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La science doit "nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature" Descartes.

Louis Pasteur dans son laboratoire de la rue d'Ulm. 1822.1895. Mise au point du vaccin contre la rage en 1885.

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«    Mais, sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles différent des principes dont on s’est servi jusques à présent, j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées, sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu’il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature.

   

Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l’esprit dépend si fort du tempérament, et de la disposition des organes du corps que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. Il est vrai que celle qui est maintenant en usage contient peu de choses dont l’utilité soit si remarquable ; mais, sans que j’aie aucun dessein de la mépriser, je m’assure qu’il n’y a personne, même de ceux qui en font profession, qui n’avoue que tout ce qu’on y sait n’est presque rien, à comparaison de ce qui reste à y savoir, et qu’on se pourrait exempter d’une infinité de maladies, tant du corps que de l’esprit, et même aussi peut-être de l’affaiblissement de la vieillesse, si on avait assez de connaissance de leurs causes, et de tous les remèdes dont la Nature nous a pourvus.

Discours de la méthode. [1] VI partie. 1637.

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  Thème : L’utilité de la science.

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  Question : Pourquoi les hommes s’efforcent-ils de connaître ?

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  Thèse : La science n’a pas qu’un intérêt spéculatif, elle a aussi un intérêt pratique. Elle va permettre de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature ».

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  Eclaircissements :

I°) Nul doute que comme tout grand savant, Descartes commencerait par répondre à la question « pourquoi les hommes d’efforcent-ils de connaître ? » à la manière des Anciens. La connaissance est à elle-même sa propre fin. Connaître a pour vocation de satisfaire une exigence fondamentale de l’esprit humain qui est de savoir, de découvrir la vérité. C’est là, le thème de la science comme activité libérale c’est-à-dire désintéressée. Il y a bien chez Descartes une volonté de savoir pour savoir. Dans une lettre à la princesse Elisabeth, il dit par exemple que même si la connaissance doit nous rendre tristes en dissipant nos illusions, la connaissance de la vérité est un bien supérieur et nous donne du plaisir.

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   Mais ce texte établit que la science, dans sa forme moderne, n’a pas qu’un intérêt théorique, elle a aussi un intérêt pratique. « Pratique » signifie : « qui concerne l’action ». Le terme s’oppose dans le texte à « spéculatif » et on sent que ce dernier prend sous la plume de Descartes une signification péjorative car il est moins synonyme de théorie que de spéculations oiseuses, sans véritable contenu concret, ce qui est le propre de la philosophie enseignée dans l’Ecole.  On sait que Descartes est insatisfait de l’enseignement qu’il a reçu ; il rompt avec l’esprit de la scolastique et fonde le savoir sur de nouvelles bases, en particulier sur la seule autorité de la raison.

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   Au début du texte il fait allusion aux progrès qu’il a faits dans l’élaboration de la physique. Celle-ci a pour objectif de dégager les lois de la nature, et Descartes découvre, dans sa propre pratique que ce genre de connaissances peut donner lieu à des applications pratiques forts intéressantes pour les hommes. C’est d’ailleurs, semble-t-il cette prise de conscience qui le détermine à publier ses recherches. « J’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées, sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu’il est en nous, le bien général de tous les hommes ». Gilson remarque « qu’il faut donc distinguer dans l’histoire de la pensée de Descartes, les raisons qui l’ont conduit à réformer ses propres opinions philosophiques ou morales de celles qui l’ont conduit à les publier. C’est le désir de voir clair dans ses pensées et ses actions qui a fait de lui un philosophe ; c’est le désir d’améliorer les conditions matérielles de l’existence humaine qui a fait de lui un auteur ».

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2°) Il y a une utilité de la science moderne car la connaissance des lois régissant les phénomènes naturels permet d’intervenir sur eux  pour réaliser des fins proprement humaines.

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Descartes énumère ces fins :

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    La science est conçue ici comme le moyen de l’efficacité technique. La connaissance n’est plus une fin en soi. Elle n’est plus un savoir pour savoir mais un savoir pour pouvoir. On va pouvoir l’utiliser à des fins pratiques et elle va « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature ».

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3°) Il convient de prendre acte de l’importance du « comme » et de la majuscule du mot Nature.  Celle-ci signifie clairement que la Nature est une instance supérieure à l’homme et que l’homme n’est pas Dieu. Il ne saurait donc se substituer au créateur et disposer de la Nature comme un souverain.

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    Descartes ne justifie pas, par avance une conquête agressive, dévastatrice de équilibres naturels et ordonnée à d’autres fins que les fins légitimes de l’existence humaine. Il ne cautionne pas une volonté de puissance pour la puissance c’est-à-dire un pouvoir technique désolidarisé du souci de la sagesse. On sait que c’est là le grand reproche adressé aujourd’hui à la technique par tous ceux qui dénoncent en elle une volonté prométhéenne (titanesque) ayant cessé d’être éclairée par la sagesse de Zeus.

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   Descartes propose une comparaison qu’il faut interpréter en un sens humaniste. Est maître celui qui a cessé d’être esclave. Or on est esclave tant qu’on est impuissant et qu’on est condamné par cette impuissance à subir la dure loi de la nature non domestiquée par l’homme : faim, maladies, peurs, mort prématurée, rareté des biens etc. Le pouvoir conféré par la connaissance permet à l’homme de se libérer des puissances d’asservissement et de maîtriser ce qui a commencé par disposer de lui.

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   Mais il va de soi que la vraie maîtrise et la responsabilité de celui qui a la disposition de quelque chose est d’exercer ce pouvoir avec sagesse. Ce qui suppose que l’usage des moyens techniques doit être réglé par de véritables choix éthiques.

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  PB : Le drame de la modernité technicienne ne procède-t-il pas du déséquilibre entre une force matérielle démesurément décuplée (grâce à la technoscience) et l’anémie spirituelle et morale des hommes de notre temps ? Jean Rostand disait que « la science a fait de nous de dieux avant d’être des hommes ». Or il n’est pas difficile de comprendre que plus  la puissance est grande, plus la sagesse est requise.

Quels sont les peuples aujourd’hui soucieux de promouvoir une solide formation spirituelle et morale de leurs ressortissants ?