Kant: L’éthique de la pensée.
Dans la Critique de la faculté de juger, Kant énonce trois maximes que tout homme doit respecter pour faire un bon usage de sa pensée :
Penser par soi-même.
Kant dit de cette maxime qu’elle est la maxime de la pensée sans préjugés, c’est-à-dire d’une raison qui n’est jamais passive. La raison cesse d’être passive lorsqu’elle conquiert l’autonomie. Car elle commence par être hétéronome. L’allégorie de la caverne ou la réflexion kantienne sur les Lumières montre pourquoi. Tant que c’est une loi étrangère à celle de la raison qui détermine l’activité de la pensée ; que cette loi soit celle de la nature (le besoin, la pulsion) ou celle d’un tuteur, le sujet est hétéronome. Il est mineur intellectuellement et moralement. Commencer à comprendre ce que penser veut dire consiste à saisir l’urgence de l’impératif suivant : « Ose te servir de ton entendement ». Kant résume ainsi la devise des Lumières et dit que ces dernières marquent le passage de la minorité à la majorité.
Penser en se mettant à la place de tout autre.
C’est la maxime de la pensée élargie. De fait, on appelle étroit d’esprit, celui dont la pensée est prisonnière d’un point de vue particulier, subjectif. Penser exige de se décentrer, de prendre sur une question donnée, la perspective de l’altérité. Ainsi devenons-nous capable de nous faire à nous-même les objections qu’un autre pourrait nous faire. A défaut de cet effort, la prétention à l’universel n’a aucune légitimité. Or cette prétention est implicite dès que nous parlons puisque tout locuteur présuppose de droit, la vérité de ce qu’il dit et attend de l’autre qu’il reconnaisse ce présupposé.
Qu’est-ce, en effet, qui nous sauve de l’arbitraire d’une mythologie personnelle, de la clôture de ce que Kant appelle « une singularité logique » ? C’est l’accord des autres sujets pensants. cf. Kant « Le seul caractère général de l’aliénation est la perte du sensus communis et l’apparition d’une singularité logique (sensus privatus) ; par exemple un homme voit en plein jour sur sa table une lumière qui brûle, alors qu’un autre à coté de lui ne la voit pas ; ou il entend une voix qu’aucun autre ne perçoit. Pour l’exactitude de nos jugements en général et par conséquent pour l’état de santé de notre entendement, c’est une pierre de touche subjectivement nécessaire que d’appuyer notre entendement sur celui d’autrui sans nous isoler avec le nôtre, et de ne pas faire servir nos représentations privées à un jugement en quelque sorte public » (Anthropologie du point de vue pragmatique). Aliéné, dit Kant, celui qui prétend qu’on peut penser tout seul. Il faut frotter sa cervelle à celle d’autrui et se soucier de l’accord des esprits pour échapper à la folie. Le présocratique Héraclite disait de même : « Pour les éveillés il y a un monde un et commun. Mais parmi ceux qui dorment chacun s’en détourne vers le sien propre » Fragment 89 Le début du fragment 114 dit aussi « Ceux qui parlent avec intelligence, il faut qu’ils s’appuient sur ce qui est commun à tous… »
Toujours penser en accord avec soi-même.
C’est la maxime de la pensée conséquente. On appelle ainsi, une pensée s’efforçant d’éviter la contradiction interne. L’ordre, la cohérence sont, en effet une exigence fondamentale de la raison. Il faut donc s’efforcer d’éviter les contradictions, de mettre de l’ordre dans sa pensée.
Textes.
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