Flux pour
Articles
Commentaires

14 Réponses à “La guerre des dieux ou l'unité et la paix par le logos? Max Weber et Benoît XVI.”

  1. damien dit :

    Bonjour,
    tout d’abord, félicitation pour la qualité de votre site et donc de votre travail,aussi exigeant que clair.
    En rappelant, dans votre article, un sinistre souvenir électoral, vous condamnez l’extrême gauche et la mettez sur un pied d’égalité avec l’extrême droite.
    Pourriez vous développer? Merci.

  2. Simone MANON dit :

    Merci pour votre appréciation de mon site. Oui je mets sur le même pied les extrêmes, d’une part parce que l’expérience historique permet de penser sous le même nom de totalitarisme, les horreurs auxquelles les présupposés des uns et des autres ont conduit, d’autre part parce qu’en bonne cartésienne, il me semble que le choix de la raison enveloppe un principe de modération. La première maxime de la morale provisoire dans le Discours de la méthode le dit explicitement: suivre  » les opinions les plus modérées, et les plus éloignées de l’excès, qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j’aurais à vivre « .

  3. damien dit :

    Bonjour,
    Merci de votre réponse rapide et claire.
    En effet, Arendt montre bien que si le monde est devenu un enfer, c’est parce que les hommes ont voulu en faire leur paradis : le progressisme peut sombrer dans son opposé.
    Toutefois, il me semble que beaucoup de philosophes classés à l’extrême gauche apportent des idées et des concepts sérieux, et surtout ouvrent des problématiques philosophiques incontournables. On pourrait penser à Marx, bien entendu, à Sartre, à Bourdieu, à Badiou…etc.
    En somme, le radicalisme philosophico – politique, qui me semble à distinguer de la vulgate extrêmiste qui peut s’en inspirer de manière obscurantiste, ne me semble pas en soi opposé à la raison, en ce qu’il dévoile, justement, des processus eux – même irrationnels et se pose ainsi du côté de la rationalité.
    En revanche, je ne trouve aucun théoricien d’extrême droite qui ait apporté au débat philosophico politique des idées profodes ( bien que toujours contestables), et c’est pour cela que j’ai du mal à mettre les deux radicalités sur un même plan intellectuel.

  4. Simone MANON dit :

    Je vous suis dans la différence que vous établissez dans le monde des intellectuels extrémistes entre la fécondité des uns et la pauvreté des autres. Mais je me demande si ce que vous portez au crédit de l’extrême gauche n’est pas ce qu’il faudrait dénoncer comme une de ses redoutables impostures.
    Car s’il y a dans le texte marxiste des analyses authentiquement philosophiques, il y aussi toute sa part obscure qui a fait tant de dégâts non seulement sur la scène historique mais aussi sur la scène intellectuelle, surtout française.
    La remise en cause radicale de la raison, au nom de ses supposées déterminations économiques, sociales ou autres, ne continue pas l’oeuvre des lumières ; elle s’emploie au contraire à en disqualifier en profondeur le projet.
    Ainsi une raison autonome peut-elle vraiment suivre Marx dans ce qui fonde sa critique de l’aliénation du travail, à savoir de l’idée que le travail peut être par nature libre expression de soi ? Peut-elle le suivre dans sa dénonciation des droits de l’homme comme droits des bourgeois? dans le principe d’une dictature du prolétariat ou de la violence révolutionnaire comme solution aux maux de l’humanité?
    Vous me parlez de Sartre ou de Bourdieu. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de calamiteux dans des discours qui sérieusement vous disent qu’une dictature du prolétariat vaut mieux que « la dictature bourgeoise »? Que la culture est affaire de distinction sociale et l’école une reproduction des héritiers? Y-a-t-il autre chose dans ces analyses se parant du prestige de l’autorité philosophique qu’une sophistique, qui comme toutes les sophistiques est infiniment plus séductrice que le travail austère des lumières?
    La perversité n’est-elle pas d’employer le langage de la raison pour faire douter de la raison et faire ainsi le jeu d’un obscurantisme qu’une raison conséquente devrait au contraire s’employer à mettre hors jeu?
    En ce sens, je ne vois pas de raison de privilégier une imposture par rapport à une autre.

  5. damien dit :

    Bonjour,
    J’incline à penser comme Kant que « le maître n’apprend pas des pensées, mais à penser ».
    Ainsi, j’estime que le propre des philosophes est de faire réfléchir les lecteurs : si les idées de Bourdieu ou de Sartre nous déplaisent, au moins ils nous font comprendre pourquoi, et c’est l’essentiel.
    Que la philosophie puisse être dangereuse, Nietzsche le dit très bien (que ne l’a t-on voué aux gémonies, à l’époque…)
    Rousseau n’a t-il pas fait trembler le monde (le Contrat, quelle révolution à l’époque…)?
    Quant à Marx, je ne trouve pas que sa philosophie de la liberté soit contradictoire, car on peut le classer, certes, dans les déterministes, comme Epicure, mais n’y a t-il pas chez lui, l’idée d’une liberté comme libération des illusions, donc possible?
    Ne force t-il pas à penser l’idée d’individu dans la théorie démocratique, et les dangers de l’exploitation dans un régime de liberté?
    N’a t-il pas eu aussi une postérité réformiste (je pense à Jaurès, à Blum) excluant de réduire son hétitage à un bolchévisme sanguinaire? Le radicalisme (rationnel) est il réductible, donc, à l’extrêmisme irrationnel)? Voilà une question intéressante…

  6. Claude ANDRE dit :

    (pseudo Coriolan sur mon site http://www.Exodoxe.fr)

    Bonjour.
    Votre synthèse est très intéressante. Merci. Quelques remarques néanmoins.

    - Plutôt que de parler d’une »racine grecque et chrétienne », je préfèrerais des « racines pagano-chrétiennes ». C’est un détail…

    - Page 2 (in fine) « Pour le croyant la vie est un don (…) incapable de la faire ».
    Cas du croyant : la vie est un don de Dieu. Vous concluez en disant que la raison ne peut se prononcer sauf à régler préalablement l’option métaphysique : Dieu est-il ou non ?
    Pour moi la raison peut se prononcer sans remonter à Dieu. En effet, si la vie est un don, elle est à moi. Ou alors il faut dire que la vie est un « prêt » de Dieu, or je n’ai vu écrit nulle part qu’il faudrait que je rende compte à Dieu de la conservation du souffle qu’il m’a donné.

    Cas de l’incroyant : Où voyez-vous que ce cas implique une option métaphysique ? La raison peut se déterminer en toute conscience.

    Page 3 : Vous relevez cette phrase du pape : « Au plus profond, la pensée et le sentiment humains savent (…) que Dieu doit exister ». rejoignant ainsi l’art 1er du Catéchisme, sous l’autorité de JP II, « Le désir de Dieu est inscrit au coeur de l’homme… », qui va vous permettre de conclure votre article : « l’humanité qui aurait perdu le sens de la transcendance serait amputée de sa meilleure part ». Ceci, à mes yeux, est non seulement excessif mais frise l’escroquerie morale ! L’humanité non seulement peut, mais doit, en finir avec ce sens de la transcendance si elle veut évoluer.

    Pour l’essentiel du reste, je suis en accord avec vous et je vous félicite pour la qualité de votre travail. J’ai particulièrement bien aimé la toute première phrase de votre exposé. Merci.

  7. Simone MANON dit :

    Bonsoir Damien
    Je suis entièrement d’accord avec vous sur le rôle du travail de la pensée à deux réserves près:
    D’une part, il me semble que pour un philosophe, à l’inverse du sophiste expert en l’art de jouer de la confusion du plaisant ou de l’avantageux et du vrai, la question est de savoir si une idée est vraie ou fausse, non si elle plaît ou déplaît.
    D’autre part, la rigueur philosophique veut qu’on ne transforme pas l’objet du débat au cours de l’échange.
    Ce qui était en jeu était la légitimité ou non d’un vote extrêmiste dans une démocratie avec à l’arrière-plan l’équivalence que j’établissais entre l’extrême gauche et l’extrême droite sur ce point.
    A l’évidence les termes du débat ont changé en cours de route.
    Bien à vous.

  8. Simone MANON dit :

    Bonsoir Claude
    Merci pour les quelques remarques que vous faîtes de manière sympathique sur cet article.
    Néanmoins je ne peux pas vous laisser dire que le deuxième parti-pris, dans le débat que je présente comme exemple d’indécidabilité rationnelle, est exempt de présupposés métaphysiques. Toute position de valeur enveloppe une option métaphysique, la position rationaliste comme la position religieuse car la liberté n’est pas une donnée phénoménale, c’est une réalité nouménale pour parler le langage de Kant. Elle suppose un choix qui comme tout choix a un caractère arbitraire et demeure en dernière analyse discutable.
    Je ne peux pas non plus vous laisser dire que l’affirmation: « une humanité ayant perdu le sens de la transcendance …. » est une escroquerie morale. L’esprit est en l’homme capacité de transcender. Est-ce une escroquerie morale que de rappeler à l’homme qu’il n’est pas chose parmi les choses, qu’il porte en lui des exigences (de la vérité, de la valeur, du sens etc.) qui transcendent ses préoccupations égotistes et l’orientent vers le haut plutôt que vers le bas? Je ne résiste pas à la tentation de citer une phrase du texte de Malraux que je publie demain: « Il y aura toujours ce moment prodigieux où l’espèce de demi-gorille levant les yeux, se sentit mystérieusement le frère du ciel étoilé ». Franchement je ne vois pas où est l’escroquerie dans le rappel de cette évidence.
    Avec mes meilleurs sentiments

  9. damien dit :

    Bonsoir Simone,
    Votre distinction entre la sophistique et la philosophie est très juste. A la réserve toutefois, que la raison soit bien cette faculté exempte de toute passion : Hume a écrit à ce sujet des lignes fort pertinentes que vous connaissez bien. J’ai ainsi du mal à penser qu’on puisse aborder les grands textes en faisant abstraction de la force émotive qu’ils portent, aux affects qu’ils produisent et aux valeurs qu’ils impliquent et vis à vis desquels ils nous appellent à faire des choix jamais certains et définitifs. L’adhésion purement rationnelle à une thèse, en somme, me semble difficile. L’honnêteté m’a souvent obligé à constater que ce n’était pas le cas pour moi, qu’il y avait toujours cette part de sensibilité qui jouait, ou d’inconscient.
    Deuxième point, j’ai dû mal m’exprimer. Je ne pense pas être hors sujet. En effet, il me semble que vous opérez un raccourci en posant l’équation penseurs radicaux = penseurs extrêmistes. Tout en gardant ma liberté de penser, si des politiques reprennent à Marx ou à Marcuse ce qu’il y a de plus pertinent dans leurs philosophie politique, une critique des perversités de la société de consommation ou rappellent qu’il y a de l’injustice à combattre et qu’elle n’est pas une fatalité mais le résultat d’une richesse peut être mal répartie, je ne vois pas pourquoi on s’interdirait au moins de réfléchir au message, de faire des choix, et de voter ou non en conscience. C’est ce que j’appelle des idées radicales. En revanche, c’est pour reproduire les erreurs du passé ou tomber dans l’irrationnel, c’est de l’extrêmisme
    A contrario, pour l’extrême droite, je ne trouve pas d’analyses rationnelles et ce que je voulais dire.
    Bien à vous et encore merci pour votre travail.

  10. Claude ANDRE dit :

    Bonsoir Simone,

    Concernant le premier point : Si le deuxième parti-pris présuppose une option métaphysique, je me permets d’attirer votre attention sur la hiérarchisation non négligeable qu’il y a lieu de faire entre les deux noumènes : Dieu et…moi (puisqu’il s’agit de mon suicide ! ) :)

    Concernant le deuxième point : persiste et signe ! L’homme n’est rien d’autre qu’un ensemble de choses parmi un univers d’autres choses de même nature, et je pense que s’agripper à l’idée de Dieu pour vivre, c’est s’orienter vers le bas plutôt que vers le haut ! L’homme ne peut s’élever qu’en se dépassant, et ne peut vraiment se dépasser que seul.

    C’est un avis discutable ; seule ma fierté d’homme ne l’est pas.

    La phrase de Malraux est une phrase de poète. On a tous, un jour ou l’autre dit de ces mots dans l’exaltation de la découverte : « Ce soir, un grand singe a hurlé à la lune, etc. »je ne vois pas que ce soit un sujet de dissertation…

    Bien cordialement.

    Merci de corriger un ‘h » fautif dans mon texte précédent (catéchisme).

  11. Simone MANON dit :

    Bonjour Damien
    Nous sommes entièrement d’accord et c’est précisément parce que l’aveuglement suprême serait de prétendre être exempt de tout point aveugle que l’on devrait se sentir tenu d’éviter les extrêmes ou la radicalisation des thèses.
    Toujours la même sagesse cartésienne énoncée dans la première maxime de la morale provisoire. L’impossiblité de prétendre au vrai, ou au bien absolu me semble fonder l’obligation morale de se tenir à distance des engagements massifs et partiaux.
    Notre échange m’a donné l’idée de faire plancher mes élèves, ce matin, sur le texte de Russell.
    Vous connaissez:  » C’est dans son incertitude même que réside largement la valeur de la philosophie [..]
    Du bon usage des blogs! Merci encore.
    Amitié en esprit.

  12. Simone MANON dit :

    Bonjour Claude
    Je ne vous suis toujours pas.
    1) Une option métaphysique étant indécidable rationnellement, on ne peut pas établir rationnellement une hiérarchie entre elles. On peut seulement se décider pour l’une ou pour l’autre.
    2) Si l’homme n’est qu’une chose parmi d’autres, pourquoi donc lui a-t-on conféré le statut d’une personne titulaire de droits et d’une dignité appelant le respect? En parlant d’une fierté d’homme vous êtes conduit à contredire votre première affirmation selon laquelle l’homme n’est qu’une chose. Les choses en effet ne demandent pas qu’on leur reconnaisse une dignité.
    3) Pourquoi voulez-vous que l’idée de transcendance renvoie nécessairement à celle de Dieu? La transcendance n’est-elle pas en l’homme, celle de l’esprit lui permettant par exemple de refuser la loi naturelle de la force pour lui substituer celle du droit?
    4) Par ailleurs les poètes ne disent souvent pas autre chose que les penseurs et les savants avec l’avantage de trouver des mots infiniment plus séducteurs.
    Bien cordialement.

  13. damien dit :

    Bonjour Simone,
    je suis ravi que notre échange ait débouché sur un aussi joli texte, authentiquement philosophique et si porteur pour les élèves. J’espère qu’ils s’en sortiront bien, car le sujet que vous avez choisi met en jeu le sens même de l’enseignement de la philosophie en terminale.
    Bon exemple, en outre, de l’éthique de la discussion appliquée au net!
    Je pense, comme vous, que ce qui prémunit l’esprit philosophique du dogmatisme, c’est le goût du « sel de l’esprit » (Alain.)qui fait fuir la fadeur dogmatique comme la peste des idées.
    Par ailleurs, étant aussi un élu (en plus du travail) je suis très attaché à la démocratie.
    Ce qui m’apporte un regard claudiquant mais enrichissant sur le monde politique, entre réflexion et envie d’agir.

    Bien à vous.

  14. Claude ANDRE dit :

    Simone et Manon, tout un programme… Bonjour !

    1) Devant deux options métaphysiques, j’opte rationnellement pour celle dont les conséquences me semblent les moins défavorables pour moi. Rapportant leurs conséquences aux actes, je peux ainsi les hiérarchiser.

    2) En tant que ‘chose’ au même titre qu’une autre, mais me passant d’une béquille pour vivre, j’en tire une fierté. Ma dignité, je me l’accorde et me fiche qu’on me la reconnaisse ou non. J’avouerai toutefois que j’ai une préférence vaniteuse pour la reconnaissance…

    3) Vous accordez à l’esprit un pouvoir sur-naturel (au sens vrai du terme) ! Mais la seule loi qui compte, c’est la loi de la nature et non celle de la raison humaine. Toute notre civilisation occidentale emberlificotée dans des considérations philosophiques est en train de se noyer dans des paradoxes insurmontables, tant au plan de la justice, de la finance que de la vie au quotidien. Il faudra en payer le prix !

    4) Quant aux mots séducteurs des poètes, ils sont une arme, hélas, quand ils ne parlent pas d’amour.

    Voilà un bien joli mot pour conclure un si mauvais texte !

Laisser un commentaire