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Le populisme.

  

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    Si le propre des partis dits « populistes » est d’instrumentaliser la notion de peuple, il faut bien admettre que c’est là un trait dominant de la campagne présidentielle française.  Marine le Pen prétend parler au nom du peuple, mais Jean-Luc Mélenchon et les autres ne sont pas en reste. Avec ce dernier on a même cette curieuse identification du peuple à un peuple dit de gauche. Le peuple ne serait ni une donnée ni la totalité des membres du corps politique, mais selon les théorisations de Chantal Mouffe, un peuple à construire, un peuple à inventer et à qualifier par des discours et des pratiques ! Tout cela ne peut qu’inquiéter un républicain et inviter à clarifier un peu cette notion de « populisme » dont médias et ténors politiques font un usage pléthorique. Car rien n’est plus équivoque que la notion de peuple. Comme le remarquait Paul Valéry, « le mot peuple avait un sens précis quand on pouvait rassembler tous les citoyens d’une cité autour d’un tertre, dans un Champ de Mars. Mais l’accroissement du nombre, le passage de l’ordre des mille à celui des millions, a fait de ce mot un terme monstrueux dont le sens dépend de la phrase où il entre ; il désigne tantôt la totalité indistincte et jamais présente nulle part ; tantôt le plus grand nombre, opposé au nombre restreint des individus plus fortunés et plus cultivés… » Regards sur le monde actuel, Œuvres, La Pléiade, II, p. 919.

  Cette ambiguïté de la notion de peuple rejaillit sur celle de populisme et appelle quelques précisions.

  D’abord, on peut dire que, dans l’arène politique, est souvent qualifiée de populiste toute affirmation avec laquelle le locuteur n’est pas d’accord.  On a l’impression que le terme fonctionne aujourd’hui comme fonctionnait hier la notion d’idéologie. Lorsqu’on veut disqualifier un propos on le traite de populiste avec toutes les connotations péjoratives que le terme charrie. J’ai, par exemple, entendu un responsable d’un institut de sondage réputé traiter de populiste la décision des journalistes du Parisien de se passer de tout sondage du fait de leur manque de fiabilité à propos du Brexit ou de l’élection américaine !

   Quand il n’est pas la pensée de l’autre, dont un prétendu maître de vérité dénonce les égarements, le populisme est un mot-valise souvent vomi comme une injure. Chantal Delsol note qu’ « il caractérise aujourd’hui les partis ou mouvements politiques dont on juge qu’ils sont composés par des idiots, des imbéciles et même des tarés » (Populisme. Les demeurés de l’histoire, Editions du Rocher, 2015, p. 7)

  L’immense partie de la population américaine ayant porté Donald Trump au pouvoir, le quart du corps électoral français favorable à Marine le Pen, les soutiens de Nigel Farage, de Victor Orban, etc., seraient donc des décérébrés au regard de ceux dont le mépris, témoigne qu’ils s’attribuent implicitement le monopole de l’intelligence et de la noblesse d’âme.

   Avouons qu’il y a là un premier problème. Car comment tracer la frontière entre la bêtise et l’intelligence en matière de représentation du bien commun ? Celui-ci n’est-il pas, par nature, en débat et le propre de l’exigence démocratique n’est-il pas de considérer qu’aucun membre du corps politique n’est de droit exclu de l’expression et de la délibération collectives ? Comment ne pas avoir conscience du déni de démocratie en jeu dans un jugement stigmatisant depuis des années une partie de la population, l’humiliant à satiété, alimentant par là une haine, ne pouvant à terme que se retourner contre ceux dont l’outrecuidance est de se penser comme une élite intellectuelle et morale ?

  Je ne veux pas suggérer par là que la rhétorique et la substance des programmes de ces mouvements ne doivent pas être discutées, critiquées au nom d’autres choix de valeurs. Je veux simplement signifier que la critique portant sur les idées et les postures ne doit pas s’exempter dans le rapport aux adeptes de ces choix du respect dû à leur personne. Nul ne doit, a priori, être tenu pour indigne d’être écouté, comme si par principe sa manière de penser le bien commun ne méritait pas d’être prise en considération. On peut être un défenseur de la souveraineté nationale, de la nécessité du rétablissement des frontières, ou d’une identité culturelle sans être un misérable moralement ou un pauvre d’esprit. L’arrogance de certains partisans de l’ouverture, de la construction européenne, du multiculturalisme dans le discours public m’a toujours paru dangereuse et contre-productive, même si je ne suis pas certaine de ne pas en avoir fait preuve à l’égard de mes amis ayant voté non, en 2005, au référendum sur le traité constitutionnel européen. Chacun a l’impression d’incarner une forme de bon sens, de légitimité morale dans sa conception du bien commun, ce qui l’incline à nier l’altérité, à universaliser indûment sa conviction et au nom de la vérité ou du bien dont il se croit le détenteur, à vouloir imposer à autrui ses propres convictions.

   « Il y a potentiellement quelque chose d’intolérant dans la conviction, écrit Paul Ricœur. Nous n’admettons pas facilement que ceux qui ne pensent pas comme nous aient le même droit que nous à professer leurs convictions, parce que, pensons-nous, ce serait donner un droit égal à la vérité et à l’erreur ». Tolérance, intolérance, intolérable, dans Lectures [1], I, Seuil, 1991, p.303.

  Le propre de l’intelligence consiste à avoir conscience de cette tendance et à ne pas y céder. Si la pensée dominante avait été plus respectueuse des partisans de pensées minoritaires, si l’on avait argumenté plutôt que stigmatiser, celles-ci auraient-elles pu prendre l’ampleur qui est aujourd’hui les leurs ? Le meilleur moyen d’asphyxier les extrémismes, n’est-ce pas que  leurs apories ou leurs failles morales, puissent apparaître publiquement, ce qui implique leur droit d’exister dans l’espace public ou au Parlement afin d’en débattre équitablement ?  La relégation, l’interdit ayant pesé sur eux ne sont pas innocents dans la sédimentation des fractures sociales, par exemple dans cette fracture censée opposer « ceux d’en haut » à « ceux d’en bas », ou le peuple à l’élite. Rejet réciproque, dont l’un a peut-être plus de responsabilité que l’autre dans la situation actuelle.

   Cependant le déni de démocratie n’est pas que d’un côté. Il suffit de prêter attention aux slogans des partis dits « populistes » (« Au nom du peuple » affiche Marine le Pen ; et Mélenchon « la force du peuple »), pour s’apercevoir que leur prétention à incarner le peuple n’est pas plus légitime que la prétention de ceux qui les regardent de haut à incarner l’intelligence et la morale. Car qu’est-ce que le peuple ?

   Le terme admet au moins trois acceptions fort différentes.

   On peut entendre par là :

 

   C’est ce sens qui est en jeu sur la scène politique et, conformément à nos principes institutionnels, on peut dire que toute personne prétendant accéder au pouvoir ne peut, par principe, qu’être populiste, si l’on entend par là le souci de représenter la volonté du peuple. C’est lui, qui est proclamé souverain, et la loi républicaine doit être l’expression de sa volonté. Mais la familiarité de ces expressions « peuple-souverain », « volonté générale » dissimule mal de grandes difficultés. Car elles confèrent au peuple une généralité et une unité qu’on serait bien en peine de constater empiriquement. Comme donnée sociologique un peuple est nécessairement pluriel. Il est composé d’individus de sexes, d’âges, de profils économiques, intellectuels, moraux, culturels,  etc., très différents. Comment est-il possible de penser cette pluralité sous la figure de l’unité de telle sorte qu’aucun citoyen ne lui soit extérieur comme le présuppose le singulier (LE peuple) ou l’article 7 de la Constitution de 1793 stipulant que « le peuple français est l’universalité des citoyens français » ? Toute la difficulté de la notion politique de peuple se recueille dans cette perplexité, dramatisée aujourd’hui par la crise ouverte de la représentation. En réalité cette crise n’est pas nouvelle. Elle est consubstantielle à l’idée même de peuple au sens politique, car ce peuple, fondement de l’ordre politique, est proprement, (selon la formule de Pierre Rosanvallon), introuvable et infigurable. Une célèbre gravure le signifie en proclamant qu’ « il est le Jéhovah des Français ». De fait en tant que sujet collectif, détenteur de la souveraineté, le peuple n’a ni consistance sociologique, ni visibilité. C’est une abstraction, un pur être de raison, dont la réalité dépend de la volonté des membres de la communauté nationale de la faire exister. C’est dire que l’unité politique du sujet collectif détenteur de la souveraineté est une réalité morale. Et qui dit « morale » dit que cette réalité met en jeu une décision morale, se passant dans l’intériorité des consciences individuelles. Rousseau a appelé cette décision : le contrat social. Il l’a décrite comme l’acte par lequel chacun s’associe avec les autres de telle sorte que « s’unissant à tous, il n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant » (L. I, § VI). Le vrai contrat social se passe donc entre chaque « moi » et le « Nous » qui ne préexiste pas au contrat, mais naît de cet engagement. L’acte par lequel le corps politique est institué et l’acte par lequel les particuliers s’engagent à son endroit sont contemporains. C’est dire que l’Etat c’est nous, et ce nous n’advient que par la volonté de chaque moi de se projeter vers ses concitoyens comme un membre du tout qu’il compose avec eux, de le faire vivre et de veiller à sa sauvegarde. Ce qui suppose de la part de chacun une relativisation de ses prétentions pour reconnaître le droit légitime des autres membres de ce corps collectif. La chose est si peu naturelle que Rousseau n’hésitait pas à dire que le grand art politique implique une « dénaturation » de l’homme. Dans l’Emile, il écrit : « Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l’homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le moi dans l’unité commune ; en sorte que chaque particulier ne se croie plus un, mais partie de l’unité, et ne soit plus sensible que dans le tout. » Livre I, § IV. De même dans le Contrat social, il affirme : « Celui qui se croit capable de former un Peuple, doit se sentir en état, de changer pour ainsi dire la nature humaine, de transformer chaque individu, qui par lui-même est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout dont cet individu reçoive en quelque sorte sa vie et son être » Livre II, § II.

  Qu’il y ait là une difficulté majeure, n’en doutons pas. La République (dans sa forme active : la citoyenneté) ou passive (la sujétion aux lois promulguées par le parlement) tire sa condition de possibilité de la responsabilité morale de ceux qui la constituent. Et il n’est peut-être pas besoin pour cela d’invoquer la nécessité d’une dénaturation, mais à coup sûr celle d’une maturation intellectuelle et morale que Rousseau indique lorsqu’il décrit le passage de l’état de nature à l’état civil. « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C’est alors seulement que, la voix du devoir succédant à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme, qui jusque-là n’avait regardé que lui-même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes, et de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. » (L.I, §8). Le philosophe montre bien ici que le citoyen, « l’homme » des droits de l’homme est moins une donnée qu’une institution, ce qui suppose des conditions pour le faire advenir. Une école bien sûr mais aussi des paroles l’exhortant à déployer ses ressources morales en lieu et place de toutes les paroles délétères omniprésentes dans l’espace public s’employant à exciter en lui la haine, la colère, et le trompant par des idées fausses et des promesses mirobolantes. Le citoyen responsable ne peut pas être l’être sensible prisonnier de ses particularités empiriques, aveuglé par ses passions car pour se lier avec d’autres dans une communauté de statut juridique, il faut promouvoir des lois ordonnées au souci de l’intérêt général, du bien commun et non des seuls intérêts particuliers.

  Nous avons considéré que la faculté permettant de sauver cette exigence est, en chaque individu, la raison. Voilà pourquoi nous avons dépouillé le citoyen de sa dimension charnelle, (il n’a pas de sexe, pas de déterminations culturelles, sociales, économiques, religieuses, etc.,), pour le définir comme un être de raison auquel nous avons attaché des droits et des devoirs. Le peuple, au sens politique, est l’ensemble de ces êtres de raison, de ces êtres abstraits de tout ce qui pourrait aveugler leur jugement dans la décision collective, faire obstacle à la loi commune, afin de donner ses chances à une chose publique, en droit, garante de la reconnaissance et de la défense des intérêts légitimes de TOUS ses membres. La « désincorporation » des individus et de la société s’est ainsi imposée aux Constituants comme la condition de possibilité de l’expression d’une volonté qui serait une volonté générale. Et c’est là que commencent vraiment les problèmes. Car la volonté générale n’est ni la volonté unanime (une société n’est pas un ensemble homogène, ceux qui la composent ont des intérêts différents) ni la volonté majoritaire, laquelle n’est qu’une somme de volontés particulières. Du particulier plus du particulier ne donne jamais que du particulier. Théoriquement, est donc générale, la volonté qui veut le bien du TOUT, le bien commun, l’intérêt général autrement dit la volonté intégrant toutes les petites différences que chacun représente par rapport aux autres. La volonté générale rousseauiste est ce que Kant appelle la volonté raisonnable ou volonté morale. Diderot la définit comme : « un acte pur de l’entendement qui raisonne dans le silence des passions sur ce que l’homme peut exiger de son semblable et sur ce que son semblable peut exiger de lui » Encyclopédie. Article : droit naturel.

   Les désordres de notre époque font clairement apparaître la dimension utopique de cette idée du peuple comme, populus, sujet raisonnable de la souveraineté. De tous côtés, (et pas seulement des tribuns, les intellectuels aussi jouent bruyamment leur partition dans cette entreprise dangereuse), on cherche à revitaliser le dynamisme et les passions de la plebs, comme si la définition abstraite du citoyen n’était pas une utopie positive, la seule rendant possible une chose publique transcendant les ferments de guerre civile et cessant d’opposer les uns aux autres. Aristote nous a pourtant depuis longtemps enseigné que dès lors qu’un élément social (les riches et les pauvres, ceux d’en haut et ceux d’en bas, le peuple et les élites) entre dans la considération du bien commun la république se corrompt. C’était même à ses yeux le propre de la démocratie, gouvernement des pauvres contre les riches, régime aussi peu républicain que l’oligarchie ou gouvernement des riches contre les pauvres. C’est pour éviter ces dérives que les Constituants de 1789 se sont donné sous le nom de citoyen un sujet raisonnable. Sieyès affirmait en ce sens : « la démocratie est le sacrifice complet de l’individu à la chose publique, celui de l’être sensible à l’être abstrait ».

   Ce formalisme est aujourd’hui l’objet de toutes les critiques. Je le déplore et m’indigne que sous le nom de « philosophes », de nombreux théoriciens de la démocratie radicale n’ont de cesse d’en appeler à la conflictualité, au renversement de la légalité républicaine, comme l’expression démocratique par excellence.

  Il faut donc dénoncer l’usage illégitime que certains hommes politiques font de la notion de peuple. Les ténors de l’extrême droite, et ceux de l’extrême gauche ont l’outrecuidance de prétendre l’incarner. Nous sommes le peuple, le vrai peuple disent-ils, comme si l’on avait hâte de renouer avec les heures sombres de l’histoire, celles qui ont vu un parti asseoir sa domination sur une telle prétention. On a l’impression que toutes les réflexions de Claude Lefort [2] sur l’essence du totalitarisme sont oubliées. Les talentueux orateurs de notre époque  auraient leur légitimité s’ils disaient « nous aussi nous appartenons au peuple », nous aussi nous avons des revendications qu’il est juste de prendre en considération. Mais il faudrait pour cela qu’ils fussent raisonnables, et c’est précisément parce que, du point de vue de la raison, il leur faudrait relativiser leurs exigences, pour faire droit à d’autres revendications ayant elles aussi leur légitimité, qu’ils ne peuvent espérer accéder au pouvoir que par le déchaînement des passions. Or on ne peut rien espérer de bon de la violence passionnelle. Puisse le peuple français résister à cette tentation.

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      A lire : 

« On ne reconnaît pas les populistes à leur électorat prétendument affligé de passions tristes comme le ressentiment; on les reconnaît aux mots qu’ils utilisent. Mais il n’est pas seulement question ici d’une rhétorique bien précise pensée comme un style politique, ou d’un type bien spécifique de « performance » politique, au moyen duquel des politiciens en appellent directement au peuple, provoquent des crises et étalent leurs «  mauvaises manières » pour mieux se démarquer des élites existantes. Certes, nombre de populistes peuvent faire preuve de mauvaises manières et revendiquer leur proximité avec le peuple de façon grossière: l’Américain George Wallace, par exemple, prenait soin de porter en permanence des costumes bas de gamme et soulignait à la moindre occasion qu’il rajoutait toujours du ketchup dans son assiette (il est également connu pour avoir déclaré que les seuls mots à quatre lettres que les hippies ne connaîtraient jamais étaient « w-o-r-k » [travail] et « s-o-a-p » [savon]). Mais de telles questions de style constitueraient des critères bien trop subjectifs. Le fait d’en appeler au peuple et le désir d’être populaire ne sont pas l’apanage des populistes: ces deux traits se constatent chez pratiquement tous les hommes politiques. Comme l’a déjà montré Hans-Jürgen Puhle, à raisonner ainsi, le populisme deviendrait plus ou moins synonyme de politique démocratique moderne, ou se verrait du moins ramené à une simple « stratégie de mobilisation », stratégie qui peut se constater, sous une forme ou une autre, chez pratiquement tous les acteurs politiques.

  Deux critères décisifs permettent plutôt de reconnaître les populistes: d’une part, un anti-pluralisme farouche et, d’autre part, une référence constante au peuple en tant qu’entité morale indiscutable. De surcroît, je l’ai dit, les populistes ne se montrent pas hostiles au principe de représentation politique: ils se montrent seulement plus que sceptiques, plus que réservés, à l’endroit de toutes les institutions censées faire œuvre de médiation (non pas seulement dans la sphère politique, mais aussi pour tout ce qui touche à la sphère médiatique – qui, par définition, fait œuvre de médiation).» Jan-Werner Müller, Qu’est-ce que le populisme ? Premier Parallèle, 2016, traduction française Frédéric Joly, p. 84.85

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  « Ce n’est pas seulement en tant qu’idéologie que le populisme montre une logique identifiable; il existe aussi une praxis populiste type. L’idéologie et la praxis s’engrènent, se recoupent, et permettent aux populistes de justifier leurs actions dans un langage qui peut sembler démocratique et qui, surtout, revêt à leurs propres yeux une dimension morale indiscutable. Celui ou celle qui entend défier efficacement les populistes doit comprendre et prendre au sérieux cette dimension morale de la vision du monde populiste. Les démocrates libéraux s’illusionnent lorsqu’ils croient que l’argumentation rationnelle est ici efficace et qu’il suffirait également de montrer à quel point les populistes ont recours au clientélisme et à la corruption pour révéler automatiquement l’imposture morale et politique qu’ils représentent ». Ibid., p. 121.