenir que nous avons d'en avoir jadis perçu le contenu ; plus obscur encore, si ce souvenir n'est en réalité qu'un faux souvenir ».

  La distinction est le contraire de la confusion. C'est l'idée suffisamment précise pour n'être confondue avec aucune autre.

  « Une idée est confuse dans la mesure où la perception de son contenu se mélange à d'autres idées obscurément perçues. Une idée ne peut donc être distincte sans être claire ; une idée qui ne contient rien que de clair est par là même distincte ; mais une idée claire peut se mélanger d'éléments qui ne le sont pas, comme lorsque nous composons l'idée d'union de l'âme et du corps avec les idées claires d'âme et de corps ». Gilson.

  L'idée claire et distincte ou idée évidente est saisie dans un acte d'intuition rationnelle. Elle seule permet de sortir du doute et de déployer à partir de son évidence les longues chaînes de raison du discours.

 

2)      La règle de l'analyse.

 

  Lorsqu'on a un problème à résoudre, il convient de réduire la difficulté en décomposant mentalement un tout en ses éléments constituants s'il s'agit d'une chose matérielle ou  une idée complexe en idées plus simples. Il y a là une démarche fondamentale de la pensée qui ne peut faire la lumière sur quoi que ce soir qu'en divisant, en décomposant pour parvenir aux idées ou aux éléments simples.

 

    3) La règle de la synthèse.

 

  Pour construire un savoir selon un ordre rigoureux, il faut donc partir des éléments simples qu'on a découverts par analyse et qui, en dernier ressort sont saisis intuitivement pour déduire de ce simple le complexe. Comme l'écrit Gilson : « Une idée est dite plus connue, ou plus aisée à connaître qu'une autre, lorsqu'elle lui est antérieure dans l'ordre de la déduction. A ce titre, elle est aussi plus évidente, puisqu'on peut la connaître sans la suivante, mais non pas la suivante sans elle, et elle est par là même plus certaine, puisqu'étant antérieure selon l'ordre de la déduction, elle se rattache au premier principe et participe à son évidence de manière plus immédiate ».

  Pour les problèmes scientifiques, l'ordre entre les idées est imposé par la nature même, puisque l'esprit peut le découvrir mais ce n'est pas lui qui le met dans les choses. Il y a là clairement l'expression d'une option réaliste en matière de théorie de la connaissance. Mais il y a des problèmes qui portent sur des objets qui ne sont pas naturels mais artificiels. Par exemple le décryptage d'une écriture. Dans ce cas les éléments ne se précèdent point naturellement, dit le texte. Il convient donc que l'esprit invente l'ordre à suivre pour trouver les solutions plutôt que de procéder au hasard.

 

 4)      La règle du dénombrement.

 

  Il s'agit de s'assurer que dans le raisonnement on n'a rien oublié. Cf. Gilson : « L'évidence nous garantit la vérité de chacun des jugements que nous portons. (Premier précepte) ; mais elle ne peut nous garantir la vérité de ces longues chaînes déductives, telles que sont d'ordinaire les démonstrations. Le dénombrement ou énumération consiste à parcourir la suite de ces jugements par un mouvement continu de la pensée qui, s'il devient assez rapide, équivaut pratiquement à une intuition. Les dénombrements ne sont valables que s'ils respectent l'ordre requis par le troisième précepte, et s'ils sont suffisants c'est-à-dire conçus de manière à ne laisser échapper aucun élément de la déduction ».

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80 Réponses à “Les règles de la méthode. Descartes.”

  1. Joanna dit :

    Bonjour
    Je voudrais juste avoir une explication sur la phrase « et qui, en dernier ressort, sont saisis intuitivement pour déduire de ce simple le complexe » , tirée de la troisème règle. Je n’arrive pas à en comprendre le sens.
    Merci
    Joanna

  2. Simone MANON dit :

    Le simple auquel on remonte par analyse se caractérise par sa clarté et sa distinction. Le simple est donc saisi intuitivement en vertu de la première règle.

  3. Charlotte dit :

    bonjour,
    Je voulais juste vous dire que votre site était vraiment une bonne idée, qu’il était très bien fait et qu il nous aide beaucoup !
    Bravo et merci
    Charlotte

  4. fayrouz dit :

    je veux juste vous remercier pour votre site exceptionel car il m’a beaucoup aidé.et merci
    si vous permettez de bien simplifier un peu.

  5. awaleh dit :

    bonjour Mme Manon, je voulais vous remercier pour votre site exceptionnellement bien conçu.grâce a lui, j’ai pu bien réviser mon cours de philo
    j’ai eu 20 grâce à vous
    merci encore

  6. Simone MANON dit :

    Félicitations pour cette excellente note. Elle consacre avant tout votre travail et votre intelligence. Bravo.

  7. Hélène dit :

    bonjour,

    j’aime beaucoup votre site,
    je souhaiterai savoir si on doit remettre en doute l’évidence ?
    car j’ai une dissertation sur  » le sujet est il evidemment libre ?
    je voulais me servir de l’évidence et du doute carthésien

  8. Simone MANON dit :

    Votre sujet ne porte pas sur la notion d’évidence mais sur celle de liberté. Voyez le cours sur cette notion. On peut contester l’idée qu’il y a des évidences mais si on en admet le principe il est absurde d’en douter puisque par définition l’évidence est ce dont on ne peut douter. Attention donc à ne pas faire preuve de confusion.

  9. Hélène dit :

    Ok je pensais car le prof nous a dit de parlé de descartes et d’insister sur le mot évidemment.
    Je vais parler de la théorie freudienne avec la seconde topique de l’inconscient ainsi que le determinisme psychique.
    Je ne fais alors pas de partie sur le doute et l’évidence de Descartes ?
    mais je ne trouve pas de problématique

  10. Simone MANON dit :

    Bien sûr que le mot évidemment est important mais rapporté à la question de la liberté du sujet. Le cours sur: liberté: le problème métaphysique devrait vous éclairer. Bon courage.

  11. tommy dit :

    C’est intéressant votre cours. je voudrais en avoir mais je vous démande comment faire et que dois-je faire!bone continuation!

  12. Simone MANON dit :

    Je ne comprends pas le sens de votre question. Que voulez-vous avoir?

  13. elsa dit :

    Bonjour,
    Je fais de la recherche scientifique et votre « décorticage » de ce Discours de la Méthode m’aide beaucoup dans l’organisation de mes idées!
    Je vous en remercie,

    Elsa

  14. someone dit :

    Bonjour,

    J’ai lu la République de Platon et en particulier le passage sur la théorie de la connaissance (ascension vers les idées puis redescente vers le sensible). Je trouve qu’il y a des éléments relativement proches entre ce texte et celui de Descartes: toute vérité est à trouver dans une intuition purement intelligible et non dans le sensible, l’expérience. Sensible et imagination, s’ils nous informent sur la réalité n’ont aucune capacité de vérité. Même s’il n’y a pas l’intervention de Dieu chez Platon, peut-on faire un tel rapprochement?

    Merci

  15. Simone MANON dit :

    Oui, il y a un platonisme de Descartes mais les idées innées ont plus chez lui une fonction épistémologique qu’ontologique. Les vérités éternelles ne préexistent pas à la création divine et donc n’enchaînent pas la volonté et l’entendement divins comme c’est le cas du démiurge platonicien.
    Vous pouvez consulter avec intérêt ce site: http://www.erudit.org/revue/philoso/1996/v23/n2/027406ar.pdf.

  16. van dit :

    bonjour j’aimerais avoir si possible les règles de la morale, énumerées en bref ?

  17. Simone MANON dit :

    D’abord je me permets de vous faire remarquer que la politesse veut que l’on dise « s’il vous plaît » lorsque l’on demande quelque chose à quelqu’un.
    Ensuite, les règles de la méthode sont une chose, les règles de la morale une autre. Vous avez en lien, sur cet article, un cours sur la morale provisoire de Descartes, si c’est le thème que vous avez à travailler. Ce lien se trouve soit au bas de cet article, soit dans la rubrique « autour de ce sujet » dans la colonne de droite.
    Bon travail.

  18. jessica dit :

    bjr j aimerai savoir ce que c est que la morale provisoire? quels sont les principes de la morale?

  19. Simone MANON dit :

    Vous avez en lien un cours sur ce thème.
    Il vous suffit de vous y reporter.
    Bonne lecture

  20. ampau dit :

    vraiment dommage qu’on ne puisse faire de copier coller, ca me serait bien utile pour faire mes fiches d’épistémologie !

  21. Simone MANON dit :

    Ce blog n’a pas été ouvert pour encourager la paresse. Vous avez des mains pour écrire et l’écriture aide à s’approprier les significations.
    Bon travail.

  22. Ram dit :

    Bonjour,
    Je n’arrive pas à comprendre « La lettre à Elisabeth (18 mai 1645)  » de Descartes
    Est ce que vous pouvez m’expliquer ce que Descartes veut dire par  » la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires…. »

    Merci

  23. Simone MANON dit :

    Il me semble Ram que Descartes est très explicite.
    « Il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes ».
    Il suffit pour dégager les deux raisons principales (Qu’indique le « principalement »?) de savoir lire le français.
    Pourquoi l’abandon à l’empire des passions est-il jugé négativement?
    Pourquoi l’âme qui livre son bonheur aux caprices du sort n’est-elle pas une grande âme?
    Voilà ce que vous avez à expliquer et c’est en faisant cet effort que vous progresserez, non en attendant qu’un autre vous en dispense.
    Bon courage.

  24. 2039420 dit :

    Quelle est le but des règles de la méthode, à quoi servent-ils, quelles but ????

  25. Simone MANON dit :

    Il faut vous dépêcher de vous mettre au travail pour trouver la réponse à cette question.
    Il faudra aussi prendre des cours pour la correction de l’expression et les règles élémentaires de la politesse!
    Bon courage.

  26. 0509 dit :

    Bonjour ! J’ai une dissertation ayant comme sujet : « la raison peut-elle mettre le prix aux choses ? ». Puis-je me servir de cet article ou est-ce hors sujet ? Quels autres articles pourraient m’être utiles ?
    Merci d’avance

  27. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Non, la thématique de la méthode ne vous aidera pas à traiter ce sujet.
    Il faut d’abord que vous explicitiez le sens de l’expression: « mettre le prix aux choses ».
    Pour vous aider, voyez le texte de Pascal sur l’imagination dans https://www.philolog.fr/les-chaines-des-prisonniers-de-la-caverne-platon/
    Bon travail.

  28. 0509 dit :

    Merci beaucoup ! Votre site est super, bonne continuation.

  29. jerome Lisige dit :

    Bonjour
    s’il vous plait, j’aimerai savoir comment peut-on appliqué les quatre règles de la méthode de Descartes dans la vie courante.

  30. Simone MANON dit :

    Bonjour
    D’abord permettez-moi d’attirer votre attention sur l’incorrection de votre expression: Ex: J’aimeraiS, peut-on appliqueR.
    Ces règles ne sont pas des règles de vie mais de conduite de l’esprit dans son exercice intellectuel. Autrement dit leur terrain d’application est celui de la connaissance. Pour trouver et établir la vérité dans nos savoirs, il faut procéder ainsi selon Descartes.
    Les règles de vie définissant sa morale (domaine d’application: la manière de se conduire dans l’existence) sont exposées dans sa morale provisoire. Ouvrez le lien qui y renvoie.
    Bien à vous.

  31. Jean-Paul dit :

    sans vouloir rien enlever à Descartes, il faut peut être rappeler que dans le
    domaine des sciences, et en particulier en physique, certains (Paul Mouy par exemple) lui ont reproché son manque de rigueur. Par exemple, on trouve dans ses suppléments mathématiques un calcul sur les distances parcourues en chute libre basé sur une
    mauvaise équation… Descartes n’est pas Newton, loin s’en faut et la méthode
    qu’il veut généraliser est déjà loin d’être parfaite dans ses propres travaux scientifiques.
    Enfin, a t’il appliqué sa méthode quand il a craqué et tout laissé tomber à cinquante ans
    pour Christine…. ?

  32. Simone MANON dit :

    Bonjour
    J’avoue ne pas voir le rapport entre les règles de la méthode décrites par Descartes et ses relations avec la reine Christine. L’épistémologie est une chose, la conduite de la vie une autre. Pour cette dernière, Descartes a formulé les règles de la morale provisoire, ce qui est une tout autre problématique.
    Bien vous.

  33. Emerand Mbang dit :

    bonjour,
    j’avoue que ce bloc est vraiment riche. quel autre site m’aidera à faire mon devoir sur la morale de Kant? Autrement dit, quelle sont les conditions de possibilités d’un acte moral chez Kant?

  34. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il ne faut pas attendre des autres qu’ils fassent votre travail.
    Vous devez maîtriser les règles de la méthode de la dissertation si votre exercice consiste à affronter une question donnée en énoncé ou celles de l’explication de texte si vous avez à commenter un texte de Kant. Dans la rubrique méthodologie vous trouverez des cours de méthode.
    Quant à la morale kantienne, ce blog vous fournit de nombreux articles destinés à faciliter la compréhension de la pensée de l’auteur.
    Il vous suffit de vous donner la peine de les exploiter.
    Bon travail.

  35. David dit :

    Bonjour,
    Mon professeur de philosophie considère les préceptes de la Méthode à travers le traité de Géométrie. Or, je suis tombé sur un travail ici http://philosophie.ac-creteil.fr/IMG/pdf/Geometrie.pdf qui pense l’écriture de la Géométrie dénudée des préceptes de la Méthode (je cite : « Ce livre est-il bien ¯nalement un Essai du Discours 19 ? La r¶eponse est, de
    maniµere surprenante, en grande partie n¶egative. D¶enombrer, classer, ordon-
    ner : ces proc¶ed¶es sont utilis¶es syst¶ematiquement, mais sans r¶ef¶erence pr¶ecise
    µa la lettre des pr¶eceptes. »). Dans ce cas, commenter la Géométrie en philosophie afin de comprendre les préceptes est-il vraiment efficace ? Je vous remercie de me lire,
    Bien à vous.

  36. David dit :

    Excusez moi du double post, mais je me rends compte que je n’ai pas indiqué la page : c’est au début de la page dix.

  37. Simone MANON dit :

    Bonjour
    L’auteur de la thèse à laquelle vous vous référez ne dit pas que les préceptes définis dans le discours de la méthode sont absents de la géométrie; il dit simplement qu’ils sont mis en œuvre sans référence précise à leur lettre. Ce qui signifie tout autre chose que ce que vous lui faîtes dire.
    Par ailleurs, avez-vous la compétence mathématique pour juger de la pertinence de cette thèse? En ce qui me concerne, je me garderai bien de le prétendre.
    Il me semble que le plus judicieux serait de poser la question à votre professeur.
    Bien à vous.

  38. Joyce dit :

    Bonjour!
    J’ai demain mon examen et me pose une petite question. Est-ce que ces règles sont interdépendante et à suivre dans l’ordre présenté? Car je ne comprend pas ceci: si une idée est vrai puisqu’elle résiste au doute, pourquoi la diviser puis déduire du simple le complexe, quand ce complexe nous est apparu dans la première règle comme une évidence?
    Merci d’avance pour votre aide qui me sera précieuse.

  39. Simone MANON dit :

    Bonsoir

    Les quatre préceptes formant la méthode cartésienne sont ce qui doit normer l’exercice de la pensée.

    Le premier pose que, quelle que soit la difficulté examinée, on ne doit rien tenir pour vraie que l’idée évidente, celle-ci étant saisie dans une opération intellectuelle qui est une intuition. Cette règle est à respecter quel que soit le moment du travail de la pensée, qu’il s’agisse de la saisie des premiers principes ou des propositions que l’on élabore à partir d’eux par raisonnement (déduction).
    Les trois autres préceptes de la méthode : division, simplification, énumération s’impliquent réciproquement. Ils concernent le traitement des problèmes ou des difficultés. Une difficulté étant un complexe de questions, il convient de procéder à son analyse et de la ramener à une question simple pour ensuite pouvoir aller du simple au complexe et de s’assurer que l’on n’a rien oublié.
    Bien à vous.

  40. prince dende dit :

    merci beaucoup pour votre éclaircissement.

  41. VENAS ALBERT dit :

    Merçi beaucoup d’ouvrir ce blog qui nous aide à trouver des réponses à nos questions.

  42. Nathan dit :

    Bonjour Madame,

    Je m’excuse d’avance si ce message est en léger décalage par rapport à l’objet de cet article qui porte sur le Discours de la méthode, mais je n’ai pas trouvé meilleur endroit. Je précise d’emblée que ma question ne porte pas sur quelque chose pourtant d’absolument étranger : il s’agit de Descartes et de la troisième méditation, qui utilise bien des fois le vocabulaire de la clarté et de la distinction, ce pour quoi je me suis rapporté à votre explication, elle même très claire.

    Descartes y distingue plusieurs formes de réalité : la réalité formelle, matérielle et objective. Si j’ai bien compris la distinction entre réalité matérielle et formelle ( venant du vocabulaire scolastique je présume? ), comme la différence entre la forme de l’idée indépendamment de son contenu et ce qui est représenté par l’idée ( l’idée de Dieu étant plus riche que l’idée d’un attribut ou d’un mode) j’ai du mal à voir comment la troisième forme de réalité se différencie des deux autres, et notamment de la réalité formelle. Certaines phrases me posent ainsi problème comme celle qui suit :
     » Or afin qu’une qu’une idée contienne une telle réalité objective plutôt qu’une autre, elle doit sans doute avoir cela de quelque cause, dans laquelle il se rencontre pour le moins autant de réalité formelle que cette idée contient de réalité objective. » ( IIIème Méditations, édition GF, trad Beyssade, p.111).
    Si je comprends ici que Descartes tente d’appliquer le principe de causalité aux consécutions des idées, c’est à dire ici de dire que l’idée représentant un objet doit son contenu à une cause antécédente qui permet de déterminer le contenu de l’idée, étant entendu qu’une chose ne peut venir du néant, j’ai du mal à comprendre exactement comment se distinguent ici « réalité formelle » et « réalité objective ». La réalité formelle ici n’est pas la réalité matérielle de l’idée vue comme pur acte de penser sans relation au contenu de penser : qu’est ce qui distingue cette réalité de la réalité objective ?

    Je suis désolé pour ce long commentaire, il m’a semblé nécessaire de faire long pour expliciter mon problème de lecture,
    Respectueusement,
    Nathan.

  43. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Les distinctions cartésiennes ne sont, en effet, pas faciles à comprendre car elles sont héritées de la scolastique.
    Lalande donne la définition suivante : « Est formel, ou existe formellement, ce qui possède une existence actuelle, effective, par opposition :
    – D’une part à ce qui existe objectivement, au sens scolastique du terme, c’est-à-dire seulement à titre d’idée ;
    – D’autre part à ce qui existe éminemment, c’est-à-dire dans quelque chose de supérieur qui le contient en puissance et d’une façon implicite ;
    – Enfin à ce qui existe virtuellement et implicitement sans être expressément énoncé ».

    La réalité formelle est donc celle d’une chose, que la chose considérée soit l’idée (en elle-même une idée est quelque chose ; elle a donc une réalité formelle) ou la réalité à laquelle elle renvoie. Considérées sous le rapport de leur réalité formelle, toutes les idées se valent car elles sont toutes des façons de penser. En revanche, elles diffèrent les unes des autres considérées sous l’angle de leur réalité objective, c’est-à-dire de l’objet ou de l’entité qu’elles représentent ; (de ce à quoi elles renvoient)
    Ex : l’idée qui représente une substance, est plus riche, a plus de réalité objective que celle qui représente seulement un mode ou un accident de la substance.
    En tant qu’idée, une idée tire sa réalité formelle ou actuelle de l’esprit car l’idée est un mode de la pensée. Mais cela ne préjuge pas la question de savoir si la réalité objective de l’idée, elle, n’implique pas une cause autre que mon esprit.
    D’où le problème que Descartes s’efforce de résoudre : D’où les idées tiennent-elles leur plus ou moins grande réalité objective ? Il reprend pour le résoudre le principe scolastique : « C’est une chose parfaitement manifeste par la lumière naturelle qu’il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause efficiente que dans son effet »
    En disant qu’il doit y avoir « pour le moins » autant de réalité dans la cause que dans l’effet, Descartes signifie que l’effet doit être contenu soit « formellement » soit « éminemment » dans la cause. Ce qui veut dire que la réalité de la cause doit être égale ou supérieure à celle de l’effet.
    Dans la phrase qui vous fait problème, l’expression « réalité formelle » ne se rapporte pas à l’idée mais à la cause de cette idée considérée sous l’angle de sa réalité objective. Cette dernière doit avoir une cause (qui possède une existence actuelle, effective = réalité formelle) aussi grande que celle de l’objet représenté (= réalité objective).
    En espérant avoir clarifié les choses.
    Bien à vous.

  44. Pierre dit :

    Bonsoir Madame,

    J’ai pris connaissance de la lettre de Descartes à Elisabeth datée du 21 mai 1643. Dans cette lettre, Descartes affirme « qu’il y a en nous certaines notions primitives qui sont comme des originaux sur le patron desquels nous formons toutes nos autres connaissances ». Descartes précise que le nombre de ces notions est très réduit (exemple : pour le corps, nous comptons les idées innées d’extension, de figure et de mouvement).

    Je m’interroge sur le rapport des idées innées aux idées claires et distinctes. Suis-je dans une interprétation correcte si je dis que les idées claires et distinctes sont conditionnées par les notions primitives dont elles découlent forcément ?
    Peut-on dire également, selon Descartes, que les notions primitives demandent à être mises en évidence par les règles prévalant dans le cadre de sa méthode ? Autrement dit : les notions primitives demandent-elles, elles aussi, à être expliciter par l’entendement et dans le respect des règles de la méthode décrites dans le Discours ?

    Bien cordialement.

    Pierre

  45. Pierre dit :

    Excusez l’erreur d’orthographe : explicitées et non « expliciter » ! Honte à moi !

  46. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La clarté et la distinction sont les critères de la vérité (ou de l’évidence) chez Descartes.
    Les notions primitives que nous trouvons dans le trésor de notre esprit dès que nous conduisons notre esprit méthodiquement sont des idées claires et distinctes. Elles sont l’objet d’une intuition et c’est à partir d’elles que nous pouvons construire une connaissance certaine dans la mesure où elles rendent possibles des raisonnements déductifs dont la conclusion est aussi certaine que celles des notions ayant servi à les établir. On peut en distinguer trois sortes s’appliquant soit aux choses spirituelles, soit aux choses matérielles, soit à l’union de l’âme et du corps (comme les idées de douleur, de faim, de soif, ou de lumière, de sons, de couleurs)
    Dans toute recherche de la vérité, quel que soit son objet, il convient donc de bien distinguer les notions claires et distinctes de celles qui ne le sont pas. Par exemple, notre notion claire et distincte (ou primitive) de la pensée exclut que nous attribuions à une volition ou à une conception une étendue, de même nous sommes coupables de confusion si nous pensons la manière dont l’âme meut le corps sur le modèle de la manière dont un corps meut un autre corps.
    Voyez le début des règles pour la direction de l’esprit, (en particulier règles III et IV).
    La clarté et la distinction des notions primitives (ou innées) sont donc le modèle de toutes les autres vérités que l’esprit a la capacité de former à partir d’elles. Par idées innées, Descartes entend d’ailleurs des idées telles que nous avons la capacité de les former par une sorte de disposition de l’esprit et qui nous paraissent si familières que nous avons le sentiment qu’elles préexistent en nous.
    Cf. La Vème Méditation. « Pour peu que j’y applique mon attention, je conçois une infinité de particularités touchant les nombres, les figures, les mouvements, et autre chose semblables, dont la vérité se fait paraître avec tant d’évidence et s’accorde si bien avec ma nature, que lorsque je commence à les découvrir, il ne me semble pas que j’apprenne rien de nouveau, mais plutôt que je me ressouviens de ce que je savais déjà auparavant, c’est-à-dire que j’aperçois des choses qui étaient déjà dans mon esprit, quoique je n’eusse pas encore tourné ma pensée vers elles »
    Bien à vous.

  47. Charlet Mathilde dit :

    Bonjour,

    J’aimerais seulement avoir quelques précisions sur cette phrase qui reste obscure pour moi : « il y a là clairement l’expression d’une option réaliste en matière de théorie de la connaissance. » (dans le deuxième paragraphe de la règle 3). Qu’entendez-vous exactement par « option réaliste » ?

    Merci d’avance et pour tout votre incroyable travail.
    Bien cordialement.

    Mathilde

  48. Simone MANON dit :

    Bonjour
    En théorie de la connaissance, l’option réaliste consiste à penser que notre connaissance se règle sur la réalité telle qu’elle existe en dehors de notre manière de l’appréhender. L’ordre que la pensée met dans les choses correspond à l’ordre des choses elles-mêmes. Ce présupposé métaphysique qu’on appelle le parallélisme est garanti pour Descartes par la véracité divine.
    Kant substitue à cette option, l’option idéaliste. Il accomplit une « révolution copernicienne » consistant à affirmer que dans l’opération de connaître, ce n’est plus l’objet qui est au centre, le sujet se réglant sur lui, mais c’est le sujet, l’objet gravitant autour de lui. Autrement dit, nous ne pouvons pas prétendre avoir accès au réel tel qu’il est en soi, ou donné extérieurement à l’esprit. Nous n’avons accès qu’au monde phénoménal, c’est-à-dire au réel tel qu’il est informé par la structure de notre esprit. https://www.philolog.fr/lexperience-est-elle-le-fondement-de-la-connaissance-le-criticisme-kantien/
    Ex: L’image que la science construit du réel ne peut pas prétendre être objective, si nous entendons par objectivité la conformité de l’idée à la chose à laquelle elle renvoie.
    D’où la conception minimaliste de l’objectivité scientifique: est objective l’idée qui fait l’accord des esprits, non l’idée adéquate à son objet.
    Bien à vous.

  49. Khaled dit :

    Bonjour a tous,
    Bonjour Madame Simone MANON.

    Le doute cartésien ou le Doute méthodique, c’est de remettre ses convictions en question.
    Or, je souhaite acquérir une ou des méthodes pour mettre en évidence les certitudes que j’ai.
    Car je pense que nombreux sommes-nous qui avons des certitudes sont le savoir vraiment qu’ils le sont.
    En somme voilà ma requête : Mettre a jour nos convictions les plus enfouis puis les analyser avec le Doute cartésien.
    Merci beaucoup
    PS : Je reste à votre disposition pour de plus amples explications, car le français ce n’est pas ma langue maternelle et j’ai du mal à me faire comprendre des fois.

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