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Kant et la philosophie de l’histoire.

  

 

   Dans le Conflit des facultés (1798), Kant détermine trois perspectives suivant lesquelles l’histoire peut être pensée : « 1) Ou bien le genre humain se trouve en perpétuelle régression ; 2) Ou bien il est en constante progression par rapport à sa destination morale ; 3) Ou bien il demeure en stagnation et reste éternellement au degré actuel de sa valeur morale parmi les divers membres de la création (stagnation qui se confond avec l’éternelle rotation circulaire autour d’un même point.

   On peut appeler la première assertion terrorisme moral, et eudémonisme la seconde (qui, à considérer le but du progrès sous une vaste perspective, serait appelée aussi chiliasme) ; mais la troisième s’appellerait abdéristisme, parce que, comme un véritable point d’arrêt n’est pas possible dans le domaine moral, une marche ascendante perpétuellement changeante et des rechutes aussi nombreuses et profondes (en quelque sorte une éternelle oscillation) n’est pas une solution meilleure que si le sujet était demeuré à la même place et au repos » » Le conflit des facultés, dans Kant, la philosophie de l’histoire, Médiations, Denoël, 1985, traduction : Stéphane Piobetta, p.165.166.

   Chaque perspective fait donc problème. L’idée que l’humanité est en constante régression est insoutenable dans la mesure  où cela signifie à terme l’anéantissement de notre espèce, celle d’un progrès conçu dans le cadre d’une téléologie physique est aporétique, et celle de la stagnation consiste à consentir à l’absurdité de notre aventure. Ces objections permettent à Kant de préciser la spécificité de sa propre conception de l’histoire, conception progressiste où le progrès est pensé dans le cadre d’une téléologie morale.

 

    I)   La conception abdéritiste.

 

    On peut se désespérer devant le spectacle des conduites humaines et considérer que l’histoire est un bateau ivre où la folie le dispute à la bêtise pour entraîner les hommes dans une aventure aveugle dans laquelle la raison ne discerne aucun ordre. C’est ce que symbolise l’abdéritisme. L’expression renvoie, selon une réputation bien établie dans le monde antique, à la ville d’Abdère (en Thrace, au nord de l’île de Thassos en Mer Egée) qui passait pour être une ville à l’air insalubre. Les habitants y étaient parfois pris de folie collective. Ainsi furent-ils saisis de fièvre ardente durant sept jours à l’issue d’un spectacle où un célèbre acteur, Archélaos, donnait l’Andromède d’Euripide. Selon Ovide, ils avaient coutume certains jours de sacrifier certains de leurs concitoyens pour le salut de tous les autres.  En tout cas l’abdéritisme est la métaphore d’une conduite irréfléchie, excessive où l’imagination débridée égare dans les entreprises les plus insensées. Une expression proverbiale dans l’Antiquité consistait à dire : « vous êtes des abdérites » pour signifier : « vous êtes stupides ».   Kant est souvent tenté par l’abdéritisme. « On ne peut se défendre d’une certaine humeur, quand on regarde la présentation de leurs faits et gestes sur la grande scène du monde, et quand, de-ci de-là, à côté de quelques manifestations de sagesse pour des cas individuels, on ne voit en fin de compte dans l’ensemble qu’un tissu de folie, de vanité puérile, souvent aussi de méchanceté puérile et de soif de destruction. Si bien que, à la fin, on ne sait plus quel concept on doit se faire de notre espèce si infatuée de sa supériorité », écrit-il dans l’introduction de Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784), mais le recours à l’idée d’un « dessein de la nature » lui permet d’étayer une conception progressiste.

   Cicéron fixe le sens du mot en qualifiant un projet abdéritique de projet mal concerté, sans vue ni prudence.

   Philonenko fait remarquer que cette fameuse maladie est peut-être le symbole des extravagances de la mode et cette coutume barbare, l’allégorie de la pratique des sociétés qui, pourvu que les intérêts du plus grand nombre soient préservés, ne se soucient guère des malheureux.

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      II) La conception eudémoniste.  

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   Elle consiste à penser que l’humanité est en constante progression par rapport à sa destination morale. Mais cet optimisme se heurte à de redoutables objections car rien, empiriquement, n’empêche de penser qu’arrivée à un certain point de son développement l’humanité ne régresse ou bien que dans le cours du monde, le bien et le mal, les avantages et les inconvénients s’équilibrent, tout progrès impliquant une chute, toute chute étant compensée par un progrès. Si la somme des biens et des maux s’équilibre à chaque époque, il faut renoncer à l’idée qu’un moment de l’histoire est qualitativement supérieur à un moment antérieur.

    « On peut toujours admettre que la masse de bien et de mal, inhérente à notre nature, reste en son fond constamment la même et ne peut être ni augmentée ni diminuée chez un même individu ; et comment donc cette quantité de bien pourrait-elle augmenter en son fond, puisque cela devrait se produire par la liberté du sujet , et que, dans ce cas, celui-ci aurait à son tour besoin d’un capital de bien plus grand que celui qu’il possède déjà ?– Les effets ne peuvent dépasser le pouvoir de la cause agissante; par conséquent la quantité de bien mêlée dans l’homme au mal ne saurait aller au-delà d’une certaine mesure de ce bien, au-dessus de laquelle il pourrait s’élever par son effort et ainsi progresser toujours. L’eudémonisme, avec ses espérances imaginaires, paraît donc insoutenable et semble laisser peu d’espoir en faveur d’une histoire prophétique de l’Humanité, au point de vue d’un progrès incessant dans la voie du Bien » Le conflit des facultés, dans Kant, la philosophie de l’histoire, Médiations, Denoël, 1985, traduction : Stéphane Piobetta, p. 166.167.

  Kant refuse donc une conception métaphysique ou prédéterministe du progrès moral (ce que Dieu veut faire de la destinée humaine) comme on la trouve chez un Leibniz par exemple. Cette thèse n’est qu’en apparence favorable à l’idée de progrès, car on ne voit pas comment une réalité physique ou cosmique se caractérisant par une certaine quantité de bien et de mal peut produire plus de bien qu’elle n’en contient. Kant met  l’eudémonisme en contradiction avec ses présupposés. Il ne peut y avoir plus de perfection dans l’effet que dans la cause.

  Et c’est précisément parce que le progrès ne peut être pensé qu’en terme moral comme ce que l’homme peut faire de sa liberté que Kant refuse l’eudémonisme et va s’efforcer de fonder une conception progressiste de l’histoire sur d’autres présupposés.

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    III) La conception terroriste ou apocalyptique.  

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   Elle s’énonce ainsi : « Retomber dans le pire ne peut constamment durer pour l’espèce humaine, car descendue à un certain degré elle s’anéantirait elle-même. C’est pourquoi quand se développe un amoncellement de grands forfaits et de maux à leur mesure l’on dit : à présent cela ne peut plus empirer ; nous voici parvenus au dernier jour ; le pieux visionnaire rêve déjà du retour de toutes choses et d’un monde renouvelé lorsque l’univers aura péri par le feu ». Ibid. p. 166.

   Conception récurrente au cours de l’histoire. Sous le règne de Néron, les chrétiens avaient le sentiment que la fin du monde était proche. Rousseau est un bon représentant de ce pessimisme. Dans Le Discours sur les sciences et les arts, il établit que l’humanité s’est abîmée dans un funeste processus de socialisation. Ce qui est perdu ne se retrouve jamais. Dans son livre La théorie kantienne de l’histoire, Alexis Philonenko cite deux propos où Rousseau apparaît clairement comme un prophète de l’apocalypse : « Il n’y a plus de remède à moins de quelque grande révolution presque aussi à craindre que le mal qu’elle pourra guérir et qu’il est blâmable de désirer et impossible de prévoir » Réponse au roi de Pologne. En 1750 Rousseau n’est pas encore un visionnaire mais en 1775, dans un entretien rapporté par Nicolas Bergasse, il dit : «  Nous touchons à quelque grande révolution, le calme dont nous jouissons est le calme terrible qui précède les tempêtes et je voudrais que la Providence rapportât au-delà des années orageuses qui vont éclore le peu de jours qui me restent pour être témoin du nouveau spectacle qui se prépare ».

      L’idée même de Révolution répugne à Kant car la révolution est une violence. Sa folie destructrice se paie du sang et des larmes et demande souvent beaucoup de temps pour accoucher d’un ordre stable et meilleur que celui qu’elle a détruit. Comme tous les très grands philosophes, Kant est fondamentalement réformiste. D’où son ambiguïté à l’égard de la Révolution française. Il l’accueille avec sympathie tant qu’elle signifie une transformation positive du corps politique par le moyen du droit mais il exprime son horreur des violences révolutionnaires. L’exécution de Louis XVI est pour lui un point de rupture

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     IV) La conception kantienne ou conception progressiste.  

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    C’est la conception que développe Kant dans Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.1784.

  Une telle histoire ne peut pas être fondée empiriquement. On ne peut en élaborer qu’une Idée. Kant entend par Idée, « un concept rationnel nécessaire auquel ne peut correspondre aucun objet donné par les sens » (Critique de la raison pure [1]). De fait, ni l’histoire universelle, ni l’histoire comme perfectionnement progressif des dispositions de notre nature ne sont des données empiriques. Ce qui est donné, ce sont des histoires singulières, celles de tel ou tel peuple, et rien n’empêche d’imaginer qu’arrivée à un certain niveau de développement, l’humanité ne régresse et inverse le mouvement. Une histoire universelle conçue comme  progrès ne peut donc être qu’une représentation de la raison qui se rapporte à un objet d’après un certain principe. Quel est-il ?

    « Considérons les hommes tendant à réaliser leurs aspirations : ils ne suivent pas simplement leurs instincts comme les animaux ; ils n’agissent pas non plus cependant comme des citoyens raisonnables du monde selon un plan déterminé dans ses grandes lignes. Aussi une histoire ordonnée (comme par exemple celle des abeilles ou des castors) ne semble pas possible en ce qui les concerne. On ne peut se défendre d’une certaine humeur, quand on regarde la présentation de leurs faits et gestes sur la grande scène du monde, et quand, de-ci de-là, à côté de quelques manifestations de sagesse pour des cas individuels, on ne voit en fin de compte dans l’ensemble qu’un tissu de folie, de vanité puérile, souvent aussi de méchanceté puérile et de soif de destruction. Si bien que, à la fin, on ne sait plus quel concept on doit se faire de notre espèce si infatuée de sa supériorité. Le philosophe ne peut tirer de là aucune autre indication que la suivante: puisqu’il lui est impossible de présupposer dans l’ensemble chez les hommes et dans le jeu de leur conduite le moindre dessein raisonnable personnel, il lui faut rechercher du moins si l’on ne peut pas découvrir dans ce cours absurde des choses humaines un dessein de la nature: ceci rendrait du moins possible, à propos de créatures qui se conduisent sans suivre de plan personnel, une histoire à un plan déterminé de la nature ».

               Kant, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.1784.

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Thème : L’histoire au sens du devenir historique, de l’aventure humaine dans le temps.

Question : Est-elle une aventure absurde ou bien est-il possible de lui trouver un sens dans la double acception de direction et de signification ?

Thèse : À première vue le cours des choses humaines semble absurde. L’abdéritisme est bien la tentation première du penseur. Kant exprime ici son horreur de l’humanité empirique. Elle se conduit de manière puérile et méchante. Avec l’idée de puérilité, le philosophe signifie qu’elle n’est pas sortie de sa minorité spirituelle et morale. Elle est toujours esclave de ses inclinations sensibles et soumise à la tutelle de maîtres qui savent exploiter ses passions, elle s’engage souvent dans le pire en croyant concourir au meilleur.

   Avec l’idée de méchanceté, il signifie que l’homme utilise sa liberté davantage pour détruire que pour construire. D’où la souveraineté de la violence dans l’histoire.

Question : Alors faut-il renoncer à l’espérance d’une histoire sensée ?

Thèse : Oui si l’on devait considérer que le sujet d’une histoire sensée dût être l’homme en tant qu’acteur conscient et volontaire. Impossible, en effet, d’admettre que  les hommes se donnent l’actualisation de ce sens comme un projet personnel ou collectif. « Ils n’agissent pas […] comme des citoyens raisonnables du monde selon un plan déterminé dans ses grandes lignes ». Au contraire, chacun poursuit ses propres intérêts au mépris souvent des intérêts légitimes des autres, condamnant l’histoire à être ce « théâtre de bruit et de fureur » que dénonce Shakespeare. (Cf. « Demain, puis demain, puis demain glisse à petits pas de jour en jour jusqu’à la dernière syllabe du registre du temps ; et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous le chemin de la mort poudreuse. […] La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et  s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, et qui ne signifie rien … Macbeth, Acte V, scène V).

   C’est que les hommes ne sont ni de purs êtres de la nature, ni de purs êtres raisonnables.

   S’ils étaient de purs êtres de la nature, leurs conduites seraient aussi ordonnées et harmonieuses que les conduites animales. Celles-ci sont régies par l’instinct et ce dernier a sur la raison et la liberté qui lui est liée l’avantage de la régularité. Une « histoire ordonnée » n’est donc possible que pour le monde animal.

   S’ils étaient de purs êtres de raison leur histoire serait raisonnable. Elle serait celle d’un usage de la liberté pour accomplir les exigences de la raison, à savoir le perfectionnement de toutes les dispositions originelles de l’espèce humaine et l’actualisation de la vocation éthico-politique de la raison (c’est-à-dire la promotion de la loi morale dans le monde sous la forme du droit). La paix, la justice et la liberté pour tous seraient au rendez-vous. Or à  l’évidence ce n’est pas le cas. L’histoire donne de manière récurrente, le spectacle de la folie et de la méchanceté humaines et non celui d’une raison à l’œuvre en elle.

   Et pourtant des progrès ont été réalisés dans l’histoire et l’on a même l’impression que ce bateau ivre finit par accoucher des fins que les hommes se donneraient s’ils agissaient raisonnablement.

Questions : Cette constatation ne permet-elle pas d’espérer que le progrès des connaissances, des techniques, des institutions, des mœurs etc. soit le sens de l’histoire ? Espérance : tel est bien le principe qui est au fondement de l’Idée kantienne d’histoire. Le mot est prononcé au début de l’introduction : « De quelque façon qu’on veuille concevoir la liberté du vouloir  au point de vue métaphysique, les manifestations du vouloir, les actions humaines, sont déterminées aussi bien que tout autre événement naturel selon les lois universelles de la nature. On peut espérer que l’histoire qui se propose de raconter ces manifestations, à quelque profondeur que se cachent leurs causes, si elle considère dans ses grandes lignes le jeu de la liberté du vouloir humain, y peut découvrir un cours régulier; et que, de cette manière, ce dont la complication et l’irrégularité saute aux yeux quand on considère les sujets  individuels pourrait au contraire, quand on considère l’espèce tout entière,  être reconnu comme un développement progressif et continu, quoique lent, des dispositions originelles de cette espèce »

   Mais comment ce progrès est-il possible puisque les hommes ne le poursuivent  manifestement pas comme une fin consciente et volontaire ? Il y a là une aporie. Est-il possible de la dépasser ?

   Thèse : Oui, répond Kant, si l’on recourt à l’idée d’un « dessein de la nature ». L’expression suggère de faire un usage du principe de finalité et de considérer que tout se qui se produit dans la nature concourt a une fin ou un but. Kant sait bien que le finalisme n’a pas droit de cité dans les sciences, mais il ne s’agit pas ici de bâtir une connaissance objective du devenir historique. Ce souci est celui de l’histoire comme discours méthodiquement élaboré du passé de telle ou telle société. Ici, il s’agit de penser l’histoire, d’en interroger le sens global. Et s’il est impossible de faire de l’homme conscient et volontaire l’auteur d’une histoire sensée, ne peut-on pas considérer qu’une telle histoire est ce qui lui est extorqué par le jeu de ce qui le détermine, à savoir ses inclinations naturelles ? Telle est l’issue proposée par Kant au problème qu’il a formulé. Si le sens de l’histoire est le perfectionnement progressif des dispositions originelles de l’espèce humaine, progrès dont l’expérience atteste la réalité dans certains domaines et si on ne peut pas imputer l’actualisation de ce sens à la volonté humaine, il faut donc qu’il s’accomplisse à l’insu des hommes et que ceux-ci en soient des agents inconscients et involontaires. Les hommes ne se doutent pas qu’en faisant un si mauvais usage de leur liberté, c’est-à-dire en se soumettant à la puissance de leurs intérêts et de leurs passions, ils concourent à l’avènement de fins qui sont celles de leur nature raisonnable mais tout semble se passer comme s’il en était ainsi.

  Ex : C’est leur ambition, l’appétit des richesses, de la gloire, du pouvoir qui leur arrache les efforts nécessaires au développement de leurs talents, c’est le conflit des intérêts qui les contraint à limiter les prétentions de l’amour de soi pour instituer la loi garantissant l’intérêt de tous. Ni le droit, ni  les progrès des connaissances ou des techniques ne n’origine dans la volonté morale des hommes. Ils leur sont « extorqués pathologiquement ».

   Le jeu des inclinations naturelles étant le jeu de ce qui est, en l’homme, la part du déterminisme naturel, il est donc permis de se tourner vers la nature pour sauver l’idée de progrès comme principe d’intelligence de l’histoire.

   Le philosophe laisse à ses successeurs le soin d’écrire l’histoire en fonction de ce fil directeur. Comme Newton et Kepler surent découvrir sous le désordre apparent des phénomènes l’ordre caché, il y aura peut-être dans l’avenir un génie capable de conduire ce projet à terme.