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détail de la tête d'Apollon. François Girardon. Versailles. Photo David Rykner.

 

  A)    La raison comme faculté.

 

 1) La faculté des principes.

 

  Avec Aristote, Descartes, on s'accorde sur le fait que la raison est le propre de l'homme. « L'homme est un animal raisonnable » dit Aristote et Descartes écrit « La puissance de bien juger et de distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison est naturellement égale en tous les hommes ».

   Faculté d'élaborer des concepts, de juger, de raisonner, elle est dite « faculté des principes » en ce sens que ses opérations supposent l'application de certains principes qui « sont nécessaires comme les muscles et les tendons le sont pour marcher quoiqu'on n'y pense point » (Leibniz).

    Elle se définit comme « l'ensemble des principes universels constituant l'armature logique et la source active de la pensée discursive et de l'action cohérente ».

  Il y a en effet un usage théorique de la raison, à l'œuvre lorsque nous pensons, en particulier dans la science et dans la philosophie et un usage pratique à l'œuvre lorsque nous agissons avec sagesse et lorsque nous instituons la règle de droit et de morale. A partir du moment où ce n'est plus la coutume (ou la tradition) ou la religion qui nous tient lieu de morale et de droit, nous considérons que ceux-ci doivent être fondés en raison.

   Les principes rationnels sont nécessaires et parce qu'ils sont  logiquement nécessaires, ils sont universels. Car le nécessaire s'impose à tous sans que personne ne soit arbitrairement contraint de s'y soumettre, cette nécessité étant celle de la raison, en chacun de nous. Bien loin de s'opposer à la liberté de penser la nécessité rationnelle en est le fondement.

 

2) Les différents principes.

 

a)      Les principes logiques.

 

-Le principe d'identité. A=A. Une chose ne peut dans le même temps, être à la fois elle-même et une autre.

-Le principe de non contradiction. Ce principe régit les rapports entre les concepts et entre les propositions.

  On ne peut affirmer simultanément une qualité d'un objet et la négation de celle-ci. On ne peut poser comme également vraies une proposition et la contradictoire de celle-ci.

-Le principe du tiers exclu. Entre A et non A il n'y a pas de troisième solution.

  Les principes logiques président à l'accord de la pensée avec elle-même. Ils sont les conditions de la cohérence.

 

b)      Les principes rationnels.

 

-« Le principe de raison suffisante ». Nous sommes ainsi faits que tout ce qui arrive est conçu comme ayant une raison d'être. Ce principe a été formulé par Leibniz : « Jamais rien n'arrive sans qu'il y ait une cause ou du moins une raison déterminante c'est-à-dire qui puisse rendre raison a priori pourquoi cela est existant plutôt que non existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que de tout autre façon ».

  Spinoza disait de même « il est de la nature de la raison de concevoir les choses non comme contingentes mais comme nécessaires ».

  Dans les sciences ce principe reçoit le nom de principe de causalité et se décline comme principe du déterminisme : Tout fait a une cause ; les mêmes causes produisent les mêmes effets.

  Quelle que soit la nature des principes, il apparaît que l'objet de la raison et sa norme c'est l'ordre. Ordre selon lequel il peut y avoir selon l'analyse de Lalande :

Assimilation des choses à l'esprit.

Assimilation des esprits entre eux.

Assimilation de l'esprit à lui-même.

 

B) La raison en tant qu'objet de la connaissance.

 

  Une raison est un principe d'explication. Dans les sciences une raison est une cause.

  Une raison est aussi un motif de justification. En ce sens le mot est est synonyme de principe justificatif.

  Ce qui est sans raison au second sens, (l'insensé, l'absurde, l'aberrant, le déraisonnable) n'est pas sans raison dans les deux sens. On peut trouver les causes d'un comportement aberrant et le sujet  se rendant coupable d'un tel comportement n'est d'ordinaire pas avare de justification. Simplement dans ce cas on a affaire à une logique passionnelle ou sophistique.

 

 PB: Quelles sont les opérations de la raison?

       Qu'est-ce qui distingue l'esprit de finesse et l'esprit de géométrie? (Pascal).

       Suffit-il de disposer d'une raison pour chercher la vérité?

       Quelles sont les règles de la méthode selon Descartes?

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47 Réponses à “Présentation du chapitre XIII : la raison.”

  1. Thiam dit :

    Je n’ai pas bien compris le principe du tiers exclus : « Entre A et non A il n’y a pas de troisième solution ». Merci de l’expliciter.

  2. Simone MANON dit :

    Le principe du tiers exclu est défini par Aristote comme une conséquence du principe de non contradiction. Il affirme que pour toute proposition p, il ne peut y avoir p et nonp en même temps. Autrement dit si la proposition p est fausse, sa contradictoire est nécessairement vraie. On ne peut pas envisager une troisième possibilité. Il y a de nombreux sites répertoriés par google qui peuvent vous permettre d’approfondir la question car le principe du tiers exclu est contesté tant sur le plan philosophique que mathématique.

  3. Thiam dit :

    Merci, c’est à présent clair.

  4. Loulou dit :

    Bonjour,
    Je suis en terminale L et j’ étudie en ce moment la préface à la seconde édition de « l’examen critique de la raison pure », de Kant,
    et malgré mes recherches, je ne parviens pas à trouver une définition relativement claire et simple de « l’inconditionné », permettant d’expliquer « ce qui nous pousse à sortir des limites de l’expérience » dans la métaphysique… Pourriez-vous m’éclairer un peu plus sur le sujet?

    merci d’avance,
    Louise

  5. Simone MANON dit :

    L’inconditionné est chez Kant une exigence nécessaire de la raison « pour tout ce qui est conditionné afin d’achever la série des conditions ».
    Prenez l’exemple de la causalité. On explique un phénomène par telle cause qui doit à son tour être expliquée par telle autre cause. Si vous voulez achever la série des conditions, il vous faut remonter à la cause première, cause de toutes les causes. Mais ce faisant vous êtes conduits à sortir des limites de l’expérience, celle-ci supposant que le principe de causalité s’applique à des objets donnés dans l’expérience.

  6. loulou dit :

    Merci beaucoup, je suis déjà plus avancée dans ma compréhension

  7. charline dit :

    Bonjour, face aux mythes de che guevara de la révolution, est-ce que la révolution est contraire à la raison dans le sens que la rébolution est un changement « brusque » de l’ordre ?
    Je vous remercie.

  8. Simone MANON dit :

    Le logos (discours rationnel) se distingue par principe du mythe.
    Les grands philosophes ne voient pas dans la révolution une solution aux maux de l’humanité essentiellement parce qu’elle implique le recours à la violence.
    Ce sont les animaux qui règlent leurs conflits par l’usage de la force, non des êtres de logos c’est-à-dire de parole et surtout de parole sensée.

  9. charline dit :

    D’accord, la révolution implique le recours à la violence mais la révolution n’est-elle pas quand même engendrée par la raison ? La révolution est-elle un acte irationnel, c’est ce que vous souhaiter dire ? Je pensais que la révolution n’était pas que de la violence mais impliquait beaucoup de logiques, volonté de recréer un nouveau monde…bref pour moi ça ne s’apparente pas si facilement à de la simple violence… Qu’est-ce qu’être un homme rationnel, c’est renoncer à la révolution ???
    Merci d’avance.

  10. Simone MANON dit :

    Le traitement de la question que vous posez implique des développements qui ne peuvent avoir leur place dans un commentaire.
    Oui le recours à la violence est toujours pour la raison un renoncement à elle-même, même quand elle doit s’y résoudre comme c’est le cas lorsqu’elle fonde la nécessité du recours à la force. ( Ex: justification de l’usage de la force pour faire respecter la loi, justice d’une guerre etc.)
    Par ailleurs l’homme de raison ne se prend pas pour un démiurge qui peut recréer le monde selon son désir. Il n’est pas le jouet d’une volonté de puissance qui a donné, dans l’histoire du XX° siècle, la mesure de sa folie et de sa nocivité.
    Il s’efforce de comprendre le réel, sa nécessité, ses contraintes et d’insérer en lui des exigences dont il sait qu’elles ne peuvent pas se réaliser dans leur pureté. La sagesse qui est la vertu de la raison suppose la conscience des limites de l’action humaine et le souci de ne pas confondre l’idéal et le réel.
    Le refus d’admettre ces vérités de bon sens conduit les hommes à mettre le monde à feu et à sang, mais il semble qu’il n’y ait pas de plus grande jouissance pour beaucoup que de faire l’oeuvre du diable.
    Le diable est toujours ce qui divise, la sagesse est ce qui unit.

  11. charline dit :

    Merci, merci !!!
    J’aimerais savoir quels sont les moyens d’actions outre la révolution pour que l’homme de raison puisse oeuvrer à l’amélioration des conditions de vie de son pays, les faire changer…
    N’est-ce pas car rien ne se passe que les hommes se trouvent « contraints » de faire usage de la violence ? La raison nous indique-t-elle de refuser la violence en toutes circonstances ??

  12. Simone MANON dit :

    Je suppose que vous avez à commenter la célèbre formule de Marx. N’espérez pas que je pense à votre place.

  13. charline dit :

    Du tout, je m’intéresse juste à savoir si la révolution est contraire auc principes de la raison, n’allez pas immaginez autres choses.
    Merci quand même

  14. gwendoline dit :

    Bonjour, j’aurais deux questions : qu’est-ce que l’irrésolution ? Et pourquoi selon vous les jeunes sont de plus en plus intéressés par les divertissements et non par l’étude ?
    Merci

  15. Simone MANON dit :

    Pour votre première question, vous faîtes l’effort d’ouvrir un dictionnaire et pour la seconde, dont la réponse va de soi, vous réfléchissez sur l’expression: faire un effort.

  16. Samuel dit :

    Bonjour,Je tiens a vous remercier pour ce cours que vous avez mis en ligne et qui m’a aidée dans mes recherches.
    J’aimerais Savoir ce que veut dire Goya lorsqu’il mentionne :<>.
    Merci pour votre réponse.

  17. Simone MANON dit :

    Je suis désolée, je ne sais pas à quoi correspond ce sigle.
    Bien à vous.

  18. charles dit :

    Bonjour, je n’arrive pas à comprendre le sens de cette première phrase, est-ce à dire que le raisonnement fige l’homme et ne lui permet plus de contempler ? Pouvez-vous me dire vers quels cours de ce site, je pourrais être aidé ? Merci « Les spéculations purement intellectuelles dépouillent l’univers de son manteau sacré Le monde portait les hommes quand il était revêtu de son inextricable forêt. Alors générateurs de sources et d’ombres, ses halliers encombraient les chemins; la paix et la joie marchaient à nos pas; l’esprit a fait du monde ce désert nue… Je voulais vous faire comprendre que les hommes ne peuvent pas se passer d’habitations magiques. »

  19. Simone MANON dit :

    L’auteur se désole de la dévastation poétique induite par les exigences de la rationalité. De fait, comme l’écrivait Bachelard, « les axes de la science et de la poésie sont inverses ». L’exubérance de la rêverie, le dynamisme de l’âme projetant sur le monde la lumière de ses peurs, de ses émerveillements, de ses espérances sont antinomiques avec les exigences de la conceptualisation et de l’approche rationnelle des choses. L’imaginaire poétique, religieux enchantait le monde, la science le désenchante (selon la formule de Max Weber). L’auteur se lamente de ce qu’il vit comme un appauvrissement de notre rapport au monde et une source de désespoir. Désertées par leur profondeur spirituelle, les choses ne résonnent plus de la petite musique de l’âme et l’homme se sent condamné à vivre dans un monde froid, muet que la science configure comme un squelette intelligible.
    Il se trouve que je suis en train de lire le très beau livre de Christian Bobin intitulé : Les ruines du ciel. Gallimard. 2009.
    Voici deux propos qui vont dans le sens de votre auteur (Quel est-il ?) :
    « Le savant casse les atomes comme un enfant éventre sa poupée pour voir ce qu’il y a dedans. Le poète est un enfant qui peigne sa poupée avec un peigne d’or. Il y a la même différence entre la science et la poésie qu’entre un viol et un amour profond »
    « La poésie est une pensée échappée de l’enclos des raisonnements, une cavale de lumière qui saute par-dessus la barrière du cerveau et file droit vers son maître invisible ».

  20. charles dit :

    C’est une citation de Jean Giono qui écrit aussi « Vous m’aviez paru être trop confiants dans votre science. Vous n’aviez pas l’air de savoir que les temps modernes n’ont pas seulement résolu le problème de la désintégration de l’atome, mais qu’ils ont effectué la désintégration des esprits, libérant sans raison des forces spirituelles qui nous étaient nécessaires pour vivre une vie humaine. » En fait, les scientifiques ont un rapport utilitaire avec les choses, je me souviens d’Aristote qui donnait à penser que le scientifique était celui qui rationalise tout, qu’en voyant pousser une fleur, il la regardait seulement pour compter ses étamines et non pour la contempler dans sa splendeur. Pour Niezstche, n’est-ce pas la raison qui a étouffé la vie, alors que comme le montre Robinson, il peut y avoir une sorte de bonheur immédiat ne passant pas par le canal de la rationalité ? La posture qu’adopte le scientifique n’est-elle pas la conséquence du postulat d’objectivité de la Nature ? Je vous remercie infiniement.

  21. Claire dit :

    Bonsoir,

    Tout d’abord, un grand merci à vous pour ce site clair et très utile !

    Vous avez mis entre guillemets la définition qui présente la raison comme « l’ensemble des principes universels constituant l’armature logique et la source active de la pensée discursive et de l’action cohérente ». Pouvez-vous m’indiquer d’où vient cette définition ?

    Merci par avance.

  22. Simone MANON dit :

    Je crois que j’ai relevé cette formule dans un manuel et c’est pourquoi je l’ai mis entre guillemets mais je ne me souviens plus de la source, c’est aussi pourquoi je ne l’ai pas indiquée.

  23. caroline dit :

    Je souhaitais simplement vous remercier pour ce cour mit en ligne. Ma première heure de philosophie ne m’a pas paru simple mais grâce à vous je comprend mieux. Néanmois je me permet de vous demander de l’aide sur cette question. Nous travaillons sur Descartes première parite du Discours de la méthode, le premier paragraphe (j’avoue avoir lu aussi le second). La question est: Pourquoi y a t-il une différence entre les esprits? Ainsi en citant Descartes « la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raissonbles […] nous conduisont nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses ». En clair l’on doit distinguer la raison dite universel de l’esprit; car l’esprit « englobe » la raison et posséde un sens plus large. L’esprit c’est aussi la mémoire, la sensibilité et l’imagination qui eux selon leurs dévellopement plus ou moins fort nous fait choisir « diverses voies ». Ceci vous semble une raison correct? (Escusez moi pour l’orthographe, ce n’est pas mon point fort.)

  24. Simone MANON dit :

    Vous avez un commentaire de la première partie du Discours de la méthode sur ce blog dans lecture suivie. Vous y trouverez la réponse à votre question.

  25. someone dit :

    Bonjour Madame,

    En ce moment nous parlons des limites de l’imagination en cours. Nous avons d’abord abordé Hume pour lequel l’imagination est illimitée au sens où les associations et combinaisons possibles de l’imagination sont infinies mais limitée parce que le « fond » de ce que l’on imagine provient toujours de l’expérience. Ensuite, nous avons étudié la Critique de la raison pure de Kant, et là nous avons montré que l’imagination transcendantale qui nous permet de connaître est limitée à ce qui se donne dans le temps et dans l’espace. Mais si l’on ne peut pas tout connaître (noumènes…), on peut tout penser donc tout imaginer?? Si ce n’est pas sur le plan de la connaissance, est-ce que là on est capable de tout imaginer? le cours n’est pas très clair sur ce point… Pourriez-vous m’éclairer?

    Merci bien,
    Bon WE

  26. Simone MANON dit :

    Nous sommes capables de penser (#connaître) c’est-à-dire de nous faire une Idée de ce qui ne correspond pas à une intuition sensible mais qu’il s’agisse d’une représentation de la raison à laquelle ne correspond aucun objet donné dans l’expérience (une Idée) ou d’une image, le pouvoir de représentation de l’esprit est, chez Kant, limité par les structures de cet esprit.

  27. someone dit :

    Déjà merci pour votre réponse si rapide,
    Mais où est alors la frontière entre ce qui peut être représenté ou non? Et quelles sont ces limites de l’esprit que vous évoquez?
    Merci,
    Bonne soirée.

  28. Simone MANON dit :

    La théorie kantienne de la connaissance est résumée dans le cours sur l’expérience est-elle le fondement de la connaissance.
    Exemple de limite: les formes de la sensibilité (le temps et l’espace) rendent impossible la représentation de quoi que ce soit hors de l’espace.

  29. Kamta Sabang André dit :

    Bonjour Madame, il m’est arrivé bien de foi de discuter avec mes camarades au sujet de l’existence d’une raison animale. en effet, ils s’appuient sur certains comportements,semblant être bien réfléchis, qu’on observe parfois chez l’animal par exemple un chimpanzé qui rend service à son maître. J’essais de fois de les convaincre que ces agissements animals sont instinctifs, mais les arguments me manquent pour soutenir mon point de vue. puissiez-vous me tendre la perche?

  30. Simone MANON dit :

    Vous pouvez trouver des arguments dans les articles suivants:
    Instinct-intelligence; Descartes et la question du langage; peut-on parler d’un langage animal, le propre de l’homme en question. Pourrait-on distinguer un automate fait à la ressemblance d’un homme ….etc.

  31. Françoise dit :

    Une nouvelle fois, merci pour ce blog qui m’apporte beaucoup. Je n’ai (malheureusement) plus dix-huit ans mais je suis toujours « brouillon », débordante de vitalité…
    Je lis avec admiration certains commentaires d’élèves adolescents qui me rassurent. Ils veulent penser par eux-mêmes.
    Vos écrits me permettent de me canaliser, d’organiser ma pensée, même si je revendique, aujourd’hui encore plus, le droit à la liberté d’expression.
    Je crois que j’ai évolué dans la rédaction de mon blog. J’essaie de donner à réfléchir à mes lecteurs à un niveau plus « quotidien ».
    Merci encore une fois pour le travail que vous nous offrez. J’aime l’idée d’offrande de l’enseignant. Merci.

  32. Simone MANON dit :

    Vous avez bien raison de dire »certains commentaires d’adolescents » car il y en a tant d’autres qui prennent les professeurs du net pour des larbins et qui de plus ne supportent pas qu’on le leur dise. En général je n’approuve pas les commentaires en question, mais ils donnent plutôt envie d’arrêter là l’expérience.
    Bonne poursuite dans votre aventure.

  33. Estanges dit :

    Bonjour,
    J’ai été particulièrement intéressé par votre approche de la Raison comme objet de connaissance (B/). Mais je me pose des questions, notamment concernant la notion de passion, soulevée à la fin du paragraphe, et ne suis pas sûr d’avoir bien compris.
    Vous faites la distinction entre raison entendue comme principe d’explication et comme principe justificatif.
    A la raison comme principe de justification s’opposerait l’aberrant, le déraisonnable, et est-ce alors l’irrationnel qu’il convient d’opposer à la raison comme principe d’explication?
    Qu’est-ce réellement que la raison comme principe explicatif et la raison au sens de principe justificatif?
    Par ailleurs, le déraisonnable s’inscrit dans une « logique passionnelle », tandis que ce n’est pas le cas pour l’irrationnel, qui relève de l’erreur de méthode pure (n’est-ce pas?). Est-ce à dire alors que la logique passionnelle est incompatible avec ce qui est « sans raison » au sens de raison comme principe d’explication? (on pourrait alors par exemple haïr (car passionnel) le déraisonnable et non l’irrationnel?)
    Je suis un peu perdu, et pourtant cette question me semble capitale!
    Merci!

  34. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je ne suis pas sûre de bien comprendre ce que vous dîtes, en particulier votre dernière phrase.
    L’irrationnel est de manière générale ce qui est étranger ou contraire à la raison, celle-ci étant entendue à la fois comme faculté de combiner des concepts et des propositions et comme faculté de juger.
    Il faut distinguer l’usage de la raison dans les sciences et dans celles-ci, son usage dans les sciences formelles et dans les sciences empirico-formelles.
    Ces dernières ont vocation à expliquer les phénomènes. Expliquer consiste à lier un phénomène A à un phénomène B selon une loi. On dit alors que l’un est cause de l’autre.
    L’exercice de la raison n’est pas épuisé par son usage logique et scientifique. Elle a aussi un usage pratique et on la mobilise pour justifier nos décisions et nos conduites.
    Ex: je vais voter pour tel candidat parce que je juge son programme plus crédible qu’un autre.
    Ex: Je ne fais pas cela parce que je ne le dois pas.
    Ici, il ne s’agit plus d’expliquer mais de justifier (énonciation de la norme morale à laquelle je me réfère ou bien des raisons personnelles au nom desquelles ma volonté se détermine).
    L’expérience montre que les hommes ne peuvent pas toujours dire pourquoi ils ont commis tel acte ou alors qu’ils donnent des justifications que la raison commune ne peut pas reconnaître. On parle alors d’irrationalité, de comportement insensé, aberrant, déraisonnable, absurde etc.
    De tels comportements peuvent néanmoins s’expliquer: la psychanalyse par exemple se propose d’exhiber la causalité insconsciente d’un acte que la conscience ne peut pas comprendre.
    De tels comportements sont la plupart du temps justifiés par leurs auteurs. Ils utilisent leur raison pour établir qu’ils ont raison d’agir ainsi alors même que la raison commune les condamne. C’est le cas du criminel norvégien qui a écrit des milliers de pages pour fonder le massacre qu’il a préparé minutieusement.
    On parle alors de logique passionnelle. Le sujet n’utilise pas sa raison pour examiner la valeur de ses motifs afin de parvenir à une conclusion susceptible d’être reconnue par d’autres êtres de raison. La conclusion est posée d’avance par la passion, le désir ou l’intérêt, la raison étant mobilisée à leur service. La raison a perdu sa capacité de s’exercer de manière autonome ou libre, elle est aliénée.
    En espérant avoir un peu clarifié les choses.
    Bien à vous.

  35. Estanges dit :

    C’est à présent limpide pour moi. Merci pour ces explications incroyablement claires!
    Cordialement,
    A. Estanges

  36. Marie dit :

    Bonjour,
    Merci pour vos cours, qui sont très intéressants. J’ai du mal à comprendre la partie sur l’ordre selon Lalande: « assimilation des choses à l’esprit, assimilation des esprits entre eux, assimilation de l’esprit à lui même » … Pourriez-vous s’il vous plait m’en dire davantage?
    merci d’avance, Marie

  37. Simone MANON dit :

    Bonjour
    1) assimilation des choses à l’esprit: La science s’efforce de rendre le réel transparent à l’esprit grâce à la conceptualisation et à l’énoncé des lois régissant les phénomènes. Elle met en ordre le réel de telle sorte qu’elle puisse s’y reconnaître, comme on dit. C’est-à-dire de telle sorte qu’elle puisse le réduire à l’exigence d’ordre qui caractérise la raison. Cf. La formule d’Anaxagore: « d’abord était le chaos, puis vint la raison qui mit tout en ordre ».
    2) assimilation des esprits entre eux: La pensée rationnelle a ceci de spécifique qu’elle fait l’accord des esprits. Une vérité scientifique ne se caractérise pas par un arbitraire personnel ou une particularité subjective. Elle a valeur objective au sens où tous les membres de la cité scientifique en reconnaissent la validité. Dès lors que dans le travail de la pensée, les hommes se soumettent aux principes rationnels, ils découvrent que la vérité rationnelle ne relève ni de toi, ni de moi mais de nous.
    3) assimilation de l’esprit à lui-même: L’exigence d’ordre propre à la raison n’opère pas seulement entre l’esprit et le réel et entre les esprits entre eux, elle opère aussi au sein de l’esprit lui-même en lui imposant la règle de la cohérence interne. Il s’agit d’éviter, dans son discours et d’une manière générale dans ses pensées, la contradiction. On rejoint ainsi la troisième maxime du sens commun énoncée par Kant: « penser toujours en accord avec soi-même ».http://www.philolog.fr/kant-lethique-de-la-pensee/
    Bien à vous.

  38. loo dit :

    Bonjour,
    Avant toute chose je tiens à vous encourager et à vous féliciter.
    Vous encourager pour poursuivre ce blog et toutes vos belles initiatives (malgré ces ados piqueurs de bonnes idées) et vous féliciter pour la qualités de vos explicatifs. J’ai presque 50 ans et décide de reprendre mes études. Je fais une licence de philo, bien qu’assez inquiète quant à l’aboutissement de celle-ci, mais si passionnée que…
    Encore merci pour vos cours.
    Cordialement.
    Loo

  39. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Merci pour ce sympathique message et tous mes vœux d’épanouissement dans vos études.
    Bien à vous.

  40. sy dit :

    bonjour
    pouvez vous m’expliquer le concept de raison,passion et plaisir ce qui les différencies
    merci,

  41. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Peut-être ignorez-vous qu’il existe des dictionnaires. Il serait temps de l’apprendre!
    Bien à vous.

  42. En quoi consiste la raison? Elle est la principale force de l’homme.

  43. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je ne crois pas qu’il y ait sens à dire que la raison est la principale force de l’homme.
    D’une part parce qu’elle n’est pas une faculté immédiatement en possession d’elle-même. Elle doit être développée par une éducation exigeante dont l’enjeu serait de promouvoir son exercice autonome. Or rien n’est plus utopique qu’un tel projet, l’inflation de fait des usages sophistiques de la raison en témoignant éloquemment.
    D’autre part parce qu’elle ne fait guère le poids dans la détermination des conduites humaines, les désirs, les passions, les intérêts étant autrement plus puissants.
    Cf. Auguste Comte: « La raison n’a que la lumière, il faut que l’impulsion vienne d’ailleurs ».
    Bien à vous.

  44. Philippe Guénin dit :

    Bonjour,
    Connaissez-vous la référence de la citation d’Aristote que vous donnez ici « l’homme est un animal raisonnable », je n’arrive pas à la trouver, est-ce dans la « Métaphysique »?
    Bien cordialement.
    Philippe Guénin

  45. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La formule canonique: zôon politikon kai logon echôn (l’homme est un animal politique et qui possède la raison ou la parole) se trouve dans les Politiques I ou bien Politiques, VII, Seul l’homme a une raison. Dans les Ethiques aussi vous la trouverez etc.
    http://www.philolog.fr/lhomme-est-par-nature-un-animal-politique-aristote/

    Bien à vous.

  46. Maxime dit :

    Bonjour,
    J’ai l’impression (et surement par manque de connaissance) que la philosophie prise les sensations à la raison ou même à la pensée plus généralement. Que le domaine de la sensation est délaissé aux poètes quand la philosophie se borgne à la raison, parce qu’elles peuvent être modifiées, erronées, nous tromper, etc.
    Mais n’est-ce pas une étude aussi difficile que celle de la pensée, de savoir sentir ? De sentir se sentir, de plonger dans l’essence de nous même, et de peut être se redécouvrir. D’exister sans savoir pourquoi, sans régresser mais non plus sans se donner de fausses raisons.

    Je sais que l’on distingue la poésie de la philosophie mais il y a-t-il pour autant une barrière entre ces deux discipline ? Ne peuvent-elles fonctionner main dans la main ? Même si elle ne repose pas sur les mêmes principes ? On voit bien souvent des philosophes citer des poètes; des poètes citer des philosophes.
    Peut-être pourriez vous me conseiller quelques auteurs, quelques lectures. En vous remerciant d’avance.

  47. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La sensation pure est une abstraction car « sentir n’est pas sentir, sentir c’est savoir qu’on sent et savoir qu’on sent, c’est percevoir » disait Alain.http://www.philolog.fr/la-perception-peut-elle-seduquer/
    La question de la sensation est une question fondamentale en philosophie. Je vous conseille Michel Malherbe: Trois essais sur le sensible. Vrin, 1998. Dans la collection corpus, GF Flammarion, La sensation. Vous y trouverez une bibliographie détaillée.
    Voyez aussi https://noesis.revues.org/1492?file=1
    Bien à vous.

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