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Portrait de Baudelaire par Courbet. 1848. Musée Fabre. Montpellier.

 

  «  Il faut être toujours ivre, Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

   Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
   Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, et la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise ».

                  Baudelaire. Le spleen de Paris, XXXIII. Pléiade, p. 286.

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6 Réponses à “Enivrez-vous. Baudelaire.”

  1. Pierre T. (TS6) dit :

    Est ce une incitation à la Liberté et à la Bohème que nous donne Baudelaire ?

    Très joli Tableau de Gustave Courbet.

    Cordialement

  2. Simone MANON dit :

    C’est une incitation à l’ivresse c’est-à-dire à l’exaltation de la vie, au ravissement, à tout ce qui donne à la vie une densité et une beauté. Invitation à la vraie vie, celle que chante le poète ou le philosophe et dont le secret est en soi.

  3. Romain C. dit :

    L’ivresse baudelairienne au final peut être assimilée à une soif de connaissance du monde sensible et en l’épanouissement perpétuel de l’homme . Celle-ci traduit bien la volonté de puissance nietzschéenne car l’ivresse naturelle de l’homme est la traduction de son existence et de son essence , d’ou une vision ontologique des choses. Baudelaire souligne également très bien que le Temps est un  » horrible fardeau  » ce qui induit une certaine contingence de l’existence ou du moins une quelconque facticité. C’est pour se détourner de l’angoisse métaphysique , notion si chère à Sartre que l’ivresse constitue un sentiment de liberté , car nous le savons tous ,  » l’homme est condamné à être libre  » , il n’a pas le choix . Ainsi l’ivresse est le moteur de l’homme et lui permet d’oublier pendant un instant sa condition d’être humain. Cette ivresse baudelairienne est comme vous le dites si bien une exaltation de la vie mais n’est il pas en train d’associer ivresse et bonheur , qui on le sait est une pure utopie ou négation de la raison. Schopenhauer décrit précisément cette vision pessimiste des choses si bien que l’ivresse est hélas bien éphémère. L’existence de l’homme étant une existence vouée à la mort , l’ivresse apparait comme un simple palliatif mais non négligeable , car elle permet à l’homme de s’oublier et s’évader un instant de cette vie si linéaire.

  4. alexis l dit :

    pour écouter une sublime lecture de cette ode à l’ivresse : le concert de serge reggiani à Bobino, paru en cd il y a 5 ans.

  5. Simone MANON dit :

    Merci pour l’information.

  6. Bobditlane dit :

    L’ivresse est une quête éperdue, « Un oiseau dans la gueule du temps, une barque solaire coulée au fond de l’ombre, un cimetière de Dieu »( Byblos- Marc Alyn). De cela, rien qui ne soit spéculatif: Par l’élégance poétique de son existence, l’être crée ses soifs qu’il épanche; ne cherchons pas dans l’écrit des philosophes ce qu’il n’y a pas !

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