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   Tout le monde a  l’impression qu’avec le plaisir, on est en pays de connaissance. N’est-il pas ce que l’on recherche naturellement aussi naturellement que l’on fuit la douleur ?

  • Or si le mot ne fait pas problème, qu’en est-il de l’expérience à laquelle il renvoie ? Le plaisir est en effet ce qui s’éprouve. Il est un vécu avec la singularité, la mobilité, les différentes tonalités de ce qui relève du vécu. Avec l’opacité aussi. Est-il possible de passer du ressenti au décrit ? N’appartient-il pas à la sphère de l’intime avec ce que celle-ci a d’ineffable ? En ce sens, la question du plaisir rencontre celle que pose la sensation. Ne faut-il pas ici souscrire à l’analyse sceptique selon laquelle l’expérience telle qu’elle est vécue est comme encapsulée dans la conscience de qui la vit et absolument incommunicable aux autres ?

  • Pourtant par l’usage d’analogies, de métaphores, les hommes s’efforcent  de contourner l’obstacle de l’incommunicabilité. Ils essayent de dire ce qui ne peut pas vraiment se dire,  de symboliser ce qui se vit à la fois dans l’immédiateté de la sensation et la réflexivité de la conscience de cette sensation. En ce sens, il est possible d’élaborer une phénoménologie de la jouissance. Qu’a-t-elle à nous apprendre ? 
  • N’y a-t-il que des plaisirs spécifiques ou bien y a-t-il une nature commune à tous les plaisirs ?
  • Y a-t-il sens à parler des plaisirs du corps ou bien le plaisir est-il par essence plaisir de l’âme ? 
  • Quelle pertinence peut néanmoins avoir la distinction entre les plaisirs du corps et ceux de  l’âme ?
  •  Le plaisir se décrit-il en termes de qualité ou de quantité ?  Comment penser son rapport à la douleur ? Plaisir et douleur sont-ils incompatibles ou bien y a-t-il des douleurs plaisantes et des plaisirs douloureux? Le plaisir se définit-il négativement comme absence de douleur ou est-il un état positif de jouissance actuelle? 
  • Y a-t-il un état intermédiaire entre la douleur et le plaisir ?  
  • A quoi renvoie la distinction entre plaisirs purs et plaisirs mélangés ? 
  • Plaisir, bonheur, joie.
  • De quoi un hédonisme débridé est-il le signe ? 
  • Qu’est-ce que le plaisir esthétique ?
  •  Qu’est-ce qu’un plaisir désintéressé ?
  • Le plaisir est-il la fin du désir ?

 

   Pour le traitement de questions toutes plus intéressantes les unes que les autres, on peut suivre les conférences qui sont mises en ligne sur ce site: http://www.iscparis.com/preparationnaire/preparation-aux-ecrits/videos-des-conferences-sur-le-plaisir/index.html

 

 

Bibliographie

 

Platon : Philèbe, La République, Gorgias

Aristote : Ethique à Nicomaque, livre X

Epictète : Manuel suivi des Entretiens

Epicure : Lettre à Ménécée

Diogène Laërce : Vies et doctrines des philosophes illustres

Lucrèce : De la nature, livre II

St Augustin : Les Confessions

Montaigne : Les Essais

Pascal : Pensées

Descartes : Traité des passions, Correspondance avec Elizabeth

Spinoza : L’Ethique, livre III

Hobbes : Léviathan, I, 6

Kant : Anthropologie du point de vue pragmatique. Critique de la raison pratique ; Critique de la faculté de juger, première partie, « Analytique du beau »

Rousseau : La Nouvelle Héloïse, Emile, Lettre à D’Alembert.

Diderot : Supplément au voyage de Bougainville

Hume : Traité de la nature humaine, II, id.

Bentham : Introduction aux principes de la morale et de la législation.

Schopenhauer : Le Monde comme Volonté et comme Représentation.

Stuart Mill : L'utilitarisme.

Nietzsche : Naissance de la tragédie. Considérations intempestives. Humain trop humain

Bergson : Essai sur les données immédiates de la conscience, Le Rire

Freud : Introduction à la psychanalyse.  Au-delà du principe de plaisir. Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient

Sartre : L’être et le néant, 3e partie, chapitre 3

Alain : Propos sur le bonheur

Foucault : Histoire de la sexualité, tome 2 : L’usage des plaisirs

Bataille : L’Erotisme, Les larmes d’Eros

Victor Brochard : La théorie du plaisir d’après Epicure dans Etudes de philosophie ancienne et moderne.

A.J. Festugières : La doctrine du plaisir des premiers sages à Epicure dans Etudes de philosophie grecque. Le plaisir (Eth. Nic.  VII 11 -14 ; X 1 -5)

Marcel Conche : Montaigne et la philosophie, (chapitre V, Plaisir et communication). 

Th. De Quincey : Confessions d’un mangeur d’opium anglais.

Balzac : La peau de chagrin

Huysmans : A rebours

Oscar Wilde : Le portrait de Dorian Gray. Intentions.

Proust : A la recherche du temps perdu.

Roland Barthes : Le plaisir du texte. Fragments d’un discours amoureux

Nabokov : Lolita

Anaïs Nin : Journal

Michel Houellebecq : Les Particules élémentaires. Plateforme

Magazine littéraire sur le thème du plaisir, n°501, octobre 2010

 

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12 Réponses à “Présentation du chapitre XXV: le plaisir.”

  1. JJA dit :

    Bonjour Mme Manon.
    Je ne sais pas où « poster » ce qui suit dans le chapitre correspondant. Merci de rectifier si nécessaire.
    Comme tous matins je parcours votre site avant d’aller travailler. Profane en la matière, j’apprécie ce que vous faites et qui tend à m’éclairer d’avantage non seulement sur les autres mais sur moi même.
    Je viens de lire ‘On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset avec entre autre l’excellent Acte II scène V…(J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. ..) .
    Etonnamment je ne trouve aucun chapitre sur « l’amour » ‘Qu’est ce qu’aimer…. » sur votre Blog. Je me trompe ou y a t il une raison ?
    Respectueusement

  2. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vous posez une question très intéressante. Car la question de l’amour est au centre de la réflexion philosophique dans la mesure où la philosophie se définit comme amour ou désir de la sagesse. Vous savez que Socrate, notre maître par excellence, faisait profession d’inscience et pourtant il disait qu’il n’avait qu’un seul savoir, celui de l’amour.
    Penser et accomplir Eros, l’amour-désir, est donc la grande affaire du philosophe.
    Voilà pourquoi, dans les cours sur le désir, sur autrui, la question est souvent rencontrée.
    Quel est le véritable objet de notre amour? Qu’aime-t-on vraiment quand on aime? Est-ce l’autre que nous aimons ou bien le fait d’aimer ou encore d’être aimé? (« Je t’aime parce que tu m’aimes et parce que j’aime l’image de moi que tu me renvoies » disait Maguy Marin dans un de ses spectacles). Qu’est-ce qui distingue l’amour de concupiscence de l’amour de bienveillance? Le sentiment d’amour est-il identique à la passion d’amour? Amour et amitié. Peut-on fonder le mariage sur l’exaltation passionnelle? L’amour peut-il être l’objet d’une obligation?
    Ces questions sont abordées dans de nombreux articles mais vous avez raison, elles ne font pas l’objet d’un cours synthétique.
    Bien à vous.

  3. Jérôme dit :

    Bonjour Madame,

    c’est toujours avec une légère honte que je poste sur votre blog,
    en effet j’admire votre travail et je ne trouve jamais assez de légitimité pour écrire ici.
    Pour autant votre intelligence constitue un repère lorsque la lucidité semble nous faire défaut.

    Les grands penseurs dont vous vous faites l’écho sont, à juste titre, souvent sévères avec le plaisir immédiat. Pour autant je l’avoue le gout de l’ivresse ne me quitte pas, j’aimerais vraiment être totalement dévoué à l’acquisition de savoir et à la recherche de la paix intérieur, d’un calme dénué de besoins physiques, je pressens bien que c’est là que se joue la dignité humaine et la quête du salut, pour autant force est de constater que le plaisir accessible rassure et intensifie l’existence (de manière illusoire?).

    Ma question est la suivante, est-il envisageable de combiner le gout pour la lucidité et celui de l’ivresse ?
    N’y a t-il pas une dimension noble au sein de l’ivresse, qui serait celle d’éveiller les sens et de de décupler sa perception du réel, des autres et de soi même ?
    Au fond ne peut on pas considérer que le réel nous apparaît lorsque le corps jouit ?

    Ne vous méprenez pas sur le sens de mon message, je ne fais pas l’apologie d’une vie dépravée et d’un corps à la recherche d’excitations et de sensations toujours plus fortes, mais il me semble que la figure du sage effraie car elle nous renvoie davantage à l’image d’une statue de marbre étincelante et désincarnée plutôt qu’à un être joyeux et communiquant.

    La défiance des grandes âmes pour la jouissance ne relève t-il pas parfois d’une certaine hypocrisie qui a pour but de conférer hauteur et supériorité ? Quant est-il du plaisir de se sentir au dessus du plaisir d’autrui ?

    Cordialement,
    Jérôme.

  4. Jérôme dit :

    Je vous prie de m’excuser pour les fautes et inattentions: « goût », « de décupler », « ne relève t-elle ».

  5. Simone MANON dit :

    Bonjour Jérôme
    Je ne sais pas ce qui a pu alimenter chez vous ce préjugé concernant la sagesse philosophique. Car il semble que vous ayez une idée fausse de l’idéal de la sagesse. Les grands philosophes grecs, à part quelques exceptions, ne condamnent pas le plaisir. Epicure en fait le souverain bien, Platon, Aristote lui donnent sa place dans la vie bonne et un Spinoza par exemple en fait l’éloge. http://www.philolog.fr/eloge-du-plaisir-spinoza/
    Si ce que vous appelez l’ivresse est la jouissance, les philosophes l’exaltent pour autant que sa recherche ne compromet pas la dignité et une vertu qui ne serait pas aimable si elle était étrangère à tout plaisir.
    Vous avez raison de souligner que le plaisir intensifie l’existence, que la perception du réel est tributaire de l’éveil des sens.
    Si le sage était une statue de marbre, il n’aurait aucun pouvoir de séduction sur l’être sensible et raisonnable que nous sommes. Je vous renvoie à tous les articles de ce chapitre pour rectifier l’image que vous en avez.
    Bien à vous.

  6. Jérôme dit :

    Bonjour Madame,

    Vous avez raison, j’ai fais preuve d’impatience en m’interrogeant sur la figure du sage avant d’avoir pris le temps de bien consulter les articles sur le plaisir, qui est un thème sur lequel je confesse être novice.
    Je tiens simplement à développer brièvement ce qui à pu constituer mon préjugé jusqu’à présent, il va de soi que cela ne constitue en aucun cas une argumentation mais un simple exposé sur l’origine de mon malentendu:
    Platon d’abord est très critique avec le corps, pourtant lieu même et condition du plaisir.
    http://www.philolog.fr/en-quel-sens-peut-on-dire-que-le-corps-est-le-tombeau-de-lame-platon/ Vous exposez vous même des éléments critiques donc inutile de développer ici.

    Épictète place le corps parmi les choses qui sont hors de notre portée, je ne suis pas sur de comprendre pourquoi (est ce parce que nous périssons un jour ?). Il y aussi cette phrase qui m’avait marqué: « Or si tu ne prends pas de ce qui t’est offert, mais que tu le regardes avec dédain, alors tu ne seras pas seulement digne de boire avec les dieux, mais aussi de partager leur pouvoir » (XV, Manuel). Ici j’ai cru voir un idéal du sage tel que je l’ai exposé dans mon premier message, c’est à dire un esprit au dessus de tout désirs. Je trouve cette image très belle mais quelque peu inaccessible et peut être en inadéquation avec les nécessités humaines.
    Je pense aussi ici au concept de bonne volonté chez Kant (si j’en ai saisi la portée): orienter ses actions par la seule raison (représentation d’une loi morale) et non par les sens, encore une fois j’ai le sentiment que cela révèle un sage plutôt austère (Savons nous si Kant était un être joyeux?).

    Épicure nous indique qu’une « théorie non erronée des désirs doit rapporter tout choix et toute aversion à la santé du corps et à l’ataraxie de l’âme » (Lettre à Ménécée). Or Force est de constater que certains plaisirs nécessite un petit « sacrifice » du corps (je pense à un verre de vin par exemple). De même le plaisir peut-il naître d’une âme qui veut éviter tout troubles ? Peut être le calme, voir une gaieté d’esprit mais le plaisir semble nous inviter, nous mettre en jeu et exiger une implication de l’âme et du corps. Voilà pourquoi ici encore je vois bien que l’on évoque le plaisir, mais dans des termes qui semblent condamner les plaisirs futiles ou potentiellement troublants pour l’âme, or il me semble que tout plaisir non nécessaire n’est pas forcément un mal, on peut même dire que tout trouble n’est pas un mal, le simple fait d’exister peut être troublant.

    Enfin pour vous donner une idée lorsque je pensais aux sages austères j’avais aussi en tête des figures comme Schopenhauer, Heidegger ou encore Sartre. Sans doute les grands philosophes grecs savaient ce qu’était une vie simple et bonne comparé aux autres philosophes, parfois plongés dans des problèmes métaphysiques que l’on peine à identifier comme cruciaux (pour le commun des mortels j’entends).

    Je vous remercie en tout cas d’avoir pris le temps de répondre, je vais m’atteler à consulter les articles sur le plaisir afin d’approfondir ce thème. La page sur Spinoza est lumineuse.

    Cordialement,
    Jérôme.

  7. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Votre message m’est l’occasion d’attirer votre attention sur une difficulté qui me semble être la vôtre.
    Quel que soit le propos d’un auteur la rigueur exige d’en saisir les enjeux et de ne pas confondre des problématiques hétérogènes.
    Par ex, pour ce qui est de votre référence au texte de Platon que j’ai expliqué. Remarquez qu’à aucun moment il n’y est question du plaisir et de son statut moral. Dans ce texte Platon pointe le nécessaire échec existentiel de la quête philosophique avec comme enjeu de fonder une certaine attitude du philosophe à la mort. Le glissement que vous opérez du corps au plaisir est d’autant plus problématique que les plaisirs du corps (dénommés abusivement ainsi car tout plaisir est plaisir de l’âme comme le montre Platon. http://www.philolog.fr/platon-le-plaisir-est-un-fait-de-conscience-le-mollusque-marin/) n’épuisent pas l’expérience humaine du plaisir. Il y a aussi les plaisirs de l’âme tels que le plaisir de découvrir la vérité, le plaisir de bien agir, le plaisir esthétique.
    Je pourrais souligner les mêmes confusions avec tous les exemples que vous prenez.
    Bien à vous.

  8. liz dit :

    Chère madame Manon, très chère, oui, je vous chéris d’être aussi attentionnée à la vie, à la possibilité de l’intensifier par le plaisir de la connaissance, par le courage d’affronter les problèmes avec tant de patience et de générosité, le courage de la vérité au risque de déplaire, votre « parrhésia » me permettrais-je de dire, cette qualité socratique et même cynique, au sens noble, car il me semble que vous tenez aussi de cette tradition de philosophe capable d’accueillir les élèves, les prétendants, à coups de bâton comme Antisthène (lorsque vous leur dîtes je ne ferai pas votre travail à votre place), à coup de marteau comme Nietzsche, parce que vous savez faire grimacer les effigies des fausses valeurs…Bon, je me laisse portée par mon inspiration, enthousiaste que je suis de vous compter parmi mes maîtres, car il en faut des maîtres en philosophie…Ce n’est pas de la flatterie gratuite, c’est un hommage, un éloge, un remerciement…Je ne vous souhaite que des belles et bonnes choses…

  9. Simone MANON dit :

    Bonjour Liz
    Votre message me rend confuse tant je ne me sens qu’un modeste professeur dont la seule vertu est d’essayer de faire son travail le mieux possible. Vous me reconnaissez le souci du parler vrai et vous voyez juste. J’ai horreur du politiquement correct en vigueur aujourd’hui mais j’ai découvert, en classe et sur ce blog, combien cette vertu est désormais menacée.
    Je vous remercie infiniment pour ce message élogieux. La confusion n’est pas exclusive du plaisir.
    Bien à vous.

  10. pauline fabre dit :

    Bonjour Madame,
    Qu’est ce que cela signifie : faire la phénoménologie de quelque chose?
    Merci beaucoup

  11. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Dans cet article, le terme « phénoménologie » est pris dans son sens général. Une phénoménologie du plaisir consiste à décrire l’expérience du plaisir telle qu’elle est vécue.
    Une perspective descriptive se dispense de faire intervenir des jugements de valeur et de s’interroger sur le pourquoi des choses (perspective explicative). On s’en tient à l’observation des phénomènes et on s’efforce de les décrire le plus précisément possible.
    Bien à vous.

  12. Oustric Francis dit :

    Au terme de mon existence, ou presque, j’ai ressenti comme une évidence qu’il n’y a pas d’amour qui vaille sans compassion..et quelque part, désir de faire pièce au destin de « l’autre ».
    Aussi, quand je veux m’informer, réfléchir, rêver un peu..je vais dans le pays de Simone MANON.. C’est dommage que je ne puisse imprimer quelques uns de vos articles..Le « copier coller » ne fonctionne pas..tant pis..amicalement à vous, F.

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