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Agnosticisme, laïcité, désenchantement du monde etc.

Max Weber.1864.1920. Photo Leif Eriksson.

Agnosticisme : Du grec : gnosis : la connaissance ; a : privatif.

Doctrine selon laquelle il n’y a pas de connaissance possible de tout ce qui dépasse l’expérience. L’agnostique suspend son jugement. Ni il n’affirme l’existence de Dieu, ni il ne la nie. Il avoue son impuissance en cette matière.

Animisme : Croyance ou religion selon laquelle la nature est peuplée d’âmes, tout corps étant habité par un esprit ou une volonté de manière analogue à ce qui se passe dans l’expérience humaine.

Athéisme : Doctrine qui nie l’existence de Dieu.

NB : Le mot a souvent été utilisé de façon injurieuse pour discréditer une conception hétérodoxe de la divinité. Spinoza fut en ce sens accusé d’athéisme.

Déisme : Doctrine admettant l’existence d’un Etre Suprême, aux attributs indéterminés, qu’il est possible de connaître par la seule lumière naturelle, sans le secours de la grâce et de la révélation. Le déisme ou religion naturelle a été historiquement un adversaire du christianisme et fut considéré comme un athéisme déguisé.

Fidéisme : Doctrine, condamnée par l’Eglise en 1848, selon laquelle la religion est affaire de pure foi dans la Révélation. Elle exclut donc toute justification rationnelle des dogmes. (Huet, Lamennais)

Laïcité : Le mot apparaît en 1871, dans le journal « La Patrie », à propos d’une polémique sur l’instruction religieuse dans l’enseignement.

  La notion veut connoter ce qui n’est pas ecclésiastique, religieux. Le mot laïc est mobilisé  car depuis le Moyen-âge, c’est celui qu’on oppose au clerc. Le laïc désigne celui qui ne fait pas partie du clergé. Le mot vient du grec laos désignant l’unité d’une population considérée comme un tout indivisible.

  Il faut bien voir que l’idée de laïcité témoigne du souci de distinguer des ordres, non de disqualifier le religieux comme les copies le montrent souvent ou comme les intégristes de la laïcité, au mépris de l’esprit laïc s’y emploient sans vergogne.

  La laïcité est, en France, une réalité constitutionnelle. L’article I de la Constitution de 1958 dit : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

  Elle est un dispositif juridique procédant de l’idée que la res-publica, c’est-à-dire la chose commune, ne peut pas être organisée sur des options spirituelles ou religieuses dont le propre est de n’être partagées que par quelques-uns. Pour garantir que la chose publique soit bien l’affaire de tous, il convient que l’Etat soit neutre en matière spirituelle et religieuse.

  La laïcité est donc, en un sens fondamental, le choix d’une organisation politique affranchie d’une détermination ou d’un fondement religieux. L’institution d’un Etat laïc correspond à la sortie de l’âge théologico-politique. Ce principe s’est traduit par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9.12.1905.

  Cette conception de l’Etat repose sur deux principes :

D’une part, la liberté de conscience est garantie comme un droit fondamental. L’Etat ne se reconnaît pas le droit d’intervenir dans les convictions de chacun. Chacun est libre d’adhérer aux croyances de son choix mais ses choix religieux sont une affaire privée.

D’autre part, des hommes ayant des options spirituelles ou religieuses différentes sont reconnus comme égaux en droit.

  Ce choix d’une neutralité de l’Etat en matière religieuse n’a évidemment rien de neutre. C’est un choix de valeur. La laïcité est le parti pris d’un espace public où des individus ayant des convictions très différentes, instituent le vivre-ensemble sur des principes protégeant la liberté de chacun. Tous les hommes étant libres et égaux en droits, c’est à eux, par la délibération rationnelle de définir la loi commune, selon des procédures constitutionnellement établies. Coupé du fondement ethnique ou religieux, le lien social doit être rationnellement institué.

  D’où la nécessité de développer la raison en chacun. La République française a donc considéré que pour avoir une assise dans le peuple, elle avait besoin d’une institution organique, conçue comme espace où chacun est mis en situation de faire l’apprentissage de l’autonomie rationnelle. Elle a institué une école publique, gratuite, laïque et obligatoire.

Monothéisme : Doctrine affirmant l’existence d’un dieu unique, personnel et distinct du monde qu’il a crée. Le judaïsme, le christianisme et l’islam sont des monothéismes.

Panthéisme : Doctrine selon laquelle le monde et Dieu ne font qu’un ; soit que tout ce qui est soit conçu comme étant en Dieu, soit que Dieu soit immanent au monde. Le stoïcisme, le spinozisme sont des panthéismes. Dieu n’est donc pas conçu comme un être personnel, transcendant et créateur.

Polythéisme : Doctrine affirmant l’existence de plusieurs dieux. Ex : Le paganisme grec et romain.

Théisme : Doctrine admettant l’existence d’un Dieu unique et personnel comme cause première et transcendante du monde.

   NB : Que signifie le thème wébérien du désenchantement du monde ?

  C’est, selon notre auteur, la contrepartie du puissant processus de rationalisation du monde qui s’est opéré en Occident depuis la fin du Moyen Age. Cette rationalisation orientée vers l’action procède d’une volonté de contrôle et de domination systématique de la nature et des hommes. Weber la décrit dans ses multiples aspects :

  -La rationalisation économique inhérente au système capitaliste, celui-ci constituant l’organisation économique la plus puissante et la plus rationnelle dans la production des biens matériels.

  -La rationalisation scientifique conduisant à voir dans les phénomènes le produit de forces dont il est possible d’expliciter les lois. La science entraîne la disparition de la croyance en la magie et plus largement de la croyance en l’intervention de Dieu ou de la Providence dans le cours des choses. Le monde est considéré comme dépourvu de sens, comme l’effet d’une causalité aveugle, pur mécanisme sans intention, ni finalité. L’homme désormais vit dans un monde et d’une existence qui sont en deuil de sens. Les questions métaphysiques que la raison affrontait traditionnellement n’ont pas de pertinence scientifique. Par méthode, la science ne pose pas la question du sens.

  « L’intellectualisation et la rationalisation croissantes ne signifient donc nullement une connaissance générale croissante des conditions dans lesquelles nous vivons. Elles signifient bien plutôt que nous savons ou que nous croyons qu’à chaque instant nous pourrions, pourvu seulement que nous le voulions, nous prouver qu’il n’existe en principe aucune puissance mystérieuse et imprévisible qui interfère dans le cours de la vie ; bref que nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision. Mais cela revient à désenchanter le monde. Il ne s’agit plus pour nous, comme pour le sauvage qui croit à l’existence de ces puissances, de faire appel à des moyens magiques en vue de maîtriser les esprits ou de les implorer mais de recourir à la technique et à la prévision ».Le Savant et le Politique. [1] 1919.

  Marcel Gauchet a publié en  1985 un livre intitulé Le Désenchantement du monde  dans lequel il   soutient  une thèse ayant fait date. La sécularisation du lien social, la désacralisation de la nature seraient à porter au crédit du christianisme. « Le christianisme est la religion de la sortie de la religion » affirme-t-il.