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Magritte. La condition humaine. 1933.

 

 Cf.Dissertation.

 « C'est, en effet, l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l'esprit ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Etoiles, enfin la genèse de l'Univers.

Or apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance (c'est pourquoi même l'amour des mythes est, en quelque manière amour de la Sagesse, car le mythe est un assemblage de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c'est qu'évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire. Et ce qui s'est passé en réalité en fournit la preuve ; presque tout toutes les nécessités de la vie, et les choses qui intéressent son bien-être et son agrément avaient reçu satisfaction, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Je conclus que, manifestement, nous n'avons dans notre recherche, aucun intérêt étranger. Mais de même que nous appelons libre celui qui est à lui-même sa propre fin et n'existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit une discipline libérale, puisque seule elle est à elle-même sa propre fin ».

                                       Aristote. Ethique à Nicomaque.
 
 
 « Il n'est point de connaissance qui soit superflue et inutile de façon absolue et à tous égards, encore que nous ne soyons pas toujours à même d'en apercevoir l'utilité. - C'est par conséquent une objection aussi mal avisée qu'injuste que les esprits superficiels adressent aux grands hommes qui consacrent aux sciences des soins laborieux lorsqu'ils viennent demander: à quoi cela sert-il ? On ne doit en aucun cas poser une telle question quand on prétend s'occuper de science. A supposer qu'une science ne puisse apporter d'explication que sur un quelconque objet possible, de ce seul fait son utilité serait déjà suffisante. Toute connaissance logiquement parfaite a toujours quelque utilité possible : même si elle nous échappe jusqu'à présent, il se peut que la postérité la découvre. - Si en cultivant les sciences on n'avait jamais mesuré l'utilité qu'au profit matériel qu'on pourrait retirer, nous n'aurions pas l'arithmétique et la géométrie. Aussi bien notre intelligence est ainsi conformée qu'elle trouve satisfaction dans la simple connaissance, et même une satisfaction plus grande que dans l'utilité qui en résulte. »
                                Emmanuel Kant.
 
 
   « Si nous n'étions pas troublés par la crainte des phénomènes célestes et de la mort, inquiets à la pensée que cette dernière pourrait intéresser notre être, et ignorants des limites assignées aux douleurs et aux désirs, nous n'aurions pas besoin d'étudier la nature »
 Epicure, Maxime fondamentale, XI
 
 « Celui qui ne connaît pas à fond la nature de l'univers mais se contente de conjectures mythologiques, ne pourra pas se délivrer de la crainte qu'il éprouve au sujet des choses les plus importantes, de sorte que, sans l'étude de la nature, il n'est pas possible d'avoir des plaisirs purs. »
                               Epicure, Maxime fondamentale, XII.
 
 
 « Le Temple de la Science se présente comme une construction à mille formes. Les hommes qui le fréquentent ainsi que les motivations morales qui y conduisent se révèlent tous différents. L'un s'adonne à la Science dans le sentiment de bonheur que lui procure cette puissance intellectuelle supérieure. Pour lui la Science se découvre le sport adéquat, la vie débordante d'énergie, la réalisation de toutes les ambitions. Ainsi doit-elle se manifester! Mais beaucoup d'autres se rencontrent également en ce Temple qui, exclusivement pour une raison utilitaire, n'offrent en contrepartie que leur substance cérébrale! Si un ange de Dieu apparaissait et chassait du Temple tous les hommes qui font partie de ces deux catégories, ce Temple se viderait de façon significative mais on y trouverait encore tout de même des hommes du passé et du présent. Parmi ceux-là nous trouverions notre Planck. C'est pour cela que nous l'aimons.
   Je sais bien que, par notre apparition, nous avons chassé d'un coeur léger beaucoup d'hommes de valeur qui ont édifié le Temple de la Science pour une grande, peut-être pour la plus grande partie. Pour notre ange, la décision à prendre serait bien difficile dans grand nombre de cas. Mais une constatation s'impose à moi. II n'y aurait eu que des individus comme ceux qui ont été exclus, eh bien le Temple ne se serait pas édifié, tout autant qu'une forêt ne peut se développer si elle n'est constituée que de plantes grimpantes! En réalité ces individus se contentent de n'importe quel théâtre pour leur activité. Les circonstances extérieures décideront de leur carrière d'ingénieur, d'officier, de commerçant ou de scientifique. Mais regardons à nouveau ceux qui ont trouvé grâce aux yeux de l'ange. Ils se révèlent singuliers, peu communicatifs, solitaires et malgré ces points communs se ressemblent moins entre eux que ceux qui ont été expulsés. Qu'est-ce qui les a conduits au Temple? La réponse n'est pas facile à fournir et ne peut assurément pas s'appliquer uniformément à tous. Mais d'abord en premier lieu, avec Schopenhauer, je m'imagine qu'une des motivations les plus puissantes qui incitent à une oeuvre artistique ou scientifique, consiste en une volonté d'évasion du quotidien dans sa rigueur cruelle et sa monotonie désespérante, en un besoin d'échapper aux chaînes des désirs propres éternellement instables. Cela pousse les êtres sensibles à se dégager de leur existence personnelle pour chercher l'univers de la contemplation et de la compréhension objectives. Cette motivation ressemble à la nostalgie qui attire le citadin loin de son environnement bruyant et compliqué vers les paisibles paysages de la haute montagne, où le regard vagabonde à travers une atmosphère calme et pure, et se perd dans les perspectives reposantes semblant avoir été créées pour l'éternité.
 A cette motivation d'ordre négatif s'en associe une autre plus positive. L'homme cherche à se former de quelque manière que ce soit, mais selon sa propre logique, une image du monde simple et claire. Ainsi surmonte-t-il l'univers du vécu parce qu'il s'efforce dans une certaine mesure de le remplacer par cette image. Chacun à sa façon procède de cette manière, qu'il s'agisse d'un peintre, d'un poète, d'un philosophe spéculatif ou d'un physicien. A cette image et sa réalisation il consacre l'essentiel de sa vie affective pour acquérir ainsi la paix et la force qu'il ne peut pas obtenir dans les limites trop restreintes de l'expérience tourbillonnante et subjective. »
                   Einstein, Discours prononcé à l'occasion du soixantième anniversaire de Max Planck.
 
   « J'ai ramassé cette explication dans la rue en entendant un homme du peuple qui disait: « Il n'a reconnu » ; je me suis demandé à. ces mots ce que le peuple entend au fond par connaissance ; que cherche-t-il quand il la demande? Rien que ceci : ramener quelque chose d'étrange à quelque chose de CONNU. Nous, philosophes, que mettons-nous de plus dans ce mot? Le connu, c'est-à-dire les choses auxquelles nous sommes habitués, de telle sorte que nous ne nous étonnons plus ; nous y mettons notre menu quotidien,une règle quelconque qui nous mène, tout ce qui nous est familier... Eh quoi? notre besoin de connaître n'est-il pas justement notre besoin de familier ? le désir de trouver, parmi tout ce qui nous est étranger, inhabituel, énigmatique, quelque chose qui ne nous inquiète plus ? Ne serait-ce pas l'instinct de la peur qui nous commanderait de connaître? Le ravissement qui accompagne l'acquisition de la connaissance ne serait-il pas la volupté de la sécurité retrouvée ? ... »
                        F. Nietzsche. Le Gai savoir, Livre V, § 355.

 

  «  Peut-être ne comprendra-t-on pas tout de suite ce que j'entends par « la volonté foncière de l'esprit ». Qu'on me permette une explication. Cette chose impérieuse que le vulgaire appelle « l'esprit » veut dominer et se sentir le maître au-dedans et autour de soi ; il a la volonté de ramener la multiplicité à la simplicité, de ligoter, de dompter, de dominer, une volonté vraiment souveraine. Ses besoins et ses facultés sont les mêmes que les physiologistes constatent chez tout ce qui doit vivre, croître et multiplier. L'aptitude de l'esprit à s'approprier ce qui lui est étranger se manifeste dans un penchant prononcé à assimiler le neuf à l'ancien, à simplifier le complexe, à ignorer ou à écarter ce qui est absolument contradictoire; c'est ainsi que dans tout ce qui est en dehors de lui il souligne arbitrairement certains traits, les met en valeur, les falsifie à sa convenance. Ce qu'il cherche, c'est à s'incorporer de nouvelles expériences, à ranger les faits nouveaux à l'intérieur de séries anciennes, il cherche, somme toute, à s'accroître; plus précisément à se sentir croître, à sentir sa force accrue. Ce même vouloir trouve aussi un appui dans un instinct de l'esprit qui semble tout opposé : une résolution brutale et soudaine d'ignorer, de s'isoler, de fermer ses fenêtres, un déni intime opposé à ceci ou à cela, un refus de se laisser approcher, une attitude de défense à l'endroit de ce qu'on pourrait savoir, un parti pris de laisser certaines choses dans l'ombre, de boucher l'horizon, d'ignorer délibérément; tout cela nécessaire à l'esprit, d'une nécessité qui varie selon le degré de sa force d'assimilation, de sa « capacité digestive », pour parler en image; et de fait c'est à un estomac que l'esprit ressemble le plus. Il faudrait encore faire entrer en ligne de compte la volonté qu'a l'esprit de se laisser abuser à l'occasion, peut-être avec le soupçon malicieux que les choses ne sont pas telles qu'on le dit, mais en faisant semblant d'y croire, le goût de l'incertitude et de l'équivoque, le plaisir délicieux qu'on prend à se confiner volontairement dans un petit coin bien caché, le goût de voir les choses de trop près, sans recul, en surface seulement, de les voir grossies, diminuées, décalées, embellies, la délectation intime que l'on goûte à cette manifestation arbitraire de puissance. Il faut enfin compter ici avec cette propension un peu suspecte de l'esprit à duper d'autres esprits et à porter des masques en leur présence; il faut tenir compte de cette pression, de cette poussée continuelle d'une force créatrice, habile à modeler comme à métamorphoser; l'esprit jouit ici de la multiplicité de ses masques et de son astuce, il goûte aussi le sentiment d'être en sécurité - ces talents de Protée sont ceux qui le défendent et le dissimulent le mieux. Cette volonté-là, qui recherche la pure apparence, la simplification, le masque, le manteau, bref le superficiel, car tout ce qui est superficiel est un manteau, agit à l'opposé du sublime instinct qui pousse l'homme à connaître, à voir, à vouloir voir les choses à fond, dans leur essence et leur complexité; il y a là une sorte de cruauté de la conscience et du goût intellectuels que tout penseur courageux discernera en lui pourvu qu'il ait, comme il convient, assez longuement aiguisé et endurci le regard qu'il porte sur lui-même et qu'il se soit accoutumé à user d'une stricte discipline et d'un langage rigoureux. Il dira alors «Il y a de la cruauté dans le penchant essentiel de mon esprit. » Les gens vertueux et aimables auront beau tâcher de l'en dissuader. De fait, il serait plus aimable de nous attribuer, de nous imputer, de vanter en nous, au lieu de la cruauté, quelque chose comme un excès de sincérité - nous libres et très libres esprits. Et telle sera peut-être un jour notre gloire posthume. En attendant - car il se passera du temps jusqu'alors - nous serions peut-être moins tentés que personne de nous parer de ce clinquant verbal, de ces falbalas de style moraux; tout notre effort antérieur nous a justement rendu odieux ce mauvais goût et son exubérance joviale. Ce sont de beaux mots chatoyants, cliquetants, solennels, que ceux de probité, d'amour du vrai, d'amour de la sagesse, de sacrifice à la connaissance, d'héroïsme du vrai; il y a en eux de quoi nous gonfler d'orgueil. Mais quant à nous, ermites et marmottes, il y a beau temps que nous sommes persuadés dans le secret de nos consciences d'anachorètes, que tout ce faste verbal qu'on vénère n'est rien, lui non plus, que défroque mensongère, parure abusive, poudre d'or frelatée dont se pare l'inconsciente vanité humaine et que, même sous cette peinture flatteuse, sous cette couche de fard, il faut reconnaître et mettre en lumière l'effroyable texte primitif de l'homo natura. Réintégrer l'homme dans la nature, triompher des nombreuses interprétations vaines et fumeuses qui ont été griffonnées ou barbouillées sur ce texte primitif éternel, obtenir que dorénavant l'homme endurci par la discipline scientifique adopte devant l'homme tel qu'il est à présent la même attitude que devant l'autre nature; qu'il ait le regard intrépide d'un Oedipe et les oreilles bouchées d'un Ulysse, qu'il soit sourd aux appeaux des vieux oiseleurs métaphysiques qui trop longtemps lui ont seriné « Tu es mieux que cela, tu es plus grand, tu as une autre origine », - c'est une tâche qui peut sembler étrange et folle, mais c'est une tâche, qui pourrait le nier? [...] »

                                    Nietzsche, Par delà le bien et le mal, §230.
 
 Questions :
 
1)      Explicitez la thèse de chaque texte au brouillon. 
2)      Utilisez ce travail pour élaborer une introduction détaillée de la dissertation : pourquoi les hommes s'efforcent-ils de connaître ?

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2 Réponses à “Pourquoi les hommes s'efforcent-ils de connaître? Textes.”

  1. Cédric dit :

    Pourquoi les hommes s’efforcent-ils de connaître ?

    Et pourquoi ce pourquoi ?

    Et pourquoi je me demande pourquoi cette question ?

    Mais pourquoi ce dernier pourquoi ?

    Etc.

    Poser une question, c’est ignorer la réponse.

    Quand la question ne se pose pas ou plus, c’est que la réponse nous habite déjà ou enfin !

    A tous les ‘pourquoi’, une seule vraie réponse en forme de sourire : Parce que nous sommes ce que nous sommes.

    Et habité des réponses, enfin pouvoir regarder sans penser.

  2. Anonyme dit :

    ^ Ce que Cedric dit est completement stupide.

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