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La caverne. Platon.

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 Cf. Texte. [1]  Cf. Explication. [2]

 

  Il ne va pas de soi de faire entendre ce que Platon signifie par la célèbre image de la caverne et dès qu’il s’agit de prendre au sérieux la signification, les résistances se font jour.

  Nulle évidence en effet dans cette manière d’opposer un monde d’obscurité et un monde de lumière, tant chacun sait bien qu’il n’y a qu’un monde et que c’est dans celui-ci que nous avons à vivre.

    Mais il est clair qu’il y a différentes manières de l’habiter. La distinction de l’ombre et de la clarté, de l’apparence et de l’essence ne se joue pas hors de nous, dans ce qui s’imposerait comme une donnée ontologique. Elle se joue en nous dans la manière de nous projeter vers les choses. De sorte que lorsque Kant ramène les grandes questions de la philosophie : que puis-je savoir ? que dois-je faire ? que m’est-il permis d’espérer ? à la question : qu’est-ce que l’homme ? il a lui aussi le mérite de revenir au centre c’est-à-dire à l’être par lequel la question de l’être peut être posée.

 

 

  Car il n’y a pour nous de réel que de réel représenté. Ce n’est pas un hasard si le même mot  « représentation » désigne aussi bien la représentation mentale que la représentation théâtrale ou cinématographique. Nous sommes au monde comme au spectacle mais d’ordinaire nous l’ignorons.

 

 Le génie de Platon est d’inventer le cinéma vingt quatre siècles avant son apparition mais ce cinéma, ce n’est pas celui auquel nous nous rendons de temps en temps pour nous distraire, c’est celui qui définit notre condition. Car la salle de projection avec sa lumière artificielle, les images projetées sur l’écran, les montreurs de marionnettes aux commandes dans les coulisses, le spectateur jouet des manipulations qu’il méconnaît, c’est très exactement le rapport immédiat de l’homme au réel.

 

  L’allégorie de la caverne vend la mèche. Elle nous affranchit de notre naïveté en permettant au spectateur inconscient que chacun commence à être de se donner, une bonne fois pour toutes, le spectacle de sa condition de  spectateur et du réel comme objet de spectacle. Sauf que la notion de spectacle n’est plus tout à fait pertinente car celui-ci n’est pas visible avec les yeux du corps. Le philosophe n’est pas un artiste encore que cela se discute. Rendre visible pour lui, ce n’est pas faire voir au moyen d’images, c’est rendre intelligible au moyen d’idées et cela n’est pas chose facile car celles-ci ne sont visibles qu’aux yeux de l’âme et nul ne sait vraiment ce qui promeut l’acuité de ces derniers. Si on le savait, on serait tous d’excellents éducateurs mais j’avoue n’être pas sortie de l’ombre sur ce point et si l’allégorie éclaire un peu les données du problème, elle ne permet pas tout à fait de comprendre pourquoi cet œil de l’âme se libère chez certains et restent décidément obscurci chez d’autres. En tout cas, Platon n’ignore pas la difficulté si bien qu’après avoir explicité les significations sous la forme austère de l’abstraction spéculative, il y revient en mobilisant les ressources du symbolisme pour les rendre accessibles.

 

 Mais une allégorie est une figure symbolique complexe et seul un travail minutieux de déchiffrement peut reconstituer les significations.

 

   La première image est donc celle d’une caverne

 

PB : Mais enfin, rétorquera-t-on, cette accusation d’ignorance vaut pour un monde d’analphabètes. Ne vivons-nous pas dans un siècle éclairé et tous les enfants de France ne passent-ils pas par l’école obligatoire ? Certes… Et pourtant Platon, disait qu’il y a une manière d’aller au vrai en songe, il pensait aux mathématiques et à ce que nous appelons les sciences aujourd’hui, et même qu’il y a des opinions vraies. Qu’est-ce donc que la science et pourquoi tant qu’on n’a pas interrogé la nature des discours, leurs présupposés et leurs limites, est-on fondé à parler d’ignorance ?

 

 

 

 PB: Que veut dire Platon lorsqu’il pointe une servitude constitutive de la condition humaine dans sa spontanéité ? Il faudra comprendre ce à quoi renvoie l’image des chaînes [3] pour s’en faire une idée précise.

 

 

 

 PB: Que peut donc bien signifier l’idée qu’il faut mourir à cette mort qu’est la vie selon la loi de la caverne pour vivre vraiment ? S’il est vrai que : « philosopher c’est apprendre à mourir [5] », quel est le véritable sens de cette formule?

 

    La suite du Gorgias [4] donne des indications. «  Tu sais, en réalité, nous sommes morts. Je l’ai entendu dire par des hommes qui s’y connaissent : ils soutiennent qu’à présent, nous sommes morts, que notre corps est un tombeau et qu’il existe un lieu dans l’âme, là où sont nos passions, un lieu ainsi fait qu’il se laisse influencer et ballotter d’un côté et de l’autre ».Ibid, 493a. Nouvel élément de compréhension.
 *

 

  Grandeur et misère de celui qui refuse d’être un animal, qui est travaillé par l’idée de la perfection divine mais qui en est expulsé. La caverne c’est l’oubli de cette inquiétude dans la somnolence d’une prison où l’homme essentiel ne peut pas se sentir chez lui.

 

   Le poète Novalis disait en ce sens que « la philosophie est proprement la nostalgie-aspiration à être partout chez soi ».  Impossible, en effet d’être chez soi dans un monde où les exigences de l’esprit sont sans cesse sacrifiées à des besoins et à des intérêts qui, pour avoir leur importance, n’épuisent pas l’horizon d’une vie proprement humaine.