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    Qu’est-ce qui peut bien pousser Jeanne de la Rochefoucauld, (1705.1775),  marquise d’Urfé à suivre Casanova, l’enchanteur, dans la promesse qu’il lui fait de promouvoir sa régénération sous la forme de sa renaissance dans un nouveau corps,  un corps glorieux, fruit de leurs amours dans lequel son âme transmigrera à l’accouchement ?  Sa crédulité sans bornes, dira-t-on, car, nul doute qu’il en faut pour ouvrir un boulevard à de telles superstitions.  Et pourtant, elles ne sont pas rares. La fin du monde est régulièrement annoncée. Elle se produira, paraît-il, le 21 décembre 2012 à défaut d’avoir eu lieu au passage de l’an 2000 comme divers hallucinés l’avaient prophétisée.

   Inutile de multiplier les exemples. Il y a en chacun de nous un superstitieux en puissance, la question étant de savoir  comment rendre intelligible la propension des hommes à croire aux effets magiques de certaines paroles ou de certains actes, à des pouvoirs occultes, à la possibilité de communiquer avec les morts ou avec des êtres surnaturels etc.

 Effet de l’ignorance, de la paresse intellectuelle, de l’aliénation de l’esprit s’exerçant sous l’empire des passions, diront majoritairement les philosophes et leurs analyses restent parfaitement d’actualité. Mais on en n’a jamais fini d’essayer  de comprendre et il arrive qu’un auteur nous impose de revisiter une question et de l’éclairer sous un angle inédit. Ainsi en est-il du talent généalogiste de Schopenhauer. Comme la sociabilité, la superstition est pour lui un effet de l’ennui. Elle révèle « un besoin d’occupation pourr abréger le temps ».

 

  I)                   Le discours classique sur la superstition.

 

A)    La superstition est fille de la passivité intellectuelle. Kant.

 

    On impute d’ordinaire la superstition à  la passivité de l’âme qui, en lieu et place d’un exercice rigoureux de l’entendement, est la proie des délires de l’imagination.

   Pour Kant, par exemple, la superstition est le signe de la minorité intellectuelle et  morale. Elle est le propre du régime d’hétéronomie de l’esprit, propice à la souveraineté des tutelles et à l’empire du préjugé. Seul, un processus d’émancipation permettant à la raison de conquérir son autonomie peut libérer de la superstition. Et c’est précisément ce qu’il faut  mettre à l’actif du mouvement des Lumières. Le mot est éloquent. Les lumières incarnent le moment où l’esprit s’efforce de s’éclairer, c’est-à-dire travaille à s’affranchir de tout ce qui l'empêche de s’exercer librement. Ce qui suppose un vrai courage car la rectitude de la pensée se conquiert de haute lutte et d’abord contre sa propre paresse et lâcheté.

 La devise des lumières est donc : « Ose te servir de ton entendement ! ». Autrement dit : sors de l’enfance et de l’obscurantisme, brise les chaînes de ton aliénation en faisant de la seule raison humaine l’arbitre du vrai et du faux. Pense par toi-même, examine tes croyances, distingue en elles ce qui relève de la fantaisie et ce qui peut être justifié rationnellement et découvre que cette tâche relevant de ta seule responsabilité est celle de la liberté intellectuelle, morale et politique.

  « On appelle préjugé la tendance à la passivité et par conséquent à l’hétéronomie de la raison ; de tous les préjugés le plus grand est celui qui consiste à se représenter la nature comme n’étant pas soumise  aux règles que l’entendement de par sa propre et essentielle loi lui donne pour fondement et c’est la superstition. On nomme les lumières < Aufklärung > la libération de la superstition ; en effet, bien que cette dénomination convienne aussi à la libération des préjugés en général, la superstition doit être appelée de préférence (in sensu eminenti) un préjugé, puisque l’aveuglement en lequel elle plonge l’esprit, et bien plus qu’elle exige comme une obligation, montre d’une manière remarquable le besoin d’être guidé par d’autres et par conséquent l’état d’une raison passive »

    Kant, Critique de la faculté de juger, II, § 40, trad. Philonenko, Vrin, p. 128.

    Qu’une telle libération ne soit pas chose facile et exige un effort toujours recommencé, Kant le précise en note : « On s’aperçoit bien vite que si in thesi l’Aufklärung est chose facile, elle est in hypothesi difficile et longue à réaliser ; certes n’être point passif en tant que raison, mais se donner en tout temps sa propre loi, est chose bien facile pour l’homme, qui ne veut qu’être en accord avec sa fin essentielle et qui ne cherche pas à connaître ce qui dépasse son entendement ; mais comme l’aspiration à une telle connaissance est presqu’inévitable et qu’il ne manquera jamais de gens prétendant avec beaucoup d’assurance pouvoir satisfaire cette soif de savoir, il doit être très difficile de maintenir ou d’établir dans la forme de pensée (surtout en celle qui est publique) ce moment simplement négatif (qui constitue l’Aufklärung proprement dite). Ibid. p. 128.

 

B)    La superstition est fille de la souveraineté des affects de crainte et d’espoir. Spinoza.

 

    Si la conquête de l’autonomie est si difficile, c’est qu’elle implique un combat contre la subversion de la raison par l’imagination. Or cette subversion procède de la toute-puissance des affects, en particulier de la crainte et de l’espoir, prompts à abuser l’esprit dans des croyances irrationnelles. A chaque instant, ils inclinent l’esprit à interpréter les événements en fonction des peurs et des attentes humaines comme si le réel n’obéissait pas à une stricte nécessité rationnelle indifférente à notre pathos. Ce n’est pas parce que j’espère guérir que cette maladie, fatale pour les autres, ne le sera pas pour moi. Et pourtant même un médecin peut mal lire le résultat de ses propres analyses biologiques tant la force de son espoir peut aveugler son esprit. Ce n’est pas parce que mon angoisse me conduit à fantasmer une catastrophe imminente que celle-ci a des raisons objectives de se produire. Et pourtant les prophètes de l’apocalypse, aujourd’hui comme hier, prospèrent et trouvent infiniment plus d’oreilles complaisantes que les authentiques savants. C’est que les hommes ne vivent pas sous la conduite de la raison, ils agissent et pensent sous l’empire des passions. Il s’ensuit que la superstition procède de la nécessité passionnelle ; une nécessité qu’il est possible de comprendre pour avoir moins à la subir mais il faut pour cela exercer sa raison et Spinoza ne nourrit pas l’illusion que cela soit à la portée de tous les hommes.

  « Si les hommes avaient le pouvoir d'organiser les circonstances de leur vie au gré de leurs intentions, ou si le hasard leur était toujours favorable, ils ne seraient pas en proie à la superstition. Mais on les voit souvent acculés à une situation si difficile, qu'ils ne savent plus quelle résolution prendre; en outre, comme leur désir immodéré des faveurs capricieuses du sort les ballotte misérablement entre l'espoir et la crainte, ils sont en général très enclins à la crédulité. Lorsqu'ils se trouvent dans le doute, surtout concernant l'issue d'un événement qui leur tient à cœur, la moindre impulsion les entraîne tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; en revanche, dès qu'ils se sentent sûrs d'eux-mêmes, ils sont vantards et gonflés de vanité. Ces aspects de la conduite humaine sont, je crois, fort connus, bien que la plupart des hommes ne se les appliquent pas ... En effet, pour peu l'on ait la moindre expérience de ceux-ci, on a observé, qu’en période de prospérité, les plus incapables débordent communément de sagesse, au point qu'on leur ferait injure en leur proposant un avis. Mais la situation devient-elle difficile? Tout change : ils ne savent plus à qui s'en remettre, supplient le premier venu de les conseiller, tout prêts à suivre la suggestion la plus déplacée, la plus absurde ou la plus illusoire! D'autre part, d'infimes motifs suffisent à réveiller en eux soit l’espoir, soit la crainte. Si, par exemple, pendant que la frayeur les domine, un incident quelconque leur rappelle un bon ou mauvais souvenir, ils y voient le signe d'une issue heureuse ou malheureuse; pour cette raison, et bien que l'expérience leur en ait donné cent fois le démenti, ils parlent d'un présage soit heureux, soit funeste. Enfin, si un spectacle insolite les frappe d'étonnement, ils croient être témoins d'un prodige manifestant la colère ou des Dieux, ou de la souveraine Déité; dès lors, à leurs yeux d'hommes superstitieux et irréligieux, ils seraient perdus s'ils ne conjuraient le destin par des sacrifices et des vœux solennels. Ayant forgé ainsi d'innombrables fictions, ils interprètent la nature en termes extravagants, comme si elle délirait avec eux. Dans ces conditions, les plus ardents à épouser toute espèce de de superstition ne peuvent manquer d'être ceux qui désirent le plus immodérément les biens extérieurs. Principalement du fait qu'en présence d'un danger, ils sont incapables de prendre eux-mêmes d'utiles décisions; ils implorent le secours divin, à force de prières et de larmes dignes de femmes, ils déclarent la raison aveugle (puisqu'elle ne saurait leur apprendre un moyen assuré d’obtenir les prétendus biens auxquels ils aspirent) et la sagesse humaine sans fondement. Au contraire, ils prennent les délires de l'imagination, les songes et n'importe quelle puérile sottise pour des réponses divines, A les en croire, Dieu se détournerait des sages; ce ne serait pas dans les esprits des hommes, mais dans les entrailles des animaux domestiques qu'il aurait inscrit ses volontés; ou encore, ce seraient les idiots, les fous, les oiseaux qui, d'une inspiration, d'un instinct divins, seraient en mesure de nous les faire connaître. Voilà à quel excès de démence la frayeur peut porter les hommes! La crainte serait donc la cause qui engendre, entretient et alimente la superstition »

   Spinoza, Traité des autorités théologique et politique, Pléiade, p. 606.607.

 

  II)                La superstition est fille de l’ennui. Schopenhauer.

 

    On ne dira jamais assez combien la pensée de Schopenhauer confirme le propos de Bergson selon lequel tout créateur se distingue par une intuition fondatrice qu’il ne cesse de décliner dans toute l’architectonique de son œuvre. Schopenhauer part de et revient toujours à  l’idée que le besoin et l’ennui sont les deux grands ressorts de la conduite humaine.

    S’il s’était contenté de pointer le besoin, ses analyses n’auraient rien eu d’original. Par exemple, tous les auteurs qui ne font pas de la sociabilité une tendance naturelle l’enracinent dans la nécessité de satisfaire des besoins. Si les hommes s’associent, nous disent Protagoras, Hobbes, Rousseau, pour ne parler que d’eux, c’est qu’ils doivent se défendre contre des ennemis ou échanger les produits de leur travail pour assurer leur subsistance et leur développement économique et culturel. Schopenhauer ne nie pas l’aiguillon du besoin mais il en souligne un autre auquel la tradition intellectuelle a été peu sensible. Quand bien même tous les besoins seraient comblés, les hommes se rechercheraient les uns les autres, bien qu'ils aient  de la peine à se supporter, parce rien n'est plus urgent pour eux que d’échapper à l’ennui.

   Ainsi en est-il de la superstition. Notre philosophe ne nie pas la pertinence des analyses classiques mais elles font l’impasse sur une dimension du phénomène qui lui paraît essentielle. La vie est aussi insupportable lorsque les soucis de tous ordres qui l’empoisonnent d’ordinaire lui laissent un répit  que lorsqu’ils l’occupent. Car alors l’ennui se fait ressentir et comme il faut lui échapper, la superstition supplée les soucis réels manquants par des soucis imaginaires dont la fonction est surtout d’occuper l’esprit et de meubler le temps. Le superstitieux croit peut-être moins aux balivernes qu’il enfante qu’on ne le croit ! Mais il en a besoin pour se distraire et fuir le vide de sa vie. Il y a un bénéfice à retirer de la superstition même si on le paie cher en termes de tracasseries et ce bénéfice est « de s’occuper pour abréger le temps ».

«  Si empressés que soient les soucis, petits et grands, à remplir la vie, à nous tenir en haleine, en mouvement, ils ne réussissent point à dissimuler l’insuffisance de la vie à remplir une âme, ni le vide et la platitude de l’existence, non plus qu’ils n’arrivent à chasser l’ennui, toujours aux aguets pour occuper le moindre vide laissé par le souci. De là vient que l’esprit de l’homme, n’ayant pas encore assez des soucis, des chagrins et des occupations que lui fournit le monde réel, se fait encore mille superstitions diverses un monde imaginaire, s’arrange pour que ce monde lui donne cent maux et absorbe toutes ses forces, au moindre répit que lui laisse la réalité ; car ce répit, il n’en saurait jouir. C’est tout naturellement ce qui arrive aux peuples auxquels la vie est facile, grâce à un climat et à un sol cléments, ainsi d’abord chez les Hindous, puis chez les Grecs, chez les Romains, et, parmi les modernes, chez les Italiens, chez les Espagnols, etc. – L’homme se fabrique, à sa ressemblance, des démons, des dieux, des saints ; puis il leur faut offrir sans cesse sacrifices, prières, ornements pour leurs temples, vœux, accomplissements de vœux, pèlerinages, hommages, parures pour leurs statues, et le reste. Le service de ces êtres s’entremêle perpétuellement à la vie réelle, l’éclipse même ; chaque événement devient un effet de l’action de ces êtres ; le commerce qu’on entretient avec eux remplit la moitié de la vie, nourrit en nous l’espérance, et, par les illusions qu’il suscite, nous devient parfois plus intéressant que le commerce des êtres réels. C’est là l’effet et le symptôme du double besoin de l’homme, besoin de secours et d’assistance, besoin d’occupation pour abréger le temps ; sans doute le résultat va directement contre le premier de ces besoins, puisque, en chaque conjoncture fâcheuse ou périlleuse, il nous fait consumer un temps et des ressources qui auraient leur emploi ailleurs, en prières et en offrandes ; mais il n’en est que plus favorable à l’autre besoin, grâce à ce commerce fantastique avec un monde rêvé ; c’est là le bénéfice qu’on tire des superstitions, et il n’est pas à dédaigner »

     Schopenhauer. Le monde comme volonté et comme représentation. Trad. A. Burdeau. PUF, IV, § 58, p. 407.408.

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24 Réponses à “Ennui et superstition. Schopenhauer.”

  1. Frédéric dit :

    Bjr Mde Manon,
    Je ne partage pas la vision de Schopenhauer, j’aurais tendance à percevoir la superstition comme un divertissement au sens pascalien. Le vrai soucis de l’homme est de se retrouver en face de lui-même, de sa future fin d’être pensant, l’action incessante c’est pour ne pas penser à l’eesentiel, les superstitions ne sont que des diversions pour fuir notre état de mortel , je crois plus au manque de sagesse qu’à l’ennui, et la quête de la sagesse, du bonheur sont des actions qui ne masquent pas notre réalité.

  2. Simone MANON dit :

    Bonjour Frédéric
    J’ai sans doute mal su me faire comprendre car Schopenhauer dit ici la même chose que Pascal. Il interprète la superstition comme un divertissement, une façon de fuir son vide intérieur dans des croyances imaginaires qui occupent l’esprit et mobilisent, par les pratiques qu’elles imposent, son temps et son énergie. On peut reprendre le célèbre début de la pensée B 139 : « Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place » et ajouter à la guerre, aux passions, aux querelles, les croyances et pratiques superstitieuses.
    Si la marquise d’Urfé était capable de demeurer en repos dans sa chambre, si elle avait assez de richesse intérieure pour assumer avec lucidité et sérénité la condition humaine, elle ne serait pas la marionnette de Casanova ou du comte de St Germain.
    Votre propos confirme donc la thèse de Schopenhauer.
    Bien à vous.

  3. Frédéric dit :

    Merci de ces précisions je n’avais pas interprété correctement Schopenhauer. Néanmoins la fuite de son vide intérieur c’est différent que de fuir sa future disparition ? dans cette pensée effectivement il fait référence à un vide intérieur mais Pascal aborde également cette ignorance de l’après mort qui nous conduit a une activité perpétuelle ainsi qu’à utiliser toutes sortes d’artifices.

    Cordialement.
    Frédéric

  4. Simone MANON dit :

    Il est difficile, Frédéric, de fonder la distinction que vous voulez établir.
    Pourquoi les hommes fuient-ils la solitude, le repos? Parce qu’ils sont alors confrontés à la conscience de leur finitude, de leur misère existentielle. Celle-ci les angoisse et comme ils ne peuvent se guérir de leur condition mortelle, ils n’ont rien trouvé de mieux, dit Pascal, que de s’efforcer de n’y point penser. D’où la nécessité d’occuper leur esprit, de se divertir, de s’agiter, de fantasmer des objets et des buts comme promesses de bonheur.
    L’idée du vide connote donc à la fois l’idée du néant et renvoie à notre vérité ontologique, et celle de la pauvreté spirituelle livrant le sujet désarmé à l’ennui et au désespoir.
    Seules les ressources de la sagesse arment pour assumer la difficulté d’être. Mais on ne conquiert pas la sagesse en fuyant sa condition dans le divertissement.
    Bien à vous.

  5. Frédéric dit :

    Merci Mde Manon, votre réponse m’éclaire.
    Cordialement

  6. fanny dit :

    Le degré de sociabilité étant inversement proportionnel à celui de l’intellect, pourquoi est-ce si difficile à énoncer, ne parlons même pas de son admission par le commun des mortels. Pourquoi l’insociabilité est-elle si décriée, source de haine et de mépris ? pourquoi celui qui dit qu’il estime avoir un esprit supérieur et explique qu’il ne supporte pas autrui, ne recueille-t-il que sarcasmes et haine ? Comment également faire la distinction entre celui qui dit ne pas supporter la connerie des autres mais qui de cette énonciation même, prouve qu’il en fait partie ? sans pouvoir l’esprit éclairé en est réduit à devoir se cacher pendant que celui qui déclame ne pouvoir supporter la connerie des autres est le pire imbécile….

  7. Simone MANON dit :

    Je suppose, Fanny, que vous mettez en cause la thèse de Schopenhauer exposée dans l’article: ennui et sociabilité.
    Lorsqu’on veut procéder à une critique, il faut l’étayer pas de vrais arguments, ce qui ne consiste jamais à se faire l’écho d’une opinion. Socrate fut condamné par une majorité d’Athéniens, il n’en était pas coupable pour autant.
    J’avoue, par ailleurs, ne pas comprendre le sens de vos deux dernières phrases. Il faut donc veiller à être intelligible dans son propos.
    Deux points sont à examiner dans le discours de notre philosophe.
    Est-il légitime de penser que la sociabilité n’est pas une tendance naturelle? Schopenhauer n’est pas le seul à soutenir cette affirmation. Rousseau, Hobbes, Freud étayent chacun à leur manière cette thèse.
    Est-il possible de fonder un rapport entre génialité et insociabilité?
    Bien à vous.

  8. fanny dit :

    Merci beaucoup pour votre réponse.
    Pour ma part j’adhère à la pensée de Shopenhauer et pense également que la sociabilité vient d’intérêts partagés ou pas, ainsi que de la peur du vide. Je pense également que tout esprit réellement supérieur ne peut absoument pas souffrir la médiocrité de la majorité sous peine d’y laisser beaucoup de plumes… Il est juste très délicat de faire entendre ce genre de « raisonnement » à des esprits médiocres. Aujourd’hui, contrairement à d’autres époques où chez de nombreux auteurs (Flaubert entre autres), personne ne se hasarderait à parler d’esprits « médiocres » car ils auraient immédiatement droit à une attaque en règle de ces esprits-là justement parce qu’aujourd’hui grâce à la démocratie entre autre, ils s’expriment partout…ils ont le pouvoir.

  9. Simone MANON dit :

    Que la thèse de Schopenhauer ne soit pas politiquement correcte, on le comprend aisément dans un monde qui fait de l’égalité des hommes son dogme politique en confondant de surcroît égalité de droit et égalité de fait.
    Cela dit, cette thèse est problématique à plus d’un titre. Avec le songe de Carazan, (http://www.philolog.fr/le-songe-de-carazan-ou-leloge-de-la-sociabilite/) Kant me semble souligner une idée essentielle, la même que suggérait Aristote lorsqu’il affirmait: « Personne ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul » Ethique à Nicomaque. IX, 9,1169b, 16.18.
    Pour ce qui est du thème de l’esprit supérieur en intelligence: n’apprécions-nous les autres qu’à proportion de leur intelligence? Les vertus morales ne sont-elles pas privilégiées dans la relation humaine de telle sorte qu’un grand esprit se sent tenu de les déployer autant que les vertus intellectuelles? En ce cas, la sociabilité fait partie de son profil et Schopenhauer ne se grandit ni dans son discours, ni dans l’attitude qui fut la sienne dans le salon de sa mère à Weimar.
    Et que penser de sa manière de réduire la politesse, inséparable de la sociabilité, à de l’hypocrisie? N’est-ce pas en civilisant la forme abrupte de notre nature que nous dessinons le visage de l’homme? On peut certes parler de ce processus comme d’une dénaturation ou d’une sublimation, bref comme d’une construction artificielle (http://www.philolog.fr/nature-humaine-et-civilisation-freud/). Mais aussi,conformément à notre tradition humaniste, comme d’un accomplissement, d’une actualisation de l’humanité de l’homme dans son excellence.
    Bien à vous.

  10. fanny dit :

    Merci Madame Manon pour tous ces éclairages que j’ai été lire. J’ai particulièrement apprécié le sujet de l’agressivité chez Freud. Je suis quelqu’un d’agressif et j’ai toujours cherché les sources de mon agressivité dans des éléments extérieurs censés me rendre agressive. J’apprécie donc de savoir que je suis agressive tout naturellement et qu’il me faut chercher tout simplement à la combattre, sans vouloir forcément en éradiquer les supposées causes ou raisons. Quant à mon penchant « asociable », je comprend aussi qu’il est dans mon « intérêt » de lutter contre. Quand au cours de ma vie j’ai eu à expérimenter des épisodes de vraie solitude et d’isolement quasi total, j’ai pu appréhender la stérilité, la morbidité et le noir absolu de cette situation que je pensais pourtant « choisie ». Effectivement, pouvoir s’octroyer des « moments » de solitude ou d’asociabilité, reste pour moi un luxe, mais de là à prôner une vie d’ermite au fond des bois, il y a un gouffre.
    Bien à vous
    fanny

  11. fanny dit :

    Je viens de lire votre réponse à Aurélie qui « fait grise mine » (ses mots) à la lecture de « intelligence supérieure » et « homme commun » ou « médiocre ». C’est exactement cela que je voulais pointer du doigt, pourquoi cette vérité qu’il existe des esprits supérieurement éclairés et d’autres moins, n’est-il pas admissible par la plupart des gens, pourquoi cette révolte contre cette réalité ? Je suis comme vous j’admet l’existence d’esprits supérieurs sans aucune difficulté et j’avoue ne pas comprendre cette haine de l’intelligence.

  12. Simone MANON dit :

    Il s’agit moins d’une haine de l’intelligence que d’une confusion sur l’idée d’égalité. Nous avons affirmé le principe de l’égalité de droit des hommes et ce principe est fondé sur l’idée que les hommes sont égaux EN LEUR QUALITE de sujet moral, c’est-à-dire de personne. La notion de personne est une notion métaphysique et morale. Est personne le sujet porteur d’une conscience et d’une aptitude à la liberté et, à ce titre, ayant une dignité appelant le respect.
    Le premier principe de la Déclaration de 1948 le formule explicitement: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

    Mais la plupart des hommes ne comprennent pas ainsi l’idée d’égalité et revendiquent, contre les leçons de l’expérience, l’idée que les hommes sont égaux en fait. D’où difficulté à reconnaître l’inégalité des intelligences, des profils moraux etc. Les différences physiques,(différence de forces, de santé, de beauté), à la différence des différences morales, ne peuvent être niées car elles ont une visibilité et elles ne sont pas en jeu dans la définition de la personne. En revanche la définition de la personne reposant sur l’idée de conscience et de raison, il y a plus de scrupules à admettre que le partage n’est pas égal même sur ce plan là.
    Bien à vous.

  13. fanny dit :

    Merci Madame Manon pour votre retour. Oui le mot « haine » était fort mal choisi… La supériorité sportive ou physique est mesurable donc acceptée effectivement. Certains tentent de mesurer leur QI en vue de faire établir leur supériorité ou celle de leurs enfants… J’apprécie beaucoup dans vos textes la référence à la « morale » et la « moralité », concept tant décrié par les masses de nos jours et si fallacieusement et facilement amalgamé avec ce qu’ils appellent « la morale judéo-chrétienne » et qu’ils associent donc à la répression religieuse…alors que le concept de moralité se suffit à lui-même, nul besoin d’aller chercher du côté de la religion pour définir la haute moralité d’une personne. Beaucoup de gens aujourd’hui font fi de la moralité et la décrient afin de s’auto-justifier dans leurs comportements peu recommandables. Ils brandissent également leur sacro-saint panneau de « liberté ». Par exemple : où est la morale dans le comportement intime d’un DSK ?

  14. aurelie dit :

    je pense être suffisaamemt capable de faire la distiction entre l’égalité au sens juridique du terme (d’autant plus que je suis une ancienne juriste) et la hiérarchie entre les profils physiques et moraux.
    Ce que je trouve dommage c’est que l’homme intellectuellement supérieur méprise l’homme commun, nous avons tous à apporter dans la société et notamemt de son intelligence pour apporter de l’aide ou de la compréhension au plus faible. Le mépris appauvrit l’intelligent.
    D’où la citation de C.Bobin…
    Et puis nous sommes tous médiocres pour quelqu’un….

  15. aurelie dit :

    …ceci dit en droit la notion de stricte égalité n’existe pas, on parle d’égalité au sein d’une même catégorie, catégories définies selon des critères objectifs, pour éviter justement des classifications arbitraires dépendant des subjectivités de chacun.

    Mais on s’éloigne du sujet, j’en reste à la dernière réponse de Mme Manon concernant un de mes messages, me pointant la question de l’intellectuel qui s’écarte de la sociabilité, j’ai donc relu attentivememt l’article de Sch suite à vos réponses afin de me poser les bonnes questions….

    Bonne fin de journée

  16. Simone MANON dit :

    Réponse à Fanny.
    J’attire votre attention, Fanny, sur une règle élémentaire du débat. Il ne faut pas glisser d’un thème à un autre sans rime ni raison.
    Permettez-moi de ne pas rebondir sur des propos sans grand rapport avec l’objet de notre discussion précédente.
    Bien à vous.

  17. Simone MANON dit :

    Réponse à Aurélie.
    Je ne vois pas ce qui vous autorise, Aurélie, à lier la constatation de l’inégalité des intelligences au thème du mépris dont se rendrait coupable le génie. Ce lien que vous établissez est-il fondé ou relève-t-il d’un préjugé, c’est-à-dire de la projection sur celui que l’on sent supérieur à soi d’un état d’âme qui lui est étranger?
    Dans ce cas, le constat de Schopenhauer serait vérifié une fois de plus. Ne dit-il pas que l’existence même de l’homme supérieur est vécue comme une offense par les autres, ceux que la nature a moins bien dotés?
    Bien à vous.

  18. aurelie dit :

    c’était uniquement par rapport à un ressenti à la lecture des remarques de Fanny sur mon message précédent
    aurélie

  19. Alain Bernon dit :

    Bonsoir,
    Crainte, peur, espoir, aliénation, besoin sont les multiples causes de la superstition, mais cela ne serait-il pas dû aussi à une baisse du sentiment religieux ?
    Comme cela a été indiqué, le siècle des lumières a ouvert les esprits, mais, se faisant, n’a-t-il pas, en cassant les certitudes religieuses (qui n’avaient pas empêché les actes de sorcellerie), pénétré la raison d’une matérialité plus propice à une libération mais aussi à des frustrations, d’où, peut-être, des superstitions.
    Je voulais simplement mettre en relation l’imagination-superstition et la matérialité qui ouvre d’autres perspectives sans résoudre les problèmes ?

  20. Simone MANON dit :

    Bonjour Alain
    D’abord il est très réducteur de ne voir dans l’esprit des lumières que le triomphe du matérialisme.
    Ensuite, l’étude des religions positives montre combien ce ne sont pas des « religions dans les limites de la simple raison ». Manière de dire qu’elles sont saturées de représentations relevant de la pure superstition.
    Bien à vous.

  21. Nicolas geslot dit :

    Bonjour,
    Je voudrais juste préciser que même si Schopenhauer a pu dire de la politesse qu’elle n’est qu’hypocrisie- pouvez vous préciser la référence ?- en revanche il est entièrement contraire à l’esprit même de sa philosophie de considérer que les « vertus intellectuelles » pourraient constituer une marque de supériorité d’un individu sur un autre supérieure, lui, par des « vertus morales » Schopenhauer pense que la raison ou l’intellect est la plupart du temps l’esclave de la volonté et cela est d’autant plus vrai à mesure qu’il est reconnu comme intellectuellement intelligent. Donc pour être bon moralement, selon Schopenhauer, il est préférable de ne pas être trop intelligent et savant au sens d’érudit.

  22. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il me semble que vous faîtes bon marché de la thèse selon laquelle il y a chez certaines personnes « un excédent positif de force de l’intellect » c’est-à-dire « un intellect non occupé au service de la volonté ».
    Pour clarifier les choses voyez l’article http://www.philolog.fr/ennui-et-sociabilite-schopenhauer/ où vous trouverez les références souhaitées.
    Bien à vous.

  23. Bocquet dit :

    Bonjour Madame,
    votre blog est très fourni est très intéressant. Je suis d’ailleurs en train de faire une explication de texte sur la superstition et votre article dessus m’intéresse particulièrement. C’est pourquoi je vous demande si serait-il possible de m’envoyer cela par mail s’il vous plaît,si cela n’est pas trop demandé ..? Merci d’avance. 🙂

    Audrey Bocquet, élève de Terminale ES.

  24. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vous devez avoir conscience que votre demande est indécente. Ne vous suffit-il donc pas de disposer gratuitement d’éléments de réflexion pour faire votre devoir?
    Bon travail.

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