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la jeune fille à la perle. Vermeer. 1565.1566. Mauristhuis. La Haye.  

  

«  Pour ma part, je dis que cette chose est libre qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et contrainte cette chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une modalité précise et déterminée. [...]

     Vous voyez donc que je ne situe pas la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.

 

   Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu'elle continue de se mouvoir, sache et pense qu'elle fait tout l'effort possible pour continuer de se mouvoir, Cette pierre, assurément, puisqu'elle n'est consciente que de son effort, et qu'elle n'est pas indifférente, croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison qu'elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d'avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. C'est ainsi qu'un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger s'il est irrité, mais fuir s'il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu'ensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une libre décision de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. Et comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne s'en libèrent pas facilement. L'expérience nous apprend assez qu'il n'est rien dont les hommes soient moins capables que de modérer leurs passions, et que souvent, aux prises avec des passions contraires, ils voient le meilleur et font le pire : ils se croient libres cependant, et cela parce qu'ils n'ont pour un objet qu'une faible passion, à laquelle ils peuvent facilement s'opposer par le fréquent rappel du souvenir d'un autre objet. »

                                          Spinoza, Lettre à Schuller, 1674.
 
 
     Métaphysiquement, la liberté, définie comme libre arbitre, s'oppose à l'idée de nécessité et de déterminisme. De fait, si tout ce qui se produit dans l'univers se produit selon l'enchaînement nécessaire des causes et des effets, il n'y a aucun sens à parler de libre arbitre. Celui-ci suppose d'admettre qu'il y a de la contingence. Ce qui a son principe dans le libre arbitre n'est pas déterminé à être ou à être ce qu'il est. Un acte procède du libre arbitre s'il met en jeu une initiative du sujet ne devant pas être conçue comme l'effet nécessaire de causes antécédentes, elles-mêmes effets nécessaires d'autres causes et ainsi à l'infini. Le libre arbitre suppose que l'auteur de l'acte s'institue cause première de celui-ci. Il commence avec lui une série de conséquences ayant son origine dans une faculté qu'on suppose être une possibilité humaine et qu'on définit comme le pouvoir de se déterminer à agir sans autre cause que la mise en oeuvre de ce pouvoir ou de cette faculté.
   D'où la définition kantienne : « J'entends par liberté, au sens cosmologique la faculté de commencer de soi-même, un état dont la causalité n'est pas subordonnée à son tour, suivant la loi de la nature à une autre cause qui la détermine quant au temps.» Kant, Critique de la raison pure, PUF, Traduction : Tremesaygues et Pacaud, p. 394.
    Cette idée de libre arbitre ne va pas du tout de soi. Spinoza, par exemple, la dénonce comme une illusion et une croyance irrationnelle.
  C'est une croyance irrationnelle car elle consiste à faire de l'homme « un empire dans un empire », un individu échappant aux lois naturelles. Or l'homme n'échappe pas aux lois du réel et comme tout ce qui existe, il est soumis à la nécessité naturelle. Il n'y a pas de contingence dans le règne de la nécessité.
   C'est une illusion car « Les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs désirs mais ignorants des causes qui les déterminent ». Si l'homme a l'impression qu'il agit « sans qu'aucune force extérieure »  l'y contraigne, comme le prétend Descartes, cela tient au fait qu'il n'a pas la connaissance des déterminismes pesant sur lui et les ignorant, ils croient qu'ils sont inexistants. En réalité, il est le jouet des mouvements du corps, eux-mêmes déterminés par les corps environnants. Ce qu'il croit être le décret de son âme est l'effet des passions. Dans la Lettre à Schuller ou dans Ethique, III, prop.II, scolie, Spinoza prend l'exemple de l'enfant, du colérique, du poltron, du bavard ou du dément. Les uns et les autres croient choisir librement ce qu'ils font. En réalité, ils agissent sous l'empire des passions. S'ils ont le sentiment qu'ils peuvent se déterminer dans un sens ou dans un autre, par exemple choisir le pire alors qu'ils voient le meilleur, c'est qu'ils sont le jouet de passions contraires dont aucune n'est assez forte pour l'emporter. Ils balancent donc entre l'une et l'autre au gré des situations, étant poussés dans une direction ou dans une autre « par le plus léger motif » Ethique, ibid.  
 
   Alors faut-il renoncer à l'idée de liberté ? Certes il faut faire le deuil de l'idée de la liberté conçue comme libre arbitre. Mais n'est-il pas possible de concevoir autrement la liberté ?
   L'intérêt de toutes les philosophies de la nécessité (stoïcisme, spinozisme, marxisme, freudisme) est d'établir qu'il est possible d'articuler l'idée de liberté et celle de nécessité. Toutes proposent donc une définition paradoxale de la liberté. Celle-ci ne s'oppose pas à la nécessité, elle est la nécessité comprise et agie en connaissance de cause. La connaissance de ce qui nous détermine nous permet de moins subir, de ruser avec ces déterminismes et d'accomplir notre nécessité propre.
   Spinoza, par exemple, affirme que la liberté ne s'oppose pas à la nécessité, elle s'oppose à la contrainte. Libre, l'être agissant selon la nécessité de sa propre nature, contraint celui qui est déterminé à agir par une nécessité extérieure à la sienne.    Or tel est le cas de la nécessité passionnelle. Une passion, un affect, comme les mots l'indiquent, procèdent de l'action sur nous de quelque chose d'extérieur à nous. Agir sous l'empire des affects revient donc à subir, à agir sous la contrainte d'une nécessité extérieure à sa nécessité propre. Voilà pourquoi « l'impuissance de l'homme à gouverner et à contenir ses sentiments, je l'appelle servitude. En effet, l'homme soumis aux sentiments ne dépend pas de lui-même mais de la fortune, dont le pouvoir sur lui est tel qu'il est souvent contraint de faire le pire même s'il voit le meilleur » Ethique, IV, préface.
   Cependant la nécessité passionnelle n'est pas une fatalité. Certes il est impossible de lui échapper totalement, l'homme étant un élément du réel condamné à subir l'action des éléments avec lesquels il est en rapport. Mais « chacun a le pouvoir de se comprendre lui-même et de comprendre ses affects de façon claire et distincte, sinon totalement, du moins en partie, et il a par conséquent le pouvoir de faire en sorte d'avoir moins à les subir » Ethique, V, Prop. IV, scolie.
   Spinoza ne prétend pas ici que l'homme peut prendre une conscience claire de tout ce qu'il subit. Il annonce ainsi Freud et le thème de l'inconscient. Reste que même si ce n'est pas « totalement », il le peut « en partie ». Il y a là l'expression d'une autre nécessité, une nécessité intérieure à l'être de raison. En comprenant rationnellement, celui-ci n'agit plus selon une nécessité extérieure à son être. Il agit selon sa nécessité propre et par la compréhension rationnelle il se libère de la servitude passionnelle. Il se fait une idée adéquate de l'ordre nécessaire des choses, idée le déterminant à agir en accord avec lui.   Descartes donne un bon exemple de ce qu'explique ici Spinoza avec son témoignage relatif à l'affect suscité pendant son enfance par une petite fille qui louchait, affect dont il surprend la répétition au cours de sa vie à l'égard de personnes atteintes de la même caractéristique visuelle. En prenant conscience du mécanisme dont il semble être le jouet, (réactivation dans la vie actuelle de l'état psychosomatique lié à un événement enfantin, par la rencontre de femmes suscitant le souvenir de la petite fille aimée de l'enfance) il s'en libère.
 
 « Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c'est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu'un défaut, qui nous attire ainsi à l'amour, toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'en ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d'avoir considéré le mérite de la personne pour laquelle nous nous sentons émus ».
                                                     René Descartes, Lettre à Chanut (6 juin 1647)
 
 
   Freud rétorquerait sans doute à Descartes qu'on ne se libère pas d'un affect ou d'un pathos par la seule prise de conscience intellectuelle, reste que lui aussi propose par la cure analytique de rendre conscient un déterminisme inconscient, et par la prise de conscience de reconquérir un pouvoir sur sa vie.
 
 
 

 

 

 

 

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39 Réponses à “Liberté et nécessité. Spinoza.”

  1. Migone patrick dit :

    Encore une fois , je touche du doigt la citation de Maimonide, : » Et, c’est dans ce sens que celui qui a enseigné quelque chose à quelqu’un peut-être considéré comme ayant fait naître cette personne [...] » naître à une compréhension plus claire… Merci pour ce partage.

  2. Simone MANON dit :

    Emouvante formule de Maimonide. Je vous remercie de me la faire connaître.
    Bien à vous.

  3. blandine dit :

    Bonjour, j’ai plusieurs questions autour de Spinoza et je ne sais pas bien, ni où, ni comment les formuler, je tente quelques chose ici:

    Je trouve assez intrigant que Spinoza ne s’intéresse pas plus à notre origine… en y pensant, la thèse qu’une « force transcendante » doit être au commencement de tout, est assez attrayante. De fait, si tout dépends d’une autre cause il est nécessaire qu’il en ait une première ; car si chaque cause est indéfiniment reportée sur une seconde cela signifie qu’il n’y en a aucune et par conséquent que rien ne pourrait advenir. Cette cause première doit avoir son principe en elle-même ; elle est donc d’une autre nature (que la logique terrestre, puisque que sa cause efficiente n’est pas distincte de ce qui est produit), ce qui nous amène à penser quelle est de nature surnaturelle. Donc il y aurait deux réalités: naturelle et surnaturelle ou transcendante.

    Pour savoir si l’on peu réellement parler de Dieu, dans le sens d’une puissance surnaturelle dotée d’attributs et de fonctions spécifiques qui peuvent influencer la vie des hommes, et d’où découlerai le culte.

    Il faudrait étudier les rapports entre la cause première, la nature et les Hommes.

    D’abord il s’agit de déterminer si cette force possède une morale. Si elle agit intentionnellement cela indiquerai une finalité: la finalité permettant de discerner le bien (ce qui s’y rapproche) et le mal (ce qui s’en éloigne), c’est-à-dire une morale. Comment faire pour savoir il y a intention dans l’acte premier de la cause?

    Poser un acte créateur, fondamentalement cela nécessite un choix…. oui mais pour qu’il est un choix il est nécessaire d’avoir un certain degré de conscience… une conscience du monde. L’action se fait tjrs par rapport au monde, et à tjrs un sens par rapport à lui, ce qui peut faire penser qu’il y a bien une finalité: nous tendons tous vers un certain bien. Quand à la nature, elle cherche à se perfectionner, à s’adapter aux besoins -Darwin- donc d’avancer aussi vers un certain bien. À moins que ce soit nous qui déterminons cela comme un bien? Mais qu’est ce que c’est le bien, le bon… persévérer dans son être, ça me parait très égoïste.

    Je ne sais pas si l’on peut parler de morale, mais il y a un sens, une finalité.

    Ensuite, il faut savoir si cette force a un impact sur nous. Est ce qu’une providence existe? Du point de vue de la nature des choses, le système de Spinoza me parait très probable; chaque chose ayant une place dans l’ordre du monde. Je suis d’accord pour penser que le hasard n’existe pas vraiment. Le hasard vient du fait qu’une chose est en puissance à différents états. Un stylo peu rouler, tomber, se briser, fuir etc. très grossièrement, il suffit d’avoir un cause A pour obtenir une conséquence 1, 2 ou 3. Le hasard c’est la probabilité que tel chose arrive: s’il y a du vent mon stylo roulera probablement, tombera peut être ou même se brisera. On ne sait pas parce que nous ne possédons pas toutes les données qui permettent de prévoir les conséquences d’une cause sur une chose.
    Mais nous, sommes nous construit exactement de la même façon? Nous avons tout de même un certain contrôle, une volonté, ce n’est pas qu’illusion.

    Là se pose la question du déterminisme. Est-ce que nous possédons une « vrai » liberté de choix? C’est à dire que nous ne sommes pas uniquement le fruit d’un système de causes et effets incontrôlables. Comment puis-je être sure que mes décisions ne résultent pas inconsciemment de faits antérieurs? D’abord il semble que l’expérience du choix elle-même, le fait d’hésiter entre plusieurs choses montre que nous ne sommes pas prédéterminés. mais il est vrai que choisir ne veut pas dire que notre volonté s’exerce de façon purement arbitraire, il y a des motifs et des mobiles et nous pouvons ne pas toujours être conscient de ces dispositions. Mais même avec des motivations plus ou moins conscientes, nous avons l’expérience d’avoir à choisir! Ce n’est pas tout fait!

    Plus fondamentalement, nous pouvons voir aussi qu’il ya deux sortes d’inclinations en l’homme: sensible, portée vers le plaisir et liée à des déterminations concrètes, non libres et une inclination à une réalité absolue, sans limite… Qu’on pourrait appeler « volonté » et qui de sa nature même ne porte pas sur un objet particulier et n’est donc pas déterminée dans son passage à l’acte par sa nature. C’est à elle de se déterminer; aucun objet particulier ne la nécessite… pour cela il vaut prendre du recul vis-à-vis de ses désirs, faire preuve de tempérance et de prudence.

    Le problème de l’immanence soulève aussi la question du désir: j’ai toujours en tête l’idée platonicienne que le désir découle de notre imperfection lié au fait que nous somme le fruit d’une force transcendante et que donc nous avons (ou avons eu) une certaine connaissance de cette force puisque nous en sommes les descendants. Plus concrètement, comme le pense Freud, Lacan etc. que nous gardons en nous un souvenir de complétude lié à notre vécu de nourrisson qui une fois l’expérience de la réalité et de ses contraintes faite, nous laisse une certaine nostalgie, un manque qui nous pousse à désirer. Mais dans ce cas là, le désir vient de l’extérieur dans le sens ou il y est tjrs question de l’autre dans mon désir.

    Je ne comprends pas comment, si Dieu, la Nature est immanent, il peut y avoir du manque en l’homme. Qu’est ce que ça signifie immanent. Si l’homme est à l’origine de lui-même, il serait parfait comme un cercle platonicien. Mais l’homme dépend tjrs de l’autre pour naitre. Comment Spinoza explique cette imperfection? Est ce qu’il est juste de penser qu’il y a désir que parce qu’il y a manque?

    Toujours à propos d’immanence, je ne comprends pas bien pourquoi l’idée d’un « Dieu immanent » est elle si critiqué par l’Église? Bien sur le Dieu de Spinoza n’est pas un Dieu révélé, il est la Nature. Mais si Spinoza conçoit la substance (Dieu, la Nature) comme présent en chaque homme; cela ne veut pas dire que l’homme est Dieu. Spinoza a bien conscience que la connaissance de Dieu, la nature est difficile à atteindre; on le comprend particulièrement lorsqu’il traite des 3 niveaux de connaissance dans l’Ethique. Mais alors, qu’est ce qu’apporte la transcendance par rapport à l’immanence?

    En fait c’est parce que pour Spinoza il n’y a qu’une seule substance infinie, divine en ce sens, et ce que nous voyons sont les modes finis de cette unique substance. Sa pensée peut donc se caractérise comme un monisme? Tout ce que nous distinguons (il ne dirait pas en effet que l’homme est Dieu, mais une « manifestation ») n’est qu’une modalité de cette réalité unique. Ce n’est donc pas tant qu’il pense que Dieu est présent en l’homme, qui est critiquable, c’est que c’est la seule réalité; et de plus une réalité totalement impersonnelle (la nature) n’exprimant qu’un ordre de pure nécessité. Il n’y a pas de finalités pour lui… mais comment on peut concevoir ça… le perfectionnement de la nature, c’est une finalité!?

    Donc pour Spinoza, tout l’effort de l’homme, comme mode fini, c’est de rejoindre la compréhension de cette nécessité qui régit tout… ce qui l’appelle la sagesse? Mais est ce que ce n’est pas, un peu contradictoire avec ce caractère totalement impersonnel de la nature-divinité…?
    Alors que la transcendance signifie qu’il y a une consistance propre aux deux termes que sont la force première et l’homme. Chacun est autre que l’autre, radicalement différent, même. Certes l’homme dans son existence est créé par cette force première (qui à pour fruit la nature et les hommes) il en dépend sous ce rapport, mais comme différent de lui avec une réalité qui lui est propre. Ce qui n’est pas du tout le cas chez Spinoza. Ce rapport de transcendance peut commencer à être envisagé dès que l’on commence à reconnaître qu’il n’y a pas qu’une seule réalité. L’esprit humain sait via leurs propriétés que les choses que nous connaissons ont tous une nature propre. Elles peuvent sans doute exprimer une unité d’ordre dans leur coordination et dépendance mutuelle, mais elles sont radicalement différentes du point de vue formel. Sinon il serait impossible de rendre compte de toutes les différences substantielles que nous constatons. Ce qui semble être sur c’est qu’une pure causalité matérielle ne peut à elle seule rendre compte de cette diversité. La multiplicité des êtres nécessite une cause efficiente distincte de ce qui est produit…

    Merci pour toutes les réponses ou avis que vous m’apporterez,
    Sur ce sujet, avez-vous des lectures à me conseiller?
    Cordialement.

  4. Simone MANON dit :

    Je ne peux que vous conseiller de lire Spinoza en vous aidant d’un commentaire. Celui de Deleuze par exemple.
    Cela vous permettra de comprendre :
    qu’une philosophie de l’immanence exclut par principe l’idée de transcendance,
    que chez Spinoza le désir connote puissance d’être, non manque d’être
    que l’idée de finalité est pour lui une illusion anthropomorphique
    que l’idée de libre arbitre est une pure illusion, il n’y a que de la nécessité, les notions d’appétit, de désir, de volonté désignant le conatus rapporté soit au corps, soit à l’âme
    que Spinoza définit une éthique (avec les notions de bon et de mauvais ou d’utile) et non une morale (celle-ci implique les notions absolues de bien et de mal) etc.
    Vous pouvez exploiter sur ce blog l’article: ni rire, ni pleurer mais comprendre.

  5. blandine dit :

    vos remarques sont tres pertinantes et me permettent de mieux saisir les points que je ne maitrise pas encore. merci, je n’avais pas remarqué cet article, tres bien ecrit… je lirais le commentaire de deleuze.
    hum… un petit regret de ne pas vous avoir comme professeur!

  6. Mélissa dit :

    Bonjour Madame,

    Je tiens à vous féliciter quant au travail que vous effectuez à travers ce site, signe de votre générosité et de votre grand professionnalisme.
    Merci pour tout cela, et mes meilleurs voeux pour l’année 2011! Bonne continuation surtout.

  7. Simone MANON dit :

    Merci Mélissa et à mon tour de vous souhaiter une bonne année 2011. Réussite scolaire et épanouissement personnel.

  8. Mélissa dit :

    Merci.

  9. MAZTALERZ dit :

    Bravo pour l’ensemble de vos cours, exposés et réflexions.

    Par pitié, continuez à nous émerveiller.

    Cordialement. Jean Michel

  10. Simone MANON dit :

    Merci pour ce sympathique message.
    Bien à vous.

  11. Mathieu dit :

    Merci pour ce très bon article !

    Une question cependant : si j’ai bien compris, on est libre au sens de Spinoza lorsqu’on agit selon la nécessité de sa nature, et on « subit » moins si on parvient à trouver les causes qui nous déterminent nécessairement.
    Mais alors, s’il n’y a aucune contingence, Spinoza est-il fataliste ? Celui qui, séduit par les idées lumineuses de Spinoza, cherche les causes de ses passions et affects le fait également par nécessité. De même que celui qui n’y parvient pas, n’a pas le choix d’y parvenir ou non. Le fait d’adhérer à cette philosophie, ou d’y travailler du moins, n’est pas non plus une décision libre (au sens courant).

  12. Simone MANON dit :

    Non, le nécessitarisme spinoziste n’est pas un fatalisme, c’est paradoxalement une philosophie de la liberté. Pourquoi? Parce que nous avons le pouvoir, en déployant la puissance de la raison, de comprendre la nécessité des choses. Par cette aptitude, nous nous affranchissons en partie de l’aliénation passionnnelle, des idées et des désirs insensés, mais cette capacité ne se déploie pas en nous sans nous. Il s’agit d’une action, non d’une passion et nous ne la mettons pas en oeuvre parce que, selon votre expression « nous sommes séduits » par des idées ou des êtres (plan du passionnel), mais parce que nous actualisons notre nature d’être de raison.
    Par là nous agissons selon notre nécessité propre et cela change tout. Puissance libératrice de la connaissance: elle nous permet d’échapper à la contrainte de certaines causes extérieures dont l’ignorant est le jouet, elle rend possible l’intelligence de notre utile propre et donc l’expression de notre désir sous une forme heureuse. En termes spinozistes, elle nous dispose à rechercher ce qui nous augmente et à fuir ce qui nous diminue.
    Voyez le cours sur le désir.http://www.philolog.fr/le-desir-comme-puissance-detre-spinoza/

  13. Mathieu dit :

    Merci pour votre réponse.

    Mais je n’arrive toujours pas à saisir un chose : ce « pouvoir », cette « aptitude », cette « puissance de la raison », cette « capacité » de comprendre la nécessité des choses, de s’affranchir des passions n’échappe elle-même pas la nécessité. Nous, individus, l’avons ou ne l’avons pas. Non ?
    Nous actualisons notre nature d’être de raison en développant cette aptitude. Mais l’individu qui ne l’actualise pas ne le fait pas par un libre décret, de même que celui qui l’actualise. Cette « action » dont nous avons besoin pour nous affranchir de l’aliénation passionnelle semble, tel que je le comprends, échapper à la nécessité. Dit autrement, y a-t-il un moyen d’aider l' »ignorant » à ne plus l’être ? Ou sa nature est-elle d’être ignorant et de ne pas en avoir même conscience de l’être, quoi que nous lui enjoignons de faire ?

    Je lirai en tout cas avec plaisir le post que vous me suggérez.

  14. Simone MANON dit :

    Au fond, votre question revient à comprendre comment l’homme passe de la passivité ou de la servitude passionnelle à l’action ou à la liberté. Je ne peux que répondre : par une nécessité intérieure à sa nature et aussi par l’effet de causes extérieures.
    -Par une nécessité intérieure à sa nature car la raison est présente de façon structurelle dans tous les hommes. Elle est une modalité du conatus ou de l’effort pour persévérer dans son être mais il est vrai que sous ce rapport il y a une grande différence entre le sage et l’ignorant. La compréhension rationnelle est difficile et seul celui qui comprend vraiment éprouve du plaisir (=est auto-affecté positivement). Peut-être est-ce à ce niveau que la différence entre les uns et les autres se creuse, ce qui est déterminant, car il ne s’agit pas de croire que Spinoza conçoive la libération des passions comme l’effet d’un pouvoir de l’entendement (ou des représentations) sur les affects. Seul un affect peut vaincre un autre affect. Autrement dit, il faut un affect plus puissant que celui que l’on veut réduire pour avoir barre sur lui. Or c’est le cas des affects « nés de la raison ». Ils sont plus puissants que les affects passifs et c’est par leur médiation que s’opère la sortie de l’affectivité passionnelle.
    Manière de dire que lorsqu’on comprend rationnellement, on s’auto-affecte de joie, et cela est le signe qu’on exerce la puissance de notre nature. Mais les hommes n’exercent pas ordinairement cette puissance car ils vivent sous l’emprise des passions. Spinoza ne rate jamais une occasion de souligner ce fait (cette nécessité) et fustige ceux qui font profession de déplorer l’impuissance des hommes. Cf. l’article: http://www.philolog.fr/ni-rire-ni-pleurer-mais-comprendre-spinoza/

    – Par des causes extérieures : certains événements déterminent ceux qui les subissent à faire l’effort de comprendre mais aussi l’immersion dans un contexte éducatif, culturel amène certains à développer une aptitude que d’autres, dans d’autres contextes n’actualisent pas. Reste que lorsqu’on a fait l’expérience de la joie de comprendre, on ne revient plus en arrière.

    C’est l’expérience que je vous souhaite. Ainsi découvrirez-vous que la liberté va de pair avec la puissance de l’entendement et que celle-ci est la condition de la vie heureuse.

  15. Mathieu dit :

    Vraiment merci beaucoup pour prendre le temps de développer ainsi vos réponses !

    J’ai beau essayé de comprendre, je tombe toujours sur le problème suivant (qui vient peut-être d’une mauvaise définition de ma part de la nécessité (une possibilité dont la non-actualisation est impossible)) : si tout arrive par nécessité, alors le fait (ou l’action) même de comprendre l’est aussi. Autrement dit, j’étais déterminé par nécessité à parvenir à cette compréhension (puisque c’était ma nécessité intérieure).
    Dans la philosophie spiniziste, j’ai l’impression que celui qui arrive à la « liberté » s’est en quelque sorte « arraché » à un certain déterminisme, qu’il l’a surmonté. Alors qu’il n’a fait que suivre sa nécessité intérieure aidée par des causes extérieures, elles-mêmes parfaitement nécessaires. A moins que celles-ci soient contingentes. Auquel cas, je comprendrais.

  16. Simone MANON dit :

    Lorsqu’on a un problème de compréhension, la meilleure chose à faire est de lire et relire l’auteur et aussi des commentateurs autorisés.
    Ainsi comprendrez-vous que dans le système de Spinoza il n’y a pas de contingence. Tous les phénomènes sont régis par les lois naturelles. L’homme ne fait pas exception à la règle mais avec lui les choses sont plus complexes car il a la capacité de comprendre la nécessité passionnelle grâce à son entendement. Il n’est donc pas condamné à la subir. Mais ne pas subir la nécessité passionnelle ne signifie pas échapper à la nécessité car si une conduite ne relève pas de la nécessité passionnelle, elle relève de la nécessité rationnelle comme j’ai essayé de vous l’expliquer dans le dernier post.
    Il me semble que votre incompréhension tient au fait que vous confondez nécessitarisme et fatalisme.
    Bien à vous.

  17. Mathieu dit :

    Vous avez raison de me remettre à ma place.
    Effectivement, je ne parviens pas à concevoir un nécessitarisme qui ne soit pas un fatalisme. Que la nécessité soit passionnelle ou rationnelle, je ne vois pas de différence, elle reste nécessité, même si l’une semble plus « subie » que l’autre.
    Je retourne donc aux bouquins pour démêler l’écheveau.
    merci encore pour votre disponibilité et encore bravo pour ce site !

    Mathieu

  18. Aether dit :

    Chère Madame,

    Je vous réitère mes félicitations pour vos articles qui sont d’admirables synthèses pour aborder les philosophes ou des concepts particuliers d’un philosophe. Sans vouloir abuser de votre temps, je me permets de vous écrire car j’ai une question concernant Spinoza: Je n’arrive pas tout à fait réaliser comment celui-ci arrive à concilier son refus de toute contingence avec son antifinalisme? En effet, pourquoi diantre la Nature- ou Dieu- structure l’Univers de telle ou telle façon si ce n’est sans aucune intention préalable d’une part (pas de finalité), mais selon une stricte nécessité d’autre part (pas de hasard)? A la lumière de la philosophie Spinoziste, on a bel et bien l’impression de vivre dans un monde où tout est organisé, tout à une cause, mais qu’il est paradoxalement absurde puisque Dieu- Nature naturante- le fait sans aucun dessein particulier. Peut-on alors, à l’aune de notre raison, comprendre cette énigme qu’est le monde?

    Bien à vous!

    P.S : Merci encore pour le texte de Gouhier que vous m’avez indiqué, il s’est avéré particulièrement lumineux pour ma compréhension de la bonté naturelle chez Rousseau.

  19. Simone MANON dit :

    Bonjour Monsieur
    Il n’y a aucune antinomie entre le refus de l’idée de contingence et le refus du finalisme. Le propre des sciences n’est-il pas d’expliciter le déterminisme des phénomènes tout en s’interdisant de recourir au principe de finalité?
    Votre difficulté (et conséquemment votre question) procède de l’illusion anthropomorphique dénoncée par Spinoza. Seul peut s’enquérir d’un pourquoi (en vue de quelle fin?) celui qui renverse l’ordre de la nature parce qu’il nourrit des illusions sur sa propre action. Les hommes se croient libres, libres de s’autodéterminer par des fins qu’ils ont le pouvoir de se représenter et en croyant qu’il en est de même pour la nature, et donc que:  » la Nature ne fait rien en vain [...], ils semblent avoir uniquement montré que la Nature et les Dieux délirent aussi bien que les hommes » (Ethique, I, Appendice)
    Pour Spinoza, la Nature est une puissance qui se déploie selon sa nécessité propre et c’est là sa perfection. Relisez l’appendice de la première partie de l’Ethique pour bien comprendre cette idée.
    Bien à vous.

  20. Raphaël A. dit :

    Bonjour Madame,

    Après de nombreux passages sur philolog, je me décide enfin à vous écrire pour vous remercier pour tout le temps et le travail que vous consacrez à la transmission de vos connaissances. Votre site est un outil de compréhension et de réflexion précieux et enthousiasmant. Je le parcours toujours avec le même plaisir tant il est rare de trouver sur internet des espaces de pensée nourris avec autant de profondeur, de rigueur dans la restitution des propos, et aussi propres à me montrer l’immense quantité de savoirs que j’ai encore à m’approprier pour parvenir à rendre mes idées ne serait-ce qu’un petit peu plus adéquates …

    Vous m’avez notamment incité à plonger dans le monde passionnant de L’éthique, dont j’ai entrepris la lecture, souvent difficile et parfois décourageante, mais de laquelle je ressors à chaque reprise avec l’impression d’une puissance d’affecter un petit peu augmentée… Illusoire ou pas, l’impression est quoiqu’il en soit toujours agréable !

    Je ne sais pas si cela a un sens de poser une telle question, mais que pensez-vous de Spinoza, quelle place a-t-il pour vous ? Je me trompe peut-être mais j’ai eu l’impression d’une influence kantienne considérable dans la plupart de vos analyses et je me demandais quel pouvait être votre point de vue sur la philosophie de l’immanence de Spinoza.

    Je trouve que la découverte d’un tel système de pensée m’est finalement presque trop révolutionnaire (je parle personnellement, par rapport à la différence entre ma façon de penser avant et après sa lecture) pour que je parvienne à me l’approprier réellement. Ou, plus exactement, n’ayant découvert le monde de la philosophie que trop récemment, l’exercice le plus difficile pour moi est d’arriver à me forger une opinion claire, distincte qui synthétiserait mes lectures. Comment peut-on par exemple arriver à une synthèse (je ne sais pas si le mot convient..) entre Kant et Spinoza dont les lectures font toutes deux naître en moi la même intuition de me trouver en présence d’une forme supérieure de vérité, et qui pourtant diffèrent en des points fondamentaux ? Face à la critique kantienne implacable de la relativité, comment peut-on appréhender une phrase comme « nous ne désirons pas une chose car elle est bonne mais nous la jugeons bonne car nous la désirons » ?

    Au final, cela revient peut-être un peu à demander comment l’on peut passer d’une connaissance du second genre à une connaissance troisième genre… (d’une connaissance technique à une réelle appropriation intuitive) Je suppose que la réponse se trouve d’une manière ou d’une autre dans le travail (patience et courage..), et si c’est le cas, votre site est en tout cas un formidable outil pour tenter d’y parvenir.

    Je vous souhaite une excellente continuation et merci encore, si j’avais eu la chance d’avoir un professeur tel que vous lors de ma scolarité en secondaire, peut-être aurais-je pris une autre voie, mais notre philosophe hollandais ne regarderait sûrement pas d’un bon œil cette tonalité empreinte de regret, alors je m’arrête là… et me remets au travail !

    Bien cordialement,
    Raphaël.

  21. Simone MANON dit :

    Bonjour Raphaël
    Votre message m’émeut et je vous en remercie.
    Mon travail est le travail modeste d’un professeur s’efforçant de mettre à la portée d’élèves débutants certains monuments de la pensée. J’ai fait des choix en fonction de la nature de mon public et aussi de ma familiarité avec les auteurs. Par exemple, j’ai remarqué qu’il est très difficile en classe terminale d’adopter une perspective rigoureusement spinoziste. Cela tient, me semble-t-il, à la nature systématique de la philosophie de l’auteur. Il faut être à l’intérieur ou alors on passe à côté de la puissance de cette pensée. Il faudrait imposer les premières pages de l’Ethique comme des vérités premières, ce qui ne va pas de soi dans un enseignement où l’on apprend que la conscience de son ignorance (ironie socratique, doute cartésien, critique kantienne) est la première vertu de l’esprit philosophique.
    J’ai éprouvé cette difficulté avec toutes les philosophies systématiques, par exemple avec Hegel aussi.
    Pourtant j’avais fait mon travail de fin d’études supérieures sur Spinoza. Je m’étonne donc moi-même de ne pas lui avoir accordé une place proportionnée à la fréquentation que j’ai de son oeuvre.
    Je constate que vous avez une idée pertinente de l’importance conférée à Kant dans philolog. C’est que le kantisme donne, à mes yeux, autant que le spinozisme, la mesure de ce que peut la puissance de réflexion d’un génie.
    Dans les deux cas, nous avons rendez-vous avec une certaine manière d’affronter les grandes questions qui travaillent l’esprit humain. Chacun, à sa façon, nous éclaire. Mais avec la philosophie, nous nous heurtons à du problématique qui résiste. C’est dire que chaque penseur enrichit notre conscience des apories. Aucun ne les fait disparaître. Et il ne faut pas dire que les grands auteurs se contredisent car la contradiction suppose qu’on envisage les choses sous le même rapport. Or la force des grands auteurs est de nous présenter chacun une perspective originale de telle sorte que la vérité se trouve davantage, à mes yeux, dans l’intégrale de toutes les petites différences que chacun incarne que dans une vérité partielle exclusive des autres. Bref, j’ai tendance à penser qu’avec les vrais philosophes, on circule dans le champ du possible, celui qu’ouvre dans sa réalité énigmatique, le fait de penser. Le voyage proposé est exaltant, chaque chemin ayant son intérêt. La seule différence que je reconnaisse est la même qu’en matière de chefs- d’oeuvre artistiques. Tous n’ont pas la même puissance d’ouverture de l’horizon. Il y a du plus et du moins dans la force de l’intuition directrice.
    Je ne comprends pas pourquoi vous faîtes de Kant « un critique implacable de la relativité ». N’est-ce pas l’auteur qui a ruiné la prétention aux vérités absolues de la métaphysique et établi la dépendance de nos savoirs à la structure de notre esprit?
    Bien à vous.

  22. Raphaël A. dit :

    Bonjour Madame,

    Merci beaucoup ! Je vous suis reconnaissant pour votre message qui répond très clairement à mon interrogation (qui n’était pourtant pas très claire, elle…). Par ailleurs, ayant été élève, je comprends la difficulté que représente pour un professeur de parvenir à capter l’attention avec des systèmes tels que celui de Spinoza. Effectivement, je sens moi-même que l’âge, le temps, et les lectures me permettent progressivement d’appréhender des œuvres et univers de pensée que j’aurais vraisemblablement rejetés auparavant et/ou dont je n’aurais pas su tirer profit.

    J’ai trouvé votre troisième paragraphe saisissant, je n’avais jamais pensé à mettre parallèle les différences entre les systèmes philosophiques avec la variété des émotions provoquées par des œuvre artistiques sous le prisme de « la puissance d’ouverture d’horizon ». Ni peut-être suffisamment compris que la philosophie doit être vue comme un ensemble de points de vue qui coexistent et s’enrichissent mutuellement plus qu’ils visent à se détruire.

    En ce qui concerne votre question, j’ai sûrement écrit un peu vite.. J’avoue avoir abordé Kant sans suffisamment bien le connaître. Mes lectures se limitent à La préface de la critique de la raison pure, quelques cours, et au livre de Georges Pascal sur La pensée de Kant. En réalité, j’ai été troublé par la lecture de la proposition de Spinoza sur le fait que le jugement bon/mauvais était une conséquence de notre désir, et non l’inverse. Je me suis dit que si l’on élargissait la portée de cette phrase à un plan moral (ce qui n’est peut-être pas pertinent …) cela signifiait quelque part qu’il n’y aurait pas de sens à prétendre imposer une morale universelle. Pour moi, cela venait contredire la concrétisation d’un impératif catégorique kantien qui impose de ne pas se contredire et permettait d’établir des principes moraux précisément universels à partir de là, comme le tu ne tueras point … J’avais l’impression qu’après Kant, il était difficile de prononcer des phrases comme « tout est relatif » puisqu’il existe des critères de jugement absolus du point de vue moral. En revanche du point de vue des objets de la croyance (ce qu’il ne m’est pas permis de connaître) c’est bien le relatif qui prime puisqu’il ne m’est pas permis de savoir si oui ou non Dieu existe et que je suis donc libre d’avoir mon opinion sur son existence.
    Mais en faisant ce parallèle, j’ai peut-être effectivement mélangé des théories qui partaient de perspectives différentes et dénaturé les deux propos…

    Bien à vous,

    Raphaël

  23. Simone MANON dit :

    Bonjour Raphaël
    Il ne faut pas vous sous-estimer, votre expression et votre pensée sont très claires. Fuir tout ce qui diminue dirait notre philosophe… L’humilité n’est pas une vertu.
    Pour ce qui est de Kant et de Spinoza envisagés sous l’angle de la morale, vous avez raison. Pour l’un il y a bien une morale universalisable, pour l’autre il n’est pas question de morale mais d’éthique. Même si pour Kant il est impossible de définir un bien moral, il y a un impératif catégorique. Alors que pour Spinoza il faut substituer aux notions absolues de bien et de mal, celles de bon et de mauvais puisqu’il n’y a que des essences singulières.
    Pour ce qui est de la philosophie, il ne faut pas considérer mon jugement comme parole d’évangile. De nombreux philosophes ne seraient pas d’accord avec moi. Mais c’est ainsi que je me projette vers les auteurs. Chaque grande philosophie est une architectonique, avec sa cohérence interne, sa puissance d’intelligibilité. Notre finitude doit nous rendre modestes. Nous ne pouvons accéder au point de vue de Sirius permettant d’éliminer certaines constructions intellectuelles au profit d’autres. Alors, dans les limites qui sont celles de chacune, chaque philosophie nous rend plus intelligents. Cela n’exclut pas que nous nous sentions plus en consonance avec certaines qu’avec d’autres.
    Bien à vous.

  24. Gauthier dit :

    Bonjour Madame,
    Je trouve vos articles très intéressants et vous remercie pour la publication sur internet de votre travail. Je suis professeur de philosophie et je cherche à approfondir la question de la maîtrise de soi dans le spinozisme. Votre article s’arrête juste au moment qui m’intéresse malheureusement ! Le problème est le suivant : Spinoza dit à la fois que la prise de conscience est libératrice, mais aussi qu’un affect ne peut être combattu que par un autre affect. Or une prise de conscience n’est pas un affect. On peut reprendre presque tous les affects de la 3ème partie de l’Ethique, aucun ne peut se maîtriser, comme vous le dites, par une « prise de conscience intellectuelle ». C’est évident par exemple pour le désir sexuel, mais ce serait la même chose pour les autres. Par exemple, nous connaissons tous des gens qui savent qu’ils ont tendance à se mettre en colère tout en ne parvenant pas à changer, à se calmer quand ils le souhaitent ; de même pour ce qu’on appelle la « susceptibilité », l’amour-propre, l’envie, la jalousie etc. Ainsi, ma question est la suivante, je serais très heureux que vous ayez le temps d’y répondre (en restant dans le spinozisme ou en sortant de cette philosophie) : en quoi, concrètement, la prise de conscience ou la connaissance peuvent-elles nous donner un plus grand pouvoir sur les affects ? N’y a-t-il pas contradiction dans le spinozisme entre le pouvoir de la connaissance et l’idée que seul un affect peut réduire un autre affect ?

    Bien cordialement

  25. Simone MANON dit :

    Bonjour cher collègue
    Non, il n’y a pas de contradiction car la raison a la capacité de s’auto-affecter. Voyez ma réponse à Mathieu du 5 août 2011.
    Voyez la définition III de Ethique III.
     » Par sentiments, j’entends les affections du corps, par lesquelles la puissance d’agir de ce corps est augmentée ou diminuée, aidée ou contenue, et en même temps les idées de ces affections » et surtout la suite: « Si donc nous pouvons être cause adéquate de quelqu’une de ces affections, j’entends alors par sentiment une action; dans tous les autres cas, une passion ».
    Je me permets de vous conseiller pour clarifier les choses l’excellent petit livre coordonné par Christian Lazzari: Spinoza, puissance et impuissance de la raison, PUF, débats philosophiques.
    Bien à vous.

  26. christophe dit :

    Bonjour Madame,
    vos cours sont très clairs et on sent chez vous le souci permanent de la méthode pédagogique. C’est un vrai bonheur que de voir le cheminement de la pensée en acte, c’est probablement ce que Spinoza aurait qualifié d’affect qui augmente notre puissance d’agir et de joie.
    S’il est vrai que de vous suivre est en lui même un plaisir , il n’en reste pas moins que c’est votre raisonnement et que ce n’est pas le mien en propre. J’ai décidé de reprendre à mon compte et faire mon miel de toutes ces réflexions. Aussi , je me permets de vous solliciter pour garantir ou invalider ce que je vous soumets comme étant une synthèse des rapports entre liberté, nécessité et joie chez Spinoza.
    le premier point concerne l’articulation entre la liberté et la nécessité. Spinoza s’oppose à la liberté conçue comme libre arbitre , c’est à dire la faculté qu’aurait chacun d’entre nous de pouvoir se déterminer dans un choix tout à fait librement ( même si des causes peuvent être déterminées , elles ne sont en aucun cas déterminantes) . Chaque choix est un choix absolu. A cette liberté refusée, Spinoza oppose un déterminisme .En ce sens , chaque choix que je décide est considéré comme un effet d’une ou pluralité de causes qui le déterminent , elles mêmes effets de causes antérieurs les ayant produites , etc etc…
    Autrement dit , à partir du moment ou mon choix s’actualise , il ne pouvait être que nécessaire. Il était impossible que ma décision fût autre et si j’invoque mon libre arbitre en soulignant que le choix était contingent , Spinoza rétorquerait que c’est une illusion et qu’en fait j’ignore les causes l’ont déterminé.
    Pour autant , Spinoza evacue t’il la liberté de choix dans un système entièrement déterminé? Qui peut imaginer combien cette question a pu me travailler?
    Aussi ,ai -je du reprendre la question de la liberté. On peut résumer la notion de liberté à trois occurrences . La liberté d’action , celle qui dit  » je fais ce que je veux ». Suis-je libre de faire ce que je veux ? oui dans la limite ou ma volonté ne se confronte pas à des contraintes qui la réduirait .Brièvement, c’est la liberté politique qui pourrait être differemment formulée : ma libérté s’arrête là ou commence celle des autres.
    La liberté, dans un autre sens, est celle qui pose la question de savoir si je suis libre de vouloir ce que je veux? Celle qui nous fait dire « je veux ce que je veux » ne me semble pas problématique .Spinoza ne s’oppose pas à ces deux formulations de liberté ( Les 2 traités , d’ailleurs sont là pour faire advenir cette liberté au sens politique). Ce que récuse Spinoza , c’est la liberté , au sens du libre arbitre . Pour reprendre l’analogie , c’est celle qui nous permettrait d’être libre de ne pas vouloir ce que nous voulons? Cette liberté métaphysique ferait de l’homme ‘un empire dans un empire ‘ ce qui est contraire à l’anthropologie spinoziste.
    Ma liberté de vouloir et d’agir restent intactes. Reste , que je ne suis pas libre de ne pas vouloir ce que je veux car c’est s’opposer à la nécessité de ma nature qui veut que chaque choix soit déterminé par des causes et non pas par mon absoluité.
    Là , ou cela devient génial , c’est quand Spinoza nous dit que la raison humaine suit la même nécessité que l’ordre naturel. Autrement dit , si j’exerce mon propre entendement ( et je suis libre de le faire puisque je suis libre de faire et de vouloir ce que je veux) je peux comprendre la nécessite en oeuvre et passer d’un état passif ( celui ou je subissais les passion extérieures) à un état actif (état dans lequel je me trouve plus libre car je comprend la nécessité et je peux vouloir que ces passions m’affectent moins). J’évite ce que jusque là j’avais ressenti , c’est à dire la contradiction performative qui consiste ici à dire que si d’un coté je ne suis pas libre mais déterminé , comment puis -je affirmer de l’autre côté retrouver ma liberté pour décider de faire le choix de comprendre ) . Ma liberté c’est de comprendre la nécessité , elle ne me rend moins libre qu’elle ne me libère.
    Le deuxième point est l’articulation entre la compréhension de la nécessité et la joie.
    Spinoza ne nous dit pas que comprendre la nécessité en nous nous permet d’augmenter notre puissance d’être mais que la connaissance des causes génère un affect

  27. christophe dit :

    désolé , une erreur de manipulation sur mon clavier a envoyé trop tôt mon message.
    je reprends en voulant souligner que l’affect ainsi généré est un affecte de joie et qu’il est plus fort qu’un affect de passion qui vient diminuer notre puissance.
    Je termine simplement en voulant simplement dire ceci : si nous voulons vivre mieux et nous libérer de nos névroses , actualisons comme vous savez si bien le faire notre pouvoir de raisonnement.

  28. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Merci de votre sympathique appréciation de mon site.
    Pour ce qui est de votre raisonnement, les points suivants me semblent problématiques:
    -La volonté ne rencontre pas que des contraintes extérieures. Le déterminisme intérieur existe aussi. Votre première définition de la liberté n’est donc guère recevable.
    -Ce que vous voyez dans la proposition suivante. Il me semble qu’une analyse de la volonté, en terme spinoziste s’imposerait ici. Elle est l’effort pour persévérer dans son être en tant qu’il est rapporté à l’esprit seul. Soit ce qui la détermine est l’affect et dans ce cas le sujet agit sous l’empire des passions et révèle sa servitude, soit elle est déterminée par la raison et alors, elle est libre au sens spinoziste: non pas libre-arbitre mais libre nécessité (Cf. J’appelle libre l’être qui agit selon la nécessité de sa nature).
    -Y a-t-il sens à dire dans une philosophie de la nécessité que l’exercice de l’entendement s’origine dans un choix ou que « je suis libre de vouloir ce que je veux »? Voyez ma réponse à Mathieu du 5 août 2011.
    En exerçant mon entendement, c’est-à-dire en comprenant adéquatement l’ordre des choses, je m’auto-affecte de joie et je vis en accord avec les autres et le monde.
    Bien à vous.

  29. hugoboxel dit :

    bonjour Madame
    pourriez vous m’éclairer sur une contradiction que je n’arrive pas à lever? Comment se fait il que Spinoza puisse à la fois nier le libre arbitre et affirmer dans l’incipit du Traité de la réforme de l’entendement  » je décidai enfin de chercher le bien véritable…. » , comme s’il s’agissait d’une décision libre et volontaire . Je n’arrive pas à voir ici autre chose qu’une contradiction performative.
    merci pour votre éclairage

  30. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Pourquoi voulez-vous que l’idée de décision connote celle d’une volonté libre au sens du libre arbitre ? Il me semble que c’est ce présupposé qui vous égare.
    La volonté et l’entendement sont une seule et même chose pour notre auteur. Voyez Ethique II, proposition 49. La volonté n’est rien d’autre qu’une volonté singulière et « Dans l’esprit, il n’y a aucune volition, autrement dit aucune affirmation ou négation à part celle qui enveloppe l’idée, en tant qu’elle est idée ». La décision spinoziste de rechercher s’il n’existe pas un bien véritable ne fait qu’affirmer ce qu’enveloppe (nécessairement) l’acte d’ avoir compris que « tous les événements de la vie sont vains et futiles et que tout ce qui était pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ou de mauvais en soi, mais dans la seule mesure où l’âme en était émue ».
    Souvenez-vous que pour Spinoza « L’effort (conatus) par lequel chaque chose s’efforce de persévérer dans son être n’est rien en dehors de l’essence actuelle de cette chose » Ethique, III, proposition 7.
    « Cet effort, quand il se rapporte à l’esprit seul, est appelé Volonté » scolie, proposition 9. Tout être s’efforce de persévérer dans son être, aussi bien celui qui a des idées claires et distinctes que celui qui a des idées confuses. Dans un cas, la volonté est l’expression de la nécessité rationnelle, dans l’autre, de la nécessité passionnelle.
    Voyez comme au début du traité, Spinoza confesse les hésitations ayant précédé sa détermination. C’est qu’il n’avait pas encore compris clairement en quoi consiste le bien suprême et ne l’ayant pas encore compris, il imaginait pouvoir accomplir son projet sans une transformation radicale de sa vie. D’où ses échecs : « Je l’ai souvent tenté en vain » avoue-t-il. Mais dès lors qu’il comprend rationnellement qu’on ne peut faire son salut sans une conversion de l’existence, cette compréhension enveloppe nécessairement le choix de la solitude, le renoncement à la vie mondaine et aux intérêts constituant l’horizon de ceux qui sont privés de la claire intelligence du vrai bien.
    J’attire votre attention sur l’insistance avec laquelle il pointe le rapport de sa décision et de son intellection. Ex : « Voyant que tout cela était un grand obstacle à ma nouvelle entreprise »…. « Mais avec un peu plus d’attention, je trouvai »…. « En réfléchissant plus longtemps, je fus convaincu »…. « A la réflexion, ces maux me semblèrent »… « Après que le vrai bien me fut de plus en plus connu »….
    Bien à vous.

  31. fugier annie dit :

    Chère Madame, je vous avais déjà écrit sur le stoïcisme et vous avez eu la gentillesse d’orienter mes lectures, j’ai donc lu Sénèque en « live » et d’autres de même…
    Puis je me suis intéressée à Spinoza qui m’a édifiée, moi qui suis assez débutante en philo.
    J’ai lu que cette « science » aide à mieux vivre…
    J’ai notamment appris que cet homme sage et frugal, qui mettait en pratique ses écrits en vivant sobrement et simplement, disait que si on se croit « déterminé » par la nécessité, tout devient plus facile en somme : cela m’a déculpabilisée et ça a fait tilt en moi : Si, en effet, on n’a pas eu de choix réel dans nos actions passées, qu’on s’est trompés, cela est dû au fait
    qu’on avait parfaitement le droit de ne pas savoir, et qu’on pourra faire mieux dans une expérience future. On aura pas plus de choix mais on aura l’expérience en somme.
    Il n’est pas contre le libre arbitre, mais il est limité par la nécessité naturelle, la nécessité divine si j’ai bien compris sa pensée.
    Sa nécessité fait loi de vie. Donc on n’a plus à se culpabiliser, on atteint la liberté quand on comprend qu’il n’y a pas de réelle liberté dans l’univers : on se sent léger quand on sait combien on peut être lourd et assujetti aux règles naturelles auxquelles on ne peut déroger.
    Fini l’homme libre tout puissant qui se croit tout permis et au-dessus de la création, bonjour
    à l’homme sage qui accepte le destin et trouve sa liberté dans cette même soumission intelligente et subtile.
    Ai-je bien compris la pensée spinoziste mécréante ?
    Si oui, c’est un sacré poids de malheur en moins, on peut s’améliorer sans cogiter sur nos erreurs passées à l’infini, on peut devenir plus heureux dans notre absence de liberté qui nous libère de nos chaînes, o paradoxe infini !
    Merci d’une éventuelle réponse à ce mail un peu fou, je cherche la sagesse, folle que je suis !
    Du moins, à mieux vivre pour qu’autour de moi, on vive mieux.
    Bravo pour vos textes : quelle bonne idée que ce cours de philo ouvert et passionnant !
    Merci encore d’être là.
    Bien à vous, annie.

  32. Simone MANON dit :

    Bonjour Annie
    Je ne suis pas sûre que la pensée spinoziste soit bien comprise.
    Spinoza théorise la possibilité d’un salut par la connaissance. Celui qui comprend par le déploiement de sa raison l’ordre des choses se libère:
    – des passions tristes. Par exemple, il voit, comme vous le soulignez, la vanité du repentir.
    -de la servitude passionnelle. C’est ce point qui me semble un peu confus dans votre propos. Parce que nous sommes un élément d’une totalité, nous sommes exposés à subir l’action sur nous de causes extérieures. Ce qui s’appelle une passion. Mais nous ne sommes pas condamnés pour autant à en être le jouet (servitude) car « une passion cesse d’être une passion sitôt que nous en formons une idée claire et distincte ». Autrement dit nous pouvons nous affranchir de la nécessité passionnelle en la comprenant afin de penser et d’agir non plus selon une nécessité extérieure à notre nature mais selon la raison. Pour Spinoza le libre-arbitre est une illusion (votre propos sur ce point est erroné) mais cela ne signifie pas que nous sommes privés de liberté. Comme je l’explique dans ce cours, la liberté s’oppose à la contrainte. Libre celui qui agit selon la causalité de sa raison (nécessité intérieure à sa nature) et non plus selon la nécessité passionnelle. Il ne faut donc pas parler « d’absence de liberté » dans le spinozisme.
    -cette éthique suppose tout sauf la soumission et la complaisance à l’égard de ses faiblesses car le déploiement des ressources rationnelles est action pure.
    Tous mes vœux d’accomplissement dans votre recherche de la sagesse.
    Bien à vous.

  33. fugier annie dit :

    Chère professeur,
    Je vois que j’ai encore du travail pour saisir le fond de la pensée spinoziste ! Il fait de la « psychanalyse », celui-là ! Il me faut donc le décortiquer mieux pour saisir sa substantifique
    moëlle… Je crois qu’il faut que j’étudie ses écrits surtout face aux passions, cela m’aidera
    à comprendre ses discours sur la liberté humaine et le libre arbitre, débat qui fait rage aussi chez d’autres philosophes et chez l’être humain en général !
    Quoiqu’il en soit, je peux dire qu’il me donne des pistes pour me sentir mieux face à mes responsabilités, être trop consciencieux n’est pas une solution non plus dans la vie, il faut aussi savoir s’abandonner aux forces nécessitées par la nature universelle, tout en raisonnant, ouh la la … Travailler sur la notion de « raison » et de « passion » : j’ai du pain sur la planche pour « ressentir » et « lire » Mr Spinoza !
    Merci encore ! Au boulot !

  34. Simone MANON dit :

    Bonjour Annie
    L’appropriation de la pensée de Spinoza est une œuvre de longue haleine et très difficile comme c’est le cas en général les philosophies développant un système.
    Pour clarifier la notion de liberté voyez http://www.philolog.fr/liberte-le-probleme-metaphysique/
    Bien à vous

  35. Fugier annie dit :

    Ah, Madame, j’en viens et je l’ai imprimé pour mieux étudier. Quand je pense qu’en terminale, la philo m’a complètement échappé et que, vers les 60 ans, je suis en train de la redécouvrir avec une soif pas possible… En fouinant sur votre site que j’adore mais qui demande un travail de réflexion intense, j’ai lu qu’il va falloir aussi que je me penche sur Kant ! J’ai un énorme travail à faire sur la notion de culpabilité, qui a pourri ma vie. Et là, pouf, voilà que de grands hommes pensent la liberté et l’absence de libre arbitre, (une sorte de libération intérieure: je me sens aidée !), mais pourquoi parle-t’on si peu de philosophie et de grands penseurs afin de nous épanouir ? Pourquoi a-t’on relégué cela pour une « élite » alors que cela fait travailler l’esprit dans l’ouverture et le respect ?
    Les religions, le développement personnel à la mode, la médecine psychologique : on nous en rabat les oreilles, mais de philo, point ou si peu ! Mais quel dommage !!!!
    Pardonnez cette diversion, mais là, il fallait que je vous le dise en un grand merci.
    Bien à vous, sincèrement.
    Annie, libre penseuse étudiante de nouveau.

  36. C An dit :

    Bonjour,
    Madame vous citez le freudisme en courant philosophique. Or mon professeur nous a conseillé de ne pas citer Freud comme une autorité. Je me demandais pourquoi.
    Merci pour ses cours à la disposition de tous !

  37. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Freud n’est pas un philosophe. C’est un savant. Dans le cadre d’une pratique, il a étudié les mécanismes du psychisme humain, donnant naissance à la psychanalyse. http://www.philolog.fr/freud-ou-lhypothese-dun-inconscient-psychique/
    Il n’est donc pas une « autorité » philosophique, mais dans sa réflexion, le philosophe ne doit pas ignorer les travaux des hommes de science. En ce sens, Freud a conduit la philosophie à renouveler son discours sur l’homme, au besoin en montrant les faiblesses du freudisme.
    Votre professeur a sans doute dû vous mettre en garde contre la tentation de faire fonctionner Freud comme une autorité intellectuelle c’est-à-dire comme un savant dont les résultats des recherches seraient indiscutables. Ce qui n’est évidemment pas le cas. La question de savoir si la psychanalyse est ou non une science est en grande partie élucidée. Ce n’est pas une science mais l’hypothèse freudienne, pour autant qu’elle reste une hypothèse (le contraire d’un dogme) garde sa fécondité pour la réflexion philosophique.http://www.philolog.fr/la-critique-de-lanalyse-freudienne/
    Bien à vous.

  38. Aneketan dit :

    Merci, madame de me permettre ce rêve interdit dans ma jeunesse : un cours de philo avec un prof bondissant et des camarades vivant. J’ai soixante douze ans et suis bien déterminée a ne pas en perdre une miette. Oh ! Et c’est le déterminisme et mon cher Spinoza qui m’ont amenée a vous et mes sympathiques compagnons de blog.
    Je retourne a mes lectures avec une dimension nouvelle.
    Merci à tous.

  39. Simone MANON dit :

    Bonjour Madame
    Il n’est jamais trop tard pour philosopher, disait Epicure, car il n’est jamais trop tard pour être heureux.
    C’est ce que je vous souhaite de tout cœur.
    Bien à vous.

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