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 La leçon d'anatomie du docteur N. Tulp. Rembrandt.1632. La Haye. Mauritshuis.

  

 Le vivant.

   Définition.

 

  Se dit des êtres ou systèmes se distinguant des choses physiques par les facultés d'assimilation, d'autorégulation, de croissance et de reproduction.

Ce sont des êtres organisés dont la structure est adaptée à la fonction. Pour dire ce caractère d'adaptation fonctionnelle, le biologiste Jacques Monod parle de téléonomie. (télos en grec signifie but).

Cette organisation n'est pas le fait de forces extérieures au système vivant lui-même mais de processus internes. Les êtres vivants s'autoconstruisent. Pour dire cela Monod parle de morphogenèse autonome.

Les êtres vivants ont la capacité de reproduire des êtres qui sont identiques. Monod parle d'invariance reproductive.

  Le vivant est en rapport avec son milieu duquel il tire les éléments de sa survie. Il intervient sur son environnement et peut être modifié par lui.

  Excepté les jumeaux monozygotes, le vivant est fortement individualisé.

 

 Problèmes.

 

Y a-t-il une spécificité du biologique irréductible à l'ordre physico-chimique et si oui en quoi consiste cette spécificité?

Peut-on donner un modèle mécanique du vivant ou formulation différente du même problème: peut-on assimiler le vivant à une machine?

Quel est le problème épistémologique de fond de la biologie?

A quels obstacles se heurte l'expérimentation sur le vivant?

Pourquoi a-t-on jugé souhaitable d'instituer un Comité Consultatif National d'Ethique (1983 en France)? Quels sont les problèmes éthiques posés par l'évolution de la biologie?

 

 

 La  matière.

 

 Définition.

 

1)      Le latin materia est formé de la même racine que mater (la mère). La matière est la matrice commune où s'engendrent les multiples objets du monde. Les premiers penseurs grecs la confondent avec la nature.

2)      Par matière, on entend communément ce dont une chose est faite ; ce qui peut être transformé par le travail humain, ce qui est le support du changement. Selon la formule d'Aristote, la matière est le « ce en quoi » de chaque chose. Ex : Le marbre est la matière de la statue. Aristote oppose la matière et la forme. La matière est conçue comme un principe indéterminé, une pure potentialité (matière première) que la forme actualise et spécifie (matière seconde). Il s'ensuit que c'est la forme qui constitue le principe déterminant de la chose, ce qui permet à la matière d'être ceci ou cela. (un cheval, une tulipe, une pierre etc.) Selon la théorie aristotélicienne, dite hylémorphisme, tous les corps résultent de deux principes distincts et complémentaires : la matière (hulè) et la forme (morphè). Toute substance est un composé de matière et de forme, forme fixant une limite aux changements pouvant affecter la matière. Ex : Une pierre ne peut pas devenir un cheval.

3)      En physique, la matière est la substance de tous les corps. Elle est composée de molécules, elles-mêmes composées d'atomes, ceux-ci étant à leur tour composés d'électrons en mouvement autour d'un noyau formé de protons et de neutrons. Dans l'état actuel de nos connaissances nous admettons une équivalence de la matière et de l'énergie. La physique de Newton établissait une différence entre le point matériel et l'espace vide dans lequel il est situé. (La matière est une quantité mesurable principalement par sa masse).

  Avec la découverte par Faraday et Maxwell au 19°siècle du champ électromagnétique, on peut penser que l'espace est force sans qu'il soit nécessaire de ramener la force à l'action d'une substance.

  L'espace n'est pas un milieu inerte mais un champ d'énergie parcouru par des lignes de forces (visualisables dans la limaille de fer où l'on a placé un aimant). La force de gravitation exercée par le soleil sur la terre doit être pensée en terme de champ.

  L'élaboration du concept de champ ouvre la voie à une représentation non substantialiste de la matière. Ce que consacre Einstein lorsqu'il établit la convertibilité de la masse (matière) et de l'énergie (le champ).

  L'évolution de la physique conduit ainsi à ce qu'on a appelé la dématérialisation de la matière volatilisée en événements.

 

 Problèmes.

 

  Traditionnellement on opposait la matière vivante et la matière inerte ; la matière et l'esprit.

  Le dualisme de la substance étendue et de la substance pensante est théorisé par Descartes avec vigueur.

  La matière est assimilée à l'étendue. « La nature de la matière ou du corps pris en général, ne consiste point en ce qu'il est une chose dure ou pesante ou colorée, ou qui touche nos sens de quelque autre façon, mais seulement en ce qu'il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur ». Descartes.

  L'étendue ou l'extension se prête à la mesure et aux calculs. Les phénomènes matériels n'ont pas de profondeur psychique, pas d'intériorité. Ils sont étalés dans l'espace et leurs mouvements s'expliquent par les lois de la mécanique. La réalité humaine et elle seule car les animaux ne sont que de la substance étendue comme l'est l'organisme humain (théorie de l'animal-machine ; liquidation cartésienne du thème aristotélicien des différentes âmes : âme nutritive et âme sensitive) témoigne qu'il existe une autre substance que Descartes appelle la substance pensante (il n'y a qu'une âme et c'est la substance pensante). Celle-ci n'est pas étalée dans l'espace, elle échappe aux lois de la mécanique en tant qu'elle dispose du libre arbitre, ce qui fonde la supériorité et la dignité de l'être humain.

  La question est de savoir si les trois ordres qu'on a traditionnellement distingués : matière, vie et esprit constituent des ordres hétérogènes, absolument discontinus ou bien s'ils correspondent à des niveaux différents d'une seule et même réalité.

  Comme la biologie s'efforce de rendre compte de la spécificité de la matière vivante par les lois physico chimiques de la matière tout court, peut-on comme le tentent les neurosciences expliquer les opérations de la pensée voire du libre arbitre par les lois de la matière cérébrale ?

  Au fond, ce qui se passe aujourd'hui à propos de l'esprit et de sa réduction possible aux lois de la matière cérébrale, est la répétition de ce qui s'est passé à propos de la vie. L'animisme, le vitalisme voulaient voir en elle une réalité hétérogène à la simple matière, comme le dualisme matière- esprit prétend voir dans l'esprit une réalité immatérielle, d'une nature absolument autre. Qu'en est-il en réalité ?

  Il y a ceux qui défendent la spécificité et l'indépendance des lois régissant tel niveau considéré et il y a ceux qui les réduisent aux lois niveaux élémentaires. Les premiers qualifient les seconds de réductionnistes. Or les sciences qualifiées de réductionnistes ne méconnaissent pas que la matière organique ou la matière cérébrale incarnent un niveau de complexité supérieure permettant l'émergence de propriétés nouvelles.  En revanche elles refusent d'admettre qu'il y a autre chose que de la matière et nous invitent, comme c'était déjà le cas de Spinoza à nous émerveiller des pouvoirs du corps ou de la matière.

NB : Le problème du rapport matière-esprit a été affronté dans la réflexion sur l'art. Cf. Cours : texte de Hegel portant sur l'art.

  Pensez aussi aux analyses de Descartes, pour qui le dualisme n'a de sens que méthodologique et spéculatif. L'homme concret est l'union d'une âme et d'un corps. D'où cette étrangeté du corps humain. Il a une expressivité qui lui donne une subjectivité irréductible. Impossible de le réduire à un corps-objet. Comme l'œuvre d'art, il bruisse d'une dimension spirituelle.

 

 

 

 

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50 Réponses à “Présentation du chapitre XVII: matière, vie, esprit.”

  1. Marie dit :

    Peut-on considérer que l’Etat remplit les critères du vivant ?
    Il est, à mon sens, télonome, et morphogénétiquement capable ; peut-être même capable de se reproduire à l’identique, mais en réduit, dans ses institutions..

  2. Simone MANON dit :

    Non, l’Etat ne remplit pas les critères du vivant dès lors qu’on ne se paie pas de mots comme vous semblez le faire dans votre propos. La métaphore biologique est de plus extrêmement dangereuse sauf pour les adeptes du totalitarisme prompts à absorber la personne humaine dans la totalité sociale comme les cellules dans la totalité organique.

  3. Marie dit :

    Oups.. croyez bien que ce sophisme était involontaire. Mais Hobbes ne parle-t-il pas d’organisme artificiel, et ne file-t-il pas la métaphore tout au long du Léviathan ? Je trouverais étonnant pour un penseur qui se targue de chercher la vérité dans les mots, et fustige ainsi les métaphores, que ces expressions sur l’organisme de l’Etat ne soient pas à prendre au pied de la lettre.
    Et si l’Etat n’est pas un organisme, est-il une machine ?

  4. Simone MANON dit :

    Une métaphore suppose comparaison non assimilation. Presque tous les auteurs en font un certain usage mais ils prennent soin d’en pointer les limites. Restituer la richesse de leurs pensées implique des développements qui ne peuvent avoir leur place ici.
    Le mécanisme aussi est une métaphore et appelle les mêmes remarques.
    Voyez par exemple ce propos de Bergson parlant de la société:
    « Nous la comparerions à un organisme dont les cellules, unies par d’invisibles liens, se subordonnent les unes aux autres dans une hiérarchie savante et se plient naturellement, pour le plus grand bien du tout, à une discipline qui pourra exiger le sacrifice de la partie. Ce ne sera d’ailleurs là qu’une comparaison, car autre chose est un organisme soumis à des lois nécessaires, autre chose une société constituée par des volontés libres. » Les deux sources de la morale et de la religion.

    Ne serait-il pas plus prudent de dire que l’Etat est une institution?

  5. Marie dit :

    Au sens d’un organisme mis en place pour répondre aux besoins d’une société ? Effectivement, cela paraît plus approprié.
    Merci beaucoup.
    Donc, parler de « la vie de l’Etat » est une métaphore, pour montrer la complexité, au même titre que celle d’un organisme humain, de ses institutions ?

    Il me semble cependant qu’Hegel, en réunissant le modèle grec de la cité (sans reconnaissance de l’individu) et de la société civile (sans appartenance à une communauté qui prime sur les interêts individuels) par le biais de la dialectique, considère effectivement l’Etat comme un organisme… ou ai-je fait des Principes de la Philosophie du Droit une lecture erronnée ?

    Et quand Rousseau parle du pouvoir executif comme du cerveau de l’Etat, est-ce encore là une métaphore ne témoignant que de la richesse du concept ?

    J’avoue être assez décontenancée.

  6. Simone MANON dit :

    Vous avez raison la conception hégelienne de l’Etat est un organicisme et c’est bien ce qui est redoutable. La pensée libérale ne se privera pas d’en dénoncer le caractère potentiellement totalitaire.

  7. Marie dit :

    Existe-t’il d’autres philosophes pensant cet organicisme ?
    Et peut-on en trouver qui considère l’Etat comme une machine ? (il m’avait semblé entendre parler de Descartes, mais l’Etat étant une idée, il doit faire partie de la substance pensante, et donc j’ai peur d’avoir un mauvais souvenir)

    Merci d’avance.

  8. Simone MANON dit :

    Si vous avez un travail sur ce thème, il me semble qu’il vous faut par vous-même défricher le thème.

  9. Marie dit :

    Et c’est bien pour cela que je ne vous demande que des noms.
    Merci tout de même.

  10. SAMI dit :

    La fin de votre definition de la matière aboutit à la conclusion selon laquelle la matière ne serait qu’une serie d’événements. Je n’arrive pas tout à fait à saisir cette notion, car elle présuppose certaines connaissances en science, et en particulier en physique. Est-ce que vous pourriez éclairer mon esprit bien brouillé ? Je vous en remercie d’avance

  11. Simone MANON dit :

    Il s’agit, en effet, de la conception physique de la matière. Il faut donc acquérir des connaissances dans le domaine de la mécanique quantique. A l’échelle atomique, on a observé, dans certaines conditions, la disparition des particules et leur transformation en énergie, en particulier lors du choc de deux particules.

  12. SAMI dit :

    Merci bien

  13. Akai dit :

    Bonjour, je suis actuellement en prépa HEC et peut-être le savez-vous déjà mais le thème de culture générale de cette année est ‘La Vie’. Je vois que vous avez déjà ici beaucoup parlé du vivant, et je trouve dans toutes mes recherches beaucoup d’allusions à la vie au sens biologique du terme (organisme, êtres vivants, …), mais très peu au sens philosophique (de grandes réflexions sur la vie, que peut-on attendre?, la mort est-elle une fin en soi?, … ).
    Pourriez-vous m’indiquer des sources où je pourrais me documenter, de grands auteurs sur la question, etc ?
    Par avance merci.

  14. Simone MANON dit :

    Trois auteurs me paraissent incontournables: Nietzsche (Voyez le papier sur le sens de la mort de Dieu ou sur pourquoi les hommes s’efforcent-ils de connaître? sur ce blog pour vous aider dans la lecture de l’auteur), Bergson (l’énergie spirituelle), Michel Henry.
    Vous pouvez consulter dans la collection Corpus GF Flammarion, le numéro consacré à la vie. Vous y trouverez des textes et une bibliographie développée.
    Toute la philosophie antique est une méditation sur la vie.
    Bon courage.

  15. henry dit :

    Bonjour, en lisant canguilhem je suis tombé sur cette sentence : « la qualité de la vie est de l’ordre de l’indécidable ». pourriez-vous m’aider à la comprendre ?

  16. Simone MANON dit :

    Il est difficile de commenter une phrase isolée de son contexte. Lorsqu’on utilise le mot indécidable d’ordinaire, on signifie indécidable en termes rationnels.
    S’agit-il de juger de la qualité de la vie sur le plan biologique? Il faut alors comprendre que tout organisme se définit par ses propres normes et que ce qui est jugé « anormal » du point de vue des normes de l’un peut être vécu comme « normal » par celui qui relève d’une autre norme. Il est difficile de prétendre déterminer une norme objective car le qualitatif est ce qui est singulièrement vécu.

  17. henry dit :

    Je ne comprends rien au « hasardet la nécessité » et au « traité des passions de l’âme » que faire ?

  18. Simone MANON dit :

    Analyser méthodiquement le texte en vous aidant au besoin d’un commentaire.

  19. laura dit :

    Bonjour,
    j’aimerais savoir en quoi consiste la vie intellectuelle ? Faut-il lire des livres, de soumettre sa conduite sous l’ordre de la raison, tel que Marc Aurèle le préconise :
    « Si tu remplis la tâche présente en obéissant à la droite raison, avec empressement, énergie, bienveillance et sans y mêler aucune affaire accessoire ; si tu veilles à ce que soit toujours conservé pur ton génie intérieur, comme s’il te fallait le restituer à l’instant ; si tu rattaches cette obligation au précepte de ne rien attendre et de ne rien éluder ; si tu te contentes, en ta tâche présente, d’agir conformément à la nature, et, en ce que tu dis et ce que tu fais entendre, de parler selon l’héroïque vérité, tu vivras heureux ».
    Quelle est la conduite à mener pour accéder à une intellectuelle qui rend sempiternelle la pensée face aux choses volages, mouvantes du monde ?
    Merci

  20. Simone MANON dit :

    Vous posez une question de grande ampleur exigeant certaines précisions conceptuelles. Par exemple on n’entend pas par « un intellectuel » la même chose qu’un « sage ».
    Votre référence à Marc Aurèle renvoie à l’idée de sagesse telle que l’ont théorisée les stoïciens. En elle l’activité théorique n’est pas désolidarisée du souci pratique. Ce qui peut au contraire être le cas lorsque la lecture ou l’apprentissage des savoirs n’ont pas de visée éthique.
    Vous semblez entendre par vie intellectuelle, vie sage au sens antique du terme. Mais l’idée de sagesse n’est pas épuisée par le stoïcisme. Il y a une sagesse épicurienne ou socratique.
    Quoi qu’il en soit l’amour de la sagesse ou philosophie implique toujours questionnement théorique, culture et travail de soi sur soi afin d’incarner dans sa conduite et dans son être l’idéal de la vie bonne et heureuse. Voyez sur ce blog les articles consacrés à Pierre Hadot. Il a bien montré que la philosophie antique doit être conçue à la fois comme activité théorétique et comme ensemble d’exercices spirituels.

  21. laura dit :

    Dans le hasard et la nécessité, Jacques Monod écrit « la pierre angulaire de la méthode scientifique est le postulat d’objectivité de la Nature. C’est-à-dire le refus systématique de considérer comme pouivant conduire à une connaissance « vraie » toute interprétation des phénomènes donnée en termes de causes finales, c’est-à-dire de « projet ». » Est-ce que cela signifie qu’il y a une domination des mécanismes héréditaires dans les phénomènes d’évolution des espèces ? il définit comme critère du vivant « le pouvoir de transmettre l’information correspondante à sa propre structure » (parmi d’autres) mais je ne comprends pas quelle est cette « flagrante contradiction epistémologique ». Est-ce que l’animisme qui postule que « les phénomènes naturels doivent s’expliquer en défénitive de la même manière, par les mêmes « lois » que l’activité humaine subjective, consciente et projective » tend à l’abandon du principe d’objectivité de la nature ?

  22. Simone MANON dit :

    Voyez dans le répertoire le cours sur la notion d’objectivité pour clarifier cette question.

  23. charles dit :

    Pourriez-vous m’expliquer cette citation s’il vous plaît ? « C’est peut-être cela qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.  » Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit)

  24. Simone MANON dit :

    Je suis désolée, je ne peux pas expliquer une phrase sortie de son contexte.
    De manière générale, on peut dire que dans l’adversité l’homme est mis en situation de déployer des ressources inconnues, inespérées parfois, que sans elle il n’aurait pas eu l’occasion de révéler. L’homme se découvre lorsqu’il se mesure avec l’obstacle disait St Exupéry. Se heurter à un obstacle fait souffrir mais cette souffrance est peut-être nécessaire pour accomplir tout ce qu’on peut être.
    Devenir soi-même peut être compris dans le double sens de réaliser ses possibles ou d’actualiser le possible correspondant à ce qui est le plus essentiellement soi-même. (le plus révélateur de son identité personnelle).

  25. natacha dit :

    Bonjour, ayant la vie pour thème de réflexion, j’aimerais savoir pourquoi peut-on parler d’un « honneur de vivre » ? même après la définition du Larousse, je ne comprends pas cette expression. Merci. (je tire ceci de la citation d’Eluard « l’honneur de vivre vaut bien qu’on s’efforce de vivifier » d’Eluard). Cela signifie-t-il que le fait qu’il y ait quelque chose plutôt que lle néant et qu’il nous est donnés la chance d’être vivant même le sentiment de l’absurde provenant d’un silence rendu par le monde aux cris de l’homme, nous enjoignent à « actualiser le possible » comme vous venez de l’indiquer ? Merci

  26. Simone MANON dit :

    L’expression « honneur de vivre » implique que la vie est une valeur méritant de la considération.
    Vous pouvez opposer la vie à la mort comme l’être au néant et souligner que l’être vaut mieux que le non-être. D’où la gratitude que le vivant devrait éprouver à l’endroit du simple fait d’être.
    Vous pouvez aussi distinguer le simple fait de vivre que l’homme partage avec tous les êtres vivants et ce que sa propre vie a de spécifique. On rencontre ici la distinction: vivre/exister qui est traitée sur ce blog. La question de la « vraie vie », d’une vie « vivifiée » ne se pose que pour l’être doué de conscience. Il faudra interroger tout ce que l’on peut entendre par là.

  27. Laura dit :

    Bonjour,
    Comptez-vous mettre des dissertations sur la vie ?
    Merci

  28. Simone MANON dit :

    Ce n’est pas à l’ordre du jour.

  29. Eithmann dit :

    Bonjour,

    J’ai trois questions à vous posez :

    L’intelligence, qui n’étudie que des objets inertes, qui morcelle et découpe le réel, qui produit des catégories telles qu’unité, multiplicité, causalité mécanique, etc. , peut-elle comprendre la nature de la vie et la signification du mouvement évolutif ? Cette question, Bergson se la pose à l’introduction de l’Evolution Créatrice ( P.U.F, 1963), lorsqu’il s’interroge sur la possibilité d’une connaissance de la vie. Dans sa réponse il met l’accent sur les rapports unissant théorie de la connaissance et théorie de la vie : la théorie de la vie doit permettre une critique de la connaissance.

    Qu’est-ce que, au sens strict, une théorie de la vie ? Quels sont les rapports, si celle-ci doit échapper aux catégories de l’esprit pour saisir son objet, qu’elle peut spécifiquement entretenir avec la théorie de la connaissance ? Dans quelle mesure peut-elle permettre une critique de la connaissance.

    Je voudrais aussi votre avis sur un manuel de philosophie déjà ancien de la collection HATIER s’intitulant SOPHIA et qui propose un recueil de textes philosophiques (plus de 250 textes). Il date en effet de 1973. Il est découpé en trois parties principales : SUJET – SCIENCE – PRATIQUE.

  30. Simone MANON dit :

    Pour ce qui est du manuel de philosophie, je possède dans la collection que vous indiquez, celui qui s’intitule la connaissance et l’action (1971) sous la direction de Y Belaval. C’est un excellent outil de travail.
    Pour vos questions je me permets de vous renvoyer à un très bon article de G. Canguilhem: le concept et la vie, publié chez Vrin dans G. Canguilhem, Etudes d’histoire et de philosophie des sciences concernant les vivants et la vie (1994).
    Il y explicite d’une certaine manière les apories d’une conception demandant de concevoir la vie comme élan rencontrant la matière comme son organe obstacle. En particulier les pages 352, 353 et 354.
    La vie est durée créatrice et l’intelligence qui n’est qu’une tactique de la vie en relation avec le milieu ne peut pas se représenter la vraie nature de la vie. La partie ne peut pas égaler le tout comme le dit Bergson dans l’introduction de l’Evolution créatrice. La philosophie de la vie faisant une place à l’intuition de la durée créatrice doit prolonger une science de la vie nécessairement condamnée à n’en saisir que des spécifications, des « retombées ». En ce sens on comprend qu’une théorie de la vie est inséparable d’une théorie de la connaissance.
    Cf. Ce passage de l’article de Canguilhem: « En bref, pour adopter, à la suite de Bergson, une conception des rapports entre le concept et la vie qui se doit d’inscrire dans la vie elle-même la condition de possibilité de la conceptualisation de la vie par la connaissance humaine, il faut souscrire à une proposition du bergsonisme qui est à la fois capitale et opaque. Vladimir Jankélévitch dit que c’est la proposition secrètement la plus importante du bergsonisme. La voici « L’élan est fini et il a été donné une fois pour toutes. Il ne peut pas surmonter » tous les obstacles ». Que peut signifier ceci, sinon d’abord que l’obstacle à l’élan est contemporain de l’élan lui-même. Que par suite la matière, censée introduire dans cet élan, en le dispersant, la détente, la distension et, à la fin, l’extension, c’est-à-dire au bout, l’espace et la géométrie, cette matière serait cela originairement. Alors, monisme de substance, dualisme de tendances, toutes les interprétations sont possibles de cette difficulté.
    Certes, par cette théorie nous comprenons bien que la spécification est une limite, nous comprenons que la vie soit capable de déposer des espèces qu’elle dépasse. Mais alors, nous ne comprenons pas pourquoi ce processus de spécification se trouve déprécié, s’il est vrai que l’une des conditions, la matière, tenue pour le négatif de l’autre condition, la vie, est aussi originaire que la vie elle-même. Nous comprenons bien que le vivant préfère la vie à la mort, mais nous n’arrivons pas à suivre jusqu’au bout une philosophie biologique qui sous-estime le fait que c’est seulement par le maintien actif d’une forme, et d’une forme spécifique, que tout vivant contraint, quoique précairement il est vrai, la matière à retarder mais non à interrompre sa chute, et l’énergie sa dégradation. Il est possible que, comme le dit Bergson, l’hérédité soit la transmission d’un élan. Il est certain en tout cas que cet élan transporte, et transporte en quelque sorte à l’impératif, un a priori morphogénétique.  »

    Voyez aussi sur internet cette page très claire: http://www.approximations.fr/o2php/attach.php?pid=13534

  31. flo dit :

    bonjour, je cherche le cours sur les Sciences parce-que mon prof est absent et nous n’avons pas fini la réadaction du cours et nous avons une interro la semaine prochaine
    pourriez-vous m’aider?
    merci par avance.

  32. Simone MANON dit :

    Les cours d’épistémologie se trouvent dans les chapitres 12, 13, 14, 15, 16, 17. Il y en a aussi dans le répertoire. Il me semble qu’il vous suffit de consulter la table des matières pour le découvrir par vous-même.
    Bon courage.

  33. denis dit :

    Bonjour,
    j’ai passé le concours HEC,le sujet était « la vie est-elle autre chose que le théâtre de la cruauté? ». Pouvez-vous m’éclairer s’il vous plaît ?

  34. Simone MANON dit :

    Je trouve la formulation de cet énoncé tout à fait étonnante. Aviez-vous Artaud à votre programme ? Car si le sujet disait « un théâtre de la cruauté » la référence ne s’imposerait pas comme cela semble être le cas avec l’article défini (le). Par ailleurs l’expression « n’est-elle que » suggère que le présupposé de l’énoncé est de considérer la vie ainsi. Or si Artaud invente le théâtre de la cruauté, c’est précisément parce qu’’il manque à la vie telle que l’ordre social, les convenances, la comédie humaine lui permettent de se déployer la force poétique et la vérité métaphysique qu’il appelle de ses vœux. « Avoué ou non avoué, conscient ou inconscient, un état transcendant de vie, est au fond ce que le public recherche à travers l’amour, le crime, les drogues, la guerre ou l’insurrection. Le Théâtre de la Cruauté a été créé pour ramener au théâtre la notion de vie passionnée et convulsive ; et c’est dans ce sens de rigueur violente, condensation extrême des éléments scéniques qu’il faut entendre la cruauté sur laquelle il veut s’appuyer. Cette cruauté, qui sera, quand il le faut, sanglante, mais qui ne le sera pas systématiquement, se confond donc avec la notion d’une sorte d’aride pureté morale qui ne craint pas de payer la vie le prix qu’il faut payer. Au point de vue du fond, c’est à dire des sujets et des thèmes traités : le Théâtre de la Cruauté choisira des sujets et des thèmes qui répondent à l’agitation et à l’inquiétude de l’époque » lit-on dans Le théâtre et son double. Dans cette perspective je montrerais que la vie arrachée à tous les mensonges qui la ligotent ne peut pas être autre chose que théâtre de la cruauté
    Si l’on n’est pas tenu d’interpréter l’expression dans le sens d’Artaud, « théâtre de la cruauté » signifie une scène où se joue un drame violent, où le mal est souverain, où l’innocence et le souci du bien moral sont de doux rêves. Dans cette perspective, je montrerais que la vie, tant dans son sens biologique (La lecture que Patrick Tort donne de Darwin) que considérée comme vie humaine ou existence est autre chose que cela.

  35. denis dit :

    Je vous remercie gracieusement. Notre thème est celui de la vie, les oeuvres sont aux choix du professeur. Votre écriture est succulente.

  36. denis dit :

    Puis-je mettre un lien de ce site sur celui de prépa hec ?

  37. Simone MANON dit :

    Pas de problème.
    Tous mes voeux de réussite.

  38. thierry dit :

    Bonjour vous parlez d’une opposition matiére-esprit , pourrait dire que l’esprit st une complexification de la matiére seulement?

  39. Simone MANON dit :

    La notion de complexification ne permet guère de dépasser les difficultés que j’ai pointées car que l’esprit soit lié à une organisation très complexe de la matière ne nous renseigne pas sur le fait de savoir s’il est réductible ou non à une réalité matérielle.

  40. Faure Hortense dit :

    Bonjour,
    Je suis une élève de khâgne (depuis septembre), et vos articles m’ont déjà beaucoup aidée pour ma première année de prépa, comme condensé détaillé et précis de nombreuses thèses étudiées en cours, je voulais tout d’abord vous en remercier. De plus le programme de cette année est la Métaphysique, je voulais ainsi savoir si vous pourriez approfondir vos articles à ce sujet, ou me conseiller des philosophes et auteurs en étude et lecture complémentaire. (Je souhaite passer le capes de philosophie, mon adresse mail est à votre disposition si vous trouvez le temps de me répondre).

  41. Simone MANON dit :

    Bonjour Hortense
    Désolée, je ne travaille pas à la commande.
    Je suppose que vous allez avoir un cours approfondi et que votre professeur vous indiquera une bibliographie. Il suggérera sans doute la leçon inaugurale au Collège de France de Claudine Tiercelin publiée chez Fayard sous le titre: la connaissance métaphysique.
    Vous pouvez consulter la bibliographie que cette dernière donne à la suite de son article sur la métaphysique dans Notions de philosophie, II, Folio/Essais.
    Bon travail.

  42. louisa dit :

    Bonjour,
    J’ai une question que j’ai malheureusement beaucoup de mal à synthétiser, liée au paradigme biologique dans les sciences culturelles.
    Je m’intéresse de près aux pensées critiques féministes, je me penche également un peu sur le post colonial.
    Pour dire (très très) vite, ces auteur-e-s, influencé-e-s par Foucault, Deleuze, Derrida, etc. formulent des critiques de l’essentialisme, sont à l’affût de toute dérive biologique qui viendrait légitimer des identités, imposer des violences de normes, etc.
    Cependant, chez certain-e-s sont défendues les notions d’hybridité et d’identités hybrides. Ces idées me séduisent beaucoup, pourtant, l’hybridité est ici aussi une reprise biologique.
    Du coup je ne comprends pas ce déplacement biologique, comment le penser ?
    Et pourquoi parler d’identités hybrides, alors que l’identité, c’est le même, l’identique à soi. Comment penser cet oxymore?
    Bien à vous,
    Louisa

  43. Simone MANON dit :

    Bonjour Louisa
    Je vous avoue mon malaise à intervenir sur des questions que je n’ai pas approfondies.
    Je ne sais pas à quels auteurs vous faîtes ici allusion, je me contenterai donc de quelques propos généraux.
    L’importation d’un concept de son champ d’origine dans un autre est une pratique courante. Il suffit d’avoir conscience que le mot est l’objet d’un usage métaphorique, la question étant de savoir si la métaphore est pertinente pour rendre compte de l’objet auquel on l’applique.
    La question de l’identité est une redoutable question, surtout lorsqu’il est question de l’identité humaine et de l’identité personnelle. J’ai abordé cette question dans un cours auquel je vous renvoie. http://www.philolog.fr/identite-introduction-generale/ Il vous sensibilisera au caractère problématique du présupposé qui fonde votre perplexité. Vous dîtes que l’identité « c’est le même, l’identique à soi » comme si une personne était un être ayant une unicité, une consistance et une permanence assignables. Or y a-t-il là autre chose qu’une illusion ou un préjugé essentialiste?
    Une identité est une synthèse de l’hétérogène. Si la notion d’identité hybride a pour fonction de pointer l’ambiguïté, la complexité d’une identité personnelle, sa résistance à toute tentation de la figer dans un être, alors son usage me semble opératoire. Elle n’a rien d’oxymorique.
    Bien à vous.

  44. louisa dit :

    Merci pour votre réponse.
    Je pense à des auteurs comme Homi Bhabha, Edouard Glissant ou Donna Haraway par exemple.
    Je suis tout à fait d’accord pour dire que le moi est pluriel, contradictoire, etc.
    Simplement, ce que je ne comprends pas, c’est que pour en parler (conscience de soi, subjectivité, processus de subjectivation …) on se réfère et on continue de se référer à ce mot : « identité », qui ne correspond pas du tout je trouve.
    Bien à vous
    Louisa

  45. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La notion d’identité ne va pas de soi mais il est impossible d’en faire l’économie. Toute personne a le sentiment de son unité et de son identité personnelle. Même les auteurs qui veulent que le moi soit une fiction disent « je » ou « moi ». Je leur reproche dans mon cours intitulé « Identité: le problème métaphysique », de chercher le moi là où il n’est pas. Car l’identité n’est pas une donnée empirique mais une construction mentale mettant en jeu une liberté se déployant dans le temps. Les supports identitaires sont multiples et en ce qui concerne le support culturel, les échanges, le métissage montrent à l’évidence qu’il n’y a pas d’identité-racine, ou de sanctuaire identitaire mais des synthèses originales et mobiles de multiples apports culturels. C’est sans doute ce que pointe l’idée d’hybridation.
    Bien à vous.

  46. Louisa dit :

    Merci bien.
    Si j’ai bien compris, l’identité (personnelle) c’est, simplement, à partir de cette tendance que nous avons d’unifier le divers, la conscience que chacun a d’être une seule et même personne, la conscience de la permanance du moi bien que changeant dans le temps, bien qu’affecté de divers sentiments, etc. (?)
    Du coup, c’est à un autre niveau que se pose la question de savoir si on correspond ou pas à des identités données, distribuées par un ordre social, par un système de valeurs d’une société donnée à une époque donnée (?)
    Enfin, je crois que pour bien profiter de ces lectures, il me faudrait apprendre et penser à nouveau le programme de terminale, je vais essayer de lire patiemment votre chapitre II.
    Bien à vous
    Louisa

  47. Simone MANON dit :

    Oui, il ne faut pas manipuler sans précaution théorique la notion d’identité.
    Bon courage dans votre travail.
    Bien à vous

  48. liz dit :

    Bonjour,
    « La faculté d’un être d’agir conformément à ses représentations s’appelle la vie. »
    Je m’adresse à vous car je ne parviens pas à comprendre cette définition de la vie dans l’Introduction à la Métaphysique des Moeurs de Kant, pouvez-vous me donner m’éclairer?
    Je tiens au passage à vous dire combien j’admire votre travail qui est non seulement une référence mais un exemple pour de très nombreux étudiants en philosophie.
    Liz

  49. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Votre perplexité n’est pas infondée. Il y a là une définition de la vie qui nous paraît aberrante dans la mesure où les êtres vivants sont, pour nous, des êtres matériels et qu’excepté la matière neuronale, nous ne lui reconnaissons pas une faculté de représentation. Et pourtant, Kant s’est toujours tenu à cette définition de la vie sans qu’il assigne la causalité des êtres vivants à une âme, comme c’est le cas chez Aristote.
    Cette définition témoigne de l’impossibilité, pour Kant, de rendre compte du processus de production des êtres vivants dans une logique de la pure causalité mécanique.
    Ceux-ci sont des êtres finalisés ou organisés. Or, pour qu’il y ait organisation ou finalité (interne et externe), il semble qu’il faille que la liaison des parties soit déterminée par le tout et que le tout ne soit possible que par les parties. Au fond, tout se passe comme si la représentation du tout déterminait l’ordonnancement des parties sans que l’on puisse concevoir cette cause comme une cause raisonnable puisque ces êtres sont des productions naturelles et non des productions artificielles. Avec les êtres vivants, c’est la nature qui s’organise elle-même, à la différence des productions de l’art où c’est l’artiste qui détermine de l’extérieur le processus de production. Ainsi, fait remarquer Kant dans la Critique de la faculté de juger, ne faut-il pas dire de la nature lorsqu’elle produit des êtres organisés, qu’elle est « un analogue de l’art » mais qu’elle est « un analogue de la vie ».
    Kant précise immédiatement que cette organisation « n’offre rien d’analogue avec une causalité quelconque à nous connue ». Son principe peut s’énoncer ainsi : « Un produit organisé de la nature est un produit où tout est fin et moyen réciproquement ; en lui, rien d’inutile, sans but ou dû à un mécanisme aveugle ».

    Voyez les précisions de Philonenko sur cette page que je n’ai pas besoin de vous scanner puisque vous pouvez la trouver sur la toile.
    https://books.google.fr/books?id=ClSCIaGHrM4C&pg=PA90&lpg=PA90&dq=la+vie+selon+kant&source=bl&ots=Snzqjcquh5&sig=3Wa4hLhMHrw94i7Be3YzUKs_sTI&hl=fr&sa=X&ei=O9iOVLlcguZqre-C-Ak&ved=0CCsQ6AEwAQ#v=onepage&q=la%20vie%20selon%20kant&f=false

    Bien à vous.

  50. liz dit :

    Je vous remercie infiniment,
    Bien à vous,
    Liz

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