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La notion de vérité s’applique proprement à des énoncés.

Ex : Une proposition est vraie ou fausse.

  La notion de véracité s’applique à des personnes. La véracité est le propre de celui qui n’est pas trompeur, qui répugne au mensonge, à la tromperie. La véracité est le caractère moral de celui qui a l’intention de dire la vérité. Elle est la bonne foi de celui qui parle.

 NB : Pour Kant, la véracité est un devoir inconditionné. « La véracité est un devoir formel de l’homme à l’égard de chacun ». Par son rigorisme et son formalisme, Kant est conduit à refuser le principe d’un droit de mentir, droit que Benjamin Constant ou la morale utilitariste justifient dans des conditions très précises. Tous néanmoins s’accordent à souligner l’importance fondamentale de la véracité dans les relations humaines, la confiance réciproque des hommes lorsqu’ils s’adressent la parole étant au fondement du lien social.

 

NB : Descartes parle d’un Dieu vérace pour fonder la confiance que l’homme peut avoir dans ses capacités de connaissance. Sans la véracité divine, il est en effet impossible de fonder la correspondance entre nos perceptions et ce qui est ou la validité des procédures de la raison dans l’établissement de la vérité. La véracité divine est ainsi le fondement de la vérité. Le principe que « les choses que nous concevons clairement et distinctement sont toutes vraies, n’est assuré qu’à cause que Dieu est ou existe, et qu’il est un être parfait, et que tout ce qui est en nous vient de lui ». Méditations métaphysiques IV.

 

NB : Ne pas confondre vérace et véridique. « Véridique » s’applique aux énoncés pour indiquer leur conformité à la vérité.

 

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10 Réponses à “Vérité. Véracité”

  1. Decontades dit :

    Bonjour Madame,

    j’ai du mal à comprendre le point de vue de Descartes pour parvenir à une connaissance véritable dans le NB ci-dessus.

    Merci beaucoup pour votre aide.

  2. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Pour comprendre, voyez l’article sur le cogito cartésien (https://www.philolog.fr/le-cogito-ou-la-certitude-de-soi-comme-chose-pensante/) et l’explication du discours de la méthode, en particulier les règles de la méthode.Il y a de nombreux articles sur Descartes sur ce blog. En tapant Descartes dans l’index, vous les retrouverez facilement.
    Bien à vous.

  3. Sabine C dit :

    Chère Madame,

    Ma fille est en 2ème année de prépa et doit étudier le thème la Vérité pour le concours d’école de commerce. Malheureusement, le courant passe mal avec son prof et elle a le sentiment qu’il ne les forme pas à ce qui les attend; Elle se donne à fond (13à 14 h/ jour en particulier en maths) et craint de plonger à cause de la philo ce qui l’angoisse beaucoup. Elle a longuement feuilleté (en librairie et sur internet) les livres édités à ce sujet (en particulier chez ellipse), mais les approches faites par leurs auteurs sont toutes différentes. Pouvez-vous lui donner un conseil sur l’achat d’un de ces livres, ou des conseils pour se faire des fiches par thème. Elle est très volontaire et travaille à fond les maths, l’anglais (presque couramment), l’espagnol.. Mais, elle est totalement en panne par rapport à ce thème.
    Ce n’est peut-être pas l’objet de ce site, mais je vous serais très reconnaissante si vous pouviez l’orienter un peu afin qu’elle puisse enfin se lancer dans « la Vérité »

    Merci infiniment de m’avoir lue

    Sabine C

  4. Simone MANON dit :

    Bonjour Madame
    N’ayant pas consulté les ouvrages auxquels vous faîtes allusion, je ne peux pas vous donner un conseil éclairé. Néanmoins, j’ai vu que Frédéric Laupies en propose un et d’ordinaire ce que fait ce professeur est d’une grande qualité.
    La vérité, Leçon philosophique : Question de culture générale classes préparatoires HEC 2014-2015. PUF
    Votre fille peut commencer par cette synthèse. Elle découvrira alors les analyses d’auteur qu’il convient de maîtriser.
    Avec tous mes vœux de réussite au concours.
    Bien à vous.

  5. Dosso Mourlaye Abdoulaye dit :

    Bjr Madame Manon!! Je viens de découvrir ce blog qui m’aide énormement. J’ai deux questions à vous poser 1°) Les philosophes aiment dire poéticité, véracité, hétérogénéité, au lieu de poésie, vérité, hétérogène. La terminaison  » cité » répond à quel soucis? Est-elle un effet de grammaire, de vocabulaire ou de stylistique? écllairez-moi svp?
    2. quel est la définition des mots sens, valeur, fondement et essence? Parfois j’ai l’impression que fondement et essence sont des synonymes. merci de me répondre!

  6. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Ité est un suffixe permettant de former un nom indiquant une caractéristique, à partir d’un adjectif. Ce suffixe est repris du latin.
    Véracité se distingue de vérité comme l’indique cet article. Veillez à être rigoureux dans la compréhension des définitions.
    Pour ce qui est du sens des mots, il vous suffit d’ouvrir un dictionnaire pour étancher votre curiosité. Vous découvrirez que l’essence est une chose, le fondement une autre.
    Bien à vous.

  7. Franck dit :

    Bonjour (d’un élève qui va rentrer en Licence 3 – Philosophie cette année),

    il me semble avoir bien compris la notion de vérité telle qu’exposée dans cet article ; elle s’applique spécifiquement à des énoncés. Toutefois, je ne suis pas certain d’avoir saisi pleinement la notion de véracité présentée ici.

    Pour reprendre les termes exacts de l’article, il est dit que la véracité est :
    I) le propre de celui qui n’est pas trompeur, qui répugne au mensonge, à la tromperie ;
    II) le caractère moral de celui qui a l’intention de dire la vérité ;
    III) la bonne foi de celui qui parle.

    Mon interrogation est la suivante : la propriété selon laquelle la véracité est le propre de celui qui n’est pas trompeur (partie 1 du I) est-elle liée par nécessité avec ce qui suit après la virgule (parties 2 et 3 du I) pour définir la véracité, en sorte que celui qui dirait le vrai en ayant eu l’intention de mentir ne serait pas vérace ; ou, peut-on au contraire considérer l’énoncé I comme ouvrant plusieurs branches, de telle manière que la véracité désignerait – outre le propre de celui qui répugne au mensonge et à la tromperie (parties 2 et 3 du I) – le simple état de celui qui dit vrai dans son énoncé, qu’il en ait eu l’intention ou pas. Le nœud du problème est que la partie 1 du I a potentiellement plusieurs sens ; car trompeur désigne deux choses distinctes : à la fois la qualité de celui qui a l’intention de mentir [dans cette acception, les parties 1, 2 et 3 du I sont trois façons de dire la même chose], mais aussi la qualité de celui qui met dans l’erreur ou entraîne vers elle par son dire faux [acception tout à fait différente de la première]. En la première acception est mise en jeu le rapport du locuteur à ce qu’il estime vrai ; car il ment dans la mesure où il dit le contraire de ce qu’il croit vrai (même si ce qu’il croit vrai est faux, ou ce qu’il croit faux est vrai). En la seconde acception est mise en jeu le rapport du contenu de l’énoncé du locuteur avec le contenu de la réalité. Ainsi, une personne me disant vrai du point de vue de la réalité en ayant eu l’intention de me mentir ne me trompe pas sous un certain rapport ; en tant que son énoncé tend à faire naître en moi ou fait naître en moi (si je la crois) une idée adéquate avec le contenu du réel. Un trompeur en la première acception ne trompe pas toujours en la seconde acception ; un trompeur en la seconde acception ne trompe pas toujours en la première acception. En résumé, selon que l’on admette une acception ou l’autre à la tromperie, on se retrouve dans I avec trois parties liées désignant chacune la même chose ; ou bien on se retrouve avec la partie 1 indépendante des parties 2 et 3 (qui signifient la même chose), en ce qu’elle définit quelque chose de distinct de ces deux parties, savoir la simple qualité de celui qui dit quelque chose de faux.

    Je me posais la question parce que j’ai l’habitude de fréquenter les dictionnaires, et que je sais que parfois on y trouve des définitions de la langue commune indues du point de vue philosophique – comme quand par exemple on associe à tort par identité le besoin et le désir, ainsi que vous l’avez bien dit par ailleurs. Mais je sais aussi que l’on trouve à l’occasion dans les dictionnaires des définitions identiques avec les définitions rigoureuses de la philosophie.

    Dans le centre national des ressources textuelles et lexicales, on retrouve plusieurs définitions à la notion de véracité, dont certaines sont identiques à la vôtre (comme le 4 par exemple), et d’autres non. On pardonnera qu’il s’agisse là d’une ressource numérique plutôt que du bon vieux papier ; mais elle compense ce défaut par le fait qu’elle est un bijou d’ordre, foisonnant de connaissances et de références.

    1) la qualité de celui qui ne trompe pas ou qui n’en a pas l’intention.
    [voyez que le CNRTL considère que l’on peut tromper sans en avoir l’intention ; que par conséquent tromper ce n’est pas seulement être de mauvaise foi dans son énoncé, mais aussi donner une idée fausse du réel, qu’on en ait l’intention ou pas ; en somme que tromper ne désigne pas seulement un rapport du sujet à son énoncé, mais aussi un rapport de l’énoncé au réel.]
    Exemple donné : « N’avoir jamais menti, n’avoir jamais dit, pour un intérêt quelconque, même indifféremment, une chose qui ne fût la vérité, la sainte vérité, c’était le trait distinctif de la sœur Simplice; c’était l’accent de sa vertu. Elle était presque célèbre dans la congrégation pour cette véracité imperturbable » (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 263).

    2) le caractère de ce qui est conforme à la vérité.
    Exemple donné : « M. le Procureur, − à présent, M. le Président, pourrait témoigner de la véracité de tout ce récit » (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Prisons, 1893, p. 373).

    3) souci, recherche de l’exactitude, de la fidélité au réel, notamment dans la création artistique et littéraire.
    Exemple donné : « Le livre d’Ernst Jünger sur la guerre de 14, Orages d’Acier, est incontestablement le plus beau livre de guerre que j’aie lu; d’une bonne foi, d’une véracité, d’une honnêteté parfaites » (Gide, Journal, 1942, p. 147).

    4) attribut de Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.
    Exemple donné : « Dieu, étant parfait, ne peut être trompeur: la véracité divine garantit notre pensée, notre méthode, notre science. Bien que limité, notre entendement connaît sans erreur ce qu’il connaît vraiment » (F. Alquié, La Découverte métaphys. de l’homme chez Descartes, 1966, p. 240).

    Tels sont les sens qu’a pris la notion de véracité dans le langage. Je voudrais donc savoir quels sens vous paraissent valables du point de vue philosophique ; et si la polysémie de la tromperie que j’ai disséquée plus haut permet à bon droit d’ouvrir plusieurs significations à la véracité : non seulement une signification liée à l’idée d’intention de mauvaise foi de l’individu (où le vérace serait donc celui qui ne veut pas mentir par rapport à ce qu’il se figure être vrai) ; mais aussi une autre liée au rapport de l’énoncé de l’individu au réel (où le vérace serait, sous un autre sens de la véracité, celui qui dit quelque chose de vrai).

    Avec mes remerciements.

  8. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il me semble que les définitions proposées dans l’article répondent à votre questionnement.
    La notion de véracité s’applique à des personnes. Est vérace celui qui s’efforce de ne pas tromper son interlocuteur, autrement dit celui qui est de bonne foi dans sa parole. Dans la mesure où cette qualification implique un caractère moral, elle ne peut s’appliquer correctement qu’à des personnes. Elle connote l’idée de sincérité.
    Par extension certains l’appliquent à des énoncés, ce qui ne laisse pas d’être problématique. Voilà pourquoi je précise qu’il vaut mieux dire véridique que vérace lorsqu’on prend en considération la valeur de vérité de l’énoncé.
    Voyez le développement que suggère cette ambiguïté dans le vocabulaire de Lalande: « J’estime que véracité dit plus que sincérité ou bonne foi, mais non qu’elle implique la vérité de ce qui est dit. Cette dernière condition est juste pour véridique mais non, je crois, pour véracité. Ce qu’il y a dans la véracité, en plus de la bonne foi ou sincérité, c’est qu’on se garde de l’erreur, qu’on prend les précautions utiles pour l’éviter, qu’on réalise les conditions matérielles, psychologiques et morales nécessaires pour être cru sur parole. Dès lors, le fait que, malgré cela, une erreur a été affirmée par nous, alors que nous n’en soupçonnions pas la possibilité, ne supprime pas notre véracité. C’est un caractère moral de la personne, une « vertu » comme l’appelle M. Belot. La vérité objective du fait affirmé est une autre question. Aussi la définition purement négative « caractère de celui qui n’est pas trompeur » me paraît insuffisante. La véracité divine implique quelque chose de plus que l’absence de malignité. etc. »
    Bien à vous.

  9. Franck dit :

    Je vous remercie pour votre réponse, ainsi que pour votre promptitude habituelle dont je vous sais gré. Mon intérêt résidait dans la question de savoir comment définir adéquatement du point de vue philosophique le concept de véracité ; et j’entends bien votre propos selon lequel certains l’appliquent indûment aux énoncés : vous me dîtes en effet que cela ne laisse pas d’être problématique, et me donnez même une belle référence appuyant cette idée. Toutefois, il me reste un dernier questionnement à ce sujet, que je voudrais vous soumettre. Je m’interroge sur la nature de ce qui fonde le caractère problématique de l’usage du concept de véracité pour des énoncés. Loin de moi l’idée d’être sourd à votre propos et à votre référence, bien au contraire ; je ne voudrais surtout pas que ma remarque témoigne d’une mauvaise lecture de votre réponse et en appelle à la relecture plus attentive de celle-ci ; aussi je vous expose les simples raisons de mon interrogation. J’espère ne pas pinailler.

    Posant la question de savoir comment définir adéquatement du point de vue philosophique le concept de véracité, je me pose la question de savoir s’il existe une définition de ce concept unanime dans la communauté philosophique. J’ai bien lu que vous soutenez avec Lalande l’usage du concept de véracité à l’usage exclusif de personnes ; et je voudrais savoir si cette usage exclusif du concept est institué en philosophie aussi nettement et univoquement que les usages des concepts dont les définitions ne font l’objet d’aucune discussion dans la discipline. Je tâche d’être plus clair : j’observe que Lalande use de termes très personnels lorsqu’il définit le champ d’application de la véracité. Il y dit dans votre extrait des propos comme : « j’estime que la véracité dit » ; « mais non, je crois, pour véracité » ; « me paraît insuffisante ». Sont-ce les simples précautions oratoires d’un homme qui énonce cependant une définition unanime et indiscutable en philosophie [mais dans ce cas : pourquoi ces précautions oratoires ?] ; ou le témoignage d’un individu qui décide de fixer par lui-même un sens au concept de la façon la plus pertinente possible, en s’appuyant sur son expérience du mot, en fonction de l’usage le plus commun qui en est fait dans le langage habituel ? [j’ai pensé à cette possibilité parce qu’en employant cette méthode « à tâtons », on arrive aussi à la définition de la véracité de Lalande, et à la vôtre. À supposer que dans une recherche à tâtons, on considère pour définition véritable d’un concept sa définition la plus naturelle dans le langage commun, il se trouve que l’on choisirait pour la véracité votre définition ; car les dictionnaires abondent tout à fait dans votre sens en considérant que le sens premier (le plus naturel donc) de véracité est celui de qualité morale d’un individu, et le sens second celui de caractère d’une chose (comme un énoncé) conforme à la vérité. Si donc le sens véritable est le plus naturel, alors on choisir le vôtre). Mais quel est le fondement du choix de l’usage de la véracité pour des personnes : un processus à tâtons où l’on chercherait le sens le plus naturel ; ou bien le lexique unanime et indiscutable de la philosophie sur lequel se base avec certitude tout membre de cette discipline (comme avec le concept de besoin : dont en philosophie on sait – et non dont on « croit » ou « estime » – qu’il connote la nécessité) ?

    Voyez-vous, quand j’apprenais dans votre blog des notions sur le langage – je vous remercie au passage très chaleureusement pour tous vos cours qui sont si beaux et me sont si salutaires – quand donc j’apprenais des notions sur ce thème, il m’eût paru étrange de lire des propos comme  » « j’estime » que la sémiologie est la science qui étudie les signes » ou comme « un signe articule un signifiant à un signifié de telle sorte que l’un renvoie à l’autre, « je crois » « . Tout au contraire, vous énonciez vos définitions sans le moindre détours, avec le tranchant de la certitude, le tranchant d’une personne exposant rigoureusement un discours qu’elle sait unanime et indiscutable dans la discipline philosophique.

    Dans votre réponse, vous m’expliquez que : « il vaut mieux dire véridique que vérace lorsqu’on prend en considération la valeur de vérité de l’énoncé ». Dans ce : « il vaut mieux dire » : le critère du meilleur est-il celui du plus pertinent selon la méthode à tâtons, en sorte qu’il vaudrait mieux dire véridique que vérace parce que cela est plus naturel ? [c’est que dans les dictionnaires on trouve en effet au sens premier véracité pour ce que vous avez dit, et véridique pour ce que vous avez dit aussi ; et au sens second (donc moins bon selon ce premier critère du meilleur) véracité pour ce que vous attribuez à véridique, et véridique pour ce que vous attribuez à véracité] ; ou le critère du meilleur est-il celui du bon selon l’idée qu’il est meilleur d’appliquer correctement le lexique unanimement en usage dans la philosophie que de l’appliquer mal, en sorte qu’il vaudrait mieux dire véridique que vérace lorsqu’on prend en considération la valeur de vérité de l’énoncé parce qu’il en est indiscutablement ainsi dans la discipline – de même qu’il est notoire et indiscuté que le besoin connote l’idée de nécessité, donc meilleur de dire que le besoin connote celle-ci plutôt que de dire le contraire, parce que cette façon est correcte ?

    De même, vous m’expliquez qu’il est « problématique » d’employer véracité pour des énoncés ; mais est-ce problématique parce que strictement faux du point de vue du lexique philosophique unanime, de telle manière que vous auriez pu dire – même si cela sonnerait étrangement au sens le plus naturel du mot problématique – qu’il est problématique d’associer par identité besoin et désir (en ceci que dire faux est bien en un sens problématique) ; ou est-ce « problématique » parce qu’il est plus naturel d’employer véracité comme vous dîtes avec Lalande, que de l’employer pour des énoncés, de telle manière qu’aucune définition ne fut unanimement entérinée comme avec les concepts les plus élémentaires ?

    Voilà donc l’objet de mon questionnement, et les raisons qui en sont à l’origine.

    Avec mes salutations.

  10. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il n’y a que dans les sciences dures que les concepts scientifiques sont univoques. Comme dans la langue naturelle, les concepts philosophiques sont équivoques. Ils admettent des glissements de sens, peuvent être polysémiques, voilà pourquoi il faut toujours définir avec précision le sens des termes que l’on emploie. Voilà pourquoi aussi vous faites erreur lorsque vous croyez qu’un discours philosophique peut être indiscutable ou prétendre à l’unanimité.
    La définition que Deleuze donne de la philosophie est, à cet égard, emblématique: « la philosophie est l’art de former, d’inventer, de fabriquer des concepts », l’ami de la sagesse n’étant pas, comme le sage, le possesseur de la vérité, mais celui qui la cherche dans un débat toujours ouvert.
    Par exemple, la nécessité qui vous paraît consubstantielle à la notion de besoin, n’est pertinente en toute rigueur que pour les besoins vitaux. Or la vie humaine implique de nombreux besoins artificiels tributaires des conditions socio-historiques dans lesquelles se déploie l’existence des uns et des autres. L’idée de nécessité dans ces cas de figure doit être affaiblie et il convient de ne pas confondre ce qui est vécu comme nécessaire dans des situations contingentes avec ce qui est nécessaire en soi.
    Rien ne vous interdit donc d’élargir la notion de véracité au contenu d’une proposition dès lors que vous le précisez clairement mais du point de vue de la rigueur conceptuelle, cette extension pose problème. En soi, une proposition ou un fait n’a aucune intention, aucun caractère moral. Seule la personne qui l’énonce peut s’en prévaloir ou être reconnue telle. Pris au sens de véridique, vérace peut donc, en ce sens, être considéré comme un usage abusif du terme.
    Vous demandez au nom de quoi? Certainement pas de conventions ayant l’univocité des concepts scientifiques mais, disons, au nom d’une certaine exigence philosophique se caractérisant par le souci de la rigueur conceptuelle.
    Bien à vous.

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