
1° Le réel.
Le mot est soit un adjectif soit un substantif.
Comme adjectif, il s’oppose à :
Ce qui est apparent, illusoire, fictif. Est réel ce qui a une existence objective, ce qui a une réalité non réductible à une représentation mentale, celle-ci pouvant n’être qu’une impression ou un fantasme. C’est ce qui existe à un titre quelconque.
Ce qui est possible. Est réel ce qui a une existence de fait, non ce qui est simplement pensable.
Ce qui est abstrait, conceptuel. Est réel ce qui est donné dans toute sa richesse concrète.
Comme substantif, il désigne l’ensemble des choses actuellement existantes. « Le réel c’est ce qui est actuellement donné ou qui peut être donné dans une expérience » Goblot.
PB : Le réel c’est ce que nous visons dans la perception, dans le langage, dans les sciences (excepté les sciences formelles comme les mathématiques ou la logique) mais nos perceptions, nos énoncés, nos théories peuvent-ils être assurés d’avoir accès au réel ?
On dit que le réel est ce qui correspond à une existence de fait et est donné dans l’expérience. Mais qu’est-ce que l’expérience ?
2° L’expérience.
a) Au sens commun, l’expérience est la connaissance et le savoir-faire que l’homme acquiert par les apprentissages et la pratique de la vie. Ex : Avoir de l’expérience. Etre un homme d’expérience.
b) En un autre sens, l’expérience désigne le moment où deux réalités implicitement distinguées entrent en contact. D’un côté on admet qu’il y a le donné, le fait, l’objet, le réel, de l’autre un sujet distinct d’eux que ce sujet soit le sujet percevant de la vie quotidienne ou l’observateur et l’expérimentateur des sciences. L’expérience désigne le point de leur rencontre. Ex : on fait l’expérience de la guerre, de l’amour ou de tel ou tel fait.
PB ; La question est de savoir comment décrire l’expérience :
Est-elle simplement épreuve, rencontre d’un donné ? En ce cas elle semble connoter accueil, soumission, réception, en un mot passivité d’un esprit prenant acte d’un « il y a ». Cette manière de se représenter naïvement l’expérience comme passivité de l’esprit en présence d’un réel qui s’imposerait à lui dans une sorte d’innocence objective fonde la confiance communément accordée à l’expérience. Celle-ci nous semble une garantie d’objectivité. « On peut accorder un sens exact au mot expérience et déclarer qu’un fait, une sensation, une idée sont donnés dans l’expérience quand ils sont l’objet d’une constatation pure à l’exclusion de toute fabrication, de toute opération, de toute construction de l’esprit » Alquié. L’expérience.
Mais voilà, ce moment de totale réceptivité correspond-il à une existence de fait c’est-à-dire à ce qu’est dans les faits, l’expérience? N’est-ce pas là davantage une manière abstraite de la concevoir qu’une description exacte de sa nature ? Car il est erroné de croire que dans la perception ou dans l’observation des faits le sujet n’intervient pas activement dans sa saisie de l’objet. En réalité celui-ci est moins donné que construit.
PB : Alors qu’est-ce que l’expérience ?
Qu’ est ce qui montre que l’expérience n’est pas pure réceptivité, passivité d’un esprit sur lequel l’objet viendrait s’inscrire à la manière dont un cachet laisse son empreinte sur de la cire molle ? Contre l’empirisme qui propose cette image pour penser les rapports de l’esprit et du réel, ne faut-il pas penser avec Kant que l’expérience est un mélange d’activité constructive et de réceptivité ?
Si activité il y a, qu’est-ce qui distingue la construction de l’objet dans l’expérience première, expérience sensible, et dans l’expérience scientifique ? Pourquoi l’expérience sensible n’a-t-elle pas de valeur scientifique et à quelles conditions une expérience est-elle une expérience scientifique ?
Comment penser les rapports de la théorie et de l’expérience ? Une théorie est un ensemble de propositions valables universellement, destiné à expliquer un certain ordre de phénomènes. « La théorie scientifique se propose de donner de la nature toute entière, ou, provisoirement des portions les plus étendues possible de celle-ci une représentation adéquate en établissant une correspondance exacte entre l’ensemble des phénomènes étudiées et un système cohérent de lois mathématiques ». Jean Ullmo. La pensée scientifique moderne. 1969. Ex : La théorie de la gravitation universelle de Newton. Elle systématise dans une construction mathématique la loi de la chute des corps, du mouvement des marées, du mouvement des planètes etc.
La question est de savoir si comme le veut l’empirisme et Newton lui-même l’expérience est le fondement de la théorie ou bien si, comme l’analyse Kant il faut distinguer le fondement de l’origine et comprendre que « si toute connaissance débute avec l’expérience il ne s’ensuit pas qu’elle dérive toute de l’expérience ». Kant.
Autour de ce Sujet :


Et même si l’expérience était pure réceptivité, il faudrait encore être sûr que cette réceptivité est fidèle et totale, et que ce qui fait l’objet d’une réception est l’objet même sur lequel on va conclure.
Expérience sensible ou « première » et expérience scientifique : ne faut-il pas voir du côté du type de connaissance mis en oeuvre ? Sens, représentation personnelle d’un côté, mathématiques, appareils, mesures de l’autre côté. Comme si l’on cherchait à évacuer l’expérience humaine.
Vous avez raison. L’expérience humaine intègre de multiples dimensions. L’important est de comprendre qu’il n’y a pas « d’oeil innocent », ni de ‘donné absolu ». Le travail de la pensée consiste à distinguer les ordres. L’expérience scientifique a une spécificité, l’expérience perceptive, l’expérience poétique une autre etc.
Le réel n’est-il pas un postulat, voire une pétition de principe ? On admet qu’il existe sans jamais l’avoir trouvé, ou pour expliquer qu’il est inatteignable.
Ou bien, est dit réel, ce que l’on pense avoir prouvé, démontré, établi.
Autrement dit, plus la démonstration est convaincante, plus le résultat est tenu pour réel.
Ce qui nous ramène à la connaissance et au connaisseur.
Je m’interesse en ce moment au nominalisme et me demande jusqu’où on peut le pousser.
Il me semble que votre propos implique une confusion.
Le nominalisme se caractérise par le refus d’admettre l’existence d’entités abstraites. Seuls les individus existent. Il ne remet pas en question l’idée qu’il y a un réel et que, comme tout ce qui existe, il est donné dans l’expérience. Une existence s’éprouve, se saisit dans la réceptivité d’une intuition sensible. Elle ne se démontre pas. Seul ce qui relève du discours, donc la vérité (#la réalité) s’établit et la démonstration n’est pas le seul moyen d’établir une vérité. Il me semble donc important de distinguer les ordres. Ce que l’on dit du réel peut n’être qu’un postulat ou une convention commode. Mais que ce que l’on dit du réel ne doive pas être confondu avec ce que le réel est en soi ne signifie pas qu’il faille douter de l’existence de ce quelque chose dont on parle. Le réel ne devient une énigme, ce qui ne signifie pas un pur mirage dans l’expérience qu’on en a, que lorsqu’on se préoccupe de le dire ou de le connaître. Et il est difficile qu’il en soit autrement puisque le réel n’existe pour nous qu’interprété, puisqu’on ne peut échapper au langage.
Il y a différentes formes de nominalismes d’Aristote à Stuart-Mill en passant par Occam, Descartes, Spinoza, Kant etc . Tout dépend de leur conception des catégories mentales ou entités abstraites utilisées pour la connaissance.
Le concept d’individu n’est pas si évident que cela.
D’autre part, quel intérêt peut présenter un « réel » pour un philosophe, si c’est une énigme lorsqu’on se préoccupe de le dire ou de le connaître ?
D’abord le bonheur d’en être. Nous avons la certitude de notre existence et il y a une jouissance d’être. Ensuite le plaisir d’affronter les énigmes.
madame
au vue de mon abscence je souhaiterais récuperer mon retard et pour cela, savoir ce que vous avez travaillé en cour ses derniers jours
je suppose que nous sommes toujours dans « la raison et le réel » mais que dois je récuperer exactement?
merci d’avance
Comme nous avons beaucoup défini les notions, il faudra demander à vos camarades le répertoire. a priori/aposteriori. Absolu/relatif. hypothèse. origine/fondement.
Concernant la raison et le réel nous avons appris à distinguer le fait brut et le fait scientifique, à définir les notions de lois et de théories. Enfin nous avons élucidé deux questions: à quoi reconnaît-on qu’une théorie est scientifique? L’expérience est-elle l’origine et le fondement de la connaissance? Ce qui nous a conduit à bien distinguer l’option empiriste de l’option rationaliste en théorie de la connaissance.
Pensez bien à rapporter les livres au CDI.
Bon courage.
merci pour votre réactivité
je pense bien évidement aux livres du CDI
Bonjour,
Voila, l’épreuve de philosophie est terminé et c’est l’occasion pour moi de vous remercier encore une fois pour se site. Merci pour tout ce travail accomplit et livré à tous gratuitement. Merci pour ces articles qui font comprendre et donnent envie d’aller plus loin. Merci de m’avoir permis de revoir en 6 jours la moitié du programme. Merci de m’avoir donné l’occasion de voir des notions baclés ou oubliés par notre prof. Et surtout merci pour cette aide quotidienne, merci d’avoir consacré autant de temps à répondre à mes questions, même si elles pouvaient parfois (souvent) être dénués de sens. Le simple fait que vous passiez chaque jours (depuis peut être deux ans?) ici montre votre investissement énorme.
Enfin bref, merci pour ce site qui, je crois, devrait être connu de tout les lycéens.
Pour revenir au bac, j’ai pris le sujet « Peut on avoir raison contre les faits ». Je ne suis pas très sur de moi, j’ai peut être fait un hors sujet.
J’ai poser raison = faculté de bien juger et fait = résultat d’expérience.
Les rationalistes ne se soucient guère des faits dans leur raisonnements. Il faut même selon eux se libérer de nos perceptions sensibles pour bien juger. De là peut importe les faits et on peut avoir raison à l’encontre de ceux-ci.
Cependant sans faits peut on raisonner? Car pour bien juger il faut déjà avoir quelquechose à juger et pour avoir raison il faut matière à raisonner > Empirisme.
Il découle de l’empirisme qu’on ne peut avoir raison à l’encontre des faits. Cependant cette thèse pose problème > criticisme.
Pensez-vous que j’ai fait un hors sujet ou ce raisonnement devrait « passer?
Bonne journée à vous !
Vous n’avez pas fait un hors sujet et vous avez le mérite de partir de deux définitions opératoires.
Maintenant il faut penser à la suite. Le bac est passé. Quelle que soit la qualité de votre copie, vous ne pouvez rien changer. La sagesse est de tourner la page et de vous investir pleinement dans les nouvelles épreuves. C’est pourquoi je me garderai bien de commenter votre plan et je vous déconseille de prendre le risque de vous stresser en consultant des corrigés.
Tous mes voeux de réussite pour les nouvelles échéances.
Bonjour, les résultats sont tombés ce matin : 15 en philo et donc une immense joie bien sur.
Merci encore pour votre aide, et bonne journée !
Félicitations pour votre réussite et bonnes vacances.
Merci, très bonne introduction ;
mettre en apposition la Métaphysique d’Aristote, 1031b et suiv.
Merci pour la suggestion.