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  La conscience est un pouvoir de représentation permettant à l'homme d'avoir la connaissance des choses et de lui-même. Il sait qu'elles existent et il a la connaissance immédiate de sa propre existence ainsi que de ses états et de ses actes. Le terme signifie étymologiquement « avec la connaissance de ». La conscience est un savoir accompagnant la vie, les pensées et les actes d'une personne. C'est même, si l'on en croit Locke, la conscience de soi qui fonde la possibilité de se savoir une seule et même personne tout au long de sa vie. En ce sens il semble y avoir une équivalence entre la conscience de soi et la connaissance de soi.

 

  Pourtant suffit-il de s'apercevoir, de se donner la représentation de soi-même pour prétendre avoir une véritable connaissance de soi ?

La notion de connaissance connote en effet l'idée d'un savoir obéissant à une exigence de lucidité et d'objectivité. Connaître en ce sens consiste à déjouer les puissances trompeuses promptes à abuser l'esprit dans sa recherche de la vérité. La notion connote aussi celle d'un effort d'intelligibilité. Connaître consiste à rendre raison des choses par l'intelligence des causes, celles-ci n'étant jamais données mais découvertes par un exigeant travail de recherche.

  Si l'on donne à la notion de connaissance, son sens fort, il ne va donc plus du tout de soi que la conscience de soi soit une connaissance de soi. Le doute s'impose, par ailleurs, car nous faisons souvent l'expérience de l'opacité de notre être. Nous sommes tristes mais nous ne comprenons pas pourquoi, nous sommes traversés par un désir mais il nous étonne. Nous soupçonnons, dans telle situation, qu'il y a en nous quantité de choses dont nous ignorons l'existence et nous découvrons parfois dans la stupéfaction, l'écart existant entre l'image que nous nous faisons de nous-mêmes et celle que les autres nous renvoient. Pire, nous nous surprenons à nous mentir et à mentir aux autres comme s'il était impossible d'assumer certaines dimensions de notre être. Et il faut souvent la médiation d'autrui ou de certaines épreuves pour nous dessiller et comprendre que nous ne sommes pas ce que nous avions l'illusion d'être. 

Il apparaît donc que la conscience de soi, qui est une condition nécessaire de la connaissance de soi, n'en est pas une condition suffisante. La question est alors de savoir pourquoi il en est ainsi. Qu'est-ce qui expose la conscience de soi à l'illusion et la condamne souvent à être une méconnaissance de soi ?

   Pour autant, le terme de connaissance est-il approprié pour désigner l'opération permettant de se saisir dans son identité humaine et dans son identité personnelle ? Car le propre d'un sujet est de ne pas avoir la consistance et la permanence des objets. Si la connaissance implique des procédures d'objectivation, n'est-elle pas par principe condamnée à manquer l'identité d'un sujet ? Et qu'est-ce que le sujet ou le moi en dehors de la conscience qu'il a de lui-même ? Une fiction peut-être comme le montre Hume, auquel cas la conscience de soi n'aurait pas d'objet et si elle en a un, elle est disqualifiée par la réflexion précédente dans toute prétention à l'objectivité.

  Alors faut-il renoncer à la connaissance de soi-même ou bien faut-il comprendre que l'identité humaine et l'identité personnelle sont plus un projet qu'une donnée ; une décision qu'un être ; une destinée qu'un destin? Si c'est bien ainsi qu'il faut interpréter le « connais-toi toi-même » socratique, cela signifie que seule la conscience d'être un esprit ou une liberté est une véritable connaissance de soi. Mais cette connaissance est une tâche à assumer, non le savoir objectif d'un supposé objet.

 

I)                   La conscience de soi est une connaissance immédiate de soi-même et du monde.

 

  La conscience est la modalité d'existence de l'être humain. Dès que la conscience s'éveille c'est le monde qui surgit avec moi et autrui situés en lui. Impossible d'échapper au savoir de sa propre existence, à l'intuition de ses états et de ses actes. Je fais tel geste et même si c'est sous une forme confuse j'en ai conscience. Je m'ennuie dans ce cours et je le sais. Certes la conscience peut être vague, engluée dans les automatismes, reste que dès qu'il y a conscience il y a connaissance. Il y a même sentiment d'être une seule et même personne tout au long de sa vie car étant toujours présent par la conscience à moi-même, je vis la multiplicité et la diversité de mes états comme miens.

  La conscience est donc une forme immédiate de connaissance or une connaissance immédiate peut-elle être une véritable connaissance ? Sous sa forme spontanée, la conscience n'est-elle pas exposée au préjugé, à l'illusion, à la naïveté, aux pièges des fausses évidences ? Platon a pointé dans l'allégorie de la caverne les risques d'un rapport au réel non médiatisé par la réflexion et l'ascèse de notre part sensible. Le danger est toujours de confondre l'apparence des choses avec les choses elles-mêmes.  

  Par exemple, pour ce qui concerne notre question, est-il possible pour un sujet d'entretenir avec lui un rapport soucieux  d'objectivité ? N'est-il pas beaucoup trop intéressé à construire une image gratifiante de lui-même pour être le meilleur placé pour se connaître ? Ce soupçon invite à poser la question du statut de l'introspection et à comprendre que sans la distance de l'extériorité et de l'objectivité, il est vain de prétendre à une connaissance objective de quoi que ce soit. Or dans le cas de la connaissance de soi, il est impossible de disjoindre le sujet et l'objet de la connaissance.

  De même, peut-il entrevoir que ce moi qu'il a conscience d'être est peut-être introuvable dès lors qu'on se mêle de le chercher sérieusement ? Chacun parle, en effet, spontanément de lui comme s'il était un être ayant une consistance et une permanence propres. Et les illusions intimistes sont monnaie courante. On invoque un « moi profond », qui serait à retrouver derrière les multiples visages que chacun est pour chacun comme si la personne était quelque chose en dehors des rôles sociaux qu'elle incarne, des actes qui la révèlent ou des métamorphoses qu'elle subit.  Or la réflexion pascalienne sur le moi nous affranchit de cette naïveté. Le moi est inassignable car tout ce qui le caractérise dans sa singularité concrète est multiple, divers et périssable.

  Alors pourquoi ne peut-on pas établir l'équivalence de la conscience de soi et de la connaissance de soi ?

 

II)                Une connaissance non médiatisée n'est pas une véritable connaissance. La conscience de soi est méconnaissance de soi.

 

  Ce développement exige d'exploiter les thèmes suivants :

 

  Pascal et sa critique de l'intérêt ou de l'amour-propre. 

 

  Pascal souligne combien la conscience immédiate est investie par des affects, des désirs, des intérêts sensibles. Ses représentations sont construites sur d'autres exigences que le souci de la vérité. D'où les images de soi que chacun construit à son avantage et l'hostilité à l'égard de tous ceux qui dérangent Narcisse dans ses aveuglements.

   Cf. Pensée B82 « Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement. Il n'est pas permis au plus équitable homme du monde d'être juge en sa propre cause ».

 Pensée B 100 : « La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit plein de défauts et de misères : il veut être grand, et il se voit petit ; il veut être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se voit plein d'imperfections ; il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes, et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle passion qu'il soit possible de s'imaginer; car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend, et qui le convainc de ses défauts. Il désirerait de l'anéantir, et, ne pouvant la détruire en elle-même, il la détruit, autant qu'il peut, dans sa connaissance et dans celle des autres; c'est-à-dire qu'il met tout son soin à couvrir ses défauts et aux autres et à soi-même, et qu'il ne peut souffrir qu'on les lui fasse voir, ni qu'on les voie. C'est sans doute un mal que d'être plein de défauts mais c'est encore un plus grand mal que d'en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître, puisque c'est ajouter encore celui d'une illusion volontaire ».

 

 Sartre et la thématique de la mauvaise foi. 

 

  Mensonge à soi et mensonge aux autres car il est difficile d'assumer les multiples responsabilités qui nous incombent tant dans notre facticité que dans notre transcendance. Notre liberté nous angoisse et nous expose sans cesse à nous défausser d'une certaine vérité de nous-mêmes parce qu'elle nous dérange. Rien n'est plus inaccessible à l'homme que la sincérité puisqu'il n'existe pas dans l'identité de soi avec soi et l'authenticité n'est pas la vertu la mieux partagée. Il y faut un courage qui fait la plupart du temps défaut. Ici, il est intéressant de pointer cette tendance si courante du sujet à s'identifier à son rôle social. On pense bien sûr à l'analyse sartrienne du garçon de café. Il joue avec un tel sérieux son rôle qu'il se prend pour un garçon de café, qu'il confond sa personne avec son personnage. Et l'on observe que lorsque le rôle est gratifiant, la personne a l'impression de "n'être plus rien" lorsqu'elle en est dépossédée. Drame des disqualifications, de la retraite. "Dans toute carrière publique, une fois que l'on a construit son personnage et que le bruit qu'il fait  revient à son auteur et lui enseigne ce qu'il paraît, celui-ci joue son personnage ou plutôt son personnage le joue" Valéry Mélanges.

 

 Freud et le thème de l'inconscient. 

 

  S'il est vrai, comme l'analyse Freud, que notre psychisme est pour l'essentiel inconscient, il est clair que la conscience de soi ne peut pas être le moyen de se connaître.

  « Le moi en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe en dehors de sa conscience dans sa vie psychique ». Freud montre que la lucidité est barrée par principe car ce qu'il appelle inconscient, c'est l'écart entre le sens que chacun donne consciemment à ses faits et gestes et le sens que ces mêmes faits et gestes ont dans l'interprétation analytique. Seule la médiation d'un analyste permet au sujet de nouer un rapport plus lucide avec lui-même.

 

 Descartes et le thème de l'opacité de l'union de l'âme et du corps, les phénoménologues et le thème de l'opacité du corps.

 

  Etre l'union d'une âme et d'un corps (Descartes) ou être un corps (phénoménologie) c'est vivre d'une vie qui n'est pas transparente à l'entendement. J'ai bien conscience de ma déprime (passion de l'âme) mais sa genèse, les causes qui l'expliquent me demeurent inconnues. Ainsi en est-il chaque fois que mes états ne procèdent pas de l'initiative de ma pensée. Je subis dans la confusion mes états d'âme. Ma seule liberté consiste à me disposer d'une manière raisonnable à leur endroit. Ce que Descartes appelle « faire un bon usage des passions de l'âme». Idem pour ce qui se passe dans mon corps. Pour l'essentiel je l'ignore. J'ai bien conscience de mon corps mais je suis privé de la connaissance de sa vie propre.

 

 Spinoza et le thème du rapport imaginaire à soi-même.

 

  Les hommes ont conscience de leurs actes mais ils ignorent les causes qui les déterminent. Seule la connaissance rationnelle, peut déraciner les préjugés en permettant une connaissance adéquate. L'objectivité, la vérité d'une connaissance sont des conquêtes non des données immédiates.

 

 Sartre et le thème de la nécessaire médiation d'autrui.

 

  Sans la distance que me donne sur moi-même le regard de l'autre, je ne suis guère en situation de rompre l'intimité de moi avec moi afin de me voir comme une conscience peut me voir. Le regard d'autrui en me chosifiant me met en demeure d'advenir à la dimension de la conscience, celle-ci ne s'actualisant que comme mouvement de division, d'écart de soi à soi.

 

 Le thème de la nécessaire médiation des épreuves et du temps.

 

  On peut jouer en imagination quantité de personnages. Celui du héros ou au contraire celui du poltron. On peut rêver disposer d'une liberté sans limites. Seule l'épreuve de la réalité nous permettra de prendre la mesure de notre courage ou de notre lâcheté et de la marge de manoeuvre de notre liberté. Par exemple, je pensais dans les temps heureux de la santé que dans la maladie implacable je demanderais à en finir et je découvre que je lutte pour sauver un ultime éclair de vie ; je pensais que la peur de mourir me rendrait lâche et je me découvre courageux. Je me croyais capable de soulever des montagnes et je m'aperçois que je baisse les bras à la première difficulté.

  Cf. St Exupéry dans Terre des hommes: « La terre nous en apprend plus long sur nous-mêmes que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle. Mais pour l'atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot ou une charrue. Le paysan dans son labour arrache peu à peu quelque secret à la nature, et la vérité qu'il dégage est universelle. De même l'avion, l'outil des lignes aériennes, mêle l'homme à tous les vieux problèmes » et bien sûr à celui, ici, des conditions concrètes de la connaissance de soi.

  Sartre a dit cela aussi, d'une manière terrible pour tous les hommes qui, au lieu de se faire être, se contentent de se rêver. « L'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie. D'après ceci, nous pouvons comprendre pourquoi notre doctrine fait horreur à un certain nombre de gens. Car souvent ils n'ont qu'une seule manière de supporter leur misère, c'est de penser : « Les circonstances ont été contre moi, je valais mieux que ce que j'ai été ; bien sûr, je n'ai pas eu de grand amour, ou de grande amitié mais c'est parce que je n'ai pas rencontré un homme ou une femme qui en fusse digne (...) Or, en réalité, pour l'existentialiste, il n'y a pas de possibilité d'amour autre que celle qui se manifeste dans un amour (...) Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure et en dehors de cette figure il n'y a rien » L'existentialisme est un humanisme. 1946.

 

III)             Vanité d'une connaissance de soi qui n'est pas conscience de la distance séparant le sujet de toutes ses expressions provisoires et inaccomplies.

 

  La connaissance de soi est donc une entreprise qui excède les possibilités de la conscience de soi immédiate. Elle requiert de nombreuses médiations et est, au fond, toujours inachevée puisque l'identité d'un sujet n'est pas fixée une fois pour toutes. Elle se construit, se remanie continuellement en fonction des leçons de l'expérience et d'un projet d'existence. L'homme existe et il n'est que ce qu'il se fait, enseigne l'existentialisme. Il s'ensuit qu'on ne peut parler de l'être d'un homme qu'au passé. Oui, il a été ceci ou cela mais impossible de dire ce qu'il est, puisque tant qu'il vit, il peut toujours surprendre et se vouloir autre que ce qu'il fut jusque là. Telle est la condition du pour soi, c'est-à-dire de l'être impuissant à être dans la clôture et la plénitude de l'en soi.

  La vraie connaissance de soi n'est donc pas connaissance de ce que l'on est passivement. Certes, une personne intègre de nombreuses données empiriques qu'elle n'a pas choisies. Elle est un homme ou une femme, un blanc ou un noir, un tempérament apathique ou nerveux etc. Il ne s'agit pas de nier qu'il y a des éléments reçus dans l'identité d'un homme. Mais prétendre réduire son être à sa dimension de passivité, c'est s'identifier par sa facticité. Or, on se demande bien ce que peut être un "moi" en dehors de ce qui assure sa continuité, c'est-à-dire en dehors de la conscience qu'il a de lui-même. Un mythe dit Hume et Montaigne, fin analyste de l'expérience humaine avoue: "Je ne peins pas l'être, je peins le passage".  C'est dire que toute réification de soi dans l'invocation d'un prétendu être qui serait donné hors de la décision de le faire exister de telle ou telle manière est une stratégie de mauvaise foi. Il n'y a pas de sujet hors de l'opération par lequel il se pose, pas d'identité personnelle hors d'un processus d'identification. Le moi n'est pas un objet qui, hors de soi, serait à connaître, c'est un sujet ne prenant consistance que par le mouvement de nier tout ce en quoi il ne peut pas se reconnaître. C'est dire qu'il n'a pas d'être parce que son être c'est la liberté.

 

 Conclusion :

  La conscience de soi n'est pas spontanément une connaissance de soi. Il faut, pour prétendre à une connaissance, quelle qu'elle soit, s'affranchir de tout ce qui aveugle car la lucidité et le souci de la vérité sont des conquêtes. Il y faut aussi de nombreuses médiations.

  Mais il convient de ne pas se tromper sur le sens d'une authentique connaissance de soi. Ce ne peut pas être une connaissance de type scientifique car un sujet ne peut pas être objectivé sans être nié. Se connaître revient donc, en dernière analyse, à se réfléchir dans sa dignité de sujet et pour cette opération la conscience suffit, à condition de préciser que cette conscience ne peut pas être la conscience spontanée. Pour qu'un sujet, une conscience ou une liberté puisse faire l'expérience pure de son être, l'ascèse d'une méditation métaphysique est nécessaire. Descartes a donné la mesure d'un tel exercice réflexif.

  Et cette méditation a ceci de singulier qu'elle est moins dévoilement d'une essence qu'assignation à une tâche spirituelle et morale.

 

 

 

 

 

 

 

 
 

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61 Réponses à “La conscience de soi est-elle une connaissance de soi?”

  1. pierrick dit :

    Cela veut donc dire que si l’on a connaissance de notre misère, cela nous permet d’être grand, mais tout en aggravant notre misère ? Je vous remercie d’avoir répondu.

  2. Ewinna dit :

    Bonjour Professeur,
    Je dois répondre à la question « Jusqu’à quel point nos passions neutralisent-elles notre lucidité? » au sujet du texte de la femme de Sartre qui parle de mauvaise foi. Mais je ne saisis pas le lien entre la passion et la mauvaise foi…
    Pouvez vous m’éclairez s’il vous plait?
    Mes félicitations pour ce site et tout le travail que vous avez fourni.

  3. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je ne sais pas quelle est la référence fantaisiste dont vous parlez.
    Pour ce qui est du thème de la mauvaise foi, il suppose la connaissance de l’idée-force de l’anthropologie sartrienne selon laquelle l’homme est fondamentalement libre.
    L’homme est « condamné à être libre » car par sa conscience, il a la capacité d’échapper à toute forme figée de son être. Ce que dans un esprit hégélien, Sartre établit en approfondissant l’ambiguïté de la condition humaine. L’homme est à la fois une facticité et une transcendance ayant à assumer cette double dimension avec authenticité. Voyez le chapitre consacré à cette idée dans http://www.philolog.fr/ambiguite-de-la-condition-humaine/
    Mais il est difficile d’assumer la responsabilité de la liberté, aussi est-il tenté d’échapper à ses multiples responsabilités dans des stratégies de mauvaise foi.
    Par exemple, comme on le voit souvent au tribunal, il cherche à s’exonérer du mal qu’il a fait en prétendant qu’il était débordé par une pulsion ou aveuglé par une passion.
    Or écrit Sartre dans « l’existentialisme est un humanisme »: « On peut juger un homme en disant qu’il est de mauvaise foi. Si nous avons défini la situation de l’homme comme un choix libre, sans excuses et sans secours, tout homme qui se réfugie derrière l’excuse de ses passions, tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi […] Ainsi, au nom de cette volonté de liberté, impliquée par la liberté elle-même, je puis former des jugements sur ceux qui visent à se cacher la totale gratuité de leur existence, et sa totale liberté. Les uns qui se cacheront, par l’esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches; les autres qui essaieront de montrer que leur existence était nécessaire, alors qu’elle est la contingence même de l’apparition de l’homme sur la terre, je les appellerai des salauds. Mais lâches ou salauds ne peuvent être jugés que sur le plan de la stricte authenticité. »
    Bien à vous.

  4. Ewinna dit :

    Merci pour votre réponse. Je me référais à un extrait de « L’Être et le Néant », au chapitre 2 l’exemple de la mauvaise foi de la femme face aux avances d’un homme dont elle connait les intentions.

  5. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Puisque c’est à l’analyse de la coquette que vous faisiez allusion, il faut éviter de parler de « la femme de Sartre » (expression ambiguë s’il en est!) et évoquer cette grande figure de la mauvaise foi qu’est une jeune femme se laissant courtiser mais refusant d’assumer les responsabilités liées à sa facticité en réalisant une fausse unité de soi au niveau de sa transcendance.
    Bien à vous.

  6. OC dit :

    Pourquoi parler de liberté dans le thème de la figure de mauvaise foi dans l’être et le néant?

  7. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je ne prends la peine de répondre qu’aux internautes témoignant de la plus élémentaire des politesses. C’est ce qu’il faut vous empresser d’apprendre.
    Bien à vous.

  8. syria touré dit :

    bonjour,
    je dois répondre à une question: pour se connaître soi-même, faut-il une mise à l’épreuve ?
    Malheureusement je ne sais pas trop comment m’y prendre , j’ai un peu de mal à faire le lien entre les deux, pensez-vous pouvoir m’éclairer sur le sujet ?

    cordialement, syria touré

  9. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Désolée, ce site n’est pas un site d’aide aux devoirs.
    Vous avez tout ce qu’il faut dans les cours pour éclairer votre lanterne.
    Il suffit de vous donner la peine de les exploiter.
    Bon travail.

  10. patrick dit :

    Bonsoir,

    En écoutant un débat sur France 2, débat assez stérile d’ailleurs, une phrase de monsieur Attali m’a renvoyé a un certains nombres d’interrogations qui m’agitent.
    le passage dure quelques secondes vous pouvez le retrouver ici a la 20e minute très exactement http://www.youtube.com/watch?v=LKSvTxs6yNQ
    Il dit  » si l’on admet pas que l’on est seul et mortel on ne fait rien de sa vie et rien pour les autres »
    Je trouve cette phrase extrêmement intéressante dans la mesure où j’entends son corollaire c’est parce que j’admets que je suis seul que je vais faire pour/ aider / comprendre les autres. Pourtant j’observe que rien n’est moins vrai.
    Si il est vrai que je prends conscience (parfois douloureusement) que je suis seul et que donc pour trouver ma place je dois me réaliser et me connaitre (cf : la psychanalyse, les différents programmes de développement personnel, etc…) j’ai l’impression que cette connaissance de soi souvent faites d’incantations est focalisée sur des objectifs utilitaristes, (réaliser mes rêves, souvent mes désirs d’ailleurs,…) totalement individualistes. Et tout au long de ce parcours égocentrique qui vise la connaissance de soi-meme on ne pense jamais l’individu comme la partie d’un tout. Je pense à mon bonheur, ma famille, mes enfants souvent exclusivement après peut être à mon voisin, ma nation, à l’humanité, la planète. La connaissance de soi se résume aujourd’hui pour beaucoup à atteindre des objectifs et à utiliser les meilleurs outils et à être le plus performants pour le faire. Et je dois avouer que cela me peine car pour certains (beaucoup trop je trouve) le vivre ensemble, la gentillesse (mot que je n’ai pas beaucoup vu dans les livres de philosophie d’ailleurs), la bienveillance, l’empathie et la solidarité ne s’inscrive pas dans le projet contemporain de connaissance de soi. Peut-être que l’on a délaissé la connaissance de soi permettant de saisir son identité humaine au profit de celle permettant de saisir son identité personnelle ?
    Bien à vous,
    Patrick

  11. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Lorsque J. Attali exalte la conscience de notre solitude et de notre finitude il n’enferme pas la connaissance de soi dans les limites du projet égotiste. Il s’agit de la conscience de notre condition humaine, de ce qu’il y a d’universellement humain et cette conscience me semble de nature à remettre le moi à sa place dans une réalité dont il n’est qu’un élément que la lucidité invite à ne pas surestimer. Le drame de beaucoup de personnes me semble être d’être obnubilé par leur « cher moi », de ne pas en voir l’étroitesse et le caractère dérisoire. Quelle vanité incarnent à mes yeux toutes les entreprises consistant à faire du moi le centre de ses intérêts! La moindre action, le moindre engagement dans le monde sous la forme d’un métier, d’une responsabilité familiale ou politique exige de s’oublier un peu soi-même pour faire de ceux qui dépendent de nous le centre de notre attention et de nos obligations.

    Mais ne pas surestimer ne signifie pas sous-estimer. Chacun est pour lui-même d’une importance capitale, l’enjeu étant de vivre libre et heureux car la servitude et le malheur sont des maux et ces maux sont souvent au principe de la méchanceté. L’essentiel est sans doute de comprendre que la liberté et le bonheur sont des tâches personnelles dont on ne doit pas attendre des autres l’accomplissement. Mais c’est ce que nous avons de meilleur à offrir à ceux avec lesquels nous vivons, qu’il s’agisse du cercle privé ou de la société dans son ensemble.
    Il s’ensuit que le souci de soi au sens philosophique (qui diffère en nature du sens psychologique) me semble inclure le souci des autres.
    Bien à vous.

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