Flux pour
Articles
Commentaires


Epicure dans l'école d'Athènes par Raphaël.

 

 

Pour Epicure, la fin de l’existence humaine est le bonheur. « Avec le bonheur nous avons tout ce qu’il nous faut et si nous ne sommes pas heureux, nous faisons tout pour l’être ». Lettre à Ménécée. 14. 15. (Cf. Texte et Commentaire détaillé)

 

  PB : Qu’est-ce que le bonheur ? Epicure répond : C’est le plaisir. L’épicurisme est un hédonisme. « Nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse »108.109.

 

  Mais il faut lever les malentendus que l’idée de plaisir suscite. « Quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des voluptueux inquiets, ni de ceux qui consistent dans les jouissances déréglées… » 152.153.154.155. Cette précision ne signifie pas que certains plaisirs soient mauvais. « Aucun plaisir n’est en soi un mal » dit la maxime fondamentale VIII. Si la débauche ne peut pas être conseillée, ce n’est pas, parce que certains plaisirs doivent être condamnés, c’est parce que le plaisir qui est visé n’est pas obtenu. Cf. maxime fondamentale : X.

   Epicure nous demande donc de distinguer deux formes de plaisir : le plaisir stable ou en repos (ou catastématique) et le plaisir en mouvement ou plaisir mobile.

   Les plaisirs en mouvement sont des plaisirs qui sont toujours liés à de la douleur puisque leur intensité dépend de la tension se dénouant en eux. En tant que tels ce ne sont pas des plaisirs purs.

  Le plaisir pur est un plaisir non mêlé à de la douleur. Il se caractérise par l’absence de toute souffrance et l’état de complète satisfaction. « La santé du corps, la tranquillité de l’âme sont la perfection de la vie heureuse » 97.98.

  Tel est le plaisir en repos. Il incarne le souverain bien de la vie, le bonheur, le but de la nature et se définit par l’absence de souffrance corporelle ( aponie) et de troubles de l’âme (ataraxie).

 

  PB : L’épicurisme est-il vraiment un hédonisme ?

  

   Ne faut-il pas le définir comme un hédonisme négatif dans la mesure où il ne définit pas le plaisir positivement, mais négativement comme absence de douleur ? De fait vouloir expurger le plaisir de tout rapport à la douleur n’est-ce pas faire l’économie du plaisir ? Nous avons tellement de la peine à imaginer le plaisir autrement que sous la forme des plaisirs mobiles, qu’il nous est difficile de voir dans l’épicurisme un hédonisme authentique. Pourtant Epicure s’efforce vraiment de décrire et de tendre à ce qui serait un plaisir pur, sans mélange. Pierre Hadot suggère une analogie entre ce plaisir pur et ce que Rousseau définit comme « le bonheur suffisant et plein ». « De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence ; tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu » Rêveries du promeneur solitaire.

  Au fond, ce qu’Epicure célèbre dans le plaisir pur c’est, à la faveur de l’absence de douleur corporelle et de trouble de l’âme, le plaisir pur d’exister.

 

  Or nul n’est plus indisponible pour une telle jouissance que l’homme, pour des raisons qu’il faut comprendre afin de ne pas exposer sa vie au malheur et de conquérir le souverain bien. D’où la nécessité de la réflexion philosophique. L’homme dont la vie n’est pas éclairée par la philosophie a en effet, l’art d’empoisonner son existence de toutes sortes de préjugés, de superstitions, de fausses opinions ayant pour effet de susciter la crainte, l’angoisse, l’inquiétude. Seule la connaissance rationnelle peut nous délivrer de ces opinions et promouvoir la paix de l’âme.

  La philosophie est donc conçue par Epicure comme utile (elle n’est pas une activité libérale. Cf. Maxime XI.), comme une thérapeutique. C’est une médecine de l’âme, ce que nous appelons aujourd’hui une psychiatrie. Voilà pourquoi l’éthique épicurienne se présente comme un quadruple remède.

 

  Les deux premiers consistent à comprendre qu’il ne faut craindre ni la mort ni les dieux.

  Il ne faut pas craindre la mort car elle ne nous concerne ni vivant ni mort. Tout bien ou tout mal réside en effet, pour l’empirisme ou le sensualisme épicurien dans la sensation. Or la mort est la suppression de la sensation. Quelle folie donc, de troubler le temps de la vie par la représentation de quelque chose dont nous n’avons pas à souffrir en vivant puisque tant que nous vivons la mort n’est pas, et dont nous ne souffrirons pas mort puisque quand la mort sera, c’est nous qui ne serons plus. Il faut donc substituer l’idée adéquate de la mort à la fausse opinion car si celle-ci a le pouvoir de nous angoisser, l’autre doit nous libérer de la crainte et nous rendre disponible pour la jouissance sans mélange de la vie.  Ce qui est la vocation de la réflexion.

 

  Il ne faut pas craindre non plus les dieux comme s’ils intervenaient dans le cours du monde, s’indignaient ou se réjouissaient des conduites humaines. Cette opinion fausse n’est qu’une superstition dont on connaît les effets désastreux sur l’âme des croyants. Ils passent leur vie dans la crainte du jugement dernier, ils s’astreignent à des sacrifices, des rites de purification, des mortifications, des pénitences qui empoisonnent littéralement leur existence. Epicure nous demande, non pas, de ne pas croire aux dieux (l’épicurisme n’est pas un athéisme) mais, comme pour la mort, de nous en faire une idée adéquate.

  La notion commune des dieux (prénotion ou prolepse)  n’associe que deux caractères à la divinité : la béatitude et l’immortalité. Tout ce que les religions ont superposé à cette signification relève de la superstition et est destiné à « ligoter » la vie. Il faut s’en libérer et ne voir dans les dieux que des modèles de béatitude à imiter. Ce qui est précisément l’objectif de l’épicurisme : nous apprendre à vivre comme un dieu sur la terre. En témoigne la fin de la Lettre à Ménécée. « Médite donc tous ces enseignements et tous ceux qui s’y rattachent, médite-les jour et nuit, à part toi et aussi en commun avec ton semblable. Si tu le fais, jamais tu n’éprouveras le moindre trouble en songe ou éveillé, et tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Car un homme qui vit au milieu de biens impérissables ne ressemble en rien à un mortel ».

 

  Il faut aussi comprendre que le bonheur est à notre portée. Cette compréhension qu’en demandant le bonheur nous ne demandons pas quelque chose d’impossible mais cela même dont la réalisation est assurée par la nature exige une discipline des désirs.   Il faut, dit Epicure, distinguer plusieurs sortes de désirs.

 Les désirs naturels et nécessaires. Par exemple, la faim, la soif.

Les désirs naturels mais non nécessaires. Par exemple le désir sexuel, les désirs esthétiques.

Les désirs ni naturels, ni nécessaires. Ceux-ci peuvent s’étayer sur des désirs naturels comme l’amour, mais en général ils sont fondés sur de fausses opinions. Ils sont vains, illusoires et se caractérisent par leur illimitation. Par exemple : le goût du luxe, des richesses, le désir de gloire, des honneurs, d’immortalité. Mus par de tels désirs, les hommes souffrent, vivent dans une vaine agitation et ne peuvent jamais être comblés car de tels désirs sont infinis.

  Epicure nous invite, par la compréhension rationnelle de la vanité de ces désirs, à nous libérer de leur aliénation et en chaque occurrence de la vie à procéder à un calcul des plaisirs et des peines afin d’éviter le plus possible la souffrance et de maximiser la somme des plaisirs. Il enseigne les vertus d’une metriopathie nous faisant parfois choisir la douleur s’il doit en résulter un plus grand plaisir, ou renoncer à un plaisir s’il doit en résulter de la douleur.

  Ainsi pourrons-nous sortir de la vie comblé car « celui qui connaît bien les limites de la vie, sait qu’il est facile de se procurer ce qui supprime la souffrance due au besoin et ce qui amène la vie toute entière à sa perfection ; de sorte qu’il n’a nul besoin des situations de lutte ».

 

  Le dernier remède consiste à comprendre qu’  « on peut supporter la douleur » d’une part en se disant qu’une douleur extrême ne dure pas ou en équilibrant une douleur actuelle par la représentation d’un plaisir passé ou futur. Au fond Epicure propose une stratégie d’évitement du mal, auquel tout vivant est exposé, par les seules ressources de l’esprit. Il y a là une façon de dire que, dans l’adversité il n’y a de remède qu’en soi-même.

  NB : L’héroïsme de la sagesse est aujourd’hui supplanté par la morphine et les psychotropes.

 

  Conclusion ; L’enjeu de cette philosophie est l’autosuffisance du sage. Il s’affranchit de tout ce qui peut faire souffrir en réunissant les conditions d’un bonheur qu’il ne doit en grande partie qu’à lui-même.

 

 

Autour de ce Sujet :

  1. Lettre à Ménécée. Epicure. Explication.
  2. La sagesse stoïcienne.
  3. La sagesse socratique.
  4. Textes à méditer en vue de la dissertation:Un être désirant peut-il se dispenser de se préoccuper de sagesse?
  5. Lettre à Ménécée. Epicure. Commentaire.

31 Réponses à “La sagesse épicurienne.”

  1. Faby dit :

    Merci pour ce commentaire très détaillé, qui est très utile d’ailleurs. Mais par contre il y a un petit problème, je cherche la lettre sur internet et je trouve plusieurs versions différentes. Je voudrais juste savoir qu’elle est la bonne car mon professeur nous a juste dis qu’on passera à l’oral de rattrapage en philosophie sur la lettre mais rien d’autre…
    Merci d’avance de votre réponse :)

  2. Simone MANON dit :

    Les versions différentes sont dues aux différences de traduction. Mon commentaire porte sur le texte traduit par Octave Hamelin et publié dans les Intégrales de Philo (Nathan) sous la direction de jean Salem.
    J’attire votre attention sur le fait que vous devez vous présenter à l’oral muni de deux exemplaires. Un pour vous, un pour le professeur.
    Bon courage et tous mes voeux de réussite.

  3. Faby dit :

    Merci beaucoup Madame pour votre réponse

  4. johan dit :

    merci pr ce commentaire bien detaillé :)
    jaimerais cependant avoir une reponse a une question que je me pose:
    « comment peut on voir que l’epicurisme n’est pas un ascetisme dans la lettre a Menece? »
    mon professuer de philo ne cesse de me le demender et je ne tro_uve pas bcp de justification :(
    merci de votre aide par avance

  5. Simone MANON dit :

    La réponse à votre question est explicitement formulée dans le commentaire détaillé de la Lettre à Ménécée. Je cite même le passage concerné. Vous avez dû lire trop vite.

  6. rodriguez dit :

    Merci pour cet éclaircissement sur l’une des plus importantes écoles de la philosophie. je ne suis pas une élève mais une curieuse sur Epicure et la portée de son mouvement car je viens de lire un livre de Weber « l’ultime secret » les illusions sur la pensée épicurienne étaient beaucoup trop présentes pour ne pas s’y intéresser.
    Encore merci pour les précisions.

  7. jaouad dit :

    voila j’ai lu votre article et je le trouve très intéressant parcequ’il parle de la sagesse d’Epicure mais je voudrais savoir si la sagesse de l’Antiquité est toujours conservée pour l’homme aujourd’hui ??

    Merci d’avance : )

  8. Simone MANON dit :

    Je ne comprends pas bien le sens de votre question. S’il s’agit de savoir si la sagesse épicurienne est toujours d’actualité et vivante pour nos contemporains, la réponse ne peut qu’être nuancée. Une sagesse est, en tant que telle, immortelle. Elle vaut donc à notre époque comme à n’importe quelle autre. Mais à l’exception de quelques rares personnes, nos contemporains ne sont guère enclins à cultiver la sagesse. Ils pratiquent un hédonisme débridé, ils exaltent la spontanéité du désir, la violence passionnelle, ils consomment beaucoup de psy ou de psychotropes, toutes choses peu compatibles avec l’enseignement d’Epicure et les conditions de la paix de l’âme.

  9. jaouad dit :

    Je dois en faite rendre un devoir en philosophie et je en lisant votre article cela m’a intéréssait. Mon sujet est celui ci: la notion antique de sagesse conserve-t-elle une signification pour l’homme aujourd’hui ? C’est pour cela que je vous ai posé cette question.
    Merci de me répondre

  10. Simone MANON dit :

    Il faudrait que les élèves se mettent dans la tête qu’on ne pense pas par procuration. Tenez le vous pour dit.

  11. Laurine dit :

    Bonjour Madame Manon,

    Je suis tombée sur votre site par hasard en faisant des recherches sur Epicure pour une explication de texte.Je vois que vous avez pu aider un bon nombre d’élève, j’espère qu’il en sera de même pour moi. Je suis en Termiale S et je dois faire un explication de texte sur la lettre à Ménécée, à partir du moment où Epicure dit : »Quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des… » jusqu’à « il est impossible de vivre avec prudence, honnêteté et justice si l’on ne vit agréablement ». Il s’agit de ma première explication de texte, donc je dois avouer que je ne sais pas trop comment m’y prendre.J’ai repéré trois parties dans ce texte.Je ne vois pas sur quoi construire mon développement, est-ce-que c’est comme le commentaire de texte où il faut dégager une idée, puis la développer? Si c’est le cas, dans ce texte j’arrive à distinguer une idée( le plaisir est le but de le vie), puis les arguments et les exemples, et après on dérive sur une autre idée( la prudence est source de vertu donc elle fait le bonheur). Je ne vois absolument pas ce qui pourrait constituer près d’une page double à partir de ces maigres analyses . J’espérais que vous pussiez me donner quelques pistes afin que je puisse débuter mon développement, ou encore quelques explications qui m’aideraient à avancer dans mon travail.

    Je vous remercie d’avance, en attente de votre réponse

    Laurine

  12. Simone MANON dit :

    Si vous avez bien lu les messages, vous avez pu observer que je ne dispense pas les élèves de penser par eux-mêmes. Il y a un cours de méthode de l’explication de texte sur ce blog. Assimilez le et appliquez les règles.

  13. Florian dit :

    Bonjour Mme Manon.

    J’aime particuliérement la philosophie d’Epicure, comme celle des stoiciens même si leur enseignement pour la recherche du bonheur n’est pas le même.

    Je voulais savoir ce que signifiait exactement hédonisme, ascétisme ?

    Ce n’est pas d’Epicure dont provient le célebre Carpe Diem ?

    On parle beaucoup de cette lettre, mais a-t-on d’autres textes d’Epicure a part la lettre à Ménécé?

  14. Simone MANON dit :

    Pour comprendre la signification des mots, il y a des dictionnaires.
    L’auteur de l’expression carpe diem est Horace.
    Dans la présentation d’Epicure, (commentaire de la Lettre à Ménécée) il y a la réponse à vos questions.

  15. Florian dit :

    Ok, d’acord merci beaucoup.

    Pourrais-je savoir dans quel contexte Horace a dit cette expresssion ?

  16. Simone MANON dit :

    Horace, (65 av-JC – 8 après JC) Odes, I,11, 8 A Leuconoë
    « Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui : cueille le jour, sans te fier le moins du monde au lendemain » (Budé, t. I, p. 20, traduction par F. Villeneuve).

  17. Philippe dit :

    Bonjour! Je suis tombé sur votre site et ceci m’a beaucoup aidé dans mes recherches.
    J’aurai voulu savoir, pour Platon, est-ul nécessaire de reformer la société et ses institutions?
    Pour Épicure, nous devons sou autosuffire et le bonheur dépend de nous. La société doit être le moins structuré possible. Mais pour Platon, je n’arrive pas à trouver de thèse à ce sujet.
    Merci Beaucoup!

  18. Simone MANON dit :

    Votre propos concernant la politique d’Epicure est pour le moins fantaisiste.
    En ce qui concerne Platon, il est impossible de présenter en deux mots sa pensée politique car celle-ci est centrale dans sa philosophie. Ses deux grands livres se nomment « La République », « Les lois » et il a aussi écrit « la politique ». Platon n’est venu à la philosophie que par et pour la politique. Il faut vous mettre à étudier le platonisme c’est-à-dire à lire au moins « la République » pour savoir ce qu’il en est de sa conception politique.

  19. KARL nouvelle caledonie dit :

    bonsoir madame je tient a vous remerçiée car ce cours est certe long mais riche et complet.

  20. Elise Boulesteix dit :

    Bonjour madame,
    Voilà j’ai une question qui me tracasse depuis un petit moment. Lucrèce était un disciple d’Epicure, il a écrit un livre qui se nomme De Rerum Natura. Ce livre est écrit en poésie mais, Epicure qui faisait une hiérarchisation des désirs, avait rejetté la poésie. Je ne comprends pas comment un disciple de celui-ci puisse écrire de cette manière.

  21. Simone MANON dit :

    Bonjour Elise.
    J’espère que vous avez passé de bonnes vacances et que votre dissertation avance. Vous posez une vraie question. Les critiques ont tellement exagéré la critique épicurienne de la poésie que l’on peut en effet s’étonner de la forme choisie par le disciple pour exposer la pensée du maître. Et pourtant il n’y a là aucune contradiction
    La condamnation de la poésie par Epicure n’est pas liée à la distinction des désirs mais à celle du mythe et du logos et de leur rapport à la vérité. Epicure stigmatise « le chant des sirènes » de la poésie homérique dans la mesure où elle abuse l’esprit sur la nature des dieux et entretient ainsi les superstitions et le trouble de l’âme. Il dénonce la séduction pernicieuse des mythes qu’il accuse d’être le véhicule de l’ignorance et de la déraison.

    La dénonciation épicurienne de la poésie porte sur trois points.
    1) Les mythes sont l’œuvre des poètes et ceux-ci sont des mystificateurs dès qu’ils enseignent autre chose que la connaissance rationnelle de la nature.
    2) Il y a un prestige de la forme poétique. Elle charme, captive l’oreille, rend séduisantes même les pires horreurs et les absurdités.
    3) Le langage poétique brille souvent par son obscurité.
    Lucrèce se fait l’écho de l’analyse de son maître en fustigeant à plusieurs reprises dans son poème l’imposture de la parole poétique.
    Ex : « Toujours, en effet, les imbéciles admirent et préfèrent
    Ce qu’ils aperçoivent caché sous des paradoxes
    Ils tiennent pour vrai ce qui flatte leur oreille
    Et se farde d’une agréable sonorité » De Natura Rerum, I, v, 641-644.

    Il est important que vous compreniez que la poésie n’est pas condamnée pour elle-même mais dans la mesure seulement où elle pare de son prestige et de son autorité l’erreur et l’illusion.
    Plutarque indique qu’Epicure montre le sage « aimant les spectacles et se réjouissant autant que n’importe qui aux auditions musicales et aux représentations théâtrales des Grandes Dionysies ».
    Alors faut-il dire que Lucrèce trahit les principes épicuriens en choisissant d’écrire un poème ? Non car il met la poésie au service de la vérité rationnelle. La forme poétique est conçue comme un procédé de vulgarisation de la pensée épicurienne, pensée difficile à suivre dans la rigueur de la pure spéculation. Il prétend lui-même que le doux « miel » de la poésie, fera passer l’austère vérité philosophique un peu comme le médecin dispose l’enfant à absorber une potion amère en enduisant de miel la coupe contenant le médicament.
    Dans son livre sur Lucrèce et l’épicurisme, P. Boyancé écrit : « Si la poésie devient lumière, voilà qu’elle s’avère pour un Epicurien un instrument approprié ».

  22. Elise Boulesteix dit :

    Je vous remercie de m’avoir répondu et il est vrai que ce n’est pas contradictoire avec la pensée épicurienne, je comprends mieux maintenant. Merci encore.

  23. Fabrice B. dit :

    Bonjour,
    n’étant plus étudiant depuis bien longtemps et n’étant pas philosophe dans l’âme ma question va certainement vous paraître étrange mais à lire avec attention les définitions de l’Epicurisme j’en viens à me demander si finalement l’Epicurisme chez les Grecs ne serait pas le Boudhisme Zen des civilisations asiatiques (ne pas craindre la mort, rechercher les plaisirs simples et naturels et notamment ceux qui se cachent en soi) ?

  24. Simone MANON dit :

    Même si sur le plan pratique on peut repérer des convergences, l’épicurisme est une philosophie et à ce titre se distingue des sagesses orientales en ce que la dimension théorique (la conceptualisation, le souci de l’élaboration théorique du discours, etc.) est inséparable de la dimension pratique.

  25. Etienne Tancré dit :

    Bonjour,
    Je ne suis étudiant que de cinquième humanité mais je me pose une question: vous écrivez sur la condamnation de la poésie par Epicure et vous expliquez qu’en fait il ne s’agit d’une condamnation que si elle est au service de l’erreur et de l’illusion. Je me demande juste quels sont les textes dans lesquels on trouve cette condamnation car je n’arrive pas à en trouver les références.
    Grand merci

  26. Simone MANON dit :

    Il ne nous reste rien de l’immense oeuvre d’Epicure excepté quelques lettres et sentences. La doctrine nous est connue par ceux qui nous restituent l’enseignement du maître dont les plus célèbres sont: ses critiques (Cicéron, Plutarque), Diogène Laërce ou le grand poète Lucrèce.

  27. Etienne Tancré dit :

    Merci beaucoup, et bravo pour votre site qui est très intéressant !

  28. Lucile G. dit :

    La découverte de votre site a été fort agréable et enrichissante. En effet, l’exposé que vous nous proposez concernant « la sagesse épicurienne » fait preuve d’une grande clarté ce qui en a rendu la lecture appréciable.
    Ainsi, sera-ce avec plaisir que je reviendrai lire d’autres études et, à l’occasion, poser quelques questions soigneusement choisies.
    En vous remerciant vivement,
    Lucile.

  29. Clément dit :

    Bonjour,
    Je suis en Terminale S et je fais le cours sur le désir.
    Vous dîtes que l’épicurisme est un hédonisme, même s’il est négatif.
    Or, mon prof de philo a bien insisté sur le fait que l’épicurisme n’était pas la recherche du plaisir, et que nous écrivions ce contre sens au bac, c’était -2 !
    Il a dit qu’il faut distinguer l’épicurisme, l’hédonisme et l’eudémonisme.
    Merci.

  30. Simone MANON dit :

    Votre professeur devrait d’abord vous conseiller de lire avec précision les textes d’auteur et vous découvririez par vous-même qu’Epicure écrit dans la Lettre à Ménécée : « Nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie heureuse ». Plaisir en grec se dit « hêdonê » et on appelle hédonisme, toute doctrine philosophique faisant du plaisir le bien unique et suprême de la vie et de sa recherche la substance de l’éthique. (Parler de contre sens est donc pour le moins fantaisiste)

    Votre professeur devrait ensuite vous dire qu’il convient toujours de préciser le sens des notions que l’on mobilise. Car il y a hédonisme et hédonisme. Et si l’on entend par là la recherche effrénée de toute forme de plaisirs, au mépris de sa santé, des convenances, des lois, des égards dus aux autres etc., alors il va de soi qu’Epicure n’enseigne pas ce type d’hédonisme. Et le contre sens dont parle votre professeur est certainement celui-là, car dans l’usage courant le mot « épicurien » est reçu aux antipodes de ce qu’il signifie philosophiquement et connote les idées de bon vivant, de jouisseur débridé. Or Epicure condamne la vie des débauchés mais pas au nom d’une condamnation du plaisir. Tout plaisir est un bien en soi et si les plaisirs des débauchés ne doivent pas être cultivés, c’est parce qu’ils se paient cher en souffrances.
    L’hédonisme d’Epicure différent aussi de celui des Cyrénaïques. Pour Epicure le vrai plaisir est le plaisir en repos. D’où sa distinction des plaisirs en mouvement et du plaisir catastématique. Il faut fuir tout ce qui comporte de la souffrance. Le souverain bien est la suppression de la souffrance, l’ataraxie et l’aponie, le plaisir sans mélange.

    Ce qui ne signifie pas que l’épicurisme soit un hédonisme négatif. Dans toute notre tradition, il y a discussion sur ce point et je souscris aux analyses des grands interprètes d’Epicure (Guyau, Brochard, Hadot) selon lesquelles le plaisir n’est pas pour Epicure un état seulement négatif qui se ramènerait à une absence de douleur. Ne me faîtes donc pas dire le contraire de ce que j’écris. On peut défendre la thèse d’une positivité du plaisir épicurien comme je le précise dans mon commentaire de la lettre à Ménécée.

    Diogène Laërce nous apprend, par exemple, qu’Epicure disait ne pas pouvoir concevoir le bien sans parler des plaisirs du goût, des plaisirs de Vénus, de l’ouïe et des mouvements agréables qui viennent de la forme par la vue.

    Lisez la lettre à Ménécée et son commentaire pour vous faire une idée de la philosophie épicurienne.
    Souvenez-vous que la vraie connaissance n’est pas une connaissance par ouï-dire (Ex: mon professeur a dit, Mme Manon a dit etc.). Elle implique de toujours revenir à la source (lecture des textes des philosophes dont on parle) et de juger par soi-même ce qu’il en est.
    Bon courage.

  31. Clément dit :

    Merci beaucoup pour votre réponse.
    Je vais aller lire la lettre à Ménécée.
    Cordialement
    Clément

Laisser un commentaire

Switch to our mobile site