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    Est-il vrai que l’arbre de la connaissance n’est pas celui de la vie et qu’il eût mieux valu garder les yeux fermés sur le secret des choses? Echapper ainsi à la malédiction divine, ne pas être chassé du paradis et jouir de la plénitude de l’Être… « Oh ! félicité  de la créature menue – qui habite toujours et reste dans le sein qui l’a portée à son terme », « Et nous : toujours et partout spectateurs, tournés vers tout, et jamais au-delà ! », « Qui donc nous a retournés de la sorte, que quoi que nous fassions nous ayons toujours l’air de celui qui s’en va ? » (Rainer Maria Rilke. Huitième élégie de Duino »

   Thème récurrent de la pensée. L’homme est le seul animal métaphysique mais il le paie cher. La conscience ne peut qu’être une conscience tragique. L’angoisse, le souci, le dégoût, l’ennui, la révolte sont l’enfant maudit de l’intelligence. Car quelle est la substance de l’ennui, se demande Valéry,  sinon la vie « toute nue, quand elle se regarde clairement » ?

   On est loin ici d’une vision un peu courte de l'ennui selon laquelle il serait fils de l’inoccupation (Jankélévitch, Alain) et du bonheur (Rousseau faisant dire à Julie : « Mon ami, je suis trop heureuse, le bonheur m’ennuie »). L’ennui n’est pas seulement « la conscience d’une tête inoccupée » (Jankélévitch dans L’alternative. p. 133),  ou l’éclipse momentanée du désir. Il est, pour la pensée existentielle (Chestov, Fondane) lié au péché originel. L’être qui a mangé du fruit de l’arbre de la connaissance ne peut plus jouir de la plénitude d’une vie en paix avec elle-même et confiante. Conscient de sa finitude, il est voué à l’angoisse du néant, au vertige du vide, au cri d’un existant s’échouant sur le mur d’un réel en deuil du possible et de l’innocence.

« Sorrow is Knowledge: they who know the most

Must mourn the deepest o’ er the fatal Thruth

The tree of Knowledge is not that of Life »

(Byron, Manfred, Acte I, scène I)

   Selon la traduction de G. Steiner : « Douleur est Connaissance, ceux qui savent le plus, doivent souffrir le deuil le plus profond de cette fatale vérité – l’Arbre du Savoir n’est pas l’Arbre de Vie ». (Cité par Philonenko dans son Schopenhauer, Vrin, p. 15).

   Contre toute une tradition intellectualiste, confiante dans les vertus positives de la connaissance, la pensée existentielle se refuse à dire avec Socrate qu’ « une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue » ou avec Descartes que le bonheur n’est pas exclusif de la lucidité. Bien au contraire ! C'est que le culte de l’intellect prive le rapport au réel de la chaleur des sources affectives et déleste l’existence du bienheureux sentiment d’exister. Pour Chestov, Fondane, l'ennui est donc  l'essence du logique, la rançon d'une désincarnation de la conscience.

   Ce n’est pas la seule leçon de Valéry. Mais dans le texte que je donne ici à lire, le poète établit sans ambiguïté le lien de l’ennui et du savoir. Les deux sont substantiellement liés dans une dialectique subtile décrite par les deux auteurs ici convoqués :

  •  parce que l’homme voit clair, il est condamné à l’ennui,
  •  mais aussi,  parce que son rapport au monde est marqué au sceau de l’ennui, l’homme est l'être qui s’étonne et s’efforce de voir clair.

 

 

 

I)                   Valéry.

 

Socrate

 

   « Dis-moi, fils d’Acumène, ô Thérapeute Eryximaque, toi pour qui les drogues très amères et les aromates ténébreux ont si peu de vertus cachées que tu n’en fais aucun usage […] dis-moi cependant : connais-tu point, parmi tant de substances actives et efficientes, et parmi ces préparations magistrales que ta science contemple comme des armes vaines ou détestables, dans l’arsenal de la pharmacopée, – dis-moi donc, connais-tu point quelque remède spécifique, ou quelque corps exactement antidote, pour ce mal d’entre les maux, ce poison des poisons, ce venin opposé à toute la nature ?....

 Phèdre

   Quel venin ?

Socrate

   Qui se nomme : l’ennui de vivre ! – J’entends, sache le bien, non l’ennui passager ; non l’ennui par fatigue, ou l’ennui dont on voit le germe, ou celui dont on sait les bornes ; mais cet ennui parfait, ce pur ennui, cet ennui qui n’a point l’infortune ou l’infirmité pour origine, et qui s’accommode de la plus heureuse à contempler de toutes les conditions, – cet  ennui enfin, qui n’a d’autre substance que la vie même, et d’autre cause seconde que la clairvoyance du vivant. Cet ennui absolu n’est en soi que la vie toute nue, quand elle se regarde clairement.

Eryximaque

  Il est bien vrai que si notre âme se purge de toute fausseté, et qu’elle se prive de toute addition frauduleuse à ce qui est, notre existence est menacée sur-le-champ, par cette considération froide, exacte, raisonnable, et modérée, de la vie humaine telle qu’elle est.

Phèdre

   La vie noircit au contact de la vérité, comme fait le douteux champignon au contact de l’air, quand on l’écrase.

Socrate

   Eryximaque, je t’interrogeais s’il y avait un remède ?

Eryximaque

   Pourquoi guérir un mal si rationnel ? Rien, sans doute, rien, de plus morbide en soi, rien de plus ennemi de la nature, que de voir les choses comme elles sont. Une froide et parfaite clarté est un poison qu’il est impossible de combattre. Le réel, à l’état pur, arrête instantanément le cœur … Une goutte suffit, de cette lymphe glaciale, pour détendre une âme, les ressorts et la palpitation du désir, exterminer toutes espérances, ruiner tous les dieux qui étaient dans notre sang. Les Vertus et les plus nobles couleurs en sont palies, et se dévorent peu à peu. Le passé, en un peu de cendres ; l’avenir, en petit glaçon, se réduisent. L’âme s’apparaît à elle-même, comme une forme vide et mesurable. – Voilà donc les choses telles qu’elles sont qui se rejoignent, qui se limitent, et s’enchaînent de la sorte la plus rigoureuse et la plus mortelle… O Socrate, l’univers ne peut souffrir, un seul instant, de n’être que ce qu’il est. Il est étrange de penser que ce qui est le Tout ne puisse point se suffire !... Son effroi d’être ce qui est, l’a donc fait se créer et se peindre mille masques ; il n’y a point d’autres raisons de l’existence des mortels. Pour quoi sont les mortels ? – Leur affaire est de connaître. Connaître? Et qu’est- ce que connaître ? –  C’est assurément n’être point ce que l’on est – Voici donc les humains délirant et pensant, introduisant dans la nature le principe des erreurs illimitées, et cette myriade de merveilles !...

   Les méprises, les apparences, les jeux de la dioptrique de l’esprit, approfondissent et animent la misérable masse du monde… L’idée fait entrer dans ce qui est, le levain de ce qui n’est pas... Mais enfin la vérité quelque fois se déclare, et détonne dans l’harmonieux système des fantasmagories et des erreurs…. Tout menace aussitôt de périr, et Socrate en personne me vient demander un remède, pour ce cas désespéré de clairvoyance et d’ennui !!....

Socrate

   Hé bien, Eryximaque, puisqu’il n’est point de remède, peux-tu me dire, tout au moins, quel état est le plus contraire à cet horrible état de pur dégoût, de lucidité meurtrière, et d’inexorable netteté ?

Eryximaque

Je vois d’abord tous les délires non mélancoliques.  

Socrate

    Et ensuite?  

Eryximaque

   L’ivresse, et la catégorie des illusions dues aux vapeurs capiteuses.  

Socrate

   Oui. Mais n’y a-t-il point des ivresses qui n’aient point leur source dans le vin ?  

Eryximaque

   Certes. L’amour, la haine, l’avidité, enivrent !.... Le sentiment de puissance….  

Socrate

   Tout ceci donne goût et couleur à la vie. Mais la chance de haïr, ou d’aimer, ou d’acquérir de très grands biens, est liée à tous les hasards du réel… Tu ne vois donc pas, Eryximaque, que parmi toutes les ivresses, la plus noble, et la plus ennemie du grand ennui est l’ivresse due à des actes ? Nos actes et singulièrement ceux de nos actes qui mettent le corps en branle, peuvent nous faire entrer dans un état étrange et admirable… C’est l’état le plus éloigné de ce triste état où nous avons laissé l’observateur immobile et lucide que nous imaginâmes tout à l’heure »

      Valéry. L’âme et la danse, Pléiade, II, p.166 à 169.

 

Lire aussi Le solitaire, ou les malédictions de l’univers dans Mon Faust (Ebauches) : « La vie ne pourrait-elle subsister que dans l’ignorance de ce qu’elle est ? » Pléiade, II, p. 382.

   « Moi aussi j’ai cru longtemps que l’esprit, cela était au-dessus de tout. Mais j’ai observé que le mien me servait à fort peu de chose, il n’avait presque point d’emploi dans ma  vie même. Toutes mes connaissances, tous mes raisonnements, mes clartés, mes curiosités ne jouaient qu’un rôle, ou nul, ou déplorable, dans les décisions ou les actions qui m’importaient le plus…Toute chose importante affecte, déprime ou supprime la pensée, et c’est même à quoi l’on en reconnaît l’importance…Penser, penser… ! La pensée gâte le plaisir et exaspère la peine. Chose grave, la douleur quelquefois donne de l’esprit. Comment veux-tu qu’un produit de la douleur ne soit pas un produit de dégradation et de désordre. Penser ?...Non, ni l’amour ni la nourriture n’en sont rendus plus faciles et plus agréables. Qu’est-ce donc qu’une intelligence qui n’entre pas dans ces grandes actions ? Au contraire ! La délectation des caresses et des succulences est gâchée, corrompue, hâtée, infectée par les idées… » Ibid. p. 386.

   « Holà !...Tu es bête. Faut-il te remontrer que tout ouvrage de l’esprit n’est qu’une excrétion par quoi il se délivre à sa manière de ses excès d’orgueil, de désespoir, de convoitise et d’ennui ? Ou bien de sa curiosité inquiète, ou de la vanité qui le pousse à se feindre des vertus qu’il n’a pas : la rigueur, la pureté, la certitude, la domination de soi-même ? » Ibid. p. 388.

 

 

II)                Schopenhauer.

 

   « Excepté l'homme, aucun être ne s'étonne de sa propre existence; c'est pour tous une chose si naturelle, qu'ils ne la remarquent même pas. La sagesse de la nature parle encore par le calme regard de l'animal; car, chez lui, l'intellect et la volonté ne divergent pas encore assez, pour qu'à leur rencontre, ils soient l'un à l'autre un sujet d'étonnement. Ici, le phénomène tout entier est encore étroitement uni, comme la branche au tronc, à la Nature, d'où il sort; il participe, sans le savoir plus qu'elle-même, à l'omniscience de la Mère Universelle. –  C'est seulement après que l'essence intime de la nature (le vouloir vivre dans son objectivation) s'est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l'existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux; c'est alors enfin, avec l'apparition de la raison, c'est-à-dire chez l'homme, qu'elle s'éveille pour la première fois à la réflexion; elle s'étonne de ses propres œuvres et se demande à elle-même ce qu'elle est. Son étonnement est d'autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s'approche de la mort avec une pleine conscience, et qu'avec la limitation de toute existence, l'inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l'homme seul. L'homme est un animal métaphysique. […] c’est la connaissance des choses de la mort et la considération de la douleur et de la misère de la vie, qui donnent la plus forte impulsion à la pensée philosophique et à l’explication métaphysique du monde. Si notre vie étaient infinie et sans douleur, il n’arriverait peut-être à personne de se demander pourquoi le monde existe, et pourquoi il a précisément cette nature particulière, mais toutes choses se comprendraient d’elles-mêmes »

   Schopenhauer. Le monde comme volonté et comme représentation, Trad. A. Burdeau. Supplément au Livre premier, §XVII, Puf, p. 851.852.

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11 Réponses à “Ennui et connaissance. Valéry et Schopenhauer.”

  1. Frédéric dit :

    Bjr Mde Manon,
    l’Arbre de la Connaissance est lié à l’Arbre de Vie, tout dépend de la façon de considérer l’Arbre de la Connaissance et d’utiliser ses ressources. N’est-il pas un complément nécessaire à l’Arbre de Vie ? un « rachat » du péché originel ? un atout exceptionnel pour marquer la grandeur et la misérabilité de notre statut ?
    Les bénédictins ont une devise « la main et l’esprit », ne pourrait-on pas faire un parallèle ?
    Et bien sur en toile de fond notre finitude qui nous pousse à nous interroger ainsi, à donner sens à nos existences.

  2. Simone MANON dit :

    Bonjour Frédéric
    Vous avez raison de souligner qu’un traitement sérieux de la question des rapports de la connaissance et de la vie exigerait des approndissements et une démarche dialectique. Je me contente ici de faire lire deux textes illustrant une position doctrinale. Je ne la partage pas dans sa manière d’opposer, pour le malheur de l’existence, la connaissance et la vie.
    Ce n’est d’ailleurs pas le dernier mot de Paul Valéry. S’il dissocie en la personne du Solitaire l’esprit et la vie, il lui arrive souvent de les réconcilier.
    Dans « Mélange », il écrit: « Rien de plus délicieux que le mélange de l’esprit à la vie, de la liberté et inventivité de l’esprit à l’activité fonctionnelle du régime.L’on est toujours tenté de les dissocier et opposer. Mais un repas excellent tout animé de mots et d’idées, nous fait semblables à des dieux (et peut-être supérieurs à eux). Ainsi du mélange d’amour et d’esprit » VI, Pléiade, I, p. 317.
    « Le mélange d’Amour avec Esprit est la boisson la plus enivrante. L’âge y joint ses profondes amertumes, sa noire lucidité – et donne valeur infinie à la goutte de l’instant » VII, Ibid.
    Bien à vous.

  3. Alain Bernon dit :

    La Vie sans la connaissance et la Connaissance sans la vie semblent indissociables. Elles apparaissent un peu comme la spirale qui permet à l’Homme d’avancer.
    Je ne sais si je suis hors sujet, mais il me semble que si la connaissance était faite pour la vie, cela éviterait de placer l’Homme au service de l’économie alors que c’est évidemment l’inverse qui devrait se produire. (science et conscience ………..)
    On arrive ainsi au problème de l’éthique.
    Bien le bonjour et respect.

  4. Simone MANON dit :

    Sauf à souscrire à la généalogie nietzschéenne, il faut bien voir que l’enjeu de la connaissance est la vérité, non le service de la vie.
    Lorsque la pensée existentielle, ou Valéry, ou Schopenhauer affirment que l’arbre de la connaissance n’est pas l’arbre de la vie, ils disent quelque chose qui mérite d’être compris au niveau d’analyse qui est le leur.
    Du point de vue de cette exigence, votre propos est effectivement hors sujet.
    Bien à vous.

  5. Alain Bernon dit :

    Bonjour et merci,
    Mais si la connaissance est toute seule dans son coin peut-elle se dire existentielle ?
    Soit, la vérité est donc indépendante de la vie qui la soutient.
    Vu sous cet angle, vous voulez sans doute dire qu’il faut analyser sans a-priori, connaître en toute indépendance, chercher les méthodes de la connaissance pour pouvoir par la suite, ……les confronter à la vie car, la philosophie, science des sciences pourrait se charger de les synthétiser.
    Raisonnement logique, inductif… Méthodes mathématiques, expérimentales.
    Alors, la vérité sera-t-elle définitive ?
    La géométrie euclidienne n’est plus tout à fait exacte, la géométrie dans l’espace, donne de nouvelles mesures. Comme l’a répété Frédéric « Je sais que je ne saurai jamais rien ».

  6. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je crois, Alain, qu’il faut commencer par essayer de comprendre les significations explicitées dans mes remarques introductives aux textes de Valéry et de Schopenhauer pour saisir en quoi l’arbre de la connaissance n’est pas l’arbre de vie; car votre propos montre à l’évidence que vous ne voyez pas de quoi il retourne. Mais il s’agit là d’une signification difficile. Le lien concernant la pensée existentielle est à exploiter.
    Bien à vous.

  7. Pape Yeku dit :

    « Un arbre est une meute de feuilles. »
    ~ Sacha Guitry à propos des loups.

    L’arbre de la Connaissance a été créé par Dieu, pour avoir un arbre de Noël.
    Selon la Bible (ou le Talmud chez les Juifs) il ne faut jamais rester sous un arbre de la connaissance au risque de commette un péché originel ou de se faire bouffer par un serpent. Aussi, il ne faut jamais fumer de pétard au dessous d’un arbre de la connaissance au risque de finir comme Adam et Ève.

    L’arbre de la connaissance a une grande famille : Son père est Dieu. Sa mère c’est personne parce que Dieu, le monde, il l’a créé tout seul, sans femme !

    Des pommes de la connaissance poussent sur l’arbre de la connaissance, ces pommes étaient d’ailleurs très utilisées par Ève (la première prostituée de la planète et aussi la première femme) et surtout par Adam (le premier micheton sur Terre et aussi le premier tricheur en cours de maths) pendant les interrogations de maths.
    L’arbre de la connaissance est aussi squatté par des serpent qui offrent des pommes de la connaissance au gens et leur font commettre un péché originel.

    L’arbre de la connaissance a été abattu en 2008 pour faire place à un échangeur autoroutier.

    FIN (J’espère avoir 20 sur 20).

  8. Amouri dit :

    « Connaissance », « Connaitre »… des notions qui me tracassent. J’ai une seule question:par quoi doit-on commencer; d’abord par chercher à « Connaitre », ou bien par savoir comment on Connait? Autrement dit, le plus sûr moyen de connaitre- et de connaitre Vrai-, n’est-ce pas avant tout de s’interroger sur la manière avec laquelle notre esprit, notre entendement, appréhendent la connaissance (ce qui nous mène à la méta-connaissance et ses diverses domaines (la pédagogie, la métacognition, la neuropsychologie, la neuropédagogie…))?
    Merci d’avance Madame.

  9. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Vous avez raison d’interroger l’idée même de connaissance. Car le mot peut être réduit au savoir positif résultant de l’acte de connaître. Mais tant que ce savoir n’a pas l’intelligence de lui-même en interrogeant ses conditions de possibilité, la nature de ses méthodes, ses limites, son fondement spirituel, il reste un savoir naïf, en quelque sorte « ignorant ». Néanmoins il faut bien avoir conscience que le moment où le savoir se réfléchit lui-même est le moment philosophique. La philosophie des mathématiques n’est plus une mathématique, la réflexion de la neuropsychologie n’est plus de la neuropsychologie, etc.
    Husserl par exemple dénonce la dégradation du rationalisme scientifique en pur positivisme ou naturalisme, rationalisme inconscient de son fondement spirituel.
    Bien à vous.

  10. Philippe Marquette dit :

    Bonjour Mme Manon,
    Votre site philolog est celui qui est le plus abordable pour un non-philosophe, je le visite souvent, il me permet de naviguer dans l’œuvre philosophique, sans autre prétention que de connaître et essayer de comprendre la pensée des auteurs, ce qui n’est pas aisé, mais vos explications, du moins celles que vous développez ou les réponses que vous donnez me sont souvent d’une grande utilité. De plus, votre site est toujours disponible.
    Le point de vue de Moravia sur l’ennui est celui qui semble correspondre le mieux à ce sentiment, cet état. Cet état d’inoccupation, d’isolement, de confrontation à des activités inintéressantes est bien ce qui caractérise l’ennui. Ses explications faisant de l’ennui la source de toutes choses, que ce soit la création du Monde (Au commencement donc était l’ennui, vulgairement appelé chaos), le déluge, l’évolution historique, les religions, la révolution française etc. est à classer sans doute dans la catégorie provocations, mais c’est un point de vue original. Le péché originel lui-même fut, selon Moravia, provoqué par l’ennui. Eve a mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et en a donné à son mari, la Bible semble expliquer que nos ennuis (ceux de l’humanité) viennent de là. L’auto-ennui existe aussi, Moravia l’explique par le désintérêt survenant dans sa propre activité.
    On ne sait pas si les animaux s’ennuient, on ne connaît pas leur degré de conscience et même si d’ailleurs ils ont une conscience. L’ennui humain devrait-être directement en rapport avec la conscience ou le degré de conscience des individus. Le chapitre ennui et connaissance décrit bien cet aspect (l’homme est le seul animal métaphysique).
    Il y a aussi le point de vue d’Antoine Houdar de la Motte (L’ennui naquit un jour de l’uniformité, alexandrin célèbre d’un auteur méconnu de nos jours) qui souligne l’inconvénient d’une trop grande concordance de vues dans les discussions. Pour ma part, l’ennui vient le plus souvent d’une situation m’imposant une contrainte qui ne me plait pas, par exemple un pot ou un repas ou une quelconque réunion où je suis entouré de gens qui ne parlent que de football qui n’est qu’un exemple parmi d’autres.
    C’est bien d’expliquer ce qu’est l’ennui, ce qui est difficile parfois, c’est d’y échapper, mais ce n’est pas le propos du chapitre.
    En vous remerciant pour ce que vous faites.
    Bien cordialement.

  11. Simone MANON dit :

    Merci pour cet aimable message.
    Bien à vous.

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