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Présentation de Platon.

 

« Si mon âme était d’or, Calliclès, ne crois-tu pas que je serais bien aise de trouver une de ces pierres avec lesquelles on éprouve l’or, la meilleure pour en approcher mon âme, de façon que si elle me confirmait que mon âme a été bien soignée, je fusse assuré que je suis en bon état et que je n’ai plus besoin d’aucune épreuve » Gorgias [1]486 d.

 

 

I)                   Une jeunesse à la croisée des chemins.

 

Platon est né en 428 ou 427 avant Jésus-Christ à Athènes ou à Egine d’une famille aristocratique. Tout le destine à l’exercice de la magistrature :

 

 

   Mais tout contribue aussi à contrarier cet « heureux naturel » : En effet, il grandit dans une période très troublée politiquement. La guerre du Péloponnèse ruine les cités dans des combats fratricides et précipite le déclin d’Athènes. En 404 av.J-C. Sparte victorieuse d’Athènes lui impose le Gouvernement des Trente Tyrans dont font partie Critias et Charmide, proches parents de Platon. En 403, Thrasybule renverse l’oligarchie et rétablit la démocratie.

   Le jeune Platon sait d’emblée qu’il ne sera pas un acteur de cette histoire là :

   « Moi qui avais commencé par être plein d’un immense élan vers la participation aux affaires publiques, je finis alors, en portant mes regards sur ces choses et en considérant que tout allait à vau- l’eau, par être pris de vertige et par être incapable désormais de me détacher de l’examen des moyens grâce auxquels pourrait bien se produire un jour une amélioration ». Lettre VII. [2]

La figure centrale qui cristallise le drame platonicien se nomme Socrate.

 

II)                Le moment Socrate : la fidélité du cygne.

 

   Platon l’a rencontré aux alentours de sa vingtième année et se lie neuf ans durant à ce personnage atypique dont les paradoxes déstabilisent les plus solides assurances. Son « démon », dit-il, le détourne de participer aux affaires publiques mais dans le même temps, il revendique le privilège d’être « un des rares athéniens, pour ne pas dire le seul, qui s’attache au véritable art politique » (Gorgias [1]521d.). Il affirme aussi qu’il vaut mieux subir l’injustice que la commettre, que nul n’est méchant volontairement, et il invite ses concitoyens à prendre soin de leur âme afin de se conduire avec justice dans la vie publique et dans la vie privée.

   Platon a la révélation de lui-même. L’exhortation socratique, essentiellement morale, a trouvé son disciple.

   Pour dire cette rencontre miraculeuse, Diogène Laërce rapporte une légende : la nuit précédant l’arrivée de Platon dans son cercle habituel, Socrate vit en songe un cygne qui s’assit sur ses genoux et se couvrit de plumes avant de s’envoler. Le lendemain, il reconnut dans le nouveau venu, l’oiseau qu’il avait aperçu en rêve.

   Ainsi, alors que le Gorgias [1]met en scène la rencontre ratée : Socrate-Calliclès et creuse avec une radicalité exemplaire l’antinomie de deux choix de vie, l’existence de Platon incarne la rencontre réussie. D’un côté, avec les sophistes, la liquidation de l’absolu des valeurs et son cortège de désordres : prestige des faux-semblants, toute puissance des intérêts mondains, déchéance du logos, dégradé dans l’habileté rhétorique en  une vulgaire technique de pouvoir ; de l’autre la volonté de servir les exigences de l’esprit comme une fin en soi.

   Platon a choisi Socrate. Mais la mort inique du juste condamné en 399 av. J-C. à boire la ciguë impose de reconsidérer les termes de l’action politique. Il comprend qu’un long détour s’impose et ce détour s’appelle philosophie. « Platon n’est venu en fait à la philosophie que par la politique et pour la politique, écrit Monseigneur Diès (…). La philosophie ne fut originellement pour Platon, que de l’action politique entravée, et qui ne se renonce que pour se réaliser plus sûrement ».

   Pour l’heure, il quitte Athènes pour effectuer semble-il une série de voyages (en Egypte, en Cyrénaïque et en Italie).

   Il compose pendant cette période les Dialogues dits de jeunesse, consacrés à l’illustration et à la défense de Socrate : Hippias mineur, Alcibiade, Apologie de Socrate, [3] Euthyphron, Criton, Hippias majeur, Charmide, Lachès, Lysis, Protagoras, Gorgias, Ménon.

 

III)             Syracuse ou les déboires d’Alphée.

 

   Son voyage en Italie est l’occasion de la première expérience sicilienne. Invité à la cour de Denys I, tyran de Syracuse, Platon nourrit l’espoir de réconcilier la philosophie et la politique car : « Les races humaines ne verront pas leurs maux cesser, avant que, ou bien ait accédé aux charges de l’Etat la race de ceux qui pratiquent la philosophie droitement et authentiquement, ou bien que, en vertu de quelque dispensation divine, la philosophie soit réellement pratiquée par ceux qui ont le pouvoir dans les Etats » Lettre VII. [2]

   La déconvenue est à la dimension des espérances. Les fastes de la table syracusaine, la licence des mœurs, la nature du régime lui inspirent de sévères jugements. Platon se lie d’amitié avec Dion, le beau-frère de Denys. Mais bientôt déclaré indésirable il rentre précipitamment à Athènes.

   Son action sur le réel sera donc indirecte. Il décide de fonder l’Académie (387), institution destinée à former des hommes capables de redresser le gouvernement des Etats.

   Pendant une vingtaine d’années, il assume ses fonctions à la tête de son école et écrit les Dialogues dits de la maturité : Phédon, Phèdre, Le Banquet, Ménexène, Euthydème, Cratyle, et commence la rédaction de La République. [4]

   En 367, Denys meurt. Son fils Denys II lui succède. L’espoir platonicien d’unir la politique et la sagesse renaît. Encouragé par Dion, Platon retourne en Sicile pour former et conseiller le jeune homme.

   Mais comme Alphée, il ne rencontre que les caprices d’Aréthuse*. L’attitude du personnage de Calliclès illustre assez bien l’attitude de Denys à l’égard de la philosophie : pur divertissement de jeunesse, vernis culturel utile au prestige de la Cour ou aux intérêts narcissiques, maîtrise dialectique susceptible de conférer une puissance accrue aux desseins du pouvoir.

   L’aventure se termine mal. Denys exile Dion, fait prisonnier Platon et finalement le laisse repartir.

   De retour à Athènes, Platon compose les grands Dialogues métaphysiques : Parménide, Théétète, La Politique, Philèbe.

   Six ans après, en 361, Denys fait de nouveau appel à Platon. Les amis du philosophe (Dion toujours en exil, Archytas de Tarente) le pressent d’accepter l’invitation. Malgré ses réticences, Platon effectue le voyage, aussi désastreux que les deux premiers.

  La fin de sa vie est assombrie par ces échecs, en particulier par le destin tragique de Dion.

   Il ne renonce pas à l’idéal de La République, [4] mais il rédige Les Lois, ouvrage inachevé, où il s’efforce de prendre en considération les contraintes du réel. Il écrit aussi Timée et Critias.

   Il meurt en 347 ou 348 à l’âge de quatre-vingts ans.

 

 

* Alphée, dieu d’un fleuve du Péloponnèse, était comme tous les fleuves fils d’Océan et de Téthys. Il tenta, sans succès, de séduire Artémis (Diane) et les Nymphes Pour obtenir les faveurs d’Aréthuse, une servante d’Artémis, il se fit comme elle chasseur. Elle lui échappa et s’enfuit dans l’île d’Ortygie qui se trouve au milieu du port de Syracuse et fut changée en source.