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   Selon Hegel, on n’a pas encore compris une idée tant qu’on ne l’a pas justifiée. Mais il ne va pas de soi de justifier une  thèse détestable et s’il en est une, c’est bien celle qu’étaie le texte présenté ci-dessous. Hegel y soutient l’idée que la guerre n’est pas un mal absolu et qu’elle n’est pas contingente. Elle a une dimension morale et une nécessité rationnelle. Elle est nécessaire à la santé morale des peuples et à ce titre sa justification consiste en une justification de la Providence.

   Pourtant, très curieusement sous la plume de Hegel, on lit que cette idée est une simple idée philosophique. La réserve : « simple » ou dans une autre traduction, l’usage du mot « seulement » semble indiquer que l’expression a ici un sens péjoratif. Faut-il comprendre, comme Éric Weil le suggère (Cf. Hegel et l’Etat, Vrin, 1970, p.84), que cette justification morale ne satisfait pas Hegel, la section ultérieure du livre contenant implicitement, dans l’esquisse de sa philosophie de l’histoire, matière à penser une nouvelle étape du développement de l’Esprit où la guerre serait dépassée ?

   Rien, pourtant dans les développements explicites des Principes de la philosophie du droit  n’autorise à trouver chez Hegel un écho de l’indignation morale que suscite la guerre chez ceux qui se réclament d’une posture morale. Au contraire, le philosophe est très sévère à l’égard de ceux qu’il appelle ironiquement  des « belles âmes », d’autant plus enclines à l’indignation qu’aveugles à la rationalité du réel, elles cherchent la satisfaction de soi dans la construction d’un idéal n’ayant pas d’autre support que des raisonnements vides et partiels. Leur tort est de critiquer vaniteusement le réel parce qu’elles sont aliénées dans le vide de l’abstraction. Car, ne cesse de leur objecter notre penseur, la tâche de la philosophie n’est pas de rêver le monde tel qu’il devrait être mais de le comprendre tel qu’il est. Sa tâche  est de « concevoir ce qui est, car ce qui est, c’est la raison. […] Reconnaître la raison comme la rose dans la croix de la souffrance présente et se réjouir d’elle, c’est la vision rationnelle et médiatrice qui réconcilie avec la réalité, c’est elle que procure la philosophie de ceux qui ont senti la nécessité intérieure de concevoir et de conserver la liberté subjective dans ce qui est substantiel, et ne pas laisser la liberté subjective dans le contingent et dans le particulier, de le mettre dans ce qui est en soi et pour soi » Préface des Principes de la philosophie du droit.

   Cet avertissement me semble précieux pour rendre disponible à l’intelligence de ce texte, si peu « lisible et intelligible » dans une époque comme la nôtre.

 

TEXTE.

 

«  Cette détermination, qui fait évanouir l’intérêt et le droit de l’individu comme éléments, est en même temps l’élément positif de son individualité en tant qu’existant en soi et pour soi et non contingente et mobile. Cette situation et la reconnaissance de cette situation sont donc le devoir substantiel de l’individualité, le devoir de maintenir cette individualité substantielle : l’indépendance et la souveraineté de l’Etat, en acceptant le danger, le sacrifice de la propriété et de la vie et même de l’opinion et de tout ce qui appartient naturellement au cours de la vie.

R : C'est un calcul très faux, lorsqu’on exige ce sacrifice, de considérer l'Etat seulement comme société civile et de lui donner comme but final la garantie de la vie et de la propriété des individus, car cette sécurité n'est pas atteinte par le sacrifice de ce qui doit être assuré, au contraire.

   Dans ce que nous venons de proposer, se trouve l'élément moral de la guerre, qui ne doit pas être considéré comme un mal absolu, ni comme une simple contingence extérieure qui aurait sa cause contingente dans n'importe quoi : les passions des puissants ou des peuples, l’injustice, etc., et en général, dans quelque chose qui ne doit pas être. [...] La guerre comme état dans lequel on prend au sérieux la vanité des biens et des choses temporelles qui, d'habitude, n'est qu’un thème de rhétorique artificielle, est donc le moment où l'idéalité de l'être particulier reçoit ce qui lui est dû et devient une réalité. La guerre a cette signification supérieure que par elle, comme je l'ai dit ailleurs : «la santé morale des peuples est maintenue dans son indifférence en face de la fixation des spécifications finies de même que les vents protègent la mer contre la paresse où la plongerait une tranquillité durable comme une paix durable ou éternelle y plongerait les peuples. » On verra plus loin que cette idée, simplement philosophique ou qu'on lui donne un autre nom, est une justification de la Providence et que les guerres réelles ont besoin encore d'une autre justification.

   L'idéalité qui apparaît dans la guerre comme orientée vers l'extérieur dans un phénomène contingent.et l'idéalité qui fait que les pouvoirs intérieurs de l'Etat sont des moments organiques d'un tout, sont donc une seule et même idéalité et, dans l'apparence historique, cela se voit dans ce phénomène que les guerres heureuses empêchent les troubles intérieurs et consolident la puissance intérieure de l'État. Les peuples qui ne veulent pas supporter ou qui redoutent la souveraineté intérieure sont conquis par d'autres, et ils s’efforcent avec d'autant moins de succès et d'honneur de conquérir l'indépendance qu'ils sont moins capables d'arriver à une première organisation du pouvoir de l'État à l'intérieur (leur liberté est morte de la peur de mourir). Les Etats qui ont la garantie de leur indépendance, non pas dans leur force armée, mais dans d'autres considérations, par exemple des États extrêmement petits par rapport à leurs voisins, peuvent exister malgré une constitution qui par elle-même ne garantit la tranquillité ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. Tous ces phénomènes s'expliquent par cette identité ».

 Principes de la Philosophie du droit. § 324. Trad. André Kaan.

 

 

ELEMENTS D'ELUCIDATION.

 

I)  Remarques liminaires.

 

 NB : L'idéalité d’une chose est son essence spirituelle manifestée dans une apparence extérieure. Tant que l’esprit ne s’accomplit pas dans la phénoménalité d’un individu particulier, il reste de l’ordre d’une généralité abstraite. Il n’a aucune objectivité, aucune dimension concrète.

   Pour Hegel l’essence spirituelle ou morale de l’homme est la liberté.

   Dans la dialectique du maître et de l’esclave, le philosophe montre que cette liberté n’est pas immédiate, elle doit se conquérir en niant ce qui la nie, d’une part dans son rapport à la nature, d’autre part dans son rapport aux autres hommes. Ce travail du négatif ou négativité implique donc la domestication de la nature par le travail et la lutte pour la reconnaissance. Ce qui exige de surmonter la peur de la mort.

  A l’échelle de l’histoire politique, la liberté ne s’accomplit vraiment que dans l’Etat moderne et la  société civile où le droit à la liberté subjective de la personne humaine est reconnu. Mais tant que cette liberté n’a comme horizon que la poursuite de ses intérêts particuliers, l’individu ne s’objective pas encore dans sa dimension éthique ou dans sa volonté universelle de liberté. Il lui faut pour cela se dépasser en « citoyen », c’est-à-dire en homme ne pouvant accéder à la moralité qu’en qualité de membre de l’Etat. Car c’est seulement dans l’Etat que la subsomption des intérêts particuliers sous l’intérêt universellement humain s’accomplit. Voilà pourquoi Hegel affirme que  « l’Etat est la réalité en acte de l’Idée morale objective » § 257.

   Il est « la réalité en acte de la liberté concrète […] Ni l'universel ne vaut et n'est accompli sans l'intérêt particulier, la conscience et la volonté, ni les individus ne se vivent comme des personnes privées orientées uniquement vers leur intérêt sans vouloir l'universel; elles ont une activité consciente de ce but. Le principe des Etats modernes a cette puissance et cette profondeur extrêmes de laisser le principe de la subjectivité s'accomplir jusqu'à l'extrémité de la particularité personnelle autonome et en même temps de la ramener à l'unité substantielle et ainsi de maintenir cette unité dans ce principe même ». § 260.

   Certes les Etats historiques ne sont pas la manifestation parfaite de l’Etat comme réalité spirituelle, mais il faut s’en tenir à cette idée de l’Etat moderne comme « réalité en acte de l’Idée morale objective » pour comprendre correctement les propos de Hegel sur la guerre.

 

 

II) Idées générales du texte.

 

A) La guerre révèle l’individualité substantielle à elle-même.

 

   Dans la guerre, l’individu est mis en situation d’accepter le sacrifice de ses biens et de sa vie. Or « cette détermination », remarque Hegel, « qui fait s’évanouir l’intérêt et le droit de l’individu comme éléments est, en même temps  l’élément positif de son individualité en tant qu’existant en soi et pour soi et non contingente et mobile ».

   Idée difficile mais idée fondamentale.

  La guerre met en jeu les intérêts et le droit de l’Etat, c’est-à-dire selon la conception hégélienne de l’Etat moderne, les intérêts et le droit de la vie éthique. Celle-ci n’est pas la prérogative de l’individu autonome, abstrait de tout rapport concret avec les autres. D’où la condamnation hégélienne de l’individualisme moral kantien et de son corrélat, le cosmopolitisme. Elle est coextensive à la communauté politique dans laquelle les individus ne veulent pas seulement la satisfaction de leur être naturel mais s’élèvent à l’existence morale en voulant la liberté et le règne du droit pour tous les membres du corps politique auquel ils appartiennent. C’est dire que c’est dans et par leur immersion dans la totalité éthique qu’ils accomplissent leur essence spirituelle.

   Il s’ensuit que les intérêts et le droit de la totalité éthique et ceux de ses membres considérés dans leur idéalité sont une seule et même chose.

   Mais ces intérêts et ce droit sont des conquêtes, non des données procédant de la dynamique de la nature. Ils sont œuvre de la liberté prenant conscience d’elle-même dans son opposition à ce qui lui fait obstacle et se voulant malgré les sacrifices qu’il faut consentir. La liberté ou la moralité effective a donc un prix et c’est ce prix que la guerre fait apparaître dans sa signification héroïque en exhibant la nécessité propre à la vie éthique ; à savoir le fait que celle-ci  ne contient pas la possibilité du sacrifice de ce qui la nie de manière contingente et passagère mais de manière nécessaire et permanente.

   Il faut se souvenir ici de la thèse de la Phénoménologie de l’Esprit d’après laquelle seul celui qui affronte la mort parvient à réaliser la négativité de la liberté en lui.

   La guerre dramatise cette nécessité dans la mesure où elle met chacun au pied du mur. Avec elle, l’obligation de mettre en jeu son attachement naturel à la vie et à ses biens temporels pour sauver un bien moral supérieur (l’indépendance de l’Etat garantissant la coexistence des libertés sous la loi commune objective) cesse d’être un « un thème de rhétorique artificielle », une façon de parler édifiante. Les citoyens sont obligés de prendre au sérieux ce qui, dans les conditions moins dramatiques de l’existence, peut être occulté, à savoir que la liberté concrète ou la moralité exige de lutter contre ce qui en menace l’effectivité et qui, sous les espèces d’une menace extérieure, est d’abord ce qui, en nous, lui résiste. Car qu’est-ce qui conduit un homme à renoncer à la liberté et à consentir à la servitude ? C’est toujours la peur de mourir ou le souci de ménager ses intérêts immédiats. La liberté ne va pas sans courage, sans héroïsme, et d’abord celui de dépasser sa nature animale, (le désir de vivre, la satisfaction de ses inclinations naturelles) par l’affrontement de la mort. L’homme qui se veut libre est ainsi celui qui se montre capable de préférer la mort à la servitude témoignant par là que nul ne peut asservir celui qui a la volonté d’être libre. Impossible d’avoir barre sur lui. Il a choisi un bien infini en lieu et place des biens finis qui en sont souvent le tombeau.

  Il s’ensuit que le vrai maître de l’homme n’est pas à l’extérieur de lui, ce qui le menace dans son existence éthique, c’est, en lui, sa peur de mourir ou de nuire à ses intérêts particuliers. Son vrai maître, c’est la mort.

   La guerre lui permet d’en prendre conscience. Elle fait apparaître les biens finis dans leur inessentialité par rapport au bien infini qui est le véritable intérêt de l’individualité dont l’essence spirituelle (l’idéalité) est la liberté. Elle fait s’évanouir ses intérêts et le droit de son être considéré comme élément différencié de la totalité éthique. Elle lui révèle son devoir substantiel qui est de maintenir « l’indépendance et la souveraineté de l’Etat, en acceptant le danger, le sacrifice de la propriété et de la vie et même de l’opinion et de tout ce qui appartient naturellement au cours de la vie ». C’est par là que l’individualité substantielle, devient pour soi ce qu’elle est en soi, c’est-à-dire prend conscience de  l'« universel » en soi, de ce qui lui est dû, sans cesser d’être en soi-même, le « particulier », le «déterminé ».

 

 

  B) Implications de cette thèse.

 

    a)  L’élément moral de la guerre se déduit de la finalité éthique de l’Etat. 

 

   En demandant aux citoyens de risquer leur vie et leurs biens, la guerre révèle que les fins de l’Etat sont supérieures à celles de la société civile comme les fins du sujet éthique le sont à celles du sujet naturel.

     De fait dans la société civile, l’homme existe comme individu ayant pour fin la réalisation de ses buts particuliers et il contribue par une sorte de nécessité inconsciente à la conservation du tout (§183- §278). Comme membre de la société civile ou du système des besoins, l’individu se soucie essentiellement de la sécurité de sa vie et de sa propriété et si la garantie de cette sécurité était la fin ultime de l’Etat, celui-ci ne saurait, sans contradiction, demander à ses membres qu’ils la sacrifient. C’est donc que la fin de l’Etat est d’une autre nature que celle de la société civile. Sa vocation est de subsumer les intérêts particuliers sous l’intérêt général, autrement dit de les limiter afin que l’exigence morale ne reste pas une simple exigence subjective et abstraite mais devienne une réalité objective et concrète. Dans l’Etat, la moralité atteint son plus haut niveau d’effectivité ou de réalité. Il est « la réalité en acte de l’Idée morale objective (§257)», de telle sorte que ce qui peut être nécessaire à sa conservation ne peut être considéré comme un « mal absolu ».

   La guerre se justifie donc moralement parce que l’individu accomplit sa dimension éthique dans l’organisation étatique seulement,  la disparition de cette dernière signifiant pour lui servitude et déshonneur.

    Dans la Phénoménologie de l’Esprit, l’auteur écrit : « La guerre est l’esprit et la forme dans lesquels le moment essentiel de la substance éthique autonome à l’égard de tout être déterminé, est présent dans l’effectivité et dans la confirmation de soi de la substance éthique » T. II, p. 42.

 

   Remarquons qu’en disant que « la guerre ne doit pas être considérée comme un mal absolu », Hegel ne dit pas qu’elle est un bien. Elle est bien un mal, une souffrance, mais un mal relativisé par la fin éthique qu’elle sert.

 

b) L’élément moral de la guerre se déduit aussi de sa fonction providentielle. 

 

  Elle régénère la santé morale des peuples, leur permet de se ressaisir, en les arrachant à la somnolence de leurs forces éthiques encouragée par une paix trop longue. Celle-ci est finalement nocive si elle dure trop longtemps car elle détourne l’individu de l’intérêt éthique pour se complaire dans la poursuite exclusive de ses intérêts particuliers.

   Une paix prolongée fait ainsi le jeu des fins de l’individualité naturelle au détriment de celles de l’individualité morale. La guerre leur en rappelle la contingence et la vanité.

   Une paix prolongée favorise le désagrègement de la totalité éthique, elle en affaiblit l’esprit et durcit chacun dans son isolement. La guerre les dérange dans cette dévitalisation du corps organique de l’Etat et revivifie le sens de la communauté éthique.

  Citant son article sur le Droit naturel, Hegel affirme donc que, grâce à la guerre,  «la santé morale des peuples est maintenue dans son indifférence en face de la fixation des spécifications finies de même que les vents protègent la mer contre la paresse où la plongerait une tranquillité durable comme une paix durable ou éternelle y plongerait les peuples.»

   Métaphore saisissante. Une paix durable et éternelle serait vectrice de mort éthique, de putréfaction, de pétrification de la vie éthique comme l’absence de vent engendrerait le pourrissement des eaux maritimes. On ne peut critiquer plus sévèrement le projet kantien d’une paix perpétuelle ! Rien n’est moins souhaitable pour Hegel que ce « doux rêve ».

 

c) La guerre a une nécessité éthico-politique. 

 

   Pas plus qu’elle n’est souhaitable, la paix n’est réalisable car la guerre  n’est pas contingente. Elle  n’est pas un phénomène qui pourrait ne pas être comme on se plaît à le croire en lui assignant des causes contingentes. Par exemple, on se leurre lorsqu’on l’explique par les seules passions des puissants ou des peuples, ou par l’injustice. On ne voit pas que ces causes, pour agissantes qu’elles soient, ne vont pas à l’essentiel. Elles s’en tiennent à l’apparence car, substantiellement, la guerre a une nécessité, celle de la réalité d’une humanité dont la vie éthique s’accomplit dans la forme politique de l’Etat. Il n’y a pas, pour Hegel, de communauté éthique possible élargie à la dimension de l’humanité entière. Le cosmopolitisme se caractérise par son absence de forme et les droits de l’humanité n’ont aucun contenu en l’absence d’un Etat ayant le pouvoir de les définir et de les rendre effectifs.

   Or les Etats sont multiples, chacun étant une individualité, un être pour soi revendiquant sa souveraineté. L' indépendance des uns et des autres consacre la liberté et la dignité de chaque peuple mais  les expose à avoir des relations conflictuelles. « Comme leur relation a pour principe leur souveraineté, il en résulte qu’ils sont les uns par rapport aux autres dans un état de nature, et qu’ils n’ont pas leur droit dans une volonté universelle constituée en pouvoir au-dessus d’eux, mais que leur rapport réciproque a sa réalité dans leur volonté particulière » §333. Aussi, même si en qualité de personnes morales, les Etats ont l’obligation de respecter les traités les liant aux autres, ce respect n’est jamais assuré.

     Comme le souligne l’auteur : « Il n’y a pas de préteur, il y a tout au plus des arbitres ou des médiateurs entre les Etats, et de plus les arbitrages et les médiations sont contingents, dépendent de leur volonté particulière. La conception kantienne d’une paix perpétuelle par une ligue des Etats qui réglerait tout conflit et qui écarterait toute difficulté comme pouvoir reconnu par chaque Etat, et qui rendrait impossible la solution par la guerre, suppose l’adhésion des Etats, laquelle reposerait sur des motifs moraux subjectifs ou religieux, mais toujours sur leur volonté souveraine particulière, et resterait donc entachée de contingence » §333.

 

Conclusion:

  La nécessité de la guerre et sa justification morale se déduisent donc, chez Hegel, du concept d’Etat envisagé comme communauté éthique. Celle-ci est, sur le plan intérieur, une totalité organique dans laquelle les pouvoirs de l’Etat s’exercent souverainement en vue des fins qui sont celles de l’individualité substantielle, c’est-à-dire du sujet éthique dissocié du sujet naturel. Sur le plan extérieur, cette communauté est une individualité dont la volonté est souveraine dans son rapport aux autres individualités étatiques. Ces deux dimensions de l’essence  spirituelle de l’Etat sont inextricablement liées comme l’atteste l’expérience. Celle-ci montre, par-delà la contingence des situations historiques, qu’il y a un rapport nécessaire entre la force de la souveraineté politique sur le plan intérieur et sa force sur le plan extérieur. L’une est solidaire de l’autre et elles se consolident réciproquement. Un Etat où les pouvoirs s’exercent sans obstacles internes a tendance à résister tout naturellement à ses ennemis, même s’il est plus petit que ceux qui les menacent. De même une guerre victorieuse affermit la puissance intérieure de l’Etat en empêchant les troubles intérieurs.

   Il s’ensuit que la communauté éthique ou l’Etat fonde la nécessité éthico-politique pour chaque Etat de préserver son individualité en soi et pour soi. Cette nécessité enveloppe pour chaque membre de l’Etat le devoir substantiel de maintenir « l’indépendance et la souveraineté de l’Etat, en acceptant le danger, le sacrifice de la propriété et de la vie et même de l’opinion et de tout ce qui appartient naturellement au cours de la vie » ainsi qu’il a été dit précédemment.

                                                                                        --------------------------------------

 

Idée-force : La guerre n’est pas l’expression, pour Hegel, des instincts sauvages de la nature humaine, de ce qu’il y a en elle de misérable. Elle en suppose au contraire le dépassement dans l’affirmation héroïque de la liberté.

   La question est de savoir si l’affirmation de la liberté, la marche de l’Esprit interdisent de penser une réalisation éthique dans une individualité politique élargie à l’ensemble de l’humanité. Pour Hegel cette espérance kantienne n’est qu’un doux rêve. La guerre a donc une nécessité éthico-politique incontournable, reste que « reconnaître la raison comme la rose dans la croix de la souffrance présente » n’invite pas nécessairement à s’en réjouir !

     

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14 Réponses à “Hegel. La guerre est nécessaire à la santé morale des peuples.”

  1. Steven dit :

    Bonjour,

    J’ai trouvé cet article extrêmement intéressant. Connaîtriez-vous un ouvrage de spécialiste pour aborder et (tenter de) comprendre la Phénoménologie de l’Esprit ? J’ai quelques notions de la philosophie de Hegel, mais avant de me lancer dans l’étude de cette oeuvre difficile j’aimerais trouver un ouvrage qui aide à comprendre les idées fortes et les passages réputés complexes de l’oeuvre en question.

    Je vous remercie.

  2. Simone MANON dit :

    Bonjour
    L’oeuvre de Hegel est en effet difficile d’accès.
    Je ne vous suggère que des lectures que j’ai faites. Il y en a bien d’autres. Par exemple, les ouvrages de Bernard Bourgeois, grand spécialiste de Hegel. http://books.google.fr/books?id=knmnn0B5QPgC&pg=PA4&lpg=PA4&dq=ph%C3%A9nom%C3%A9nologie+de+l'esprit+Hegel+commentaire&source=bl&ots=gwYQiHETuU&sig=ub5I-lVoXx9e-P8g_iyvhC-4NWY&hl=fr&sa=X&ei=hJ6WU9DFGILfPbqCgZAE&ved=0CF0Q6AEwCA#v=onepage&q=ph%C3%A9nom%C3%A9nologie%20de%20l'esprit%20Hegel%20commentaire&f=false

    Jean Hyppolite, traducteur de la phénoménologie, assortit la publication de l’oeuvre d’un commentaire en deux tomes chez Aubier Montaigne.
    Alexandre Kojève, chez Gallimard (Tel), est l’auteur d’une introduction à la lecture de Hegel.
    Pour la question de l’Etat, vous pouvez lire Eric Weil, Hegel et l’Etat, (Vrin) et aux PUF, un ouvrage collectif intitulé Hegel et la philosophie du droit.
    Bien à vous.

  3. Côme MAMA dit :

    Simone, vous avez raison de dire que la guerre chez Hegel se présente comme une nécessité entre les Etats. Cette thèse de Hegel apparaît aussi bien dans Principes de la philosophie du droit que dans La Raison dans l’histoire et Leçons sur la philosophie de l’histoire. La guerre a cet avantage de réveiller les peuples qui s’assoupissent dans un sommeil d’inertie. Elle permet aussi au peuple qui incarne L’Esprit de manifester sa supériorité sur les autres peuples. Chaque fois que nous passons d’un principe spirituel à un autre, cela se manifeste par la victoire dans la guerre du peuple qui incarne le nouveau principe de l’Esprit.
    La réflexion actuelle est de savoir comment concilier Hegel et Kant. Dans Projet de paix perpétuelle, Kant veut l’arrêt de la guerre, la paix alors Hegel estime qu’elle est une nécessité (Notwendigkeit). Quelle attitude philosophico-politique adopter devant la contradiction que nous avons entre la volonté d’arrêter la guerre et l’omniprésence de la guerre?
    Simone, voilà la question qui fait l’objet de ma réflexion.

  4. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je ne crois pas qu’il soit possible de concilier des perspectives aussi hétérogènes.
    Et je n’entends pas seulement par là l’hétérogénéité du kantisme et de l’hégélianisme pour ce qui est de la question morale.
    Je veux surtout pointer l’hétérogénéité entre une perspective morale (ou pratique, en termes kantiens) et une perspective réaliste.
    Même Kant, lorsqu’il cesse de se placer dans une perspective morale reconnaît que le progrès moral est extorqué aux hommes par leur insociable sociabilité c’est-à-dire par des passions génératrices de conflits et de guerre. Tout se passe comme s’il était aporétique de penser une humanité moralement triomphante. La paix qui est un impératif catégorique pour notre nature raisonnable serait vectrice de régression pour notre nature empirique. Parce que la civilisation n’est pas synonyme de moralisation, il y a tout lieu de penser qu’en l’absence de dangers, de principes pathologiques de détermination du vouloir,(le désir de dominer, de posséder, d’être honoré etc.), les hommes ne sont pas enclins à perfectionner les dispositions de leur nature.
    Il faut donc bien comprendre que la conscience de notre devoir moral (vouloir la paix)n’exclut pas la conscience du tribut que l’humanité paie, pour le meilleur et pour le pire, à sa nature sensible.
    Il s’ensuit que ces deux points de vue sur la guerre ne peuvent pas être théoriquement conciliés. En revanche, pratiquement, chacun doit choisir de s’abandonner aux pesanteurs de sa nature sensible ou de se vouloir raisonnable. Ce qui laisse entier le problème de la guerre dans la mesure où son dépassement met en jeu des Etats, non des individus. Le problème est politique essentiellement, or tous les auteurs, Kant compris, savent bien que chaque Etat est attaché à sa souveraineté et que nul Etat puissant n’est disposé à y renoncer.
    Bien à vous.

  5. Côme MAMA dit :

    Simone, je parle d’une conciliation au sens hégélien du terme Aufhebung, d’un dépassement dialectique de deux points de vue philosophique. Vous avez même compris un peu la logique de ma pensée puisque l’un de mes chapitres a pour titre: Nature humaine et guerre. Un autre chapitre a pour titre: Les différends entre les Etats. Ne tirons pas la conclusion avant d’avoir mené une réflexion systématique sur le sujet.

  6. Simone MANON dit :

    Bonjour
    C’est le réel qui, sur ce point, a le dernier mot car, chez Hegel, le dépassement dialectique n’est pas une construction de la pensée mais une production du réel. Et celui-ci est autrement plus consistant que ne le seront jamais les conciliations dissertatives.
    Bien à vous.

  7. Bonjour madame Manon,

    Définitivement, il s’agit d’un texte d’AVANT le vingtième siècle. Ce n’est pas une question de péremption liée à la modernité, c’est une question de réfutation par les faits.

    D’un point de vue « moral », les guerres que nos ancêtres ont vécu (les vraies, pas la ballade idiote du genre Chartreuse de Parme) n’ont amélioré ni les morts, ni les quelques survivants, ni même les Etats perdants ou gagnants en les rendant particulièrement plus dévoués au bien public. C’est justement parce que nous savons désormais qu’elles n’améliorent pas l’humain que nous ne désirons plus et ne pouvons plus « souhaiter » le déclenchement d’une « bonne » guerre. Nous n’en sommes pas plus moraux pour autant, peut-être plus prudents. Et de cette prudence surgit paradoxalement aussi la nécessité de se préparer à se défendre.

    En vous lisant je me posais aussi la question : Y a-t-il des textes où Hegel fait la différence entre la guerre et la querelle, la controverse, la compétition ?

    Le mot guerre est parfois ambigu. Je songe au mot arabe Jihad, qui peut signifier (dit-on) aussi bien bien la guerre contre l’infidèle que la guerre contre soi-même ; à Kant qui faisait l’éloge de l’insociable sociabilité, et même à Machiavel, qui se « dérouille » l’esprit en querelles avec les bûcherons dans la lettre à Vettori (10 décembre 1513) mais qui écrit aussi dans le chapitre 14 du Prince :  » Un prince doit donc n’avoir d’autre objet ni d’autre pensée, ni prendre autre chose pour son art, hormis la guerre et les ordres et la discipline de celle-ci, parce que celle-ci est le seul art qu’on attende de qui commande… Il ne doit par conséquent jamais éloigner la pensée de cet exercice de la guerre et dans la paix, il doit s’y exercer plus que dans la guerre, ce qu’il peut faire de deux manières – l’une par les oeuvres, l’autre par l’esprit. « 

  8. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Hélas, je ne vois pas en quoi notre époque réfute par les faits l’analyse hégélienne. Elle me paraît au contraire lui apporter ample confirmation.
    Hegel ne dit pas que la guerre est un facteur d’amélioration morale de l’individu. Il est question des peuples et de l’Etat pour autant qu’il est l’idée éthique en acte.
    Or en quoi l’idée selon laquelle la vie éthique requiert le sacrifice de l’attachement à la vie dans certaines conditions est-elle datée historiquement?
    En quoi le souci de défendre certaines valeurs lorsqu’on est menacé par des barbares qui prospèrent aujourd’hui sur la faiblesse de certains Etats, et donc de développer des ressources en héroïsme est-il dépassé?
    Les faits ne montrent-ils pas qu’une humanité éclatée en formations étatiques inclut la possibilité de la guerre aujourd’hui comme hier? Ne montrent-ils pas que les Etats forts sont ceux qui sont le mieux cohérés et que la nécessité de se défendre contre un ennemi est un puissant ressort de cohésion?
    On peut discuter Hegel sur le fait qu’il justifie moralement la guerre non sur la fonction qu’il assigne à celle-ci dans l’histoire. Nous vivons historiquement dans ce que Rousseau appelle l’état de guerre, (ce que vous reconnaissez en parlant de la nécessité de se préparer à se défendre), et il ne faut pas donner cher, pour ce qui est de la possibilité de sa survie dans la liberté et l’honneur, d’un peuple totalement avachi dans son confort et l’oubli de l’intérêt général.
    Pour répondre précisément à votre question, je n’ai pas en tête des références précises.
    Bien à vous.

  9. Pavel DEPIERRE dit :

    Bonjour madame Manon,

    Merci pour votre réponse. Connaissant mal Hegel, il est certain que mon jugement manque de justesse et probablement de justice. Mais j’espère ne pas mal comprendre vos paroles en relançant un peu notre conversation :

    C’est que je l’avoue, lorsque vous parlez vous-mêmes des exigences adressées au peuple selon l’idée éthique du sacrifice de l’attachement à la vie dans certaines conditions, de ressources en héroïsme, de lutte contre les barbares, de défendre certaines valeurs, j’entend « communauté de citoyens » là où vous écrivez « le peuple ». C’est donc bien à chacun d’entre nous que ce sacrifice, cet héroïsme, cette lutte seront demandées, à travers le nom collectif de « peuple ». Car c’est bien aux membres individuels du peuple que l’on reproche ici de manquer de morale, et c’est bien de la guerre qu’on attend qu’elle régénère ces citoyens indignes. Hegel sans doute ne concevrait pas qu’un peuple moral puisse rester composé de crapules.

    Ainsi, n’est-ce pas bel et bien de l’amélioration morale des citoyens par la guerre dont nous parlons ici ?

    Mais lorsque je parlais de la guerre depuis le vingtième siècle, je ne parlais pas de Marathon ou de Valmy. Je parlais des nouvelles guerres transformées par la technique moderne, qui vont aux extrêmes parce qu’elles sont animées par la volonté d’exterminer l’être même de l’adversaire, comme le suggérait Clausewitz. Ces guerres-là – excusez-moi si je maintiens cette idée car elle me semble vraie malgré vos objections – n’ont plus rien ni de civique ni de chevaleresque, comme le suggèrent les témoignages de poilus en 14, les récits de Stalingrad, de Sarajevo, du Rwanda, etc. Et si elles sont ainsi, c’est parce qu’on en est venu au point où la survie de chaque camp semble commander de devoir supprimer l’autre dans son existence (et non plus simplement de rompre sa volonté agressive ou défensive, de lui ôter ses moyens et non son être). L’adversaire est ainsi devenu un ennemi radical : dans ces conditions, ne croyez vous pas que la victoire reviendra au plus puissant, comme le suggère l’invention atomique ? Où est donc la morale là dedans ?

    Quoiqu’il en soit et en dépit de ce désaccord, merci beaucoup pour votre lecture de ce texte de Hegel que je ne connaissais pas. Bien à vous.

  10. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vos remarques sont pertinentes à tous égards, mes réponses le sont moins, du moins dans leur formulation.
    La notion de peuple doit bien être entendue comme communauté des citoyens à condition de relativiser les prémisses individualistes que celle-ci suppose dans l’idéologie individualiste qui est la nôtre. Hegel est un critique sévère de l’individualisme moral, de type kantien. Pour lui, l’individu n’a d’existence authentique qu’au sein d’une communauté vivante pour laquelle il est capable de se sacrifier. Le dépassement de l’individualité dans ce qu’elle a de fini dans le citoyen est consubstantiel à son immersion dans la totalité éthique avec ce que celle-ci implique d’héroïsme. Il n’y a pas de liberté sans héroïsme, sans capacité de nier ce qui la nie, à commencer par les limites de l’individualité et l’attachement à la vie animale. Voilà pourquoi l’histoire et la guerre ont pour notre auteur une nécessité spirituelle et corrélativement pourquoi, qui les refuse et les condamne est dans l’illusion et l’immoralité. C’est le sens de mon insistance sur la notion de peuple en lieu et place de la personne abstraitement envisagée. La justification morale de la guerre est inséparable de la conception héroïque que Hegel développe de la liberté et de l’idée que l’identité de l’infini et de l’effectif s’accomplit dans les totalités éthiques que sont les peuples.
    Vous avez raison de souligner que les guerres de matériel (inaugurées par la Grande Guerre) ont perdu le caractère chevaleresque qu’elles pouvaient avoir précédemment. Jünger insiste beaucoup sur ce point. Si l’on rajoute que les nouvelles guerres ne sont plus des guerres d’Etat à Etat, qu’elles sont, pour parler métaphoriquement avec Jünger, des guerres entre les fils (guerres civiles) et non plus entre les pères, l’analyse hégélienne doit être revue.
    Néanmoins pour le caractère impersonnel de la guerre où domine la puissance du matériel, deux remarques :
    Hegel vante l’impersonnalité de la guerre symbolisée par l’arme à feu qui atteste ainsi son caractère universel.
    Jünger écrit : « Le combat revêtait la forme d’un mécanisme gigantesque et sans vie, recouvrant l’étendue d’une vague de destruction impersonnelle et glacée…. Et pourtant : derrière tout cela, il y a l’homme. Lui seul peut orienter les machines, leur donner sens » « La guerre comme expérience intérieure » Pléiade, I, p. 616.
    Bien à vous.

  11. Distic dit :

    Bonjour Madame,

    Merci pour ce texte. Au début, vous dites que pour Eric Weil l’expression « simple idée philosophique » signifie qu’Hegel cherche un dépassement de la guerre. Pourtant, il me semble assez clair à la lecture du texte (mais peut-être est-ce particulièrement naïf de ma part) que ce qu’Hegel veut dire, c’est qu’il avance là une justification de la guerre en général, et en ce sens c’est une justification de la Providence pour avoir fait un monde avec des guerres plutôt qu’un monde en paix, mais que bien sûr ça ne justifie en rien chaque guerre particulière (on ne peut pas faire la guerre seulement à cause de la nécessité morale de la guerre en général : pour chaque guerre particulière il faut une cause particulière et humaine).

    Bien à vous.

  12. Simone MANON dit :

    Bonjour
    La philosophie hégélienne de la guerre est inséparable de sa philosophie de l’histoire. La guerre est une dimension de la réalité et Hegel s’efforce d’en penser la nécessité rationnelle. Il ne nie pas que chaque guerre particulière mette en jeu des contingences mais celles-ci sont inessentielles. Il le précise clairement au début de son analyse: la guerre n’est pas comprise tant qu’elle est expliquée en fonction de causes particulières plus ou moins contingentes.
    Comprendre c’est comprendre la nécessité et la nécessité de la guerre est celle de la liberté de l’esprit se réalisant dans des totalités éthiques concrètes. C’est dire qu’il faut lier cette thèse à celle qui affirme que « le tribunal de l’histoire est le tribunal du monde », la question étant de savoir ce qui est vraiment le tribunal de l’histoire. On pourrait croire qu’en affirmant que la guerre est l’affirmation héroïque de la liberté, Hegel fasse de la décision par les armes le tribunal suprême de l’histoire. Or le § 342 de la philosophie du droit est très clair: « L’histoire universelle n’est pas le simple jugement de la force… elle est, d’après le seul concept de liberté, le développement nécessaire des moments de la raison, de la conscience de soi et de la liberté de l’esprit, l’interprétation et la réalisation de l’esprit universel »
    C’est dire, qu’en dernière analyse, les conflits sont tranchés en faveur des peuples qui, à un certain moment historique, incarnent la plus haute réalisation de l’esprit universel.
    C’est à ce niveau d’analyse que la guerre est comprise. La nécessité morale qui est la sienne ne se limite pas à une justification de la providence (autrement dit à la capacité pour un peuple de se ressaisir moralement). Sa raison fondamentale est celle de l’Odyssée de l’Esprit universel s’accomplissant dans des formes historiques concrètes.
    Bien à vous

  13. Jerome dit :

    Au fond le propos de Hegel éclaire les formules maladroites d’Eric Zemmour autour desquelles une petite polémique s’est développée. Que voulait-il dire sinon que les terroristes savent, eux, car nous ne sommes plus très sûrs d’en être capables, s’élever au dessus de leur particularité contingente jusqu’à l’idéalite substantielle, fut-elle délirante (mais l’est-elle ?), d’une communauté universelle de l’humanité unie sous la Sharia ?

  14. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Notre époque se plaît en effet aux polémiques stériles et souvent ridicules.
    De fait, l’homme se grandit en étant capable de sacrifier sa vie à des valeurs qui lui donnent une raison de vivre. Encore faut-il qu’il y ait sens à parler de valeur. Est-ce le cas pour le terrorisme islamiste? Soupçonner la représentation d’un système politique où les femmes sont asservies et les hommes prisonniers des superstitions les plus aliénantes de ne pas être délirante, comme vous semblez le faire, en dit long sur l’oubli contemporain de l’idéal des Lumières. On peut en effet déplorer que peu d’hommes parmi nous soient capables de sacrifier leur vie à sa défense.
    Bien à vous.

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