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Charlie Chaplin. 1889.1977. Les temps modernes, 1936. 

 
 « En quoi consiste l'aliénation du travail ?
 

  D'abord dans le fait que le travail est extérieur à l'ouvrier, c'est-à-dire qu'il n'appartient pas à son essence, que donc, dans le travail, celui-ci ne s'affirme pas, mais se nie, ne se sent pas à l'aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l'ouvrier n'a le sentiment d'être auprès de lui-même qu'en dehors du travail, et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Il est comme chez lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas chez lui. Son travail n'est donc pas volontaire, mais contraint ; c'est du travail forcé. Il n'est pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l'homme s'aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. Enfin, le caractère extérieur à l'ouvrier du travail apparaît dans le fait qu'il n'est pas son bien propre, mais celui d'un autre, qu'il ne lui appartient pas lui-même mais appartient à un autre... L'activité de l'ouvrier n'est pas son activité propre. Elle appartient à un autre, elle est la perte de soi-même ».

                                                         Marx. Manuscrits de 1844.

 

  Ce texte célèbre propose trois repérages du concept d'aliénation du travail.

  Etre aliéné signifie : être dépossédé de soi-même. L'aliénation est ici une mise à l'extérieur de soi correspondant à une perte de soi et non à une médiation dans la réalisation de soi. Elle est une objectivation ratée.

 

 1°)  Le travail est aliéné lorsqu'il n'est pas « libre activité physique et intellectuelle ».

 

   C'est le cas lorsqu'il s'effectue selon des modalités (méthodes, rythmes, organisation)  dépossédant celui qui travaille de la possibilité de faire œuvre.

  « Ce qui distingue une époque économique d'une autre c'est moins ce qu'on produit que la manière de le produire » écrit Marx.

  Or certaines formes sont aliénantes. Par exemple celles qui parcellarisent les tâches et les mécanisent au point de réduire le travailleur à « un simple appendice de la machine » (Marx).

  On doit instruire ici, le procès de la civilisation industrielle par opposition à la civilisation artisanale. La rationalisation des opérations de travail, condition d'une augmentation de la productivité conduit à déshumaniser l'acte de produire en lui ôtant toute fonction expressive des talents humains. Charlie Chaplin a popularisé ce thème dans le film «  Les temps modernes ».

  Il est bien vrai que ce qui a permis le développement considérable de la société industrielle tient à une organisation du travail fort efficace en terme de productivité mais très coûteuse sur le plan humain.

  Adam Smith, le grand théoricien de la division du travail, telle qu'elle s'opère dans la production manufacturière pointe les deux facettes du processus.

  D'une part elle est un facteur d'accroissement spectaculaire de la productivité. Prenant l'exemple d'une manufacture d'épingles, Smith montre qu'alors qu'un ouvrier ne pourrait faire que quelques épingles en une journée s'il devait maîtriser toutes les opérations nécessaires à sa production, le fait de diviser le processus de fabrication en gestes distincts, permet à quelques ouvriers d'en produire, dans le même temps des milliers.

  Mais l'apologie n'est pas sans réserve. « Dans les progrès que fait la division du travail, l'occupation de la majorité de ceux qui vivent du travail, c'est-à-dire la grande masse du peuple, vient à se borner à un très petit nombre d'opérations simples, très souvent à une ou deux. Or l'intelligence de la plupart des hommes se forme nécessairement par leurs occupations ordinaires. Un homme dont toute la vie se passe à remplir un petit nombre d'opérations simples, dont les effets sont aussi peut-être toujours les mêmes, n'a pas lieu de développer son intelligence ni d'exercer son imagination à chercher des expédients pour écarter des difficultés qui ne se rencontrent pas ». Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. 1776

  Il y a bien dans cette remarque une manière de dénoncer ce que Marx appelle la mortification de l'ouvrier, la ruine de son esprit. Pas étonnant qu'il se sente étranger à ce qu'il fait et vive le temps du travail comme une corvée.

 

 PB : Lorsque la division du travail n'est pas simplement répartition en métiers mais parcellarisation des opérations de travail au point de leur ôter tout sens pour celui qu'on réduit à n'être qu'un mécanisme, on comprend que le travail n'ait plus aucun intérêt et soit vécu comme une aliénation. Marx considérait d'ailleurs que le fait de n'exercer qu'un seul métier est déjà en soi une mutilation de l'homme.

  Or existe-t-il une seule société disposée à remettre en cause la division des tâches ? Il est permis d'en douter car la concurrence mondiale ou, simplement,  le rêve marxiste d'une société d'abondance exige de ne pas renoncer aux conditions maximisant la production.

  Il s'ensuit qu'on peut libérer les hommes des tâches asservissantes lorqu'il est possible de les confier à des machines, on peut humaniser le travail (par exemple en faisant participer chaque membre d'une chaîne de production au projet d'ensemble mené à terme par l'équipe comme ce  fut le cas dans les usines Renault) mais on ne peut pas échapper totalement au côté asservisant de certaines tâches.

 

2°) Le travail est aliéné lorsqu' « il n'est pas la satisfaction d'un besoin mais seulement le moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail ».

 

   C'est le cas lorsqu'il s'impose dans sa seule dimension de contrainte vitale. Le sujet s'y soumet parce qu'il ne peut pas faire autrement pour survivre mais ce qu'il fait ne l'intéresse pas. Il n'a aucun plaisir dans les tâches qu'il exécute. Aucun désir ne s'y investit. Le temps de travail est ainsi vécu comme un temps de négation de soi. Le travailleur ne se sent pas chez lui à l'atelier, au bureau ou dans les champs. Il est extérieur à lui pendant le temps de travail, comme dépossédé de lui-même. Il ne s'appartient plus, il est étranger à lui-même. « Vivement les vacances, ou vivement la retraite » disent souvent ceux qui ne trouvent aucune satisfaction, aucun accomplissement d'eux-mêmes dans leur activité.

   Marx fait remarquer que lorsqu'une partie de la vie (et ô combien importante puisque le temps passé au travail est considérable, surtout à l'époque où il fait son analyse) est aliénée, c'est la totalité de la vie qui l'est. Le travailleur ne se sent lui-même que dans les moments où il mange, s'accouple et dort. Coupées de l'activité productrice, ces activités perdent leur caractère proprement humain. Il en est de même du loisir. Il n'est plus qu'un temps de réparation des forces, de délassement ou de consommation. Il est réduit au rang d'un moyen en vue du retour au travail. Il n'est plus cette fin en soi que les Grecs définissaient comme temps de la vie heureuse c'est-à-dire comme temps disponible pour la libre expression de ses forces corporelles et intellectuelles.

 

  PB : Cette critique du travail aliéné présuppose qu'il peut y avoir un travail libre. Or l'expression « un travail libre » n'est-elle pas un oxymore ?

  Sans doute y a-t-il dans la nature humaine un besoin de faire, d'œuvrer, d'exprimer les forces de son corps et celles de son esprit. Mais l'activité ayant son principe dans la liberté est une chose, le travail en est une autre. On travaille parce qu'on a des besoins à satisfaire. Si on pouvait les satisfaire autrement qu'à la sueur de son front on ne s'en priverait pas.

   Le travail est une activité utilitaire par définition, ce n'est pas une activité libérale. Ainsi même dans les activités les plus gratifiantes, il y a de nombreux aspects contraignants, inhérents à leur dimension de travail : la rigidité des horaires, le caractère répétitif des tâches, la fatigue, le stress impliqué dans les contraintes de la production ou de l'institution rétribuant un service. Tout cela peut-il jamais correspondre à un besoin ?

   L'exemple des Grecs, des Romains, des nobles, des rentiers épanouis ne nous invite-t-il pas à juger sévèrement l'idée « d'un besoin de travailler » ? L'homme a besoin d'agir, il a besoin d'exprimer sa liberté mais il n'a pas besoin de travailler. C'est au contraire parce que comme tout animal il a des besoins à satisfaire, qu'il est contraint de travailler.

   On peut par le travail se libérer de certaines contraintes, on ne peut pas disjoindre radicalement l'idée de travail et celle de contrainte.

  Et qu'on ne vienne pas dire qu'il soit possible de penser un travail affranchi des contraintes mutilantes de la division du travail et de la nécessité vitale ou sociale. Une telle représentation est une utopie et une utopie seulement. C'est le propre de l'utopie marxiste. Marx en énonce les termes dans La Critique du programme de Gotha :

  «  Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux: "De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins"! »

  Au pays d'utopie rien n'interdit, en effet, de concevoir le travail comme « le premier besoin vital » mais, comme on sait, ce pays est le pays de  nulle part. Alors est-il bien sérieux de penser sous le même concept de travail, une activité idéale n'existant que dans les rêves ou définissant  le privilège de nantis dont le loisir constitue l'essentiel de la vie et l'activité que nous nommons ainsi dans le réel?

  Je maintiens que l'idée d'un travail libre est un oxymore. Tout au plus est-il permis d'espérer que chacun exerce une activité correspondant à ses aptitudes, à ses goûts et soit justement rétribuée en terme de revenu et de reconnaissance sociale afin d'y trouver un épanouissement.

  Mais le travail est une réalité hétérogène à ce que l'utopie marxiste rêve. C'est un professeur de philosophie qui tient ce propos c'est-à-dire quelqu'un qui exerce son métier avec un grand bonheur et ne doute pas de sa chance par rapport à tous les damnés de la terre voués à mutiler leurs vies dans des tâches ingrates et injustement méprisées. Et pourtant si je pouvais vivre de mes rentes, je me passerais bien de consacrer des heures à la correction des copies et je ne verrais aucun inconvénient à être dispensée de dépenser des trésors d'énergie à transmettre des savoirs à ceux qui n'en ont rien à faire.

 

3°) Le travail est aliéné dans le mode de production capitaliste.

 

  Le capitalisme est un système de production dans lequel les moyens de production sont propriété privée. Le capital, les usines, les terres appartiennent à certains. Ceux qui ne sont pas des possédants doivent pour gagner leur vie vendre leur force de travail aux propriétaires des moyens de production. Or le salaire qu'ils reçoivent en échange ne correspond pas à la totalité de leur travail.

   La plus value c'est-à-dire la différence entre la valeur des biens produits par le travailleur et la rémunération du travail est prélevée par les employeurs, ce qui aboutit à ce que Marx appelle l'exploitation du travailleur. L'ouvrier est ainsi dépossédé du produit de son travail, il reçoit un salaire qui est calculé, lorsque Marx fait son analyse, sur  «  une loi d'airain » puisque c'est sur le minimum vital.

   Marx considère donc que la solution à cette dépossession consiste dans la suppression de la propriété privée de la terre, des usines et du capital et dans une autogestion du processus de production par les travailleurs eux-mêmes.

  « Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci que les producteurs associés - l'homme socialisé règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et qu'ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine » écrit-il.

 

   PB : La collectivisation des moyens de production ayant été historiquement expérimentée, il est possible de tirer certains enseignements:

D'abord que si les travailleurs ne sont plus sous la domination de possédants, ils sont sous celle d'un parti ou d'une administration fixant les objectifs à atteindre, planifiant les productions et les services, répartissant les activités selon ce qu'ils définissent comme les besoins sociaux. Du point de vue de la liberté on ne voit pas l'avantage de passer d'une servitude à une autre. D'autant plus que, sauf aveuglement idéologique caractérisé, on peut dire que les hommes sont plus libres dans un Etat garantissant les droits fondamentaux que dans un système collectiviste même s'il est vrai que la faiblesse du premier est de ne pas pouvoir garantir de manière satisfaisante les droits économiques et sociaux.

Ensuite que la collectivisation ne semble guère favorable à la richesse des nations. Le capitalisme a plus d'efficacité économique que le collectivisme.

Enfin que, quel que soit le système de production, le travailleur est nécessairement dépossédé d'une partie de son travail. Il faut en effet moderniser les outils de production, financer l'Etat qui garantit les conditions de la paix civile et assure certains services publics.

  C'est le travail qui produit la valeur et toute la difficulté est de définir la valeur du travail.

  Reste qu'en deçà d'une certaine rémunération de la force de travail, quelle que soit son mode d'organisation, il est légitime de parler d'injustice et de travail exploité. Il est scandaleux, surtout dans un pays riche, que des hommes ne puissent pas vivre décemment de leur travail, qu'ils ne puissent pas se loger, élever dignement leurs enfants et se soigner. Il est scandaleux aussi que dans la répartition des richesses, collectivement produites, l'écart entre les revenus les plus élevés et les plus faibles soit démesurément grand. Toute hiérarchie, dans la distribution des revenus comme dans d'autres domaines doit être rationnellement justifiable et il semble bien que la juste mesure soit aujourd'hui oubliée par certains.

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53 Réponses à “En quoi consiste l’aliénation du travail?”

  1. paul bakou dit :

    très bien fait.

  2. lalanne dit :

    mercie a vous madame cela m’a beaucoup aider pour mon devoir de philo

  3. Steph dit :

    une maîtrise de philosophie en poche et pourtant je ne savais pas le quart de ce cours! Merci beaucoup, vous avez contribué à éclairer ma vie professionnelle adulte (qui commence à être aliénée!)

  4. Boulgakov dit :

    Merci Madame pour ce bel article, je me permets juste de poser quelques questions : l’esclavage n’aurait-il pas été créé à cause du travail, car celui-ci se révèle être pénible et nécessaire ? L’aliénation que suppose le travail pourrait-elle être liée à la dominante chronophage de celui-ci ?

    Bien à vous.

  5. Simone MANON dit :

    L’esclavage est lié originairement au droit de la guerre, le vainqueur se sentant le droit d’instrumentaliser à ses fins celui qu’il a la possibilité de tuer. Le plus fort est en effet enclin à se décharger sur le faible de ce qu’il vit comme une entrave à sa liberté. Et de toute évidence la contrainte du travail fait partie de ces entraves.
    Les Grecs par exemple avaient des esclaves parce que le travail était, pour eux, par le temps qu’il mobilise, par l’usure du corps qu’il génère, par les intérêts triviaux qu’il implique, etc. synonyme de servitude.

  6. Claire dit :

    Merci beaucoup pour cet article il m’aide beaucoup en effet j’ai une explication de texte a faire sur ce texte et j’hésite sur ma problématique pouvez vous me dire ce que vous en pensez : Comment le travail rend il l’homme étranger a lui meme alors qu’il devrait etre une activité spécifiquement humaine ?
    Merci

  7. Simone MANON dit :

    Vous posez très bien la question. Ne confondez pas question, problème et problématique.
    Il faudra préciser ce que vous mettez sous l’expression: devrait être.
    Pour Marx le travail EST une activité spécifiquement humaine.

  8. Claire dit :

    D’accord merci si je renplace dont « devait etre » par « est » c’est une problématique ou un problème ? J’arrive pas a voir la différence. J’avais d’autre questions comment annonce on un plan dans une intro ? Comment on commence une partie de l’explication ? On me dis de « donner des exemples » mais je n’en voit pas dans le texte est ce que je dois en chercher avec le cours ?
    Merci beaucoup pour votre aide et excusez moi si je vous fait perdre un peu de temps

  9. Simone MANON dit :

    Vous avez quantité d’exemples d’explication de texte sur ce blog et une méthode. Donnez-vous la peine de les consulter. Vous aurez la réponse à vos questions.
    Une problématique est un ensemble de problèmes articulés avec cohérence, destiné à préciser tout ce qui est en question dans une question.
    PS: Je ne vous ai pas suggéré de remplacer une expression par une autre. J’attire seulement votre attention sur la nécessité de comprendre les distinctions de sens.
    Bon courage.

  10. marine dit :

    merci beaucoup pour cette article il m a aidé a comprendre beaucoup de chose ;mais j’aimerai savoir si le travaille permet a l’individus de devenir une personne?

  11. Clhoé dit :

    BJR a par le travail allinant en quoi le travaille serait t-il en obstacle a la transformation de l’ individus en personne ?

  12. Simone MANON dit :

    Réponse commune à Marine et à Chloé.
    D’abord il serait urgent d’apprendre la correction de l’expression, ensuite votre professeur vous a donné un sujet fort intéressant et il attend de vous un effort personnel de réflexion pour le traiter avec pertinence.
    Bon courage.

  13. Le travail est-ce la santé ? Ne rien faire est-ce la conserver ? Nous travaillons pour produire, et nous produisons pour consommer (et au passage enrichir les industriels et les actionnaires). Si nous consommions moins, nous produirions moins et travaillerions moins. Nous aurions donc davantage de temps libre à consacrer à nos proches, et à cultiver notre jardin, plutôt que de consommer de manière frénétique. Quelle force mystérieuse nous pousse à consommer sans cesse ? Ne sommes-nous pas comme des mouches piégées dans une immense toile d’araignée, du moins dans nos sociétés occidentales civilisées ? Tout ceci a-t-il un sens ? Que devient la Vie dans tout ça, l’Humanité ?

  14. Simone MANON dit :

    Les hommes travaillent d’abord pour satisfaire leurs besoins et aussi pour des tas d’autres raisons, par exemple pour se divertir au sens pascalien, pour se sentir utile ou par plaisir.
    Il me semble qu’il faut éviter dans le traitement d’une question les slogans ou les poncifs, et pour ce qui est de la consommation se souvenir qu’avant d’être l’objet de la déploration des nantis, la possibilité de consommer a été une conquête et le reste pour tous les damnés de la terre.
    Pour ceux qui sont rassasiés jusqu’à l’écoeurement, il leur appartient de limiter leur appétit et de travailler moins si le coeur leur en dit ou de verser leur surplus de revenus à ceux qui n’ont rien.
    En tout cas c’est à eux et à eux seuls de décider du sens de leur vie et à en faire l’occasion de dessiner le visage de l’homme ou sa caricature.

  15. Jérome dit :

    Bonsoir, c est toujours avec plaisir que je consulte votre blog.
    En ce moment, il me procure une respiration intellectuelle que je peine à trouver.
    J aimerais évoquer une situation concrète si cela a sa place ici.
    Je travaille en effet dans la grande distribution, afin de reprendre des études de philosophie à la rentrée (un bonheur).
    Voilà tout le problème, je me sens complètement oppressé dans ce milieu où la bêtise atteint un niveau impressionnant. Je pensais que le détachement et l usage de l intelligence me permettrait de rester en dehors de ce monde, hors je me vois pris au piège (pression du chiffre par les chefs, collègues immatures et agressifs dans le rapport à l autre, ect…) et passe pour un imbécile à vouloir privilégier des relations apaisées et consciencieuses dans un milieu brutal et vulgaire. Ma question est donc d ordre stratégique: quelle position me conseillez vous d adopter? En restant silencieux je subis une lente érosion, en m exprimant je subis les moqueries quotidiennes de ceux qui ont, voyez vous, « les pieds sur Terre ». Bien à vous.

  16. Simone MANON dit :

    Bonjour Jérome
    Une des formes les plus douloureuses de l’aliénation est sans doute de ne pas pouvoir vivre et travailler en compagnie d’êtres avec lesquels nous avons le sentiment de partager une même idée de l’humanité.
    Mais on n’a pas toujours le choix et dans ce cas il faut bien se dire qu’il n’est pas en notre pouvoir de changer les hommes. Enfants, on peut les éduquer, adultes, il faut les supporter. Je pense à la formule de Marc Aurèle: « éduque-les si tu le peux, sinon supporte les. »
    Ce qui suppose une grande capacité de maîtrise de soi afin de mettre en oeuvre une forme de dissociation de sa personnalité. S’adapter à son entourage quoique qu’on en pense en se disant que ce que l’on a de mieux à faire, c’est de trouver le moyen de fuir cette situation peu épanouissante le plus rapidement possible
    Je pense que votre projet d’études correspond à cette stratégie. En attendant, il convient de s’armer de patience, en évitant les conflits, et cela exige de faire preuve de plus d’intelligence que ceux qui les provoquent. Le silence donc, sans la lente érosion.
    Les stoïciens sont ici d’un grand secours. Ils nous apprennent que la sagesse consiste à se disposer de telle sorte à l’égard de l’adversité qu’elle ne puisse plus avoir pouvoir sur nous. Si vous souffrez de l’attitude des autres, cela tient à votre désir tenace qu’ils soient autres que ce qu’ils sont. Or cela n’est pas en votre pouvoir. Exercez donc le pouvoir qui est le vôtre: celui de transformer votre désir.
    Suivez aussi la leçon de Spinoza: ni rire, ni pleurer mais comprendre. http://www.philolog.fr/ni-rire-ni-pleurer-mais-comprendre-spinoza/. C’est fou comme le fait de comprendre pourquoi les autres sont comme ils sont, nous libère de l’irritation qu’ils peuvent susciter en nous et nous incline, sans doute pas à les aimer, mais à ne plus haïr et parfois à éprouver de la compassion.
    Je ne me sens pas très à l’aise dans le rôle de conseiller. Je sais trop combien la sagesse se conquiert de haute lutte et qu’il y faut beaucoup d’exercice. Vous savez que pour les Anciens les exercices spirituels étaient une dimension essentielle de la formation philosophique.http://www.philolog.fr/noublie-pas-de-vivre-pierre-hadot/ Vous êtes en train d’en expérimenter la nécessité sous une forme pathétique (souffrante), puissez-vous en comprendre la puissance libératrice afin que la pratique philosophique devienne pour vous l’expression joyeuse d’une existence autonome.
    Bien à vous.

  17. Jérome dit :

    Encore une fois vos mots me sont très précieux.
    Votre attention est remarquable et reflète la matrice de ce blog, bonté et sagesse.
    Bien à vous.

  18. Marie dit :

    Ceux qui se demandent “pourquoi ” vivre peuvent supporter à peu près n’importe quel “comment ”.

    Nietzsche

  19. marie dit :

    Incroyable, ce qu’a écrit Jérôme est ce que je vis également au travail, cette sensation de devoir supporter la « bêtise » des autres, avec comme conséquence une frustration étouffante et des accès d’agressivité incontrôlés ou mal contrôlés. Vos conseils me sont très précieux également, car c’est un combat que je mène au quotidien afin de ne pas « haïr » certaines personnes que je dois supporter tous les jours. Je m’efforce de les comprendre, ce qui est également mon leitmotiv dans la vie, la compréhension des motivations des autres quels qu’ils soient, mais j’avoue que c’est extrêmement difficile et que la fuite me serait plus bénéfique, car je m’empoisonne quotidiennement de ma haine et de ma colère rentrée ou exprimée, c’est la même chose. Quand j’arrive à gérer ces relations « interpersonnelles » au travail, j’en retire un soulagement, mais aussi un exténuement, et surtout un renforcement de mon inauthenticité.

  20. Simone MANON dit :

    Vous êtes très lucide Marie. C’est la première étape pour se sortir d’une situation impossible. Surtout ne pas laisser la déprime gagner et se protéger du ressentiment et de la haine par des activités fécondes. La lecture, un sport; la convivialité peuvent aider.
    Bien à vous.

  21. Marie dit :

    Merci beaucoup Simone. La philosophie, le sport et la lecture sont mes passe-temps favoris, seul le temps me manque pour les pratiquer….Mais sans doute leur rareté et la sensation d’instants volés rajoute-t-il à leur valeur…

  22. aurelie dit :

    Bonsoir,

    Cioran a écrit dans « sur les cimes du désespoir » un chapitre intitulé la dégradation par le travail : « le travail permanent et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d’intérêt de l’individu se déplace de son milieu subjectif vers une fade objectivité (…) aussi l’homme ne s’y réalise-t-il pas – il réalise.
    Dans le travail, l’homme s’oublie lui même ; cela ne débouche cependant pas sur une douce naiveté, mais sur un état voisin de l’imbécillité.
    Et, bien que je n’oppose au travail ni la contemplation passive ni la rêverie floue, mais une transfiguration hélas irréalisable, je préfère néanmoins une paresse compréhensive à une activité frénétique et intolérante. Pour éveiller le monde , il faut exalter la paresse. C’est que le paresseux a infinimemt plus de sens métaphysique que l’agité. »
    Vous indiquez que Nietzsche ne fait pas l’éloge de la paresse (dans la valeur de travail), Cioran en fait il l’éloge dans ce texte?

    J’ai lu l’ensemble du thème sur le travail et beaucoup d’éléments ont fait écho en moi.
    certains commentaires de vos lecteurs me font dire que malgré des travaux à la limite de l’abrutissement je ne suis pas au bout du désespoir, sans doute en raison d’une vie personnelle riche et d’un profond attachement au travail en tant que valeur, renvoyant à la notion d’effort-effort que l’on inculque aux plus jeunes afin de leur donner le sens du respect de soi, de la satisfaction de l’action bien faite -tout en m’étant délestée, détachée de la nécessité d’avoir à prouver sa propre valeur par rapport au poste que l’on est censé devoir occuper.

    Certes le travail peut paraitre parfois aliénant, et j’aime à rappeler qu’en droit la définition du contrat par la jurisprudence peut se résumer ainsi : »convention par laquelle une personne s’engage à mettre son activité, à la disposition d’une autre, sous la subordination de laquelle elle se place moyennant une rémunération », (commemt conciler subordination et épanouissememt personnel?) et pourtant le travail ne vaut il pas toujours quelquechose? malgré tout n’est il pas le reflet de ce que l’on en fait? n’est il pas de notre ressort de mettre de l’intérêt et d’en trouver afin de ne pas se laisser noyer par l’apparente absurdité d’une tâche?

  23. Simone MANON dit :

    Bonsoir Aurélie
    Votre message articule beaucoup de questions en même temps qu’il témoigne des difficultés de l’homme à s’épanouir dans certaines activités. Difficultés générées, si je vous entends bien, par le statut de subordination, par la nature de tâches peu exaltantes en terme d’expression de ses talents et par des rythmes épuisants.
    Dans tous les cas, sentiment d’une mutilation, deuil des espérances dans le rapport aux autres et divorce entre la valeur humaniste conférée à l’activité travail et ce que cette activité est vraiment au quotidien.
    Je ne suis pas sûre que pour les jeunes générations cette valeur continue à en être une. J’ai vu de trop nombreux élèves, ces dernières années, n’ayant aucun respect d’eux-mêmes, sans scrupules pour bâcler leur travail, tricher et surtout soucieux de faire le moins d’efforts possibles. Sur ce blog, par exemple, je supprime de nombreux messages d’internautes qui voudraient que je fasse leur travail à leur place. Je n’en passe que quelques-uns pour rendre publiques une indécence et une paresse qui n’ont pas l’air d’être marginales.
    Pour ce qui est de la paresse: vous savez que le gendre de Marx en a fait l’éloge ainsi que Bertrand Russell. Mais l’enjeu dans les deux cas était surtout de dénoncer le statut exorbitant conféré au travail par la pensée marxiste et son caratère aliéné dans certaines organisations du travail.
    Pour ce qui est de Cioran, on peut souligner l’accent nietzschéen de son propos et remarquer qu’il prend bien soin de connoter le mot paresse. Ce qu’il faut célébrer, en opposition à l’abrutissement du travail, c’est une « paresse compréhensive », non une paresse qui consacre l’abrutissement. Par paresse compréhensive, il convient d’entendre éveil et disponibilité de la conscience aux grandes questions qui hantent un être doté du pouvoir de penser. Donc nécessité du temps libre, du désengagement de l’esprit à l’endroit des soucis quotidiens ou des activités le mutilant dans ses capacités d’étonnement et d’ouverture à l’inquiétude métaphysique.
    Le paresseux est opposé à « l’agité ». Ici Cioran reconduit le célèbre thème de l’otium et du negotium: http://www.philolog.fr/travail-conceptuelliberal/ (http://www.philolog.fr/liberal-repertoire/). Thème ayant cessé de faire sens dans une société comme la nôtre, société d’agités s’il en est.
    Et le drame consiste dans le fait que la culture qui devait nous en sauver est désormais devenue une industrie et un objet de consommation et donc participe amplement de cette agitation. http://www.philolog.fr/le-philistinisme-cultive/
    Bien à vous.

  24. aurelie dit :

    bonjour,

    merci pour votre réponse toujours aussi limpide et pour les liens que je suis allée consulter rapidement mais que je vais lire avec application.

    Votre regard sur vos dernières années d’enseignement me surprend à moitié (ayant eu déjà des échos similaires) et me désole. Il est bien dommage que ces jeunes n’aient pas profité de vous avoir en tant que professeur pour se secouer les puces.
    D’autant plus que vous facilitez considérablememt le travail des bacheliers : des cours construits, clairs, expliqués, le programme respecté, une méthodologie, des corrections rédigées, des copies annotées pour faire progresser, il suffisait de vous suivre et avec un peu d’huile de coude l’année était réussie! beau gachis…
    D’où l’importance de l’éducation de ces valeurs dès le plus jeune âge mais peut-être que je suis encore nourrie d’illusions, je verrai donc dans quelques années…

    Souhaitant que vous conserviez en mémoire vos plus beaux moments d’enseignement, sachez que vous avez le profond respect d’une ancienne élève dont les lunettes étaient couvertes de buée dans l’effort qu’elle fournissait à soutenir votre regard et à vous suivre 9 heures par semaine, qui étaient pour moi 9 heures de salut.

    Bien à vous,

    aurélie

  25. Tom dit :

    Bonsoir vous dîtes que pour Marx, le travail est une activité spécifiquement humaine. Cependant mon professeur de philosophie nous a dit que l’ouvrier par exemple, donnait son énergie, sa force de travail à son employeur et donc aux grands capitalistes. Mais j’avais une question, peut-on considérer cela comme de l’esclavagisme, que d’utiliser l’ouvrier en échange d’un piètre salaire?

  26. Simone MANON dit :

    Réponse à Aurélie
    Vous êtes vraiment trop gentille, Aurélie, et j’aime bien les effets de drôleries de votre propos.
    Bien à vous.

  27. Simone MANON dit :

    Réponse à Tom:
    Pour ce qui est de l’idée selon laquelle le travail est une activité spécifiquement humaine, voyez le cours sur le travail où le sens de cette idée est explicité.
    Pour ce qui est de votre deuxième question, il convient peut-être de sortir des slogans idéologiques.
    Marx parle de l’exploitation du travail, non d’esclavagisme. Demandez-vous ce qu’est le statut juridique et politique d’un esclave et voyez s’il y a sens à dire qu’un sujet de droit (comme le sont tous les membres de la société française et moderne en général) passant contrat avec un employeur peut être qualifié d’esclave.
    Demandez-vous aussi s’il y a sens à définir tous les chefs d’entreprise comme de grands capitalistes.
    Ensuite seulement, vous pourrez peut-être aborder de manière sensée les problèmes que pose le travail pour certaines catégories d’employés.
    Bien à vous.

  28. A. dit :

    Je vous remercie pour ce cours très éclairant!

  29. j aimerai recevoir sur mon site des sujets en rapports avec vos cours. merci d’avance

  30. Simone MANON dit :

    Et quoi encore? Un cours sur la décence, peut-être?

  31. Laetitia dit :

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre site, en ce jour de déprime où je me dis que vraiment, il faut que je trouve une solution contre l’aliénation que je ressens au travail.
    Il semble intéressant et ce qui m’interpelle surtout, c’est que même les commentaires sont intéressants et qu’on se sent brusquement moins seul en les lisant.
    J’aurais aimé vous écrire moi aussi un beau commentaire bien construit sur le travail mais il va me falloir un peu de temps.
    Par contre, je suis un peu troublée par la conversation sur les élèves. Ne sont-ils pas tout simplement victimes eux-aussi de l’aliénation? Il ne suffit pas d’avoir un beau travail (cours), bien construit avec plein de gens formidables (les enseignants) si on ne l’a pas choisi, peut-on en comprendre l’intérêt?
    Je me souviens avoir vécu mes longues années d’études comme une période assez atroce d’emprisonnement et de renonciation à moi-même, peut-être même plus aliénante que le travail car ne me laissant vraiment aucun choix dans les activités remplissant mes journées que ce soit à l’école ou en dehors d’ailleurs.
    C’est étrange mais après ce propos, je me sens obligée de préciser que je n’étais pas un cancre et que j’avais même plutôt de bons résultats…

    Je vais continuer à fureter…
    Cordialement,

  32. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Tous mes voeux pour que vous trouviez les conditions d’un épanouissement.
    Bien à vous.

  33. Robin Candau dit :

    Bonjour Simone Manon.

    Je sais que cet article date un peu donc vous ne verrez surement pas mon commentaire mais je le poste quand même au cas où ! Je suis actuellement en classe de terminale et je dois traiter le sujet suivant : La division du travail sépare-t-elle les hommes ?
    Aimant bien les cours de philo (que je trouve très intéressant) mais rencontrant tout de même certains problèmes pour faire les devoirs, j’ai voulu m’aider en utilisant le magnifique outil qu’est internet. Je suis donc tombé sur cet article qui est extrêmement bien fait ! Je vous remercie pour le travail que vous avez fournit qui m’a bien aidé ! Ce n’est cependant pas pour cette raison que je voulais vous adresser un commentaire. En effet, j’ai lu par curiosité les commentaires de l’article et je suis tombé sur celui de Jérôme. J’ai été touché par son histoire et je me suis empressé d’aller lire votre réponse qui m’intéressait grandement. J’ai donc le plaisir de vous annoncer que vous aurez une place dans mon devoir de philo : Tout ceci aboutie au fait que l’homme se sent aliéné dans son travail. On en revient presque à la première définition du travail car dans ce cas, il n’est plus volontaire mais forcé. En conséquence, le travailleur n’a le sentiment d’être auprès de lui même qu’en dehors du travail. Ceci peut aussi être du a des petites tensions ou différents avec les personnes avec qui nous sommes contraints de travailler. Simone Manon à dit «Une des formes les plus douloureuses de l’aliénation est sans doute de ne pas pouvoir vivre et travailler en compagnie d’êtres avec lesquels nous avons le sentiment de partager une même idée de l’humanité»
    Donc merci à vous et à Jerome, sans qui cette magnifique citation n’aurait jamais été créée ! Je n’ai jamais eux de très bonnes notes aux devoirs de philo mais bon… On verra bien !
    Merci encore !

  34. Simone MANON dit :

    Bonjour Robin
    Merci pour ce sympathique message
    J’espère que vous ne vous êtes pas trompé de sujet. Le vôtre engage une réflexion sur la division de travail, non sur le travail en général. L’étude très éclairante de Jean-Pierre Séris chez Vrin et l’article que je lui consacre sur ce blog pouvaient être exploités avec intérêt. http://www.philolog.fr/ambiguite-de-la-division-du-travail/

    Avec tous mes vœux de réussite.
    Bien à vous.

  35. bergerman dit :

    Bonjour madame

    Mais il me semble que réduire le marxisme à un simple collectivisme
    (plan quinquennal ect )sans aucune référence aux travaux des marxistes actuels ; nous ne sommes plus dans les années 50 avec le petit père des peuples.
    affirmer d’autre part sur le mode de l’évidence, l’efficacité économique du capitalisme: des millions d’emplois supprimés tous les jours, des actionnaires qui s’enrichissent , les espèces animales sacrifiées au nom de la rentabilité économique,(Isaac Bashevis Singer parlait déjà du Treblinka perpétuel des animaux menés à l’abattoir , au nom de quelle logique économique?
    l’environnement menacé pour les mêmes raisons, des millions de pauvres y compris dans les pays industrialisés…
    Je suis très étonnée ..un peu faiblard pour un prof de philo
    Mme BERGERMAN
    Il existe des recherches marxistes de haut niveau aujourd’hui avec des analyses approfondies sur les graves dérives staliniennes et il n’est écrit nulle part que le futur doit être prisonnier du passé.
    Vous pourriez vous y intéresser ;nous ne sommes pas au café du commerce

  36. bergerman dit :

    je vois que mon message n’a pas été pris en compte.
    vive la pensée unique

  37. bergerman dit :

    et vive la modération! vous ne relevez que e qui peut flatter

  38. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vous êtes ici dans un espace de liberté où personne n’est au service d’une volonté impérieuse exigeant d’être prise en compte à l’instant même de son dictat. J’approuve les messages lorsque j’en ai le loisir et je ne réponds au vôtre que parce que vous semblez penser qu’il présente un intérêt et que la critique me dérange.
    Or je ne lui trouve aucune pertinence intellectuelle car lorsqu’il s’agit de se prononcer sur les mérites d’un système économique, ce n’est pas dans les constructions théoriques des idéologues, fussent-ils brillants, qu’il faut chercher la lumière mais dans l’observation du réel. Les expérimentations d’une économie administrée n’ont pas manqué et jusqu’à preuve du contraire, elles n’ont jamais été compatibles avec le respect des libertés fondamentales et n’ont jamais rendu les peuples concernés prospères. Si vous avez des exemples contraires à exhiber, on vous prendra au sérieux. Et lorsqu’on veut l’être, on discute les arguments, on aligne les faits, on ne discrédite pas l’analyse avec des propos du genre ; « on n’est pas au café du commerce » ou « c’est un peu faiblard pour un prof de philo ».
    Occasion, pour moi, de vous préciser qu’il y a souvent plus de bon sens au café du commerce que dans les milieux intellectuels idéologisés dont vous semblez être une bonne illustration ou simplement la caisse de résonance.
    Bien à vous.

  39. Violoncel dit :

    Je vous remercie très sincèrement pour ce généreux travail d’éclairage Simone Manon.

  40. Jalil dit :

    Bonjour,
    Je souhaiterais vous témoigner ma gratitude pour votre formidable travail de diffusion de ces savoirs. Ce site est pour moi un véritable temple pour une réflexion éclairée et je m’y réfère dès que je souhaite approfondir certaines thématiques. J’apprécie tout particulièrement la fluidité de son organisation, ainsi que la clarté et la précision de vos explications.
    C’est une citation issue d’une nouvelle d’Oscar Wilde intitulée « The Remarkable Rocket » qui m’a amené à m’interroger aujourd’hui sur la notion de travail : « hard work is simply the refuge of people who have nothing whatever to do ». Le parcours philosophique que vous proposez m’a permis de bien entrevoir les problématiques sous-jacentes à cette notion et l’importance de leur compréhension pour l’analyse de nos sociétés.
    Merci pour cet éclairage instructif !

  41. Simone MANON dit :

    Merci pour ce sympathique message.
    Bien à vous.

  42. C dit :

    Bonjour
    Ce que vous avez dit à propos de la mentalité de nombreux élèves, qui les porte à fuir l’effort comme la peste, quitte à employer les stratégies les plus viles pour cela, m’incite à vous demander : ce phénomène patent gâche-t-il aujourd’hui votre pratique ? Ou bien le « grand bonheur » (je vous cite dans un autre article) avec lequel vous enseignez perdure-t-il, et si oui, par quelle grâce ?
    Que 2015 vous soit la plus étonnante et heureuse possible !
    Bien à vous.

  43. Simone MANON dit :

    Bonsoir
    Dans un message précédent, je parlais « des dernières années d’une longue carrière », ce qui signifie que j’ai pris ma retraite. Avec autant de bonheur que celui que j’ai eu à enseigner. Mais j’avoue que les cinq dernières années, j’ai observé le changement massif de mentalité de trop nombreux élèves, quant au travail: perte du goût de l’excellence, de l’effort et de l’honneur (consistant à ne pas copier le travail des autres). Aussi suis-je soulagée de ne pas avoir à fréquenter ce type de personnes. J’ai eu un rapport positif à l’enseignement parce que ce profil humain était marginal. S’il avait été majoritaire, je me serais empressée de changer de métier car il faut pouvoir estimer ceux auxquels on s’adresse.
    Tous mes vœux de bonheur pour la nouvelle année.
    Bien à vous.

  44. ismaël dit :

    Merci vraiment,je suis tellement ravi d’avoir y compris mon devoir grâce a vous,je vous adore franchement et bonne suite!

  45. […] En économie politique on dira que les salaires sont déterminés, en grande partie, par la loi de l'offre et la demande, même à l'occasion de rapports de forces entre patronat et syndicats. La première partie de ce séminaire montrera les conséquences, néfastes pour l'économie, d'une telle approche. Nous irons ensuite explorer de nouvelles pistes concernant les variations de la conjoncture qui peuvent mettre les entreprises en difficultés. Ceci nous conduira au problème grave, mais mal posé, que représente le chômage. Thèmes des deux autres modules : » En quoi consiste l’aliénation du travail? […]

  46. Sophie dit :

    Bonjour,
    J’ai lu l’article et je me demandais: pouvons nous dire qu’il y a une perte de l’humanisation dû au travail ?

  47. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Votre question prouve à l’évidence que vous n’avez pas compris le sens du mot aliénation, ni même la substance de cette explication.
    Il suffit de vous donner la peine de revoir le sens du concept et le cours pour éclairer votre lanterne.
    Voyez les trois sens du mot précisés dans cet article: http://www.philolog.fr/visages-de-lalienation-humaine-jan-patocka/
    Bon travail.

  48. […] l’entreprise est la division du travail par domaine d’activité. II ) Les structures hybrides. » En quoi consiste l’aliénation du travail? « En quoi consiste l'aliénation du travail ? D'abord dans le fait que le travail est […]

  49. Claire dit :

    Un très bon article.

  50. BOURDAIS Michel dit :

    Bonjour,
    En recherchant la citation de Marx, j’ai eu le bonheur de tomber sur votre blog.

    J’ai été chef d’établissement dans un lycée agricole où mon action a largement reposé sur ma réflexion sur l’aliénation dans le travail, qui pour moi, devait valoir pour tous, y compris donc les élèves, apprentis, et adultes qui avaient fait confiance à notre établissement pour réaliser leurs projets.
    « Comment amener des apprenants à travailler sans pour autant (trop) les aliéner ? »
    Dans le contrat (droits et devoirs réciproques en six points 3+3) passé entre nos équipes, les élèves et leurs familles, figurait en point central du côté des devoirs des élèves, le devoir de fournir des efforts. Je ne développerai pas ici, la nature, l’étendue, les modalités des efforts demandés, ni les modalités de gestion de cet engagement contractuel, ni le contexte et la politique plus globale de gestion de l’établissement dans laquelle ceci s’inscrivait.
    Je précise seulement que ma réponse à la question que j’ai posée ci-dessus a été:
     » faire partager le sens des efforts attendus à des acteurs responsables correctement éclairés »

    Aujourd’hui en retraite, dans le cadre de réflexions politiques, je m’interroge sur l’intérêt de cette réponse apportée avec succès je crois dans ce cadre particulier, pour les réflexions plus actuelles sur les problématiques de l’effort et du travail dans notre société.

    A vous lire.
    Merci encore.

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