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Le langage.

dictionnaire

 

   L’opération par laquelle le corps animal se met magiquement à distance de lui-même pour devenir conscience est le langage. Le langage interpose le signe entre la conscience et son objet de telle sorte que celui-ci existe comme une signification. Grâce au signe la conscience dispose de la chose, en dehors de sa présence sensible et peut viser des significations débordant largement l’ordre du visible. Car les signes ne désignent pas seulement les choses de ce monde, ils ouvrent sur l’invisible, monde des idées, des valeurs, des relations, n’ayant pas d’autre support matériel que les signes mais constituant l’horizon de notre humanité.

 

I)                   Analyse de la notion de signe.

 

    On peut appeler signe tout ce qui représente une chose et donc renvoie à elle. Un signe est une réalité double. Il articule un signifiant à un signifié de telle sorte que l’un renvoie à l’autre. C’est dire qu’un signe se définit par cette  fonction de renvoyer hors de lui à quelque chose qu’il médiatise. Il se caractérise par la distance entre lui et ce qu’il désigne.

    La sémiologie est la science qui étudie les signes.

    Elle classe les signes selon la nature de la relation unissant le signifiant au signifié ou bien selon la nature de la réponse qu’ils appellent.

    Selon le premier critère on distinguera l’indice, le symbole, le signe linguistique.

    Selon le second le signal et le signe linguistique.

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A)    Examen de la nature de la relation unissant le signifiant au signifié.

 

1)      Relation naturelle.

 

a)      l’indice.

 

  Ex : La fumée est le signe du feu. La fièvre le signe de la maladie.

   Ici il y a une contiguïté de fait, vécue entre le signifiant et le signifié, un rapport de cause à effet. On appelle indices, les éléments du réel ayant valeur d’évocation d’autres éléments du réel. Il va de soi qu’une réalité n’est pas un indice en soi. Elle ne peut fonctionner comme tel que pour une conscience la constituant comme un signe.

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b)      Le symbole.

 

   Ex : La source est le symbole de la pureté, le feu de l’enfer, le lion de l’orgueil ou le paon de la vanité.

   On appelle symboles, « tout signe concret évoquant par un rapport naturel, quelque chose d’absent ou d’impossible à percevoir » Lalande. Vocabulaire de la philosophie [1].

   Il y a, en effet, quelque chose dans le crépitement des flammes de l’incendie qui fait penser à l’enfer, quelque chose dans le port du lion qui fait penser à l’orgueil. Tout se passe comme s’il y avait une correspondance analogique entre le signe et le sens, entre l’image concrète et la signification abstraite.

  Originellement, le symbole est un objet coupé en deux dont les deux moitiés par leur coïncidence (sumballein : mettre ensemble) peuvent servir de signe de reconnaissance. Le symbole était en usage en Grèce dans le cadre des relations d’hospitalité. Si on avait transmis la moitié du symbole à ses enfants qui les avaient eux-mêmes transmis à des étrangers, on devait reconnaître dans l’inconnu se présentant chez vous, muni de cet objet, l’ami qu’il fallait accueillir.

   Dans le symbole, le signe coïncide avec son sens sans toutefois se confondre avec lui. La moitié visible du symbole (le signe) ouvre sur la partie invisible (le sens) qu’il sert à figurer. Elle a une fonction de reconduction du sensible au sens et l’enracinement du sens dans l’objet qui le figure est tel qu’on peut dire qu’un objet symbolique est ce qu’il signifie. Cependant s’il est suffisant, il n’est jamais adéquat car un symbole n’épuise jamais toute la richesse du sens qu’il concrétise.

   Le symbolisme a des racines psychologiques profondes et la poésie symboliste utilise les ressources de ces mystérieuses correspondances.

  Cependant il y a très peu de signes répondant à la définition donnée. Car s’il y a un rapport naturel entre le signifiant et le signifiant, le symbole a une dimension universelle.

  Or s’il y a bien des symboles universels, de nombreux objets appelés ainsi ne peuvent être compris qu’à l’intérieur d’un ensemble culturel. La relation unissant le signifiant au signifié n’est donc plus naturelle, elle est culturelle.

  Ex : La croix symbole de la rédemption, la colombe de la paix.

  En dehors du monde chrétien ces objets concrets ne sont pas liés à ces significations. La relation est donc conventionnelle comme c’est le cas aussi pour les symboles mathématiques.

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2)      Relation conventionnelle.

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  Ex : Tous les signes linguistiques. L’image graphique ou sonore « tête » désignant le concept : tête.

   Ici la contiguïté entre le signifiant et le signifié a été instituée. Elle doit être apprise pour que le signe soit compris car il n’y a rien dans la suite de sons /tet / qui fasse penser à la signification. Le signe linguistique est arbitraire.

   « Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultant de l’association d’un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement: le signe linguistique est arbitraire.

     Ainsi l’idée de «soeur» n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s – ö – r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien représenté par n’importe quelle autre: à preuve les différences entre les langues et l’existence même de langues différentes: le signifié «boeuf» a pour signifiant b -ö – f   d’un côté de la frontière, et o – k – s (Ochs) de l’autre. […]

    Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l’idée que le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant (on verra plus bas qu’il n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer à un signe une fois établi dans un groupe linguistique); nous voulons dire qu’il est immotivé, c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité »

                  Ferdinand de Saussure. Cours de linguistique générale [2] 1906-1911.

  Les signes linguistiques ne peuvent être compris qu’à l’intérieur d’un groupe social utilisant le même code. Le sens relève d’un accord tacite entre les hommes. On appelle convention cet accord des volontés.

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B)    Examen de la nature de la réponse suscitée par le signe.

 

1)      La réponse est une action.

 

  Ex : La sonnerie est le signe de la fin du cours.

        Le feu rouge est le signe de l’interdiction de passer.

   On appelle signal ce genre de signe déclencheur d’action. La réponse est immédiate, stéréotypée. Elle est fondée sur une association répétée dans des conditions identiques.

  Si la situation change, la personne ou l’animal dressé à réagir à un signal ne répond plus. Car le signal ne s’adresse pas à l’intelligence, il suscite un comportement relevant d’un automatisme. L’ensemble immuable appelle une action immuable.

  On sait que l’on peut conditionner les êtres à réagir à certains stimuli. Pavlov fait saliver un chien au seul tintement d’une clochette ayant été préalablement associé à la nourriture, stimulus naturel.

  Lorsqu’on observe les communications animales, on s’aperçoit que les signes que les animaux utilisent sont toujours des déclencheurs d’action.

  Ex : Les danses que les abeilles exécutent après la découverte d’un butin, ne suscitent pas en réponse de nouvelles danses de la part de leurs compagnes. Elles déclenchent leur départ vers la source de nourriture indiquée par ces signes. « Dans le comportement animal, les signes restent toujours des signaux, ils ne deviennent jamais des symboles » remarque Merleau-Ponty.Cf. Cours : le langage animal. [3]

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2)      La réponse est la compréhension d’une signification.

 

  Au contraire, les signes linguistiques appellent la compréhension et non l’action. Ils requièrent un acte d’intelligence pour être déchiffrés et mettent en jeu la fonction symbolique c’est-à-dire la capacité de se distinguer de la réalité pour la signifier par l’intermédiaire d’un signe. La fonction symbolique est une fonction spécifiquement humaine car elle suppose une aptitude à l’abstraction, une capacité de penser en dehors et à distance du vécu et du concret et de viser la signification comme une fin en soi.

  Le signe linguistique exige donc une représentation mentale pour être compris.

  A l’inverse du signal il n’adhère pas à une situation particulière. En témoignent la diversité des langues, l‘équivocité des mots, la polysémie d’un phénomène.

   « Le signe instinctif est un signe adhérent, le signe intelligent est un signe mobile ». Bergson.

  NB : On peut bien dire que l’animal comprend le signal mais la signification est toujours subordonnée à un résultat pratique. Elle se dilue aussitôt dans l’acte car pour l’animal, la signification n’est jamais un but. « L’homme prononce un mot pour faire connaître un de ses états et parce qu’il en fait un symbole de cet état ; l’animal émet un son pour obtenir quelque effet qui s’en est jadis suivi et parce qu’il a constaté la liaison de cet effet à l’émission de ce son ». Pradines

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II)                Aspects du langage.

 

  Le fondateur de la linguistique Ferdinand de Saussure distingue : le langage, la langue et la parole.

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1)      Distinction : langage, langue, parole.

 

a)      Le langage.

 

   Le langage est la faculté, commune à tous les membres connus de l’espèce humaine, de communiquer à leurs semblables des contenus de pensée grâce à des signaux sonores. Il est le produit de trois aspects:

-physiologique (émission et perception de sons)

– psychologique (conception et expression d’une pensée)

  -social (communication à autrui).

  Mais, si cette capacité est commune, elle se traduit en une multiplicité de langues, mortes ou vivantes.

 

 b)      La langue.

 

  Elle désigne la dimension abstraite et théorique du langage.

  Une langue est un système de signes propre à une collectivité que chacun doit apprendre pour parler. L’aptitude linguistique qui est universelle s’exerce donc dans une langue particulière. Celle-ci se caractérise par son lexique et sa syntaxe. L’enfant n’apprend pas sa langue maternelle comme il apprendra plus tard sa table de multiplication ; il découvre plutôt les possibilités de sa faculté linguistique à travers une expérimentation incessante faite d’autocorrections et de mise en œuvre inconsciente des règles d’analyse et de construction en jeu dans tout énoncé. Ainsi conquiert-il, ce que Noam Chomsky appelle la compétence linguistique. Elle est « un système intériorisé de normes » dont dépend chaque performance c’est-à-dire chaque énonciation effective d’une proposition.

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c)      La parole.

 

  Elle désigne la dimension concrète, pratique du langage. Elle est l’usage singulier que chacun fait de sa langue et il y a autant de façons de parler une langue qu’il y a de sujets parlants. Cet usage est à la fois déterminé par les contraintes de la langue et libre.

   « Chaque sujet parlant, même quand il modifie la langue s’éprouve astreint à de tels modes d’expression qu’il puisse se faire comprendre des autres (…) Il faut que la langue soit autour de chaque sujet parlant comme un instrument qui a son inertie propre, ses exigences, ses contraintes, sa logique interne, et néanmoins qu’elle reste ouverte à leurs initiatives (comme d’ailleurs aux apports bruts des invasions, des modes et des événements historiques) toujours capable de glissements de sens, des équivoques, des substitutions fonctionnelles qui donnent à cette logique comme une allure titubante » Merleau-Ponty Sens et non sens [4].

   Les usages de la langue supposent du jeu dans les contraintes et cette tension permet de comprendre les transformations observables des langues.

  Il s’ensuit que le véritable sujet d’une langue est l’usage qu’en font les membres du groupe. Les conventions linguistiques ne procèdent pas de décisions volontaires et conscientes. Toutes les politiques visant à exercer un pouvoir sur l’évolution d’une langue font l’expérience de leur impuissance. Une langue est un procès sans sujet, c’est l’usage qui en décide.

   Avec la parole la communication c’est-à-dire la transmission des messages et leur compréhension cessent d’être un problème purement linguistique de lexique et de syntaxe pour faire intervenir des éléments extralinguistiques absolument déterminants dans la manière dont les choses fonctionnent.

  Ces éléments sont :

Le sujet parlant. Il intervient avec ses mimiques, son ton, son intention signifiante, son statut social mais aussi le non dit, le sous entendu ou l’impensé qui affleure dans les trous du discours. Une même phrase prononcée sur des tons différents, par des personnes différentes, avec des sous entendus différents prend des sens différents.

Autrui. Le sens encodé doit être déchiffré par celui qui le reçoit. Plus les niveaux de signification sont exigeants, plus ils requièrent un effort de la part du décodeur. Il lui faut se porter à la hauteur de l’intention signifiante du locuteur. A défaut il y a déperdition de sens voire trahison. D’où le risque de malentendus. La communication est toujours exposée au faux sens, au contresens. On déchiffre avec ce que l’on est et on ne comprend l’autre que dans ce qu’il partage de commun avec nous. Il faut une communauté d’expérience pour que le sens circule.

La référence. Enfin, pour comprendre un message, il faut pouvoir se rapporter à ce à quoi il renvoie. A défaut le message est proprement inintelligible.

   La signification est donc une opération très complexe car elle est un rapport à autrui à l’intérieur d’un univers de discours commun.

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2)      Le langage humain est articulé.

 

  « On entend souvent dire que le langage humain est articulé (…). Il convient toutefois de préciser cette notion d’articulation du langage et noter qu’elle se manifeste sur deux plans différents : chacune des unités qui résultent d’une première articulation est en effet articulée à son tour en unités d’un autre type.

  La première articulation du langage est celle selon laquelle tout fait d’expérience à transmettre, tout besoin qu’on désire faire connaître à autrui s’analysent en une suite d’unités douées chacune d’une forme vocale et d’un sens. Si je souffre de douleurs à la tête, je puis manifester la chose par des cris. Ceux-ci peuvent être involontaires; dans ce cas, ils relèvent de la physiologie. Ils peuvent aussi être plus ou moins voulus et destinés à faire connaître mes souffrances à mon entourage. Mais cela ne suffit pas à en faire une communication linguistique. Chaque cri est inanalysable et correspond à l’ensemble, inanalysé, de la sensation douloureuse. Tout autre est la situation si je prononce la phrase «j’ai mal à la tête ». Ici, il n’est aucune des six unités successives j’, ai, mal, à, la, tête qui corresponde à ce que ma douleur a de spécifique. Chacune d’entre elles peut se retrouver dans de tout autres contextes pour communiquer d’autres faits d’expérience « mal », par exemple, dans « il fait le mal », et « tête » dans « il s’est mis à leur tête ». On aperçoit ce que représente d’économie cette première articulation; on pourrait supposer un système de communication où à une situation déterminée, à un fait d’expérience donné correspondrait un cri particulier. Mais il suffit de songer à l’infinie variété de ces situations et de ces faits d’expérience pour comprendre que, si un tel système devait rendre les mêmes services que nos langues, il devrait comporter un nombre de signes distincts si considérable que la mémoire de l’homme ne pourrait les emmagasiner. Quelques milliers d’unités, comme « tête », « mal », « ai », « la », largement combinables, nous permettent de communiquer plus de choses que ne pourraient le faire des millions de cris inarticulés différents (…). Chacune de ces unités de première articulation présente, nous l’avons vu, un sens et une forme vocale (ou phonique). Elle ne saurait être analysée en unités successives plus petites douées de sens : l’ensemble tête veut dire « tête » et l’on ne peut attribuer à -tê- et à -te- des sens distincts dont la somme serait équivalente à « tête ». Mais la forme vocale est, elle, analysable, en une succession d’unités dont chacune contribue à distinguer « tête », par exemple, d’autres unités comme « bête », « tante », ou « terre ».C’est ce qu’on désignera comme la deuxième articulation du langage. Dans le cas de « tête », ces unités sont au nombre de trois; nous pouvons les représenter au moyen des lettres t, e, t, placées par convention entre barres obliques, donc /tet/. On aperçoit ce que représente d’économie cette seconde articulation: si nous devions faire correspondre à chaque unité significative minima une production vocale spécifique et inanalysable, il nous faudrait en distinguer des milliers, ce qui serait incompatible avec les latitudes articulatoires et la sensibilité auditive de l’être humain. Grâce à la seconde articulation, les langues peuvent se contenter de quelques dizaines de productions phoniques distinctes que l’on combine pour obtenir des unités de première articulation : « tête », par exemple, utilise à deux reprises l’unité phonique que nous représentons au moyen de /t/ avec insertion entre ces deux /t/ d’une autre unité que nous nommons /e/ ».

                                André Martinet. Eléments de linguistique générale [5]. 1968.

   Le langage humain se caractérise donc par une double articulation.

   La première est l’articulation en petites unités signifiantes : les monèmes.

   La deuxième est l’articulation en petites unités phoniques : les phonèmes.

  D’où le rôle économique fondamental de la double articulation. Avec quelques dizaines de phonèmes, et quelques milliers de monèmes, on peut parler à l’infini puisque parler c’est combiner.

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 3)      La langue est une structure.

 

  « Dans le langage, il n’y a que des différences » (Saussure) Cette affirmation signifie que pas plus qu’une unité phonique n’est identifiable en dehors de son opposition à d’autres, un monème n’a de signification par lui-même. Les unités sémantiques sont des unités discrètes devant leur sens au réseau de relations dans lequel elles s’insèrent. Les signes linguistiques sont des écarts réciproques. Le sens naît de la différence, de l’écart séparant un signe d’un autre signe. C’est ce qu’on appelle la fonction diacritique du signe linguistique.

   La double articulation, la fonction diacritique des signes montrent qu’une langue est un système tel que la capacité de produire des énoncés est illimitée. Chaque fois qu’un sujet parle, il invente un message en utilisant les ressources d’un système dont les règles sont en correspondance avec le fonctionnement logique de l’esprit.  Le langage permet l’élaboration de la pensée. Il est capacité de tout dire car la parole n’est pas un mécanisme. C’est une activité combinatoire et discriminatrice d’une grande complexité. La compétence linguistique est possibilité de construire et d’interpréter un nombre infini de propositions.

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4)      Les fonctions du langage.

 

  « Une des conquêtes de la linguistique actuelle est d’avoir aperçu, et soigneusement distingué, différentes fonctions du langage : sa fonction de communication, interhumaine immédiate, d’abord. Puis une fonction expressive (ou émotive, chez quelques auteurs) celle par laquelle le locuteur manifeste son affectivité, volontairement, à travers ce qu’il dit, – grâce au débit, à l’intonation, au rythme de ce qu’il dit. Puis encore, selon certains, une fonction appellative (ou conative) distincte de la précédente, celle par laquelle le locuteur cherche à provoquer chez son auditeur certaines tonalités affectives sans les partager lui-même (cas du menteur, de l’hypocrite, de l’acteur et de l’orateur qui jouent ou parlent « à froid », cas du « chef », etc.). Puis encore une fonction (c’était la première aperçue depuis les Grecs, mais elle n’est première ni historiquement sans doute, ni fonctionnellement) d’élaboration de la pensée : puis enfin une fonction esthétique (ou poétique). Jakobson attribue même au langage une fonction métalinguistique, celle par où le langage sert à parler du langage lui-même (quand nous disons « Napoléon est un nom propre >, «  Rouge est un adjectif qualificatif », ou bien : «  Le barracuda est un poisson », etc.). Et finalement, une fonction phatique, celle grâce à laquelle le langage semble ne servir qu’à maintenir entre des interlocuteurs une sensation de contact acoustique («  Allô!… ») ou de contact psychologique, de proximité agréable dans le bavardage social à vide ou la conversation d’amoureux, diseurs de riens, par exemple.

  Quoi qu’il en soit de la réalité linguistique ou psychologique de certaines au moins de ces différentes fonctions, tout le monde est d’accord sur ce point : la fonction communicative est la fonction première, originelle et fondamentale du langage, dont toutes les autres ne sont que des aspects ou des modalités non nécessaires »

                                Georges Mounin. Clefs pour la linguistique. [6]1968.