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Le jugement est un don particulier qui ne peut pas du tout être appris, mais seulement exercé. Kant.

 

    

   Nous aimons la compagnie des personnes dont on dit qu’elles ont du jugement. Tout se passe comme si la justesse de leur appréciation, en politique, en art ou dans un autre domaine donnait une visibilité à la qualité de leur esprit. Elles nous semblent avoir du bon sens ou selon l’expression familière de  la « jugeote ». Les Grecs en faisaient une dimension de la vertu. Le héros homérique n’est pas seulement celui qui se distingue par de glorieux exploits mais aussi celui que l’on célèbre  pour ses paroles ou conseils avisés. C’est dire que la rectitude du jugement n’est pas la chose du monde la mieux partagée. La question est de savoir pourquoi.

 

   Est-ce, comme le veut Descartes, [1] le signe que la volonté ne doit pas prendre position sur quoi que ce soit avant que l’entendement n’ait fait la lumière? La solution aux erreurs de jugement serait donc dans la méthode [2] (éviter la précipitation et la prévention. Ne rien recevoir pour vrai qui ne soit évident) et dans l’effort de connaître. Mais alors les savants devraient être des hommes de bon jugement. Le médecin, fort de tous les savoirs qu’il a acquis au cours d’une dizaine d’années d’étude, le juriste armé de son érudition juridique, le spécialiste d’une science devraient être des hommes de jugement. Or il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi.

    Voilà pourquoi les analyses de Kant sur la faculté de juger me semblent très éclairantes. Dans les maximes du sens commun [3], il autonomise cette faculté par rapport à l’entendement et à la raison. Il lie son exercice à la mentalité élargie ou à la présupposition d’un sens commun, et dans Théorie et pratique,  il fait d’elle le moyen terme assurant l’unité synthétique de la théorie et de l’expérience, de la théorie et de la pratique. « Il est clair qu’entre la théorie et la pratique, il faut encore un intermédiaire formant le lien et le passage de l’une à l’autre, si complète que puisse être la théorie; car au concept d’entendement, qui contient la règle, doit s’ajouter un acte de la faculté de juger permettant au praticien de décider si le cas tombe sous la règle ou non; et comme on ne peut proposer toujours à nouveau à la faculté de juger des règles qui lui servent à diriger la subsomption (car cela irait à l’infini), on conçoit qu’il puisse exister des théoriciens qui ne peuvent jamais devenir praticiens de leur vie parce que le jugement leur fait défaut : par exemple des médecins ou des juristes, qui ont fait de bonnes études, mais qui ne savent pas comment ils doivent s’y prendre lorsqu’ils ont un conseil à donner ».

   Voici donc deux textes de la Critique de la raison pure [4] propres à préciser l’analyse kantienne du jugement.     

 

TEXTES.

 

   « L’entendement n’a été défini plus haut que négativement : un pouvoir de connaître non sensible. Or, nous ne pouvons, indépendamment de la sensibilité, participer à aucune intuition. L’entendement n’est donc pas un pouvoir d’intuition. Mais, en dehors de l’intuition, il n’y a pas d’autre manière de connaître que par concepts. Donc la connaissance de tout entendement, pour le moins de l’entendement humain, est une connaissance par concepts, non intuitive, mais discursive. Toutes les intuitions, en tant que sensibles, reposent sur des affections, et les concepts, par conséquent, sur des fonctions. Or, j’entends par fonction l’unité de l’acte qui range diverses représentations sous une représentation commune. Les concepts reposent donc sur la spontanéité de la pensée, comme les intuitions sensibles, sur la réceptivité des impressions. Or, de ces concepts, l’entendement ne peut faire aucun autre usage que de juger par leur moyen. Comme aucune représentation, sauf l’intuition seule, ne se rapporte immédiatement à l’objet, un concept ne se rapporte donc jamais immédiatement à un objet, mais à quelque autre représentation de cet objet (que ce soit une intuition ou même déjà un concept). Le jugement est donc la connaissance médiate d’un objet, par conséquent la représentation d’une représentation de cet objet. Dans tout jugement il y a un concept qui est valable pour plusieurs concepts et qui parmi eux comprend aussi une représentation donnée, laquelle enfin se rapporte immédiatement à l’objet. Ainsi, par exemple, dans ce jugement : tous les corps sont divisibles, le concept du divisible s’applique à divers autres concepts parmi lesquels il se rapporte surtout à celui de corps, celui-ci, à son tour, à certains phénomènes qui se présentent à nous. Ainsi ces objets sont représentés indirectement par 1e concept de la divisibilité. Tous les jugements sont, d’après cela, des fonctions de l’unité parmi nos représentations, puisqu’à une représentation immédiate se substitue une représentation plus élevée qui contient la première ainsi que plusieurs autres et qui sert à la connaissance de l’objet, de sorte que beaucoup de connaissances possibles sont réunies en une seule. Mais nous pouvons ramener à des jugements tous les actes de l’entendement, de telle sorte que l’entendement en général peut être représenté comme un pouvoir de juger. En effet, d’après ce qui a été dit plus haut, il est un pouvoir de penser. Or, penser, c’est connaître par concepts et les concepts se rapportent, comme prédicats de jugements possibles, à quelque représentation d’un objet encore indéterminé. Ainsi, le concept de corps signifie quelque chose, par exemple, un métal, qui peut être connu par ce concept. Il n’est donc un concept qu’à la condition de contenir d’autres représentations au moyen desquelles il peut se rapporter à des objets. Il est donc le prédicat d’un jugement possible, par exemple de celui-ci : tout métal est un corps. On trouvera donc toutes les fonctions de l’entendement, si on parvient à déterminer complètement les fonctions de l’unité dans les jugements. »

   Kant. Critique de la raison pure, [4]Traduction Tremesaygues et Pacaud, Puf, p. 87.88.

 

 

  « Si l’on définit l’entendement en général le pouvoir des règles, le jugement sera le pouvoir de subsumer sous des règles, c’est-à-dire de décider si une chose est ou n’est pas soumise à une règle donnée (casus datae legis). La logique générale ne renferme aucun précepte pour le jugement et n’en peut pas renfermer. En effet, comme elle fait abstraction de tout contenu de la connaissance, il ne lui reste qu’à exposer séparément d’une manière analytique la simple forme des connaissances d’après les concepts, les jugements et raisonnements, et qu’à établir ainsi les règles formelles de tout usage de l’entendement. Que si elle voulait montrer d’une manière générale comment on doit subsumer sous ces règles, c’est-à-dire décider si quelque chose y rentre ou non, elle ne le pourrait, à son tour, qu’au moyen d’une règle. Or, cette règle, précisément parce qu’elle est une règle, exigerait une nouvelle éducation du jugement ; on voit donc que si l’entendement est capable d’être instruit et armé par des règles, le jugement est un don particulier qui ne peut pas du tout être appris, mais seulement exercé. Aussi le jugement est-il la marque spécifique de ce qu’on nomme le bon sens (Mutterwitzes) et au manque de quoi aucun enseignement ne peut suppléer ; car, bien qu’une école puisse présenter à un entendement borné une provision de règles, et greffer, pour ainsi dire, sur lui des connaissances étrangères, il faut que l’élève possède par lui-même le pouvoir de se servir de ces règles exactement, et il n’y a pas de règle que l’on puisse lui prescrire à ce sujet et qui soit capable de le garantir contre l’abus qu’il en peut faire quand un tel don naturel manque*. C’est pourquoi un médecin, un juge ou un homme d’Etat peuvent avoir dans la tête beaucoup de belles règles de pathologie, de jurisprudence ou de politique, à un degré capable de les rendre de savants professeurs en ces matières, et pourtant se tromper facilement dans l’application de ces règles, soit parce qu’ils manquent de jugement naturel, sans manquer cependant d’entendement et que, s’ils voient bien le général in abstracto, ils sont incapables de distinguer si un cas y est contenu in concreto, soit parce qu’ils n’ont pas été assez exercés à ce jugement par des exemples et des affaires réelles. Aussi l’unique et grande utilité des exemples est-elle qu’ils aiguisent le jugement. En effet, pour ce qui regarde l’exactitude et la précision des vues de l’entendement, ils leur portent plutôt généralement quelque préjudice parce qu’ils ne remplissent que rarement d’une manière adéquate la condition de la règle (comme casus in terminis) et qu’ils affaiblissent en outre maintes fois la tension de l’entendement nécessaire pour apercevoir dans toute leur suffisance les règles dans l’universel et indépendamment des circonstances particulières de l’expérience, de sorte qu’on finit par s’accoutumer à les employer plutôt comme des formules que comme des principes. Les exemples sont donc les béquilles du jugement et celui-là ne saurait s’en passer à qui manque ce don naturel. »

        Kant, Critique de la raison pure, [4]Traduction Tremesaygues et Pacaud, Puf, p. 148.149.

  

*Le manque de jugement est proprement ce que l’on appelle stupidité, et à ce vice il n’y a pas de remède. Une tête obtuse ou bornée en laquelle il ne manque que le degré d’entendement convenable et de concepts qui lui soient propres, peut fort bien arriver par l’instruction jusqu’à l’érudition. Mais, comme alors, le plus souvent, ce défaut accompagne aussi l’autre, il n’est pas rare de trouver des hommes très instruits qui laissent incessamment apercevoir dans l’usage qu’ils font de leur science ce vice irrémédiable.

 

Eclaircissements.

 

   Pourquoi faut-il que la fonction essentielle de l’entendement soit aussi la plus difficile ? Car il est juste de dire que le jugement est la fonction essentielle de l’esprit. Dès que nous pensons, dès que nous parlons, nous jugeons, et il faut comprendre par là que nous soumettons le réel à la législation de l’esprit. De fait, en vertu du pouvoir qui lui est propre, l’entendement unifie le divers sensible en lui appliquant ses concepts qu’il s’agisse de ses concepts purs ou a priori tels que la causalité, la substance, l’unité, la pluralité, ou de ses concepts empiriques. Construits à partir de l’expérience, (a posteriori), ces derniers résument les divers jugements précisant leur compréhension et leur extension. (A l’exception des noms propres tous les mots du langage sont des concepts. Cf. La définition kantienne du concept dans la Critique de la raison pure, Puf, p. 152).

    C’est dire que le concept n’est pas l’objet d’une intuition. Il repose sur une activité, une fonction, écrit Kant et il précise qu’il faut entendre par là : « l’unité de l’acte qui range diverses représentations sous une représentation commune ».  Et de ces concepts « l’entendement ne peut faire aucun autre usage que de juger par leur moyen » (Kant).

   Voilà pourquoi l’entendement peut être indifféremment défini comme une spontanéité de la connaissance par rapport à la réceptivité de la sensibilité, un pouvoir de penser ou de former des concepts ou un pouvoir de juger. Ce que Kant synthétise dans l’expression : l’entendement est un pouvoir des règles.

   Il faut partir de cette définition pour bien saisir le remaniement que Kant opère de la théorie du jugement. Jusqu’à lui, celui-ci est analysé comme acte prédicatif. Tout jugement est un jugement « prédicatif » ou d’attribution consistant à attribuer à un sujet (S) un prédicat (p) par l’intermédiaire du verbe être. (Ex : l’homme est un être mortel. Cette œuvre est belle. Cette loi est juste etc.).

   Kant substitue à l’idée d’attribution celle de subsomption. Avec cette notion, notre philosophe place l’esprit dans une position de législateur mettant de l’ordre dans ses représentations en appliquant les concepts ou les catégories générales de l’entendement aussi bien aux intuitions sensibles qu’aux concepts eux-mêmes. Subsumer signifie en effet : faire entrer le particulier sous le général ou l’universel ou le fait sous la loi.

    Or y a-t-il une règle permettant de normer l’application des règles de l’entendement à l’expérience,  « c’est-à-dire de décider si une chose est ou n’est pas soumise à une règle donnée » ? Là est en effet toute la difficulté du jugement. Car l’expérience est toujours singulière et si l’on se mêle de la subsumer sous un concept dont elle n’est pas un cas particulier, on se trompe. Faire un mauvais usage des concepts et des lois ou manquer de jugement, c’est donc une seule et même chose. Aussi est-il possible d’être fort savant dans un domaine donné (médecine, physique, jurisprudence) et inapte à appliquer les règles de la connaissance générale aux cas particuliers. Kant souligne que c’est le propre de la stupidité et il prétend qu’il n’y a pas de remède à un tel vice.

    Il n’y a pas de remède car il est impossible de définir la règle qu’il convient de respecter pour faire une bonne application des règles de l’entendement. C’est impossible, d’une part parce que la logique est la science des règles formelles du discours. Faisant abstraction des contenus des propositions, elle ne peut prescrire un principe à une faculté ne mettant pas seulement en jeu la forme des énoncés mais aussi la matière donnée par l’expérience. C’est impossible d’autre part parce que si l’on pouvait définir une règle normant l’application des règles de l’entendement, il faudrait à nouveau définir une règle normant l’application de la règle d’application des règles et ainsi à l’infini.

    En l’absence d’une règle définissable on ne peut donc pas apprendre à bien juger. Il y faut une qualité d’esprit relevant du don plus que des apprentissages. Il y faut, au fond, du bon sens, et tous les hommes ne brillent pas par cette aptitude à appliquer à bon escient les règles de l’entendement. Néanmoins qu’on ne puisse pas apprendre à bien juger ne signifie pas que le jugement ne puisse pas s’affermir par l’exercice.

   Les hommes peuvent en effet se tromper dans l’application des règles aux cas concrets :

    Kant cite le cas du médecin, du juriste, de l’homme d’Etat susceptibles d’être fort savants dans leur connaissance respective tant qu’il s’agit de manier les représentations générales et abstraites, autrement dit les concepts et les lois. En revanche dès qu’il s’agit d’en faire usage sur des cas concrets, dans des situations réelles, leur manque de jugement témoigne que la connaissance, fût-elle très pointue, ne suffit pas. Entre la théorie et  l’expérience, il faut un moyen terme et celui-ci est fourni par la faculté de juger.

   D’où l’intérêt pour celle-ci de s’exercer sur des cas concrets. En ce sens, il y a une utilité des exemples bien qu’il ne faille pas méconnaître leur danger. Ils n’illustrent jamais dans leur pureté formelle la règle ou le concept et peuvent empêcher les esprits de saisir ceux-ci dans leur précision et leur exactitude intellectuelle. Le risque est alors que les principes théoriques dégénèrent en simples formules pragmatiques. Ce qui fait le lit de l’ignorance tout en étant sans véritable gain pour la faculté de juger car nul ne sait mieux appliquer la règle que celui qui en maîtrise la rigueur théorique.  Mais pour celui qui manque de jugement naturel, les exemples peuvent être comparés à « des béquilles du jugement ». La métaphore signifie que comme la béquille est ce qui soutient le boiteux au défaut de sa jambe, la validité exemplaire de certains cas concrets peut aider une faculté de juger défaillante en exhibant l’universel dans le particulier. Elle fournit ainsi matière à aiguiser l’aptitude à penser le particulier sous l’universel chez celui qui est en est  singulièrement dépourvu.

 

Jugement déterminant et jugement réfléchissant.

   

   « La faculté de juger en général est la faculté qui consiste à penser le particulier comme compris sous <unter> l’universel. Si l’universel (la règle, le principe, la loi) est donné, alors la faculté de juger qui subsume sous celui-ci le particulier est déterminante (il en est de même lorsque, comme faculté de juger transcendantale elle indique a priori les conditions conformément auxquelles seules il peut y avoir subsumption sous cet universel). Si seul le particulier est donné, et si la faculté de juger doit trouver l’universel <qui lui correspond>, elle est simplement réfléchissante.

   La faculté de juger déterminante sous les lois universelles transcendantales, que donne l’entendement, ne fait que subsumer; la loi lui est prescrite a priori et il ne lui est pas nécessaire de penser pour elle-même à une loi pour pouvoir subordonner le particulier dans la nature à l’universel. — Toutefois, il y a tant de formes diverses de la nature et pour ainsi dire tant de modifications des concepts transcendantaux universels dans la nature, qui restent indéterminées par les lois que l’entendement pur donne a priori, ces lois ne concernant que la possibilité d’une nature (comme objet des sens), que pour cela aussi il doit y avoir des lois, qui certes, comme lois empiriques, peuvent être contingentes au regard de notre entendement <Verstandeseinsicht>., mais qui cependant, pour mériter d’être dites des lois (comme l’exige aussi le concept d’une nature), doivent pouvoir être considérées comme nécessaires à partir d’un principe d’unité du divers, encore que celui-ci nous soit inconnu. — La faculté de juger réfléchissante qui se trouve obligée de remonter du particulier dans la nature jusqu’à l’universel a donc besoin d’un principe, qu’elle ne peut emprunter à l’expérience précisément parce qu’il doit fonder l’unité de tous les principes empiriques sous des principes également empiriques, mais supérieurs et par suite la possibilité d’une subordination systématique de ces principes les uns aux autres. La faculté de juger réfléchissante ne peut que se donner à elle-même comme loi un tel principe transcendantal, sans pouvoir l’emprunter ailleurs (parce qu’elle serait alors faculté de juger déterminante), ni le prescrire à la nature, puisque la réflexion sur les lois de la nature se règle sur la nature et que celle-ci ne se règle pas sur les conditions suivant lesquelles nous cherchons à en acquérir un concept tout à fait contingent par rapport à elle.

   Or ce principe ne peut être autre que le suivant : puisque les lois universelles de la nature ont leur fondement dans notre entendement, qui les prescrit à la nature (il est vrai seulement d’après son concept universel en tant que nature), les lois empiriques particulières, relativement à ce qui demeure en elles d’indéterminé par les lois universelles, doivent être considérées suivant une unité telle qu’un entendement (non le nôtre il est vrai) aurait pu la donner au profit de notre faculté de connaître, afin de rendre possible un système de l’expérience d’après des lois particulières de la nature. Ce n’est pas que l’on doive pour cela admettre réellement un tel entendement (car c’est, en effet, à la faculté de juger réfléchissante seulement que cette idée sert de principe pour réfléchir et non pour déterminer), mais au contraire cette faculté, ce faisant, se donne une loi seulement à elle-même, et non à la nature.

   Or comme le concept d’un objet, dans la mesure où il comprend en même temps le fondement de la réalité de cet objet, se nomme une fin et que l’on nomme finalité de la forme d’une chose l’accord de celle-ci avec la constitution des choses qui n’est possible que d’après des fins, le principe de la faculté de juger, en ce qui concerne la forme des choses de la nature sous des lois empiriques en général, est la finalité de la nature en sa diversité, ce qui signifie que par ce concept on se représente la nature comme si un entendement contenait le principe de l’unité de la diversité de ses lois empiriques.

   La finalité de la nature est ainsi un concept particulier a priori, qui a son origine uniquement dans la faculté de juger réfléchissante. On ne saurait, en effet, attribuer aux produits de la nature une chose telle qu’une relation de la nature à des fins ; on ne peut faire usage de ce concept que pour réfléchir sur la nature au point de vue de la liaison des phénomènes en celle-ci, liaison donnée d’après des lois empiriques. Au demeurant ce concept est tout à fait distinct de la finalité pratique (de l’art humain ou même des mœurs), bien qu’il soit pensé d’après l’analogie avec celle-ci »

    Kant. Critique de la faculté de juger [5], Vrin, p. 27.28.29..Traduction : Alexis Philonenko.