Flux pour
Articles
Commentaires
Aristote

 

«  La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement, et (...) l'homme est par nature un animal politique. Et celui qui est sans cité, naturellement et non par suite des circonstances, est ou un être dégradé ou au-dessus de l'humanité. Il est comparable à l'homme traité ignominieusement par Homère de : Sans famille, sans loi, sans foyer, car, en même temps que naturellement apatride, il est aussi un brandon de discorde, et on peut le comparer à une pièce isolée au jeu de trictrac.

  Mais que l'homme soit un animal politique à un plus haut degré qu'une abeille quelconque ou tout autre animal vivant à l'état grégaire, cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l'homme seul de tous les animaux, possède la parole. Or, tandis que la voix ne sert qu'à indiquer la joie et la peine, et appartient aux animaux également (car leur nature va jusqu'à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres), le discours sert à exprimer l'utile et le nuisible, et, par suite aussi, le juste et l'injuste ; car c'est le caractère propre à l'homme par rapport aux autres animaux, d'être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste, et des autres notions morales, et c'est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité ».

                              ARISTOTE. (330 av. J-C.) La Politique. I, 2. (Traduction Jules Tricot).

 

I)                   La Thèse : La cité est un fait de nature.

 

   Par là Aristote signifie que l'existence sociale ou politique est naturelle à l'homme. Cela signifie que :

 La cité n'est pas un état contre-nature. Aristote s'oppose ici à tous les penseurs qui affirment que l'homme est par nature insociable, rebelle à l'état civil, que celui-ci requiert pour s'instituer une sorte de dénaturation de l'homme. C'est par exemple le propre de la thèse freudienne. La vie civile, nous apprend Freud, exige des hommes des sacrifices qu'il ne leur est pas naturel de consentir. Elle requiert frustration, refoulement et sublimation des pulsions. Cf. Cours.

 Elle n'est pas un simple artifice que des êtres pressés par la nécessité inventent pour résoudre le problème de leur survie. Pour Rousseau, par exemple, la tendance à s'associer, la sociabilité n'est pas une tendance naturelle. L'association procède de la contrainte des besoins, des accidents de l'histoire, elle ne procède pas d'un mouvement naturel. Cette thèse qu'on peut appeler artificialiste ou conventionnaliste est celle d'un Protagoras, d'un Hobbes, d'un Rousseau.

 Pour Aristote au contraire, l'homme tend par nature à vivre en cité. En réalisant cette tendance, il accomplit sa nature, ce pour quoi il est fait. « Personne ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul, car l'homme est un être politique et naturellement fait pour vivre en société » Ethique à Nicomaque. IX, 9,1169b, 16.18.

   Cette thèse établit que l'individu n'est pas en soi un être complet, un être achevé dont on peut poser l'existence antérieurement et extérieurement au social. A la différence de l'idéologie individualiste triomphante dans la thématique des « Droits de l'Homme » et dans nos Institutions, l'anthropologie aristotélicienne est anti-individualiste. L'individu est un être inachevé n'ayant pas de réalité hors de la totalité sociale au sein de laquelle il accomplit les fins de sa nature. « Sans famille, sans loi, sans foyer » il est « comme une pièce isolée au jeu de trictrac ».

 

II)                Les implications de la thèse.

 

   L'être qui par nature et non accidentellement (Ex : Les enfants sauvages ou les apatrides) existe hors d'une cité n'est pas un être humain.

Il est la négation de l'humanité :

Soit par défaut : C'est autre chose qu'un homme. Il faut entendre par là soit une bête soit une brute. Car s'il est incapable de vivre en cité, c'est qu'il est étranger aux fins que réalise la cité. Or celles-ci sont : d'une part le dépassement de la déficience native des individus rendu possible par l'association avec d'autres hommes ; (Grâce à la coopération, les hommes s'affranchissent de la tyrannie des besoins, ils accèdent à l'autosuffisance ; liberté refusée aux animaux condamnés à ne jamais connaître une condition libérée de l'aliénation des besoins vitaux) d'autre part l'accomplissement de la finalité proprement humaine de l'existence humaine. « Née du besoin de vivre, la cité existe pour être heureux » écrit Aristote. C'est dans la relation humaine que l'homme se sent exister comme un homme et peut déployer sa vertu propre : celle d'un être de raison voué à nouer avec les autres des rapports d'amitié et de justice. L'être vivant hors de la cité est comme la bête, un individu prisonnier de la servitude du besoin et comme la brute un individu soumis à la sauvagerie de ses impulsions. « C'est l'amitié qui porte les hommes à la vie sociale. Le but de l'Etat c'est le bonheur de la vie. Toutes ses institutions ont pour fin le bonheur. La cité est une association de familles et de bourgades pour jouir d'une vie parfaitement heureuse et indépendante. Mais bien vivre selon nous, c'est vivre heureux et vertueux ; il faut donc admettre en principe que les actions heureuses et vertueuses sont le but de la société politique et non pas seulement la vie commune ». La Politique. III, 5 ,14.

 

 Soit par excès : Celui qui peut se dispenser d'appartenir à une cité est un être autosuffisant et parfait. Autrement dit il ne s'agit pas d'un homme mais d'un dieu.

 

NB : Il peut arriver à l'homme de connaître la suffisance à soi et le bonheur des dieux. Telle est la caractéristique, pour les Anciens, de la vie contemplative, mais Aristote prend soin de préciser qu'une telle vie incarne un sommet rarement atteint et au niveau duquel on ne saurait se maintenir.

Cf. «  N'est-ce pas là vie trop haute pour être une vie d'homme ? Car ce n'est pas en tant qu'il est homme que l'homme vivra de la sorte mais en tant qu'il a en lui quelque chose de divin ; or autant ce quelque chose de divin l'emporte sur le composé, autant son activité l'emporte sur l'activité selon les autres vertus. Si c'est donc du divin que l'intellect au regard de l'homme, ce sera aussi une vie divine que la vie selon l'intellect au regard de la vie humaine » Ethique à Nicomaque X, 7,8.

Par ce propos, Aristote nous invite à faire le dieu (Dieu, l'homme doit penser : vie contemplative), mais aussi à faire l'homme (Mortel, l'homme doit agir avec ses semblables : vie active ou politique). L'idéal politique est notre vocation même si la vie théorétique incarne le sommet des genres de vie. Dans son Protreptique il écrit : « L'homme est né pour deux choses, pour penser et pour agir en dieu mortel qu'il est ».

 

III)             Fondement de la thèse.

  

  PB : Qu'est-ce qui permet d'affirmer que l'homme est un animal politique de manière beaucoup plus évidente que les animaux grégaires ?

  La réponse aristotélicienne articule deux arguments :

D'une part le philosophe prend acte d'un fait : l'homme est le seul animal qui parle.

D'autre part ce fait est interprété à la lumière d'un présupposé finaliste. « La nature ne fait rien en vain ». Tout ce qui est a sa raison d'être.

 

  PB : En quel sens peut-on dire que la finalité de la parole est politique et en quoi parole et existence politique sont-elles le propre de l'homme ?

N'observons-nous pas dans la nature des animaux vivant en groupe et ne disposent-ils pas tous de systèmes de communication ?

 

  L'analyse de la nature de la parole permet de souligner sa spécificité et d'établir le rapport des deux caractéristiques humaines : parler et vivre en société.

 

  Aristote commence par demander de ne pas confondre la voix (phônê) et la parole (logos).

  La voix est expressive, aussi la rencontre-t-on chez les animaux. Elle permet d'exprimer ses affects, son plaisir, sa peine et de les communiquer. Comme les hommes, les animaux ont une expérience sensible et la manifestent mais chez l'homme la parole déborde cette fonction purement expressive et communicative. Parler ne se limite pas à produire des sons mais à articuler des sons doués de sens à l'intérieur d'une proposition. Or toute proposition est un jugement.

  Ainsi l'homme ne dit pas seulement : « Aïe !» ; mais « cela est un mal ». Il affirme quelque chose de quelque chose, il juge et juger consiste à prendre position sur la vérité, la légitimité ou non d'une relation posée par l'esprit. C'est dire que seul un être pensant peut parler au sens précis. Ce que les Grecs soulignent avec la notion de « logos », puisque « logos » signifie à la fois parole et raison, discours sensé.

  Il y a plus. Tous les jugements mettent en jeu des valeurs témoignant que l'existence humaine ne se déploie pas dans la seule sphère de l'immédiat et du subjectif mais aussi dans celle de l'objectif et du « communément jugé ». Les notions de bien et de mal, d'utile et de nuisible, de juste et d'injuste ne prétendent pas valoir subjectivement mais s'exposer à l'épreuve de la communication universelle. Par exemple lorsqu'on invoque la vérité, on se réfère à une valeur qui, en droit, doit pouvoir faire l'accord des esprits. Il en est de même pour la justice. Si la vérité est la norme du discours, la justice est celle des rapports sociaux.  Lorsque je dis « cette conduite est juste », je parle donc à l'autre de quelque chose concernant notre vie en commun. Et en faisant amitié par l'esprit, il est possible d'échanger nos divers points de vue sur la question.

  Ainsi la parole permet-elle de débattre des valeurs de la communauté, ce qui est proprement l'enjeu de ce que nous appelons l'activité politique. Au parlement ou sur la place du marché, les hommes s'adressent la parole et s'entretiennent de ce qui intéresse leur être-ensemble.

   Il s'ensuit que la parole est d'essence politique et réciproquement la politique d'essence langagière ou dialogique.

  L'espace politique est le lieu où chacun peut exprimer sa conception de l'utile, du bien, du juste. Il est l'espace du débat, au moyen duquel, une pluralité d'êtres différents et égaux peut réaliser les accords nécessaires à la vie en commun.

 

Partager :

Pin It! Share on Google+ Share on LinkedIn

127 Réponses à “L’homme est par nature un animal politique. Aristote”

  1. mendy dit :

    je trouve ce site excellent trés intéressant et enrichissant merci de nous faire partager votre savoir cela m’a vraiment aidé

  2. fantômette dit :

    page très interressante dans la mesure où avant de donner les reponses aux élèves, elle nous permet surtout de bien cerner le texte avec des questions de reflexion… merci

  3. Julia dit :

    Merci beaucoup pour ces axes!

  4. melissa dit :

    c’est vraiment interessant car c’est trés bien expliqué, trés complet.
    Ca m’a beaucoup aidé pour mon commentaire, ca m’a aidé pour mieux comprendre le texte
    vraiment merci pour toutes vos explications

  5. nany dit :

    enfin des réflexions sur la philo un peu poussée et structurées! merci..

  6. Florian dit :

    Merci de nous faire partager vos lumières! Ca m’a beaucoup aidé merci encore!

  7. julie dit :

    C’est vraiment top! J’ai réussi à vraiment comprendre le texte !! Merci beaucoup!

  8. bonjour à tous!
    J’ai juste une question: Comment est que l’homme est un annimal politique?
    Qu’est ce que le philosophe a voulu dire?

    a bientôt

  9. Simone MANON dit :

    Je ne vois pas l’intérêt de réécrire le cours qui explicite cette signification. Donnez-vous simplement la peine de le comprendre.

  10. FREMIOT dit :

    Bonjour,
    J’ai mon premier devoir de philo sur  » l’homme, animal politique  » d’Aristote..
    Le problème est que je ne comprend pas trop ce texte et je doit repondre à trois questions:
    Quelle phrase illustre le thèse de l’auter
    A partir des différents sens du mot « polis », chercher quels différents sens on peut donner à la définition d’Aristote
    Quels sont les êtres qui peuvent ce passer de cité? Pourquoi sont ils soit en dessous soit au dessus de l’homme ?
    J’ai vraiment besoin de vos réponses et explications rapidement !!
    Merci beaucoup par avance

  11. Simone MANON dit :

    Je suis désolée Morgane. Ce blog n’est pas destiné à faire le travail à votre place. Le texte d’Aristote est commenté dans ce cours. Il vous suffit de vous donner la peine de comprendre.

  12. FREMIOT dit :

    Je sais bien que vous n’allez pas me faire mon travail et heureusement. Mais j’ai beau lire le texte et votre site je n’y arrive toujours pas, j’aimerai des explications ou des éléments pour comprendre et pouvoir faire mon devoir.

  13. Simone MANON dit :

    Je ne pourrais que répéter les significations qu’explicite le commentaire. C’est donc inutile.

  14. AL dit :

    Je vous remercie d’avoir publié ce cours en ligne. C’est un bon complément à mon propre cours.
    Et en réponse aux autres commentaires, c’est facilement compréhensible si on s’en donne la peine.

  15. Simone MANON dit :

    Merci pour cette mise au point, fort utile si j’en crois le nombre de commentaires que je n’accepte pas mais qui toujours demandent de réexpliquer ce qui l’est déjà clairement. De la part d’un lycéen, j’espère que ce sera plus convaincant que lorsque c’est moi qui le précise.

  16. Madziarski chloé dit :

    Bonjour,
    je suis étudiante en lettres supérieures au lycée militaire d’aix en provence, ma premiere année d’hypokhagne se passe avec quelques difficultés, le niveau prepa est autre que celui du lycée, et je souhaitais juste vous remercier, vos explications m’ont été bénéfiques.
    Merci a vous pour le temps que vous avez du y accorder.

  17. DIALLO Lin dit Moussa dit :

    bjr j’ais besoin d’une breve sur la pensée sociopolitique de platon et aristote dans le XXI siecle avt J C.merci et c’est urgent.

  18. Simone MANON dit :

    Il faut donc vous dépêcher de vous mettre au travail. Ce n’est pas en prenant les autres pour des larbins qu’on accroît ses propres lumières.

  19. marie dit :

    Merci, ce cours peut etre un bon complément à un cours de philo politique, et à une réflexion personnelle.

  20. thierry dit :

    votre site est excellent.

  21. wodia dit :

    vous êtes excellent mais qu’a voulu dire l’auteur en affirmant que l’homme est par nature un animal politique

  22. Simone MANON dit :

    C’est expliqué en long, en large et en travers.

  23. abdfall dit :

    Bonjour,
    Vous assimilez la pensée de Rousseau à celle de Hobbes et l’interprétez comme une expression de la thèse conventionaliste ou artificialiste de la sociabilité humaine. Il n’est pas évident de lire cela dans le « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes » où il semble qu’au contraire Rousseau se réfère à l’état de nature pour évoquer une sensibilité originaire à la sociabilité qu’il appelle « la pitié » et qu’il croit découvrir chez le sauvage. La civilisation est donc selon lui une sociabilité dénaturée par l’inégalité qui éloigne tojours plus les hommes de leur propre nature. Ne faudrait-il pas rapprocher Rousseau d’Aristote quant à l’idée de l’existence d’une sociabilité naturelle, même si l’un et l’autre n’y mettent pas le même contenu ?

  24. Simone MANON dit :

    Vous pointez une vraie ambiguïté de la pensée de Rousseau. Pour éclaircir les choses, vous pouvez vous reporter à la très profonde analyse que fait de cette question Robert Derathé dans « Rousseau et la science politique de son temps » III° partie, § III

    « Telle est la conclusion à laquelle Rousseau est arrivé dans le Discours sur l’origine de l’inégalité : « On voit, dit-il, au peu de soin qu’a pris la nature de rapprocher les hommes par des besoins naturels et de leur faciliter l’usage de la parole, combien elle a peu préparé leur sociabilité, et combien elle a peu mis du sien dans tout ce qu’ils ont fait pour en établir les liens » On sera sans doute surpris, après avoir lu ce texte, de trouver dans la Profession de foi du vicaire savoyard l’affirmation suivante : « Si, comme on n’en peut douter, l’homme est sociable par sa nature, ou du moins fait pour le devenir, il ne peut l’être que par d’autres sentiments innés, relatifs à son espèce; car, à ne considérer que le besoin physique, il doit certainement disperser les hommes au lieu de les rapprocher »
    Faut-il donc admettre qu’il y a eu chez Rousseau un revirement, et qu’après avoir rejeté le principe de la sociabilité naturelle, notre auteur s’en déclare finalement partisan? En réalité, comme souvent chez Rousseau, la contradiction n’est qu’apparente, et la notion de « perfectibilité » ou de « faculté virtuelle » lui permet de rester d’accord avec lui-même. La sociabilité, selon Rousseau, est un sentiment inné, tout comme la raison est une faculté innée. Mais l’une et l’autre n’existent chez l’homme naturel qu’ « en puissance », car leur développement est lié à des conditions qui ne se trouvent réunies que dans le milieu social. Il faut à l’homme des connaissances pour « devenir » sociable, et il ne peut les acquérir que par un commerce constant avec ses semblables. « Les affections sociales ne se développent en nous qu’avec nos lumières », écrit Rousseau dans l’Essai sur l’origine des langues. La sociabilité sera donc comme nulle chez un être qui, en raison de son isolement même, est « privé de toute sorte de lumière ». Or, tel est le cas de l’ « homme sauvage » d’après le Discours sur l’inégalité. Sortant des mains de la nature, l’homme n’est sociable qu’ « en puissance », il est seulement « fait pour le devenir » et ne le deviendra effectivement qu’après avoir vécu en société. Quoique naturelle dans son principe, la sociabilité ne se manifeste donc que tardivement au cours de l’évolution humaine, et n’apparaît sous sa forme achevée qu’au terme d’une longue suite de progrès. Elle n’est pas le motif qui fait sortir les hommes de l’état de nature, puisque son développement est postérieur à l’établissement des sociétés. Ceux qui la placent à l’origine de la vie sociale prennent une fois de plus l’effet pour la cause. S’il en est ainsi, c’est qu’ils se trompent sur la vraie nature de la sociabilité. Le primitif se suffit à lui-même, il se passe aisément de l’assistance de ses semblables, il n’éprouve aucun désir de la vie en société qu’il est d’ailleurs absolument incapable de concevoir. Tant qu’il vit dans l’isolement, il n’aspire aucunement à la vie sociale, il n’en sent nullement le besoin. Sous sa forme primitive, la sociabilité se ramène pour Rousseau au sentiment de la pitié, qu’il a si longuement décrit dans le Discours sur l’inégalité, et sur lequel il insiste de nouveau dans l’Émile. Si l’on se reporte au quatrième livre de l’Émile, on s’aperçoit en effet que la pitié que Rousseau avait tout d’abord opposée à la sociabilité en devient le fondement ou plutôt en tient lieu. « C’est la faiblesse de l’homme qui le rend sociable, ce sont nos misères communes qui portent nos cœurs à l’humanité… Il suit de là que nous nous attachons à nos semblables moins par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leurs peines; car nous y voyons bien mieux l’identité de notre nature et les garants de leur attachement pour nous. Si nos besoins communs nous unissent par intérêt, nos misères communes nous unissent par affection » Dans ce texte, Rousseau insiste sur le caractère humain de la pitié : c’est par elle que nous prenons conscience de l’identité de nature qui nous unit aux autres hommes. On voit donc que Rousseau finit par faire à son tour de l’identité de nature le véritable fondement de la sociabilité.
    Cela ne veut pas dire cependant qu’il se rallie dans l’Émile à la conception qu’il avait combattue dans le Manuscrit de Genève, car lorsque Rousseau parle de l’identité de notre nature, il entend surtout par là notre qualité d’être sensible, « qualité qui est commune à la bête et à l’homme ». Vrin, 1988, p. 148.149.150.

  25. Kris dit :

    L’animal politique est la bête des révélations de Jean. Tandis que l’église catholique romaine est la prostituée écarlate. C’est du moins l’avis de la watchtower. Qu’aurais pensé Socrate ou Kant de ceci ? Je vous laisse en juger et vous souhaite bon vent…

  26. Simone MANON dit :

    Ils auraient sans doute pensé, comme ils n’ont cessé de le dire, que le plus grand problème que l’humanité a à résoudre est celui de l’éducation. Seule une solide formation intellectuelle peut protéger les esprits du délire et encore ce n’est pas sûr…

  27. stéphanie dit :

    trop bien cette page merci de nous aider à comprendre le fondement de la thèse d’aristote

  28. Derouard dit :

    Que permet la possession du langage articulé?

  29. Simone MANON dit :

    D’une part lorsque l’on demande quelque chose, on ne se dispense pas d’une formule de politesse; d’autre part il y a suffisamment de cours sur ce blog, à commencer par l’explication précédente, pour répondre par votre propre effort à cette question.

  30. ismène dit :

    j avais une comparaison à faire entre les théories de Hobbes et de Aristote. Cette page m’a permis d’étayer plus mes idées et de pouvoir mettre à nu ces différentes théories un peu controversées…

  31. ismael dit :

    bonsoir!je voudrai juste avoir la definition d un animal politique puisque je n arrive vraiment pas a trouver la bonne reponse comme je suis un debutant en philo..merci!

  32. Simone MANON dit :

    Ce n’est pas parce qu’on est un débutant qu’on ne peut pas comprendre une explication. Simplement il faut attentivement s’efforcer de la suivre. La réponse à votre question est dans les élucidations du texte. Le propos étant clair, je ne vois pas l’intérêt de le répéter.
    Bonne appropriation des significations.

  33. ondoua fidèle dit :

    peut-on dire avec Aristote que la société est vraiment naturelle. la polis est-est egale à la société chez lui?

  34. Simone MANON dit :

    Il me semble que l’article est explicite sur cette question.
    Il vous suffit de le lire attentivement.

  35. Dwi dit :

    Merci beaucoup pour votre site et pour les cours et compléments de Philosophie dont vous nous faites part, ils me sont très utiles. Bonne soirée

  36. POSTIT dit :

    bonjour, j’ai trouvé votre cours particulièrement interessant et qui m’a permis de bien saisir l’animal politique d’aristote. Cependant dans la genese de la cité une chose m’échappe: la cité construite en suivant le modèle familial est-elle « bonne » selon Aristote? il semble dire que la cité est constituée d’un ensemble de famille, et que suivant le modèle de l’organisation familiale au début les cités étaient dirigées par des rois. En gros, est-ce que la cité est une sorte de reproduction à une échelle plus importante de la famille, ou les familles ne sont-elles que des parties des cités?
    J’espère avoir réussi à exprimer de façon à peu près compréhensible mon problème ce qui n’est jamais évident en philosophie.
    merci en tous cas pour cet article riche d’enseignements.

  37. Simone MANON dit :

    Vous posez une question essentielle: La famille, le village, la cité sont des communautés naturelles mais chaque communauté (genre) a une différence spécifique. (Toute définition, enseigne Aristote, doit préciser le genre proche et la différence spécifique).
    La différence spécifique de la cité n’est pas d’être extensivement plus englobante que les autres et de venir après les parties qu’elle intègre (par où il faut comprendre que ce qui est naturel n’est pas nécessairement originel).
    Elle se distingue des autres par la nature des liens qu’elle institue entre ses membres et par sa finalité.
    Une cité est une communauté de gens égaux (ce qui n’est pas le cas dans la famille) unis, non pas dans la poursuite d’une fin utilitaire (vivre au sens de survivre, s’entre-aider, satisfaire ses besoins) comme c’est la cas de la famille dont la finalité est domestique, mais en vue d’une fin éthique (le souverain bien c’est-à-dire l’actualisation de l’excellence humaine, ce que les Grecs appellent la vertu, le bien vivre ou la vie heureuse)
    Il y a donc une hétérogénéité radicale entre la cité et la famille.
    Voyez le passage sur Aristote dans le cours sur le lien social. https://www.philolog.fr/quest-ce-qui-fonde-le-lien-social/
    Voyez aussi la reprise que Rousseau fait de ce thème dans le deuxième chapitre du Livre I du Contrat social.https://www.philolog.fr/du-contrat-social-livre-i-rousseau-texte-et-explication/
    Bon courage.

  38. gervais dit :

    slt Mme
    tout d’abord merci pour ce doc. que vous avez publié il est d’une grande richesse. mais cependant j’ai une proccupation. si l’homme est effectivement un animal politique comme le pense Rousseau et donc appelé à vivre avec ses semblables d’où vient le fait que l’on assiste aujourd’hui à une recrudescence de violence chez l’homme. peut vivre réellement avec ses semblables vivre en paix dès lors que brule en lui la mechanceté?

  39. Simone MANON dit :

    D’abord Gervais, il vous faut faire preuve d’un minimum de rigueur. Cette thèse est d’Aristote non de Rousseau, précision d’autant plus importante que pour Rousseau la sociabilité n’est pas une tendance naturelle!
    Ensuite soyez attentif à ne pas vous faire le porte-parole des idées toutes faites. Avez-vous une connaissance de l’état des sociétés antérieures pour parler d’une « recrudescence de la violence ».
    Il y a des poches de violence, de l’incivilité, de la délinquance, c’est un fait. Mais qu’en était-il hier?
    Enfin, s’il y avait sans doute moins de « sauvageons », c’est parce que dans la famille, dans l’école et dans la société en général, les conditions d’une éducation de la jeunesse étaient davantage réunies.
    Car ce n’est pas parce que vous disposez de l’intelligence pour faire des mathématiques que vous êtes d’emblée un mathématicien.
    Ce n’est pas parce que vous êtes un animal social ou politique que vous avez d’emblée les vertus morales nécessaires à « la vie bonne ». Il faut une éducation. En termes aristotéliciens, il faut que la partie irrationnelle de l’âme soit rendue docile aux exigences de la partie rationnelle, ce qui passe par l’exercice des vertus dans un processus éducatif.
    En espérant avoir clarifié les choses.

  40. regis dit :

    Madame,
    Quelle piste me proposeriez vous pour traiter la personne porteuse de handicap pour parler de l’homme comme être politique ?
    Il me semble qu’au siecle d’Aristote l’individus naissant handicapé n’avait pas de légitimité à vivre, qu’il était trés souvent abandonné car ne correspondant pas à la gloire de l’être humain cheminant proche des divins…
    Aussi aujourd’hui la reconnaissance de la citoyenneté pour tous individus m’interroge. N’il y a-t-il pas une incapacité ou impossibilité de combler ce vide de reconnaissance de l’individu handicapé comme étant à part entiere un animal politique.
    Que me connseilleriez vous de lire ?
    Merci

  41. Simone MANON dit :

    Bonjour Régis
    L’exposition des enfants handicapés dans l’antiquité repose sur un certain nombre de superstitions (malédiction divine, signe d’une faute dont le corps social doit se purifier) et aussi sur des raisons socio-économiques.
    Si vous prenez la définition aristotélicienne de l’homme: vivant doté de parole ou de raison, elle s’étend à tout le genre humain même s’il ne va pas de soi de concilier l’essentialisme universaliste d’Aristote fondant un véritable humanisme (tous les hommes ont une identité d’essence: la parole, la raison) et son naturalisme inégalitariste conduisant à différencier les peuples (les Grecs et les Barbares) et les êtres humains ( les esclaves et les hommes libres, les hommes et les femmes etc.)

    Pour ce qui est de notre contexte culturel, l’homme est défini comme une personne. Catégorie morale et juridique opposable à celle de chose. Handicapé ou non; enfant ou adulte, homme ou femme, français ou étranger, malade ou en bonne santé, un homme est une personne égale à toute autre. A ce titre, il est titulaire des droits fondamentaux de la personne, dont les droits politiques.
    Pour ce qui est du handicap physique, la limite se trouve dans les difficultés matérielles d’exercice de ces droits, non dans un déni du statut de personne. Voilà pourquoi on s’efforce aujourd’hui (Cf. la loi handicap) d’aménager l’espace public et de manière générale d’être attentif aux conditions concrètes sans lesquelles les droits déclarés ne sont que de vaines déclarations.
    Pour ce qui est du handicap mental, c’est une autre histoire. Le débile profond, certains malades mentaux sont bien des personnes mais parce qu’ils sont privés de l’usage de leurs aptitudes mentales, ils sont juridiquement des mineurs. Ils ne peuvent donc pas exercer les droits de la personne, en vertu d’une limite morale et non pas seulement physique.
    Je ne peux pas vous conseiller un livre sur cette question car j’ai pour principe de ne conseiller que des ouvrages que j’ai lus or sur cette question je n’ai en tête aucun ouvrage de fond.
    Bien à vous.

  42. konta fatoumata dit :

    bonjour, je suis fatoumata en faisant des recherches je suis tombé sur votre site. au faite je voudrais bien que vous m’aidiez a comprendre ce sujet « l’homme est un inconnu » qu’en pensez vous? j’ai besoin de votre avis s’il vous plait je ne vous demande pas de le faire pour moi. merci!

  43. Simone MANON dit :

    Ce sujet, jeune personne, vous demande de vous interroger sur le caractère énigmatique de la nature humaine. Commencez par pointer les différentes signications auxquelles peut renvoyer le mot: « inconnu ».
    Vous avez quantité d’articles sur ce blog qui peuvent éclairer votre lanterne.
    Voyez par exemple: Faut-il se méfier de l’idée de nature humaine?
    Notre humanité d’Aristote aux neurosciences.
    Ambiguïté de la condition humaine.
    Freud et l’hypothèse de l’inconscient psychique. (Il est facile de les retrouver en utilisant l’index)
    Bon travail.

  44. amirou diallo dit :

    merci d’avoir écrit cet article. Sa lecture m’a permis d’avoir une bonne note en classe.

  45. Mikolaj dit :

    Bonjour Madame.

    Je tiens d’abord à vous remercier pour ce bel exposé auquel vous nous donnez l’accès.
    Néanmoins, une question me turlupine encore. Si celui qui n’est pas citoyen, n’est pas homme, peut il être considérer comme un être humain? Car en effet, si le propre de l’humanité est la parole, ne peut on pas considérer qu’un individu tant qu’il n’en est pas privé, n’est autre qu’un être humain? Et dans ce cas, ne peut on pas dire que tout homme, est un être humain, sans que le contraire soit vrai? J’ai cherché sur votre site et dans vos cours une réponse, mais n’en ai trouvé aucune. Je vous le demande donc ici : peut on dire que l’être humain précède l’homme? Et ne peut on pas alors dire, qu’il est également un animal politique dans cette mesure?
    Bien à vous,
    Mikolaj

  46. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Attention aux propos irréfléchis, Mikolaj.
    Voyez bien que la parole est une possibilité requérant un milieu social pour se développer. Hors d’un tel milieu aucune des caractéristiques définissant l’être humain ne peut s’actualiser (cf. l’exemple des enfants sauvages). Voyez le chapitre: nature-culture pour les approfondissements.
    Ontologiquement, l’homme se distingue aussi bien de la bête que des dieux. La compréhension de cette thèse d’Aristote vous amène à saisir la nature fondamentalement sociale de l’être humain.
    En espérant avoir clarifié les choses.

  47. Michelle dit :

    Merci beaucoup pour cette explication qui me permet de faire l’introduction d’un devoir de psychologie sur les relations interpersonnelles ! Haa Pourquoi n’ai-je pas trouvé ce site avant le bac …

  48. […] l’homme est un animal social, il a besoin des autres pour s’accomplir: Cf. Aristote « Personne ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul, car l’homme […]

  49. Fosse Fiona dit :

    Merci pour cet article qui suit parfaitement la structure du raisonnement d’Aristote.
    A tout hasard, je recherche ce texte dans sa version originale, donc en grec ancien.
    Après 2heures de recherches sur le net, je ne trouve pas satisfaction.
    Sauriez-vous où je pourrais trouver ce que je recherche?
    Bonne continuation pour votre site

  50. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Dans toute bibliothèque universitaire vous pourrez trouver ce que vous cherchez.
    Voyez les éditions Belles Lettres. Elles publient des textes bilingues.
    Bien à vous.

Laisser un commentaire