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C. Moore.  

 

Texte de Platon (texte): Le Banquet. Le discours d'Aristophane.

 De quoi est-il question dans ce récit ? De l'explication des raisons et des péripéties de l'aventure ayant fait de la nature humaine ce qu'elle est aujourd'hui. Il nous donne à comprendre l'origine, la nature et la fonction d'Eros, l'amour-désir.

 

   Quant au fond nous apprenons que notre nature actuelle n'est pas une essence éternelle et immuable mais le résultat d'une chute, la trace mutilée d'autre chose, d'une perfection infiniment supérieure. C'est de cette blessure qu'Eros surgit, maladie qui se veut en même temps médecin.

  Deux points essentiels font l'originalité de ce texte :

Ce que nous prenons pour la nature humaine est le fruit d'un accident d'ordre moral, religieux ou métaphysique. Ce n'est pas du tout une instance qui est ce qu'elle doit être.

Eros n'est pas une donnée originaire mais une résultante de ce drame primordial.

  Quant à la forme, Platon s'efface derrière le poète comique Aristophane, à qui il fait l'honneur de raconter un mythe d'une grande profondeur. Platon recourt à un récit mythique chaque fois que la raison est mise en échec. Ce qui est le cas avec le désir. Il est impossible de déduire rationnellement sa nature. Le désir est un fait d'existence. Il appartient à l'ordre du temps et de l'espace, au monde de devenir, monde n'ayant pas en soi sa raison d'être. A défaut de pouvoir fonder rationnellement Eros, il faut donc se contenter d'un mythe dont la fonction est toujours de raconter une origine, c'est-à-dire l'événement par quoi une réalité est venue à l'existence. C'est dire que le  récit mythique ne doit  pas être reçu à la lettre de ce qu'il raconte. Il s'agit de comprendre ce qui a rendu nécessaire de recourir à lui et qu'il donne à entendre de manière allégorique. L'origine est  l'image du fondement, le mythe, le substitut d'un discours rationnel impossible. 

 

   1)      la nature originelle de l'homme.

 

  C'est ce qu'il faut apprendre en premier car il est impossible d'envisager notre nature comme blessée si l'on n'a pas sous les yeux son état d'intégrité.

  L'humanité primitive comprenait trois genres et ces genres étaient parfaits comme le suggère la description anatomique.

  La multiplication par deux connote l'idée de suffisance, de totalité, de plénitude.

  Les parfaits primitifs sont ce qu'ils sont en vertu de leur origine cosmique : ils sont les rejetons du soleil, de la terre et de la lune. Ils doivent leur prestation circulaire aux mouvements orbiculaires de ceux-ci. Dans la pensée grecque les astres sont divins et la forme sphérique est la forme parfaite.

 PB : Pourquoi trois genres ? Parce qu'il s'agit de rendre intelligible le désir, or l'expérience montre que si le désir unit un homme et une femme (ce que figure l'androgyne) il peut aussi unir un homme et un homme ou une femme et une femme. Le désir œuvre aussi bien sous la forme de l'hétérosexualité que sous celle de l'homosexualité.

 PB : Pourquoi la description des parfaits primitifs est-elle grotesque, hilarante, raison pour laquelle Platon met ce mythe dans la bouche d'Aristophane, le célèbre poète comique ?

  Parce que la perfection, la plénitude sont des idées. On peut les concevoir, on ne peut pas les imaginer. Ce qui appartient à la sphère sensible est inapte à figurer l'intelligible, c'est-à-dire ce que seul l'esprit peut se représenter. Le grotesque pointe l'écart irréductible entre le sensible et l'intelligible et le fait que le premier ne peut être qu'une image imparfaite du second.

  PB : Pourquoi l'origine cosmique associe-t-elle le mâle au soleil et la femelle à la terre ?

 Parce que dans l'imaginaire grec comme d'ailleurs dans l'imaginaire humain en général, le mâle est du côté de ce qui est supérieur : le ciel, la lumière, le haut. La femme est du côté de ce qui est inférieur : la terre, l'ombre, le bas.

  L'humanité primitive était parfaite et c'est cette perfection qui va être cause de sa chute. La perfection engendre l'orgueil, l'orgueil engendre la démesure (l'hybris). L'homme est tombé parce qu'il était parfait, explique le Banquet, à l'opposé de la conception judéo -chrétienne de la chute.

 

  NB : Il y a dans ce passage du mythe une difficulté, car s'il est vrai que les parfaits sont dans un état de plénitude, on comprend difficilement pourquoi ils font preuve de démesure. En effet, seul peut être transgressif celui qui aspire à une autre situation que la sienne c'est-à-dire celui qui désire. Or, à ce moment du récit, le désir n'est pas encore né puisque Platon décrit la condition d'un être ne désirant rien parce qu'il ne manque de rien.  

 

 2)      La punition divine.

 

  Les Dieux jaloux de la puissance des parfaits primitifs décident de les punir.

  Néanmoins lit-on : « Le cas était embarrassant : ils ne pouvaient se décider à tuer les hommes comme ils avaient tué les géants ; car c'était anéantir les hommages et le culte que les hommes rendent aux dieux ». Remarque d'une grande profondeur signifiant que les hommes et les dieux sont liés intimement. Le fait est que, là où il y a des hommes, il y a religion, culte rendu à la divinité. Le mythe prend acte du fait et réserve deux interprétations opposées. On peut, en effet, aussi bien penser que l'homme est un animal religieux parce que les dieux ont imprimé leur marque dans la conscience humaine (les dieux sont au principe de leur propre existence et de l'idée que les hommes en ont) ou, au contraire, que les dieux sont une pure création humaine et que là où l'imagination humaine fait défaut, c'en est fini de la divinité.

  Quoi qu'il en soit, la punition divine s'exerce et les parfaits primitifs sont coupés en deux. A la circularité succèdent la rectitude, ligne longiligne, verticalité, instauration d'une limite séparant le champ perceptif. Bref, la perfection n'est plus qu'un souvenir, désormais l'humaine nature est expatriée de la plénitude originaire.

  Et pourtant toute trace d'hybris n'a pas disparu. « S'ils continuent à se montrer insolents et ne veulent pas se tenir en repos, je les couperai encore une fois en deux, et les réduirai à marcher sur une jambe à cloche-pied ». Le poète pointe ici un trait caractéristique de la nature humaine. L'homme tend à être Dieu, il aspire à dépasser ses limites et il se sent coupable d'être ce qu'il est. Il a peur de lui-même, il se vit comme un être sacrilège à l'égard d'une divinité dont il redoute la punition. Il y a là, un vécu immémorial, explicite dans le mythe de Prométhée (Prométhée incarne l'intelligence technicienne permettant aux hommes de s'affranchir de l'aliénation matérielle et de conquérir une puissance sans laquelle la liberté reste un vain désir. Or Prométhée est puni par Zeus. Il est enchaîné au Caucase où un aigle vient chaque jour dévorer son foie) et largement exploité à chaque époque par les prophètes de l'apocalypse. (Pensez aujourd'hui aux critiques de la technique et de la science. Elles ne sont pas toujours fondées rationnellement mais elles procèdent sans aucun doute de cet imaginaire tenace).

  Apollon succède à Zeus pour rendre viable le mutilé. Remarquons la symbolique du nombril. Elle est ici inverse de celle de Narcisse. Il est salutaire de se regarder le nombril non point pour avoir quelque motif d'orgueil mais pour bien prendre la mesure de notre finitude, de notre dépendance originaire, de notre imperfection, de notre manque.

 

 3)      Eros et ses manifestations.

 

  L'amour naît de la division. Ses caractéristiques, ses manières d'être, sa finalité en découlent. Chaque moitié va aller vers l'autre pour recomposer la totalité originaire. Le désir est fondamentalement visée de l'unité, nostalgie de la perfection perdue.

  Cependant ce désir est voué à l'échec.

 

 PB : Pourquoi la première description du désir est-elle placée sous le signe de l'échec ?

  Parce que l'union de deux imparfaits ne fera jamais une perfection. La rencontre de deux êtres individués ne supprimera jamais l'individuation. Il s'agit donc de comprendre que le désir vise un objet qui n'est pas de ce monde. Cet au-delà est à jamais perdu, même s'il fait signe ici bas et nous tente à travers des objets dont la séduction tient au fait qu'ils en sont les symboles. Un symbole est un signe concret évoquant par un rapport naturel quelque chose d'abstrait. Par analogie on peut dire que certains êtres sensibles suscitent en nous la réminiscence de la perfection originaire et nous nous attachons à eux comme s'il était en leur pouvoir de nous permettre de retrouver la jouissance originaire, la plénitude d'un être ne manquant de rien c'est-à-dire d'un être qui n'est pas un être de désir.

  Voilà pourquoi le contact le plus étroit de deux individus ne peut que mimer la perfection première. Tous les termes évoquant l'enlacement, l'étreinte, soulignent l'échec. Maupassant décrit cette expérience mélancolique de manière magistrale : « Nous nous aimons les uns les autres comme si nous étions enchaînés, tout près, les bras tendus, sans parvenir à nous joindre. Un torturant besoin d'union nous travaille, mais tous nos efforts restent stériles, nos abandons inutiles, nos confidences infructueuses, nos étreintes impuissantes, nos caresses vaines. Quand nous voulons nous mêler, nos élans l'un vers l'autre ne font que nous heurter l'un à l'autre » (Solitude).

  Il s'ensuit qu'une nouvelle intervention divine est nécessaire. 

  Remarquons que ce que nous appelons sexualité ne figure pas dans cette première apparition d'Eros. Aristophane distingue radicalement Eros et le sexe.

 

 PB : Pourquoi cette distinction ?

  Idée profonde : Platon veut faire comprendre que la sexualité est en soi une simple fonction corporelle dont la finalité est biologique : la reproduction de l'espèce. C'est une fonction animale or le désir humain excède de toute part l'instinct génésique. En décrivant le désir sous une forme pré-érotique, le mythe veut éviter toute confusion possible entre des dynamiques étrangères les unes aux autres. En effet, «le sentiment que l'autre est une partie de moi-même, que l'on veut ne faire qu'un avec lui à jamais, n'est nullement contenu dans la mécanique corporelle» (Allan Bloom, L'amour et l'amitié, Ed. de Fallois, 1996, p. 490). La simple impulsion sexuelle est hétérogène à ce qui se joue dans le désir, à savoir l'aspiration à la plénitude des retrouvailles avec l'absolu. Il s'ensuit que ce que l'homme va chercher dans la sexualité c'est tout autre chose que ce qu' y cherche l'animal. Voilà pourquoi il y a un érotisme humain alors qu'il n'y a pas d'érotisme animal. Chez l'homme l'érotique est une mystique. En disant cela Platon est aux antipodes de Freud pour qui la mystique est une érotique c'est-à-dire une sublimation de la libido.

  Cette première forme de désir vouant l'humanité à l'échec suscite la pitié divine. Zeus invente alors un nouvel artifice. Il va lier le désir dont vient d'être soulignée la nature spirituelle et métaphysique à la sexualité.

 

 PB : Quelles sont les conséquences de cette nouvelle donne ?

  Il va de soi qu'elle engendre une métamorphose de la sexualité humaine. Investie par le désir, la sexualité change radicalement de nature et de sens. La génération et l'enfantement n'en épuisent désormais plus le sens. Dans l'étreinte érotique les hommes expriment tout autre chose que de simples besoins corporels. Ils aspirent à la fusion, ils tentent vainement de restaurer l'unité perdue. L'amour opère ainsi toutes formes de relations humaines unifiantes et pas seulement des relations de conjugalité. D'où cette idée que le désir est à la fois la maladie et le guérisseur de la nature humaine : c'est par lui que nous essayons de nier le manque dont il est la marque pour créer la perfection dont il est la nostalgie.

  Un autre mythe platonicien pointe cette ambiguïté du désir. Eros apprend-on est fils de Poros (richesse, expédient) et de Pénia (pauvreté), Il est né le jour de la naissance d'Aphrodite, il est donc amoureux de la beauté. Cette filiation établit que le désir est un mixte d'être et de non être. Il tient de sa mère la pauvreté. En effet, celui qui ne manque de rien ne désire pas. Mais il est riche par son père car il a l'idée de ce dont il manque et le recherche inlassablement. D'où l'inquiétude, l'activité, les conquêtes d'un être travaillé par la conscience de son indigence et la nostalgie d'une perfection ayant laissé en lui, en creux, sa marque.

  Le christianisme déclinera à sa manière, ce thème. Pascal en est un brillant analyste avec  cette idée que : « Seul Dieu peut combler mon attente ». Lui aussi pointe le sentiment d'une perte irréparable. Remarquant combien les hommes sont d'éternels insatisfaits et des êtres perpétuellement désirants, il prétend en expliciter la raison : « Qu'est-ce donc que nous crient cette avidité et cette impuissance sinon qu'il y a eu autrefois dans l'homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu'il essaye inutilement de remplir de tout ce qui l'environne, recherchant des choses absentes le secours qu'il n'obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c'est à dire par Dieu lui-même ? Lui seul est notre véritable bien, et depuis qu'il l'a quitté c'est une chose étrange qu'il n'y rien dans la nature qui n'ait été capable de lui en tenir la place... » Pensées. B 425.

  Les romantiques exploiteront aussi ce thème lorsqu'ils diront que l'homme est un dieu tombé du ciel et qui s'en souvient.

 

  La fin du mythe propose une méditation sur les rapports du désir et du plaisir et sur les différentes manières dont le désir œuvre dans le réel. Les retrouvailles des moitiés d'androgynes orientent Eros vers la procréation et lui permettent de se satisfaire dans le plaisir érotique. Le désir est ici presque indiscernable de la sexualité dans sa loi naturelle. Il donne naissance aux enfants de la chair et permet ainsi aux hommes de se survivre dans leur progéniture. Par où, même dans cette forme quasi animale le désir se révèle désir d'éternité, d'immortalité.  Mais les efforts unificateurs des autres moitiés peuvent ouvrir d'autres voies. L'énergie totalisante d'Eros travaille ainsi dans toutes les activités humaines ; l'art, la technique, la culture en général, procédant de ce désir spirituel de donner forme à un absolu dont nous portons la marque au plus intime de nous-mêmes. (Les enfants de l'âme).

  Idée-force : Le but du désir n'est pas le plaisir, c'est la visée de la plénitude, de la  perfection qu'il est condamné à créer puisqu'il l'a perdue. Le plaisir est une consolation éphémère, non le but du désir. Celui-ci aspire à une béatitude ne pouvant qu'être la récompense de la suppression même du désir car seul  l'être restauré dans la perfection originaire, n'ayant plus rien à désirer puisqu'il ne manque plus de rien incarne l'accomplissement rêvé. C'est ainsi que les Grecs se représentent les dieux.

  Bien que n'étant pas la finalité ultime du désir, le plaisir a néanmoins l'avantage d'accorder à l'inquiétude du désir quelques moments de repos.

Cf. Allan Bloom dans son magnifique livre L'amour et l'amitié (1993) : « L'orgasme les délivre pour un moment de la terrible douleur de leur perte : la satisfaction sexuelle c'est l'oubli de soi éphémère dans le souvenir permanent de l'incomplétude qui nous afflige ».

  Cf. Denis de Rougemont dans  livre Les mythes de l'amour (1961) : « L'âme est le domaine des exigences qui outrepassent celles de l'instinct ».

« L'érotisme commence où l'émotion sexuelle devient au-delà de sa fin procréatrice, une fin en soi ou un moyen de l'âme ».

 

  NB : On comprend que dans une époque où la spiritualité est en sérieux recul, la sexualité désertée par les exigences de l'âme soit devenue pour beaucoup, pathétique gymnastique, choc triste des épidermes et pourquoi, pour la revitaliser il y ait besoin de films pornographiques ou de prothèses métalliques destinés à en masquer la profonde indigence. Cf. La réflexion sur les marquages du corps humain.

 

  NB: Un des intérêts de ce mythe est de pointer les mirages de l'amour fusionnel, son nécessaire échec et son caractère fortement égocentré. Eros n'est pas une manière de sortir de soi pour rencontrer l'autre. Il est absorption de l'autre en soi, illimitation de soi par la médiation de l'autre, poursuite d'une fin exclusivement centrée sur le sujet qui désire. On a souvent relevé ce tour de force de Platon et des Grecs en général, de nous parler de l'amour dans une analyse où il n'est jamais question d'autrui.

  L'Eros est un amour de concupiscence (de convoitise) auquel on oppose d'ordinaire l'amour de bienveillance que la langue grecque désigne par Agapè et que les latins traduiront par charité. L'agapè n'est pas centrée sur soi mais sur l'autre. Ce n'est pas un amour de demande mais un amour de don. Avec l'agapè je ne t'aime pas parce que tu as le mérite de me combler (ce qui signifie que lorsque tu ne me combleras plus tu auras cessé de m'intéresser) mais parce que mon amour te confère une valeur et me fait obligation de me préoccuper essentiellement de ton bonheur et de ton accomplissement. Bref l'Eros est un amour intéressé alors que l'Agapè est un amour désintéressé.  Ce dernier est conçu à l'image de l'amour de Dieu pour l'humanité, un amour si grand qu'il n'a pas hésité à sacrifier son fils pour le salut de l'humanité. Etre chrétien c'est subvertir l'éros, amour égocentré par l'agapè, amour théocentré, afin de promouvoir le salut de celui que je dis aimer et le salut de l'humanité en général, en me disposant à aimer, même mes ennemis.

  Il a aussi le mérite de révéler le sens de l'amour fusionnel ou le véritable nom de ce désir aspirant à la jouissance de sa propre suppression. Car qu'est-ce que l'état où le désir est aboli ? C'est la mort. Il faut peut-être comprendre que le désir fusionnel est un désir de mort. En effet si le désir vit de tendre à son propre anéantissement, il dévoile la vie comme aspiration à la mort. (En témoignent les histoires de passion qui sont toujours des histoires d'amour et de mort. Ou le nom que les libertins donnent à l'orgasme : la petite mort)

 

  NB : Le platonisme et le christianisme (« Le christianisme n'est qu'un platonisme pour le peuple » disait Nietzsche) s'exposent ainsi à un redoutable soupçon que Nietzsche a rendu célèbre :

  Car quel est le sens de cette condamnation du sensible ou des objets de ce monde comme impuissants à incarner l'horizon de notre désir ? Comment interpréter cette façon de nommer l'objet du désir (La plénitude de l'être chez Platon, Dieu dans la religion chrétienne) ? La contrepartie de cette lecture c'est le thème de la fuite hors du sensible chez Platon ou l'affirmation christique : « Mon royaume n'est pas de ce monde ». Qui peut ainsi mépriser le réel, détourner le désir du seul royaume dans lequel il nous est donné de vivre ? On sait que Nietzsche répond sans réserve : celui qui est trop faible pour supporter le réel et a besoin de la fiction d'un arrière monde pour supporter celui-ci. Il s'ensuit que pour Nietzsche cette interprétation du désir est la forme accomplie du nihilisme.

 

 

 

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33 Réponses à “Le mythe de l’androgyne. Commentaire.”

  1. Faustine dit :

    Future élève d’hypokhâgne, ma liste de lectures obligatoires en philo est longue. Il me semblait indispensable de faire une lecture approfondie ce qui nécessitait une aide extérieure, et non juste une lecture superficielle. Votre blog m’a permis d’étudier précisément de nombreux ouvrages (notamment le contrat social). Et si j’aimais beaucoup les cours de philosophie en terminale, lire des livres philosophiques ne me semblait pas aisé au début mais grâce à votre blog, loin d’être une corvée, cela est devenu un réel plaisir. Merci beaucoup!

  2. Simone MANON dit :

    Merci pour ce sympathique message.
    Tous mes voeux pour vos futures études.

  3. rechab dit :

    plutot que de longs discours, l’image donnée par l’art africain résume les choses… et fait l’objet de ma part d’une « reprise » au niveau artistique… c’est http://rechab-art-encore.blogspot.com/2011/05/lhumanite-commence-par-le-nombril.html

  4. […] Un commentaire de ce mythe sur Philolog […]

  5. luestan Theel dit :

    « Agapè n’es pas un amour de demande, mais un amour de don… Bref, Éros est un amour intéressé, alors que Agapè est un amour désintéressé ».
    Vous y croyez vraiment? N’est-il pas plus raisonnable de penser que le don gratuit n’existe pas, qu’il n’y a que des échanges? Et que l’être humain n’existe que par l’échange?

    P.S.: Socrate a été le porte-parole de Platon, pas Aristophane.

  6. Simone MANON dit :

    L’impossibilité d’envisager une subversion des ordres naturels (pour parler comme Pascal dans la thématique des trois ordres) n’est pas un argument contre sa possibilité. Elle témoigne seulement qu’on reste en-deçà de ce que Pascal appelle la grâce ou dans une perspective entièrement laïque, on peut dire avec Rousseau: « Les bornes du possible dans les choses morales sont moins étroites que nous ne pensons : ce sont nos faiblesses, nos vices, nos préjugés qui les rétrécissent. Les âmes basses ne croient pas aux grands hommes : de vils esclaves sourient d’un air moqueur à ce mot de liberté » Du Contrat social, IV, 12. (Ici: sourient d’un air moqueur à ce mot d’agapè)

    La question des échanges et du don a été envisagée dans le cours: échange et don.

    Votre PS me demeure inintelligible.
    De qui parlez-vous? Du Socrate historique ou du Socrate que Platon fait parler dans son oeuvre?
    Quant à Aristophane, Platon le fait intervenir dans le Banquet en lui faisant l’honneur (alors que le poète a été si injuste avec Socrate et n’est pas pour rien dans le climat de calomnie ayant conduit Socrate au procès) de lui faire prononcer ce discours si profond sur l’amour.
    Bien à vous.

  7. luestan Theel dit :

    1) « L’impossibilité d’envisager… n’est pas un argument contre sa possibilité »
    Je m’accroche au principe de non-contradiction et demeure donc définitivement en deçà de la « grâce », « dans une perspective entièrement laïque ».
    2) Je parle bien entendu des personnages du Banquet, pas des personnes historiques. Platon fait énoncer par son personnage « Aristophane » une théorie sur l’amour qu’il rejette expressément par la bouche de Diotime-Socrate (205 d-e, 212 c). Ce n’est pas lui faire honneur. Pour Platon, ce discours sur l’amour de son personnage « Aristophane » n’était pas « profond », mais comique et risible, ce qui est tout proche du ridicule (189 b, 193 d).

  8. Simone MANON dit :

    Permettez-moi de vous renvoyer à la lecture de ce grand connaisseur de Platon que fut Léon Robin et qui, à n’en pas douter, nous dépasse vous et moi d’une tête, voire de plusieurs.

    « la théorie platonicienne de l’amour » (1908) et particulièrement ce texte:

    « Mais d’un autre côté il se refuse, comme j’essaierai de le montrer, à imiter envers Aristophane l’injustice aveugle de ce dernier envers Socrate; il tient à rester équitable dans sa sévérité. Platon exècre Aristophane, et pourtant il a conscience de la parenté qui existe entre leurs deux génies; il le juge dévoyé et malfaisant, mais il sent en lui ce don prodigieux, qu’il possède lui-même, de marier la poésie la plus délicate ou la plus émouvante, non sans doute comme lui à la verve bouffonne, mais aux plus profondes spéculations. Rien n’atteste mieux d’ailleurs chez Platon une pénétrante intelligence de la manière d’Aristophane que le discours qu’il a mis dans sa bouche: c’est un chef-d’ œuvre et, véritablement, le scénario d’une comédie féérique dans le genre de ce que sont les Oiseaux.
    En ce qui concerne la thèse elle-même, Platon a voulu qu’elle fût la plus profonde de toutes celles qu’expose cette première partie du Banquet, la plus proche de celle qu’il fera exposer par sa Diotirne : c’est ce qu’on peut appeler la théorie de l’âme-sœur, et Aristophane est en droit de dire que, par elle, il a rompu non pas seulement avec le pédantisme didactique, mais avec le point de vue même de Pausanias et d’Éryximaque. Il abandonne la distinction des deux Amours: pour lui l’amour est un dans son essence, et sa fonction est de recréer l’unité; c’est d’autre part à une sorte de mystère qu’il se propose d’initier ceux qui l’écoutent (189 d), car l’amour contient tout le mystère de notre destinée.
    Au reste, la seule critique que Platon fasse à cette doctrine (205 de), c’est qu’elle ne qualifie pas suffisamment l’unité ni l’unification dont elle parle, et qu’elle ne dit pas dans quelles conditions elles sont désirables. Ainsi, en résumé, l’animosité de Platon à l’égard d’Aristophane ne l’a pas empêché de lui faire exprimer ce qu’on peut exprimer de plus pénétrant sur l’amour, quand on le fait sans être soutenu par la philosophie. »
    Léon Robin (Introduction au Banquet, Belles Lettres, 1951, pp. LIX-LX).

    Bonne lecture.

  9. luestan Theel dit :

    L’argument d’autorité ne m’atteint pas. La lecture de Léon Robin est caractéristique d’une lecture chrétienne du mythe de l’androgyne, ce qui est un bel anachronisme. Je suis bien d’accord que ce texte est magnifique, mais il est magnifique de bouffonnerie. Platon était certes capable de reconnaître et imiter le génie comique du vrai Aristophane.
    Pour ce qui est de la thèse, l’ordre des discours ferait supposer que la thèse la plus proche de celle de Socrate-Diotime est celle d’Agathon, qui parle après Aristophane, et c’est aussi un pastiche. Plus précisément, c’est Agathon qui introduit le mot essentiel, celui de beauté, mais il le fait de travers.On pourrait dire que la thèse finale de Diotime est construite en deux étapes par les deux poètes, le comique et le tragique: 1) l’amour quête de l’unité (Aristophane), 2) L’amour possession de la beauté (Agathon), 3) l’amour quête de la beauté (Diotime). Pour l’éros de Platon, la notion d’unification est non seulement non pertinente, mais elle est dévoyée (voir aussi Phèdre). Cet éros-là refuse l’étreinte (discours d’Alcibiade).

  10. Simone MANON dit :

    Il me semble sans intérêt de vous dire que je ne vous suis pas.
    Mais je vous souhaite bon vent dans l’immodestie de votre dogmatisme.

  11. luestan Theel dit :

    Est-ce de l’immodestie que de préférer faire confiance au texte plutôt qu’à une autorité qui a commenté le texte?
    Le dogmatisme n’est-il pas plutôt du côté des esprits formatés par toute une tradition d’inspiration chrétienne, qui a réinterprété le mythe de l’androgyne en mythe de l’âme sœur? Prendre au sérieux une bouffonnerie aboutit malheureusement à une fumisterie.
    Il m’arrive de ne pas vous suivre et je trouve intéressant de vous le dire. Si j’étais d’accord avec vous, je trouverais sans intérêt de vous le dire. Il n’y a pas dialogue si on est d’accord. Je vous ai exprimé mon désaccord parce que je trouve intéressant, et même parfois admirable, ce que vous avez fait et faites encore dans ce blog.

  12. Simone MANON dit :

    Dont acte.
    Il se trouve que je viens de mobiliser dans mon dernier article cette formule de Péguy. Elle me paraît fort pertinente pour conclure cet échange: « En vérité je vous le dis, moi l’histoire : c’est vraiment un scandale ; et c’est donc un mystère ; et c’est vraiment le plus grand mystère de la création temporelle : Que les (plus grandes) œuvres du génie soient ainsi livrées aux bêtes (à nous messieurs et chers concitoyens) ; que pour leur éternité temporelle elles soient ainsi perpétuellement remises, tombées, permises, livrées, abandonnées en de telles mains, en de si pauvres mains : les nôtres […] Il est effrayant, mon ami, de penser que nous avons toute licence, que nous avons ce droit exorbitant, que nous avons le droit de faire une mauvaise lecture d’Homère, de découronner une œuvre de génie, que la plus grande œuvre du plus grand génie est livrée en nos mains, non pas inerte mais vivante comme un petit lapin de garenne. Et surtout que la laissant tomber de nos mains, de ces inertes mains, nous pouvons par l’oubli lui administrer la mort. Quel risque effroyable, mon ami, quelle aventure effroyable, et surtout quelle effrayante responsabilité. » Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, (juillet 1913) La Pléiade, t. III, p. 1013.1015.

    Bien à vous.

  13. Clémence dit :

    Bonjour Madame Manon, je suis en terminale S, et il y a quelques semaines je vous avais laissé un commentaire concernant l’Existence et l’Essence de l’homme. Votre réponse m’avait été d’une grande aide pour mon commentaire, c’est la raison pour laquelle je me permets de vous ré-écrire aujourd’hui. Voici quelques questions:
    -On dit que l’Amour est la quête de l’unité perdue. Nous allons tenter de combler notre désir, qui se révèle être le sentiment de manque de l’unité primitive, en fusionnant avec l’autre. Nous pourrions dès lors penser que seuls les opposés s’attirent (comme en physique). Or, on peut remarquer que les couples les plus fréquents sont ceux dont les amants se ressemblent (mêmes caractères, mêmes passions…). Est-ce logique ?
    -Est ce que Platon fait vraiment l’éloge de la fidélité, en pensant qu’il y a toujours « quelqu’un qui nous attend quelque part » (en référence à un livre d’Anna Gavalda). Est ce que cette personne est unique, ou il est possible que nous soyons amenés à rencontrer dans notre vie plusieurs personnes qui nous correspondent ?
    -Les degrés de l’Amour, énoncés par Platon découlent-ils l’un de l’autre (attirance première pour la beauté corporelle, puis intérêt porté à la beauté spirituelle, puis à la beauté de la connaissance) ou il est préférable de les regrouper ? Sont-ils les clés d’un amour « parfait » ?
    -Le désir vient-il avant le plaisir ? Et donc l’amour serait quelque chose de vital, sans laquelle nous n’aurions aucune raison de vivre.
    -Enfin, je ne parviens pas à comprendre la distinction que fait Platon entre l’amour et le sexe …

    Je vous remercie sincèrement pour votre aide,
    Clémence M.

  14. Simone MANON dit :

    Voyez bien, Clémence, que l’objet du désir, au sens platonicien, n’est pas un objet empirique mais métaphysique. Ce que vous ne semblez pas comprendre en considérant que dans l’amour, c’est l’autre, que l’on aime. Or c’est là un malentendu comme je le souligne dans mon commentaire. Vos deux premières questions témoignent donc d’une incompréhension de la conception platonicienne du désir.
    Signification que la dialectique de l’amour atteste amplement. Les corps, les âmes ne sont que des tremplins vers l’objet véritable du désir que le Banquet appelle la beauté et la République le bien.
    Quant à la distinction entre le désir et le sexe, il faut simplement relire l’explication afin de comprendre. Nul ne peut le faire à votre place. Ce n’est pas en répétant ce qui est dit que vous comprendrez mieux.
    Bon courage.

  15. Jallageas dit :

    Bonjour Madame.
    Je souhaitais juste une précision. La traduction note que « de plus chaque homme était dans son ensemble une forme ronde… » Quel est, s’il vous plait, le terme employé par Platon ? Il me semblait en effet moins sujet à confusions d’employer « être » plutôt qu »homme » dans un texte où, précisément, le genre masculin est à distinguer des deux autres. Je pourrais, sans doute, répondre moi-même à la question (mes études de grec remontent à quinze ans, mais je sais encore lire un peu). C’est donc juste pour le plaisir de l’échange, et pour avoir le bonheur de se sentir en lien avec une autre pensée… qui répond. Nostalgie donc… la vie court tant et tant…
    Merci

  16. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Platon emploie bien le mot homme : ἀνθρώπου. Vous pouvez vérifier ici. http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/banquet.htm
    Bien à vous

  17. Pierre dit :

    Bonsoir Madame,
    Faut-il comprendre que l’expérience d’Eros naît dès lors que Zeus irrigue le désir de tension sexuelle ou naît avec le désir lui-même?
    Merci pour votre aide.
    Bien à vous,
    Pierre

  18. Simone MANON dit :

    Rebonjour
    Je ne comprends guère le sens de votre question.
    Ce mythe montre que le désir est fondamentalement désir de l’âme, qu’il a un sens métaphysique et donc que ce qui se joue dans la sexualité humaine a une dimension spirituelle irréductible. L’érotisme humain déborde de toute part le pur instinct génésique.
    Bien à vous.

  19. Valentin dit :

    Bonjour tout d’abord merci pour ce commentaire accessible et riche en explication, en références.
    Je me pose une question , vous nous décrivez l’être originel comme n’étant pas un être de désir et lorsque il va défier les dieux la notion de désir n’est pas encore née.
    Peut on alors dire que l’homme dans son état originel est en mesure d’accomplir ce que bon lui semble et que de ce fait il n’a pas de désir mais qu’il agit simplement selon son bon vouloir allant défier les dieux pour accéder à un absolu céleste qui lui permettrait de dépasser la finitude de la terre.
    Ou alors s’agit il d’une pulsion, d’un instinct ?

    Bien à vous .

  20. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vous avez l’intelligence de voir ce qui fait problème dans ce mythe et que je souligne au début du commentaire (Cf. NB du premier paragraphe).
    En effet, il n’est pas cohérent de définir l’humanité primitive par la perfection, la plénitude, l’absence de désir et de lui imputer une conduite transgressive.
    La véritable perfection est antinomique de l’orgueil, de l’hubris, de tous les vices qui ne peuvent que témoigner d’une nature insatisfaite de sa condition.
    Cette faiblesse du récit mythique a peut-être pour fonction d’inscrire la tendance transgressive au plus intime de la nature humaine. Même dans sa condition originaire où elle ne manque de rien, l’humanité doit se penser dans une rivalité avec les dieux. L’hubris, la démesure sont des risques de l’humaine nature, de telle sorte qu’il est difficile de séparer dans la négativité du désir, ce qui tient de la dynamique de la restauration et de celle de la transgression.
    On ne peut, en tout cas, attribuer à l’humanité primitive, si l’on s’en tient à la description platonicienne, ni pulsion, ni volonté, ni désir de dépassement de la finitude.
    Bien à vous.

  21. Florence dit :

    Bonjour!
    Je faisais des recherches sur le mythe de l’androgyne, et je suis ravie d’être tombée sur votre blog, qui m’a été d’une grande aide dans la compréhension du texte de Platon.
    Je vous remercie sincèrement de partager ainsi votre savoir, et vous souhaite de passer de merveilleux moments sur votre chemin de vie à venir.
    Merci!

  22. Simone MANON dit :

    Merci pour ce sympathique message.
    Bien à vous.

  23. Stéph dit :

    Bonjour Madame Manon,
    Avant tout je tiens à vous dire qu’il est très agréable de se promener sur votre site, il est incroyable de constater à quel point le temps passe vite une fois que je commence à lire…
    En lisant votre commentaire, une pensée m’est venue à l’esprit, le désir, si je l’ai bien compris, est cette stimulation qui nous posse à obtenir ce qui nous manque, ce qui nous attire vers l’objet convoité. Celui-ci nous obsède et nous sommes persuadés, tant qu’il ne nous appartient pas, qu’il constitue la seule chose qui nous comblera entièrement. Or, une fois ce bien obtenu, voilà que le désir se porte sur un autre objet et s’ensuit dès lors une succession de quêtes qui ne nous satisferont jamais parfaitement.
    Ces petits désirs tentent en réalité de satisfaire un désir qui nous dépasse : le désir d’être heureux, le désir d’accéder au bonheur. C’est alors que je me pose cette troublante question…que se passerait-il si un jour nous parvenons à être vraiment heureux ? Cesserons-nous alors de désirer puisqu’il ne nous manquera plus et dans ce cas que deviendrait le but de notre existence sans le désir ? Si nous obtenons tout ce que nous désirons, est-ce vraiment le bonheur que nous atteindrons ou sera-ce l’ennui, la mort ? Dans ce cas où se trouve le bonheur et n’est-il pas dangereux d’essayer de satisfaire nos désirs pour l’atteindre si au final c’est de son contraire que nous nous approchons ?
    Dans le christianisme, les croyants aspirent à une vie dans l’au-delà, une vie pleine de réjouissances où les maux et malheurs n’existeront plus, où leur joie sera immuable et où ils seront comblés de tous leurs manques. Dans ce cas désireront-ils toujours ? Et si non (puisqu’il n’y a plus de manque) comment peut-on dire qu’ils seront heureux ? Le paradis est-il vraiment le lieu du bonheur ?
    J’espère que mon raisonnement vous paraitra clair et que vous pourrez répondre à ces questions qui me travaillent…

  24. Simone MANON dit :

    Bonjour Steph
    Vous vous posez de bonnes questions sur le statut du désir dans une existence et sur le bonheur.
    Plutôt que de vous répondre directement, je crois plus judicieux de vous renvoyer aux cours sur la notion de désir et sur celle de bonheur. Dans la colonne de droite vous pouvez cliquer sur les chapitres 4 et 5. Vous verrez défiler les articles étayant votre interrogation.
    Voyez en particulier:http://www.philolog.fr/les-paradoxes-du-bonheur/
    http://www.philolog.fr/malheur-a-qui-na-plus-rien-a-desirer-rousseau/
    http://www.philolog.fr/rousseau-desir-et-sagesse-la-route-du-bonheur/
    Approfondissez aussi les différentes conceptions du désir selon qu’avec Platon on le lie au manque ou avec Spinoza à la puissance d’exister.
    Bien à vous.

  25. Quentin Saubadu dit :

    Bonjour,

    Je ne sais à qui d’autre poser une telle question, je me tourne donc vers quelqu’un d’expert en la matière comme vous pour m’aider à trouver des réponses à mes questions…

    Voilà, récemment j’ai pris connaissance du mythe d’Aristophane qui m’a passionné, mais en continuant à faire des recherches sur ce même sujet je suis tombé sur 2 personnages qui seraient à priori des divinités androgynes du syncrétisme, enfant de « la grand-mère phrygienne » : Agdistis (ou agditis) et…Misé ! J’ai réussi cependant à récolter pas mal d’information concernant Agditis mais IMPOSSIBLE de trouver quelconque information concernant Misé sur internet !! Je ne sais pas vers qui me tourner car les textes sur lui (ou elle) sont tellement pauvres qu’il est, semblerait-t’il, impossible de savoir qui est ce personnage…

    Je vous laisse ce lien : http://helios.fltr.ucl.ac.be/vanesch/platon/PlatonAndrogyne.html
    Le seul que j’ai trouvé faisant référence à lui…. on parle de lui de manière très très brève au milieu de la deuxième partie du texte « L’androgynie divine. »

    Je vous remercie grandement si vous arrivez à me donner plus ample informations sur ce personnage mythologique….! je désespère !

  26. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Désolée, je ne suis pas experte en mythologie.
    Je ne peux donc pas répondre à votre question.
    Bien à vous.

  27. […] PHILILOG – Le mythe de l’androgyne. Commentaire par Simone Manon : c’est  ICI […]

  28. Gauthier dit :

    bonjour Mme.
    Merci pour vos articles. J’aurais une petite question sur votre titre : » le mythe de l’androgyne ». Etant donné que, comme vous le dites, ce mythe postule 3 sortes d’entités initiales, et qu’il rend compte à la fois de l’hétérosexualité et de l’homosexualité, n’est-il pas très hétérocentrique de l’appeler « mythe de l’androgyne » ?
    Ne serait-il pas plus juste de l’appeler le « mythe d’Aristophane » par exemple ?
    Car en le centrant sur la figure de l’androgyne (alors que Platon se centre plutôt sur la question de l’homosexualité masculine), on réintroduit implicitement l’idée que l’homosexualité n’est pas aussi naturelle que l’hétérosexualité etc.
    merci encore pour votre site
    Gauthier

  29. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Que l’hétérosexualité soit, à l’inverse de l’homosexualité, la sexualité dominante et qu’elle ait une dimension naturelle plus évidente relève du fait. Platon en prend acte et propose cette image de l’androgyne immédiatement suggestive pour l’expérience de la plus grande partie des êtres humains.
    Voyez bien que Platon condamne dans la République et dans les Lois l’homosexualité. Elle est dite « contre nature » au sens où elle ne permet pas la procréation. Et dans la coutume grecque très codifiée, la sodomie ou la pénétration était interdite, la copulation devant être intercrurale, (l’éraste entre les jambes de l’éromène).
    Cf.  » C’est aussi, comme de juste, cette pratique qui passe pour avoir perverti l’antique usage conforme en outre à la nature, pour ce qui concerne les plaisirs d’amour dans les rapports, non pas seulement des hommes entre eux, mais même avec des bêtes ; et c’est à vos Etats, tous les premiers, qu’en revient la responsabilité, ainsi qu’à tous ceux qui, ailleurs, sont le plus attachés aux exercices gymniques. J’ajoute, quelle que soit la façon, plaisante ou sérieuse, dont les plaisirs de cet ordre doivent être conçus, que la conception en doit être celle-ci : le plaisir qui s’y rapporte semble, selon la nature, avoir été accordé au sexe féminin et au sexe masculin quand ils vont l’un à l’autre s’unir en vue de la génération, tandis qu’est contre nature la copulation des mâles avec les mâles, ou des femelles avec les femelles ; et c’est l’incontinence dans le plaisir qui a inspiré un tel acte à ceux qui l’ont osé les premiers. Or, tous, nous accusons précisément les Crétois d’avoir été les inventeurs de l’histoire de Ganymède » Platon, Les Lois in Œuvres complètes, tome II, Gallimard, 1950, pp. 651-652.

    Bien à vous.

  30. Gauthier dit :

    L’hétérosexualité est la sexualité dominante, certes, et heureusement pour la survie de l’espèce. Par contre les nombreux cas de pratiques homosexuelles chez les animaux (ainsi que la présence constante de l’homosexualité dans l’espèce humaine) semblent quand même indiquer que l’homosexualité est naturelle, et plus précisément génétique. Plus précisément encore, il semble naturel qu’un petit pourcentage de la population soit homosexuel. Mais de toute façon cette question n’est pas importante ici, car nous parlons de Platon. Pour en revenir à Platon donc, il condamne en effet la sodomie, mais par contre le sentiment amoureux homosexuel a un statut ambigu. Cependant, je ne tiens pas à faire une discussion générale sur l’homosexualité chez Platon. Le seul point important ici, c’est le texte dont nous parlons, à savoir le mythe d’Aristophane dans le Banquet. Dans le mythe d’Aristophane, l’hétérosexualité n’est pas le sujet central. Au contraire, le texte revient sans cesse sur l’homosexualité. Voici en effet ce qu’il est dit : « les femmes qui proviennent de la séparation des femmes primitives ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées vers les femmes : à cette espèce appartiennent les tribades. De même, les hommes qui proviennent de la séparation des hommes primitifs recherchent le sexe masculin. Tant qu’ils sont jeunes, ils aiment les hommes : ils se plaisent à coucher avec eux et à être dans leurs bras : [192a] ils sont les premiers parmi les adolescents et les adultes, comme étant d’une nature beaucoup plus mâle. C’est bien à tort qu’on les accuse d’être sans pudeur, car ce n’est pas faute de pudeur qu’ils agissent ainsi ; c’est parce qu’ils ont une âme forte, un courage mâle et un caractère viril qu’ils recherchent leurs semblables : et ce qui le prouve, c’est qu’avec l’âge ils se montrent plus propres que les autres à servir l’Etat. [192b] Devenus hommes, à leur tour ils aiment les jeunes gens ; et s’ils se marient, s’ils ont des enfants, ce n’est pas que la nature les y porte, c’est que la loi les y contraint. Ce qu’ils aiment, c’est de passer leur vie les uns avec les autres dans le célibat.  »
    Dans tout ce texte, il n’y a donc aucune condamnation de l’amour homosexuel, mais au contraire une supériorité des hommes homosexuels sur le reste de l’humanité. Cela me semble suffire pour refuser d’appeler ce texte le « mythe de l’androgyne ».

    J’ajoute que dans ce texte, l’homosexualité n’est jamais dite être « contre nature », au contraire elle est toujours présentée comme pleinement naturelle. Le texte que je viens de citer le dit clairement, et en voici un autre : « si l’union se trouvait avoir lieu entre l’homme et la femme, des enfants en étaient le fruit, et, si le mâle venait à s’unir au mâle, la satiété les séparait bientôt, et les renvoyait à leurs travaux et aux autres soins de la vie. De là vient l’amour que nous avons naturellement les uns pour les autres : [191d] il nous ramène à notre nature primitive ».

    Je vous remercie encore pour la qualité de vos articles.
    Bien à vous
    Gauthier

  31. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Le sujet central du mythe de l’androgyne est la nature du désir.
    Mon message précédent n’avait pas d’autre ambition qu’attirer votre attention sur l’ambiguïté de la position platonicienne concernant la question de l’homosexualité.
    Bien à vous.

  32. Chère madame,
    Je redécouvre votre site avec joie…et reconnaissance pour la qualité de votre travail. «Tu crois qu’ils cherchent le plaisir, ils cherchent l’unité.» J’ai cité cette phrase persuadé qu’elle était de Platon, du Banquet plus précisément. Ne retrouvant plus la référence, j’ai des doutes maintenant. Peut-être ai-je cité de mémoire un commentateur de Platon en le confondant avec le maître. Pourriez-vous m’aider à faire la lumière sur cette question?

    Jacques Dufresne
    Encyclopédie de l’Agora

  33. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Ce langage n’est pas le langage de Platon. Quant on veut citer un auteur, il faut avoir sous les yeux le texte. Je doute que vous trouviez cette formule quelque part dans les textes platoniciens. Mais seule la relecture des ouvrages consacrés au thème du désir (Le Banquet, Phèdre, le Philèbe) pourra vous le confirmer.
    Bien à vous.

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