Qu'est-ce que je sous-entends lorsque je parle d'autrui comme de mon semblable?

Juan Munoz. Neal's last words.

 

 

 

 

     Sartre donne d’autrui la définition suivante : « C’est l’autre, c’est-à-dire le moi qui n’est pas moi ».

   Définition articulant des notions opposées : le même et l’autre, l’identité et l’altérité, la ressemblance et la différence, la proximité et la distance.

   D’où un certain nombre de difficultés portant soit sur le thème de l’identité, soit sur celui de l’altérité.

   Par exemple :

   Qu’est-ce que je sous-entends lorsque je parle d’autrui comme de mon semblable ?

   L’altérité est-elle communicable ou bien est-elle une prison nous condamnant à une solitude indépassable ?

   Dans ce cours je me propose de traiter la première question.

                

  Problématique : Un sous-entendu est ce qui n’est pas clairement dit mais est présupposé dans ce que je dis ou fais.

   La question consiste à se demander sur quoi je me fonde lorsque je définis autrui comme mon semblable et quel est le type de rapport à l’autre que cette manière de saisir notre identité commune engage.

   La question a donc un double enjeu.

  • D’une part il s’agit d’expliciter les présupposés théoriques,
  • D’autre part les implications pratiques (morales et politiques) de ces présupposés.

 

 

I)                   Mon semblable est celui qui appartient au même groupe que moi.

 

   L’observation des hommes, l’histoire montrent que, contrairement au parti pris universaliste, hérité du rationalisme des Lumières, la tendance des hommes n’est pas de fonder leur identité commune de telle sorte qu’ils puissent reconnaître en tout homme, universellement leur semblable.

   Dans leur réalité concrète, les hommes sont en effet tous différents. Non seulement parce que l’autre est une altérité irréductible mais parce qu’il est possible d’être hypnotisé par des traits identitaires fondamentalement distincts les uns des autres. Un homme n’est pas une femme, un Français n’est pas un Chinois, un Hindou n’est pas un Chrétien, un prolétaire n’est pas un grand bourgeois. Il faut mettre entre parenthèse l’identité sexuelle, ethnique, nationale, religieuse, linguistique pour définir l’identité humaine en termes universalisables. On sait que c’est le propre de l’humanisme rationaliste de nous y inviter en définissant l’identité humaine par la raison ou la liberté.

  Or c’est là une difficile conquête de la civilisation non une inclination naturelle. L’expérience historique révèle au contraire une nette propension des hommes à identifier le même en présence de ressemblances concrètes.

   Spontanément mes semblables sont ceux qui appartiennent au même groupe que moi. L’identité humaine est confondue avec l’identité ethnique. Il y a « nous » et il y a « les autres », « les nôtres » et « les étrangers », des étrangers finissant parfois par devenir étranges, à force d’être  absolutisés dans la différence et la distance.

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Autour de ce Sujet :

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