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Raymond Duchamp-Villon. Le cheval. Bronze. 1914. Musée Guggenheim à Venise.  

 

  « Qu'on prenne un acte volontaire, par exemple un mensonge pernicieux, par lequel un homme a introduit un certain désordre dans la société, dont on recherche d'abord les raisons déterminantes, qui lui ont donné naissance, pour juger ensuite comment il peut lui être imputé avec toutes ses conséquences. Sous le premier point de vue, on pénètre le caractère empirique de cet homme jusque dans ses sources que l'on recherche dans la mauvaise éducation, dans les mauvaises fréquentations, en partie aussi dans la méchanceté d'un naturel insensible à la honte, qu'on attribue en partie à la légèreté et à l'inconsidération, sans négliger les circonstances tout à fait occasionnelles qui ont pu influer. Dans tout cela, on procède comme on le fait, en général, dans la recherche de la série des causes déterminantes d'un effet naturel donné.

Or, bien que l'on croie que l'action soit déterminée par là, on n'en blâme pas moins l'auteur et cela, non pas à cause de son mauvais naturel, non pas à cause des circonstances qui ont influé sur lui, et non pas même à cause de sa conduite passée ; car on suppose qu'on peut laisser tout à fait de côté ce qu'a été cette conduite et regarder la série écoulée des conditions comme non avenue, et cette action comme entièrement inconditionnée par rapport à l'état antérieur, comme si l'auteur commençait absolument avec elle une série de conséquences. Ce blâme se fonde sur une loi de la raison où l'on regarde celle-ci comme une cause qui a pu et a dû déterminer autrement la conduite de l'homme indépendamment de toutes les conditions empiriques nommées. Et on n'envisage pas la causalité de la raison, pour ainsi dire, simplement comme concomitante, mais au contraire, comme complète en soi, quand même les mobiles sensibles ne seraient pas du tout en sa faveur et qu'ils lui seraient tout à fait contraires ; l'action est attribuée au caractère intelligible de l'auteur ; il est entièrement coupable à l'instant où il ment ; par conséquent, malgré toutes les conditions empiriques de l'action la raison était pleinement libre, et cet acte doit être attribué entièrement à sa négligence ».  Kant : Critique de la raison pure. 1781 (2°édition 1787).PUF. Trad.Tremesaygues et Pacaud.  p.405.
 
Introduction :
 
 Thème : le déterminisme et la liberté.
    Peut-on concilier l'idée qu'il y a du déterminisme et néanmoins que l'homme est libre et donc qu'on peut lui imputer la responsabilité de ses actes ? (Question)
 Telle est la question que Kant affronte dans ce texte où il nous propose d'examiner le problème à partir d'un cas particulier. L'acte délictueux, posé comme exemple est un mensonge dont les conséquences ont été dommageables. Un mensonge est un acte volontaire dans la mesure où seul peut travestir la vérité celui qui la connaît. Ce n'est pas un acte qui s'opère en moi sans l'intervention de la conscience. Un homme commettant volontairement un acte délictueux s'expose à devoir rendre des comptes. Il est jugé et d'ordinaire puni. La question est de savoir comment les hommes s'y prennent pour juger leurs semblables (Question). Imputent-ils d'emblée la responsabilité de l'acte à son auteur ou au contraire s'assurent-ils qu'ils peuvent le faire ? Kant n'envisage pas dans ce texte le cas où on est conduit à déclarer un homme irresponsable mais le fait qu'il commence par envisager le déterminisme de l'acte n'exclut pas que cette première enquête rende impossible le présupposé de responsabilité. C'est pourquoi le code pénal prévoit une clause d'irresponsabilité.
 L'analyse kantienne consiste à montrer qu'on peut prendre sur cet acte deux points de vue absolument hétérogènes : un point de vue scientifique et un point de vue métaphysique et moral. Kant introduit la seconde perspective comme la seule possibilité d'échapper à la contradiction consistant à blâmer un acte considéré comme entièrement déterminé. (Thèse)
 Quelle est donc la nature de ces deux perspectives, pourquoi y aurait-il contradiction à juger moralement un acte tout en s'en tenant à un point de vue scientifique et qu'est-ce qui rend possible l'imputation de responsabilité ? (Question)
   Kant s'explique dans une argumentation d'une grande rigueur. Après avoir décrit la nature d'une approche scientifique il pointe le problème : « Or, bien que l'on croie que l'action soit déterminée par là, on n'en blâme pas moins l'auteur ». Cette objection le conduit à établir ce qui fonde ce blâme. L'élucidation de ce fondement est très précise. « On suppose » quelque chose, dit l'auteur avant de s'appliquer à expliciter le contenu de ce postulat. Nous apprenons que cette supposition est une exigence de la raison (« une loi de la raison » dit le texte) nous demandant de considérer celle-ci « comme une cause qui a pu et a dû déterminer autrement la conduite de l'homme » cette causalité n'étant pas considérée « simplement comme concomitante, mais au contraire comme complète en soi ». (Thèse) Que faut-il entendre par là ?
 
Développement : explication détaillée.
 
1)      L'approche scientifique : sa nature, ses conséquences.
 
   « Sous le premier point de vue...effet naturel donné »
   Kant analyse dans cette première partie ce qui caractérise une approche scientifique des phénomènes. Tout savant commence par observer les faits, son objectif étant de les rendre intelligibles. Pour cela il s'en tient à ce qui est donné dans l'expérience ; c'est ce que connote la proposition : « on pénètre le caractère empirique de cet homme ». L'empirie c'est l'expérience, ce qui est objet d'observation, ce qui se constate et dont il faut prendre acte. Pour expliquer les faits le savant postule le principe du déterminisme des phénomènes. Celui-ci pose que « tout fait a une cause » et que « les mêmes causes produisent les mêmes effets ». Rendre intelligible pour le savant consiste à décrire l'enchaînement des causes et des effets, à mettre en rapport un fait avec d'autres faits de telle sorte que le fait à expliquer soit conçu comme la conséquence ou l'effet nécessaire d'autres faits, ceux-ci étant pensés comme causes déterminantes. Est nécessaire ce qui, les conditions déterminantes étant données, ne peut pas ne pas être ou être autrement.
   Exemple : Pour expliquer l'acte délictueux (ici un mensonge pernicieux) le psychologue, le sociologue, l'économiste c'est-à-dire des spécialistes des sciences de l'homme vont mettre en rapport l'acte incriminé avec des données empiriques : la mauvaise éducation, les mauvaises fréquentations, certaines causes occasionnelles (il se peut que ce mensonge ait permis au délinquant de ne pas s'aliéner sa petite amie ou de faire une bonne affaire) un tempérament ordinairement peu scrupuleux sur le plan moral ou enfin une manifestation d'inconscience au sens d'irréflexion. La légèreté, l'inconsidération sont en effet le propre de celui qui ne réfléchit pas avant d'agir et ne mesure pas les conséquences de ses actes.
   Dans tout cela, explique Kant, on considère l'acte humain comme on considère n'importe quel phénomène naturel. Un fait physique, chimique, biologique est conçu comme un fait soumis à des lois naturelles. Les lois sont des rapports constants et nécessaires entre les faits tels que, les uns étant donnés, les autres s'ensuivent nécessairement et peuvent être prévus avec certitude. Insérer l'acte volontaire dans « la série des causes déterminantes » revient donc à l'envisager comme un simple effet mécanique de causes antécédentes. Au fond cela revient à cesser de le considérer comme volontaire dans la mesure où l'on entend par là, non pas une manière d'être déterminé par des causes mais un pouvoir de se déterminer pour des motifs ou des raisons.
 
2)      Mise en évidence de la contradiction : « Or...l'auteur.
 
   Il va de soi que si nous devions nous en tenir à cette première perspective il serait parfaitement inconséquent de juger moralement l'acte. Ce qui est l'expression d'une nécessité naturelle se constate mais ne se juge pas moralement. La condamnation morale (le blâme) ou l'approbation morale (la louange) présuppose :
  • D'une part que l'agent est un sujet conscient apte à distinguer le bien et le mal, le permis et l'interdit, apte à anticiper les conséquences de ses actes et donc à agir en connaissance de cause.
  • D'autre part que ce qu'il a fait (ici mentir), il avait la possibilité de ne pas le faire.
   Le jugement moral pose implicitement le sujet comme conscience et liberté. Il s'ensuit qu'il est en totale contradiction avec les réquisits de la perspective scientifique.
   Certes, cette inconséquence est coutumière : on entend tous les jours aux informations télévisuelles que le virus du sida est responsable de cette terrible maladie, que l'anticyclone des Açores est responsable du beau temps, formules n'ayant  en toute rigueur aucun sens. Seul un être conscient et libre peut être dit responsable. Si nous réfléchissions toujours à ce que nous disons il faudrait dire que le virus du sida est la cause de la maladie ou que les deux faits sont liés par une loi. Il y a dans cette manière de parler une survivance d'une mentalité archaïque consistant à projeter sur les phénomènes matériels des opérations n'ayant de sens que pour un agent moral. Cette confusion est   d'ailleurs inhérente à la notion de « cause ». Lalande rappelle que le mot grec aïtia signifiant cause connote les idées d'imputation, accusation, voire de culpabilité. En latin le mot « causa veut dire à la fois cause au sens de ce qui produit et au sens de procès, plaidoirie ». L'étymologie révèle qu'il y a bien une projection de l'idée de responsabilité sur celle de causalité. Au fond est cause ce qui est mis en cause, ce qui est accusé.
   Kant pointe l'inconséquence en faisant remarquer que bien qu'on admette l'idée d'un déterminisme des phénomènes naturels on blâme néanmoins le menteur. C'est donc qu'on ne s'en tient pas strictement à la première approche de l'acte. On  fait implicitement intervenir le principe d'une autre causalité. C'est ce que la deuxième partie va examiner avec précision.
 
3)      Le fondement de l'imputation de responsabilité. « Car on suppose...sa négligence »
 
   Comme la perspective scientifique repose sur un postulat, le postulat du déterminisme des phénomènes naturels, la perspective morale met en jeu, elle aussi, un postulat. Un postulat est une proposition indémontrée et indémontrable qu'on demande d'admettre parce qu'elle est la condition de possibilité de quelque chose. Kant pointe explicitement le caractère conjectural de ce qui rend possible le jugement moral avec la formule « on suppose que ». Il s'agit d'admettre qu'on peut faire abstraction de toutes les causes déterminantes précédemment envisagées : la mauvaise éducation, les mauvaises fréquentations ; un tempérament mal disposé moralement, une circonstance ponctuelle ou la manifeste inconscience. « On suppose qu'on peut laisser tout cela de côté ». Kant attire notre attention sur l'hétérogénéité radicale de la nouvelle façon de considérer l'acte délictueux par rapport à la précédente.
   Alors que le savant conçoit le fait comme conditionné par des faits antécédents, alors qu'il le réintègre dans un processus où celui-ci est un effet mécanique, le moraliste ou le juge arrachent l'action à l'enchaînement mécanique des causes et des effets et font « comme si  l'auteur commençait absolument avec elle une série de conséquences ». Proposition importante permettant de prendre la mesure du changement de perspective. Au fond il s'agit de faire comme si l'agent était le véritable auteur de son acte. Je suis l'auteur de ce que je fais si je suis au principe de mon action, si celle-ci trouve son origine en moi, si je suis la cause première de mon acte. Je suis l'auteur, le sujet de mon mensonge si on peut considérer que ce mensonge n'est pas l'effet d'un mécanisme exigeant de me réintégrer dans un enchaînement de causes et d'effets mais si c'est bien moi qui initie ce mensonge. Initier c'est être cause de, c'est commencer quelque chose. Cette capacité de rompre l'enchaînement mécanique des causes et des effets, de s'instituer cause première de son acte, le juge ou le moraliste ne disent pas que c'est une capacité empirique, ils se contentent de faire comme si l'agent moral en avait la possibilité car s'ils n'admettaient pas cela il n'auraient pas le droit de demander à qui que ce soit de répondre de ses actes.
   Kant appelle « métaphysique » la discipline du « comme si ». De fait, en faisant comme si le sujet avait le pouvoir de commencer absolument un acte, on le soustrait à l'ordre empirique où une telle possibilité est exclue par principe. On lui confère un pouvoir proprement métaphysique à savoir  « la faculté de commencer de soi-même, un état dont la causalité n'est pas subordonnée à son tour suivant la loi de la nature à une autre cause qui la détermine quant au temps » (Kant). On ne suppose un tel pouvoir ni dans l'animal ni dans la chose, c'est pourquoi on ne les juge pas moralement.
   Exemple : Le loup mange l'agneau. C'est ainsi selon la loi de la nature. Il serait ridicule de condamner moralement le loup. En revanche on blâme le fort lorsqu'il écrase le faible car on considère l'homme non pas comme un simple être empirique, régi par les lois naturelles. Certes il est aussi un être naturel ou empirique mais cette dimension n'épuise pas son être. Il est aussi un être porteur d'une raison. Comme tel, il participe d'une dimension métaphysique ou métempirique lui permettant de se rendre indépendant des lois naturelles et de soumettre sa conduite à la loi qu'il peut se représenter.
   Voilà pourquoi le texte oppose « le caractère empirique » (de l'homme) auquel s'en tient le savant dans la première perspective, « au caractère intelligible » que postulent le moraliste ou le juge dans la seconde perspective.
   D'où le dualisme théorisé par Kant, mais au fond implicite dans les pratiques humaines, de la nature et de la raison, de l'ordre sensible et de l'ordre intelligible, de la sphère du déterminisme et de celle de la liberté.
 
4)      La thèse kantienne : la liberté est un postulat de la raison pratique.
 
   « Ce blâme se fonde sur une loi de la raison où l'on regarde celle-ci comme une cause qui a pu et a dû déterminer autrement la conduite de l'homme indépendamment de toutes les conditions empiriques nommées ».
   La raison n'est pas seulement la raison théorique c'est-à-dire la faculté permettant de construire les savoirs. C'est aussi la raison pratique c'est-à-dire la faculté permettant de se représenter la loi morale et de soumettre la conduite à cette loi sous la forme du droit ou de la morale. La raison pratique ou morale est ainsi l'instance qui est au principe des diverses obligations conférant à l'existence humaine sa dimension morale et conséquemment, élevant l'homme à la dignité d'une personne exigeant le respect.
   Or Kant nous dit que ce qui autorise à imputer la responsabilité à un agent moral est « une loi de la raison ». La raison pratique formule des lois qui sont des exigences.  Une exigence n'énonce pas ce qui est, cet énoncé étant du type : L'homme est un sujet libre capable de se donner la loi de sa conduite.
   Une exigence formule ce qui doit être, cet  énoncé étant du type : Il faut, on doit admettre que la raison est ce qui peut et ce qui doit déterminer la conduite de l'être qui en est porteur.
   Notons l'expression « qui a pu et a dû ». Là est l'idée cardinale du texte. Elle énonce que la raison se considère elle-même comme ce qui doit être au principe de la conduite. Elle formule un devoir. La loi de la raison ou loi morale nous fait obligation de nous autodéterminer rationnellement et c'est parce qu'elle nous assigne ce devoir qu'elle nous demande d'admettre que nous en avons la possibilité. Car si l'on ne pouvait pas supposer que l'homme a la possibilité de se rendre indépendant (= de s'affranchir) de la loi de l'être (l'ordre du déterminisme) pour soumettre sa conduite à la loi du devoir être un ordre juridique et un ordre moral seraient impossibles.
   Il s'ensuit que pour comprendre la possibilité du droit et de la morale il faut postuler que l'homme est libre. « Tu dois donc tu peux » écrit Kant dans un autre texte. La liberté est un postulat de la raison pratique non l'énoncé d'un fait empirique. Ce n'est pas parce que tu es libre que tu dois, c'est parce que tu fais l'expérience de l'obligation morale, parce que tu dois qu'il faut supposer que tu es libre.
   La fin du texte précise bien que la causalité de la raison ne doit pas être envisagée comme concomitante, entendons comme coexistant avec les causes empiriques. La perspective métaphysique et morale exige de faire abstraction de ces dernières et de n'admettre au principe de l'acte volontaire que la causalité de la raison. Et si Kant précise que celle-ci doit être conçue comme « complète » c'est pour rappeler l'hétérogénéité absolue des plans. Il ne s'agit pas de croire que l'imputation de responsabilité repose sur une distribution du rôle des différentes causalités comme si celle de la raison pouvait n'avoir qu'un rôle partiel. La cohérence exige de comprendre que soit un acte est déterminé empiriquement et il n'y a aucun sens à en imputer la responsabilité à son auteur, soit on impute la responsabilité et on suppose que l'auteur est bien l'auteur de l'acte. Auteur, avons-nous dit, celui qui est au principe de l'action, qui l'initie et qui par là s'expose à devoir en assumer les conséquences. Auteur, celui qui a la capacité de commencer une « série de conséquences » c'est-à-dire qui est libre. Cela est sans réserve.
    Kant insiste : « quand bien même les mobiles sensibles ne seraient pas du tout en sa faveur », « malgré toutes les conditions empiriques de l'action... ». C'est-à-dire, quand bien même l'éducation d'un sujet serait désastreuse, ses fréquentations très mauvaises, les circonstances favorables à la délinquance « l'action est attribuée au caractère intelligible de l'auteur ». C'est pourquoi « il est entièrement coupable à l'instant où il ment ».
   L'acte volontaire met nécessairement en jeu une spontanéité spirituelle c'est-à-dire une capacité de se déterminer à agir en se représentant des possibles : Ex : Ai-je intérêt à mentir ou à dire la vérité ? Première possibilité : Si je mens ma petite amie ne m'en voudra pas ; deuxième possibilité : Si je dis la vérité elle risque de me quitter. Il met en jeu une capacité de se déterminer pour des raisons : Ex : Comme je ne veux pas compromettre ma relation avec ma petite amie, je choisis la première possibilité.
   Puisque l'acte volontaire implique la conscience et le pouvoir de choisir entre des possibles, on peut et on doit considérer son auteur comme responsable.
   Exemple : « Tu ne dois pas mentir » prescrit la raison humaine. Parce que la conscience est la capacité de se représenter la loi du devoir, on suppose que tu peux ne pas mentir. Il s'ensuit que si tu mens ton mensonge est imputé à ta négligence. Puisque tu as négligé de te conduire comme la personne qu'on te fait l'honneur de respecter, tu dois répondre de tes actes.
 
Conclusion :
 
 Ce texte établit que seul un parti pris métaphysique et moral sauve le jugement moral et les institutions demandant aux hommes de répondre de leurs actes de l'inconséquence. Parti pris métaphysique qui chez Kant n'est pas l'objet, comme chez Descartes, d'une affirmation dogmatique. La liberté n'est pas présentée comme une évidence dont il est impossible de douter. Elle est supposée, elle est un postulat qu'il faut admettre pour fonder la dignité de la personne humaine et la rationalité de nos pratiques. En effet nous jugeons moralement et juridiquement les hommes. Il est donc important de préciser au nom de quoi nous le faisons afin de savoir si nous avons le droit de le faire. Car tant que ce présupposé permet de fonder la dignité de la personne humaine, il ne nous pose aucun problème. Mais dès qu'il apparaît que la contrepartie de la dignité c'est la responsabilité, les choses se compliquent. Car la responsabilité, c'est ce qui autorise les juges à condamner à la réclusion criminelle à perpétuité, parfois à la peine de mort. Bref, c'est ce qui confère le pouvoir de punir or il faudrait être bien superficiel pour ne pas voir que ce pouvoir est redoutable et qu'il est impossible de l'exercer dans une totale sérénité. L'homme éprouve un scrupule à faire souffrir l'homme car il lui semble que son devoir moral est de diminuer la somme des maux dans le monde non de l'accroître. Or il doit remplir le devoir de justice et la rétribution exige, là où un homme a fait subir un mal à un autre de prononcer une peine (= une sanction qui fait souffrir). Le tribunal de justice rend effectives ces diverses exigences.
   Ce texte montre que ce solennel édifice repose sur des assises bien fragiles...D'où la difficulté d'éviter un certain nombre de doutes. Et s'il n'y avait que du déterminisme de telle sorte que ce qu'un homme a fait, il était déterminé à le faire ? Ne serait-il pas monstrueux de cautionner moralement un jugement impliquant un présupposé relevant de la pure fiction?  Ne faudrait-il pas alors soupçonner avec Nietzsche que le présupposé de liberté appartient à une métaphysique du bourreau et  que ce qui est au principe de l'affirmation de la liberté relève de la méchanceté, de la volonté cruelle de punir, de l'appétit de vengeance ? « Si l'on a conçu les hommes libres, c'est à seule fin qu'ils puissent être jugés et condamnés, afin qu'ils puissent devenir coupables »  écrit-il dans Le crépuscule des idoles. 
   Avouons qu'il y a là de quoi donner encore davantage de scrupules. Le philosophe Paul Ricœur ne cachait pas ses doutes lorsqu'il écrivait : « Lorsque la conscience s'attarde à méditer sur ses conditions et sur ses limites, elle n'est pas loin d'être accablée ». 
 

 

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28 Réponses à “Déterminisme et liberté. Kant.”

  1. Berthe dit :

    Un site très partique et complet qui me rend bien service pour mes devoirs et compréhension pour la philosophie

  2. Lagarde Sylvain dit :

    Ce corrigé a permis à un élève peu scrupuleux de mettre en pratique la thèse de Kant: un mensonge de la part de l’élève qui a recopié ce corrigé, un blâme de la part du professeur qui, malgré les raisons déterminantes qui ont pu expliqué l’acte, l’excuser (« caractère empirique » de l’élève) a jugé cet élève entièrement responsable de sa négligence (« caractère intelligible ») Quant à Nietzsche et sa « métaphysique du bourreau » évoquée à la fin du corrigé (il y aurait une volonté cruelle de punir…) il me semble que les bourreaux sont plutôt à trouver du côté des nazis que du côté de ceux qui les punissent: l’homme n’est-il pas responsable d’étouffer en lui toute conscience morale ?

  3. Simone MANON dit :

    Vous savez bien, puisque vous devez être le professeur concerné par l’indignité d’un élève, que le débat liberté/déterminisme ne peut pas être tranché sans que la raison doive sacrifier une part essentielle d’elle-même. Le hasard veut que je prépare un papier sur ce thème qui a été l’objet de mon cours ce matin. Même si la thèse nietzschéenne est dérangeante, elle doit pouvoir être entendue. N’avons-nous pas vocation d’ouvrir l’esprit de nos élèves et donc de pointer le problématique plutôt que de trancher dogmatiquement?

  4. maria dit :

    Bonjour
    –>consat de aucune liberté de ce que l’on est et donc de notre soumission à l’évolution de la vie à travers nous
    –> Mais l’humanité doit imposer une direction à l’évolution de la vie (dont le sens n’est que l’augmentation de liberté selon Bergson) :celle de la moralité, de la justice. Le sens de notre existence serait alors d’être plus juste
    –> ce qui impose le postulat de liberté (selon la loi de la raison) et donc résout le problème du sens de l’existence

    J’aimerai savoir si ce raisonement est valable dans le cadre d’une partie de dissertation.
    Merci pour ce corrigé très enrichissant pour mes études mais aussi à titre personnel.
    PS: j’aurai aimé être moins brutale sur l’annonce la structure de mon raisonement mais il m’est impossible de revenir en arrière …

  5. Simone MANON dit :

    Il est difficile pour moi de répondre à votre question en l’absence d’un développement substantiel de vos affirmations. Le raisonnement me semble sophistique dans la mesure où je ne vois pas comment on peut passer de l’énoncé de la première thèse (en gros: l’homme est soumis au déterminisme) à la seconde (il n’est plus question de l’énoncé de ce qui est mais de ce qui doit être).
    Voyez le cours: liberté/déterminisme: la question épineuse).

  6. Joseph dit :

    Chère Madame,

    Bravo et merci pour votre blog.

    Je me pose une question à propos du postulat kantien. Kant énonce qu’il faut admettre la liberté comme postulat pour fonder, entre autres, la rationalité de nos pratiques (c-a-d la justice).
    Mais ne pourrions-nous pas envisager un autre moyen de fonder la justice ? En faisant le postulat d’un déterminisme des actions humaines (pas nécessairement absolu mais où la part de liberté propre à l’homme serait très faible par rapport à l’ensemble des déterminismes) , on pourrait par exemple fonder la justice sur la sécurité visant à préserver l’ordre publique et plus généralement l’existence de la société elle-même. Autrement dit on ne parlerait plus de responsabilité (il faudrait bien sûr renommer tous les concepts juridiques qui s’y rapportent) pour un individu puisque ses actes seraient déterminés par divers facteurs. On ne punirait pas un criminel en tant qu’il est responsable d’avoir tué quelqu’un mais parce que, par son acte, il a mis à mal l’ordre public.

    Je précise que ce n’est pas une thèse que je défends personnellement mais je me demande simplement si le postulat kantien de la liberté est vraiment une nécessité pour fonder nos pratiques.

    J’espère que j’ai été assez clair et je vous remercie d’avance de prendre le temps de me répondre.

  7. Simone MANON dit :

    Oui, on peut fonder l’institution juridique sur les nécessités de la vie sociale. Sur ce point voyez l’article: liberté/déterminisme: la question épineuse.
    Hobbes, Spinoza, Freud, par exemple, permettent d’étayer cette thèse.
    On peut la fonder sur les besoins et les intérêts humains. Cf. L’utilitarisme.
    Bien à vous.

  8. Maya dit :

    Bonjour, je ne sais pas si ma question est bien en rapport avec cet article, mais je voulais savoir quelle est la principale différence entre le fatalisme et le déterminisme ?

    Il me semble que le déterministe sait et reconnaît qu’il existe un principe de causalité pour tout phénomène, mais qu’il est néanmoins possible de « modifier » ce qui est censé arriver si l’on sait quelles conditions doivent ou non être réunies pour la réalisation de ce phénomène. Alors que pour le fataliste, il y a bel et bien ce principe de causalité, mais il est impossible de venir à l’encontre de ce qui doit se passer; le destin est écrit et ne peut être changé.

    Merci de bien vouloir me préciser si ma distinction entre ces deux notions est correcte ou pas, car cette question me tracasse depuis quelques temps!
    Maya

  9. Simone MANON dit :

    Oui, vous semblez comprendre la distinction.
    Le principe scientifique du déterminisme est conditionnel. Il dit: si on a A, alors B se produira nécessairement. Il ne dit pas que A est nécessaire. On peut donc intervenir dans le cours des phénomènes en agissant sur A ou sur les causes qui produisent A si l’on veut éviter B. Le déterminisme des phénomènes, en ce sens, n’est pas le tombeau de la liberté humaine mais au contraire son auxiliaire, l’homme ne pouvant intervenir efficacement sur les phénomènes qu’autant qu’il connaît les lois qui les régissent.
    Le fatalisme est une doctrine stipulant que les événements se produiront inéluctablement quoi qu’on fasse.

  10. Maya dit :

    Merci beaucoup pour votre réponse!

  11. Frédéric dit :

    Bonjour à tous,

    Il me semble que l’on ne peut pas évacuer le déterminisme comme tombeau de la liberté humaine si aisément.

    D’abord, pour objecter à Joseph, je me demanderais comment penser un phénomène produit par un peu de liberté et beaucoup de causes ? N’est-ce pas mettre la liberté sur le même plan que la détermination naturelle, en faire une autre sorte de cause en un mot ? D’autre part, comment rendre compte de la pondération des causes et de la supériorité relative d’une des causes ? Pourquoi la liberté n’a-t-elle pas été suffisante pour éviter ou produire le phénomène ? Y a-t-il une science des seuils idoines ?
    Mais alors la liberté serait en effet appréhendable en droit comme une cause naturelle. Dans ces cas, il ne me semble pas possible d’imputer quelque responsabilité, car on ne peut imputer moralement à une cause physique. Quel sens, de plus à donner à une liberté qui ne soit qu’une cause phénoménale comme une autre ? En effet une telle cause devrait elle-même être causée, etc. Or si la liberté est ce qui rompt avec l’ordre de la nature, elle n’est plus, par définition « mesurable » par une science. Comment alors lui donner un poids relatif dans la génération du phénomène ?

    Autre problème : la part de liberté (en accordant un instant cette idée de « part de liberté » absolument non kantienne) dans un phénomène humain, prenons le mensonge en exemple, serait toujours ce qui disculpe. Ainsi dans toute transgression, ce qui est condamnable est la « part naturelle », donc non punissable !
    Sauf à penser qu’on puisse être libre de mal faire.

    Je rapporte donc ce problème à la pensée kantienne : la liberté, si j’ai bien compris, est l’actualisation de la loi morale (il ne peut y a voir de liberté de refuser la loi morale, puisque tout refus serait égal à une détermination pathologique donc naturelle/physique). Le dualisme ne suffit pas à résoudre la question. En effet, qu’est-ce qui fait que la liberté s’actualise ou non ? Ce ne peut pas être une cause naturelle sans quoi la liberté serait sur le même plan que la détermination phénoménale. Mais si ce n’est pas une cause naturelle qu’est-ce que c’est ? En toute rigueur, la liberté devrait toujours s’actualiser. C’est pourquoi, l’impossibilité dans cette perspective de rendre compte de la transgression humaine (refus de la loi morale) conduit Kant à postuler la thèse du « Mal radical », abîme insondable.

    Cet abîme ne conduit-il pas à se replier soit sur un position spinoziste ou encore plus simplement déterministe ; soit sur une métaphysique, disons, faute de mieux, de type schopenhauerien, ou l’Etre est pensé comme puissance de liberté (initiant sans cause une nouvelle série de causes) mais où cette liberté n’est pas liée à la loi morale ?

    Ne pensez-vous pas, Simone Manon, qu’écrire un billet sur le délicat problème du mal radical chez Kant serait intéressant?

    Enfin, pour sourire à Maya, fatalisme et déterminisme peuvent s’articuler. Si A alors B. Mais A n’est pas nécessaire, et on peut éventuellement agir sur l’apparition de A. Mais ce qui nous fait agir sur A n’est-ce pas en droit pensable dans une perspective causale, donc déterministe ? Ainsi ne fait-on que reculer l’essentiel du problème d’un cran sur le même niveau.

  12. Simone MANON dit :

    Pour ce qui est du mal radical chez Kant, vous pourrez trouver un petit développement dans http://www.philolog.fr/peut-on-vouloir-le-mal/

  13. Valentin dit :

    Bonjour,
    Je crains faire une confusion de termes. Peut-on parler d’un « déterminisme empirique »?

  14. Simone MANON dit :

    Bonjours Valentin.
    Un dernier conseil avant le bac: contentez-vous d’expliquer ou d’exploiter les concepts tels qu’ils sont formulés dans les textes d’auteurs ou dans les cours.
    Kant et mon cours parlent de déterminisme des phénomènes ou de principe du déterminisme. Tenez-vous en là.
    Bon courage pour demain.

  15. Aline dit :

    Bonjour,
    J’aimerais savoir si finalement Kant n’aboutit pas au fait que tout homme est soit bon ou mauvais et que comme les caractères empiriques ne jouent pas sur l’homme, on peut dire par exemple d’un homme qui a commis un meurtre que même apres une cure ou des années de prison, il ne changera pas car tout ce qui renvoie a l’empirisme n’a aucune influence sur lui?

    Merci d’avance 🙂

  16. Simone MANON dit :

    Bonsoir
    Votre propos révèle une incompréhension de fond de la pensée kantienne.
    Je vous conseille d’étudier avec précision le texte et son commentaire et de consulter la troisième partie de la dissertation: peut-on vouloir le mal?
    Bon travail.

  17. Marie dit :

    Bonjour !! L’ai déjà lu plusieurs de vos articles et ils me sont très utiles pour approfondir ou comprendre certains points. Cependant, ayant lu Les Métamorphoses d’Ovide et le vers: « Je vois le meilleur et je l’approuve, je fais le pire » je ne peux que m’interroger dessus et le metrre en rapport avec Kant. Est-je raison et dans ce cas, que signifie et quelle problème au sens moral soulève cet vers… En effet le problème de la liberté me semble évident mais je sens un problème moral sous-jacent que je ne parviens pas à formuler… Merci d’avance !

  18. Simone MANON dit :

    Bonjour Marie
    D’abord permettez-moi d’attirer votre attention sur l’incorrection de votre expression.
    Ex: Ai-je raison et non est-je raison.
    Quel problème et non quelle problème.
    La formule d’Ovide conduit à poser les problèmes suivants:
    Suffit-il de se représenter clairement son devoir ou le bien pour être disposé à le faire?
    La connaissance du bien détermine-t-elle la volonté ou celle-ci garde-t-elle la liberté de consentir ou non à ce que l’entendement lui montre être un bien?
    Pour l’intellectualisme moral, incarné par Socrate: la vertu est science, la méchanceté est ignorance. La volonté est par nature volonté du bien. Autrement dit on fait le mal en croyant que c’est un bien, jamais en connaissance de cause. A cette thèse s’oppose l’idée que la lumière de la raison n’a pas par elle-même de force. Elle est impuissante dans son opposition aux passions. La volonté morale tire sa force d’ailleurs: des désirs. Cf. Platon avec l’image du sac de peau. Il y a en elle une dimension de passivité: Cf: le texte de St Paul et son explication dans la dissertation: peut-on vouloir le mal?
    Pour Descartes, qui mobilise cette formule d’Ovide, l’entendement ne détermine pas la volonté même si la représentation du bien l’incline à le choisir. Cf. L’article: la liberté d’indifférence et les commentaires.
    Bien à vous

  19. Marie dit :

    Merci mille fois pour vos précieuses précisions ! cela m’éclaire beaucoup sachant que je ne savais pas trop où aller … Et navrée pour les odieuses fautes d’inattentions qui ont du vous piquer les yeux !! Cordialement, Marie ^^

  20. […] Wikipédia     Agora     Philosophie pratique     Déterminisme et liberté […]

  21. kevin dit :

    bonjour madame,
    on pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais, il n’est ni l’un ni l’autre car l’homme par nature n’est pas du tout un etre moral, il ne devient un etre moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. (kant)

    la question est elle de savoir si la nature est « foncièrement bonne ou mauvaise »? ou celle de la responsabilité morale et de liberté? c’est a dire faire le bien ou le mal par ses actes.
    Je n’ai pas compris l’idée du texte, merci madame

  22. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Le propos est explicite. Il est question de savoir s’il y a sens à prétendre que l’homme est par nature, moralement bon ou mauvais.
    Vous avez sur ce blog tout ce qu’il faut pour éclairer votre lanterne.
    Par exemple: http://www.philolog.fr/peut-on-vouloir-le-mal/ (voyez la troisième partie)
    http://www.philolog.fr/le-mal-radical-kant-arendt-a-propos-du-film-hannah-arendt-de-m-von-trotta/
    Vous pouvez aussi consulter ce cours http://www.philolog.fr/rousseau-la-bonte-naturelle/ pour comprendre ce que Rousseau veut dire en parlant de la bonté naturelle.
    Bien à vous.

  23. kevin dit :

    bonjour, madame
    tout d’abord merci d’avoir répondu a ma question.
    J’ai lu le cours sur la bonté naturelle, j’ai compris que celle ci était purement physique et non morale.
    Concernant le texte de kant sur la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais?

    Il dit qu’il ne peut devenir moralement bon que par la vertu càd en exercant une contrainte sur lui meme, bien qu’il puisse étre innocent s’il est sans passion, la plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu’homme est de sortir du pur état de nature.
    Le terme innocent signifie t’il « bonté naturelle »? Dans le sens ou il n’aurait pas de passion à l’état de nature et que cela signifierait une bonté négative donc non morale?

    merci de m’éclairer là dessus madame

  24. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Je suppose que c’est ce passage des réflexions sur l’éducation que vous avez à analyser.
    « On pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n’est ni l’un ni l’autre, car l’homme par nature n’est pas du tout un être moral, il devient un être moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu’il contient en lui-même à l’origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu’il puisse être innocent s’il est sans passion.
    La plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu’hommes est de sortir du pur état de nature où nous ne sommes que des animaux. »

    Pour ce qui est de l’idée de bonté naturelle chez Rousseau, il ne semble pas que vous ayez compris. Voyez bien que l’amour de soi, tendance naturelle innocente a une dimension morale. Mais votre problème n’est pas de comprendre Rousseau, il est de comprendre ce que dit Kant.

    La première phrase du texte explicite la position kantienne: l’homme n’est ni bon ni mauvais par nature, dit-il, en en explicitant la raison. Quelle est-elle?
    Il reprend ensuite la question et pointe l’idée d’une dualité dans la nature humaine. Quelle est-elle et qu’implique-t-elle quant à la possibilité de la moralité?
    L’état de culture est un état où l’homme a posé des normes et où il s’efforce, par l’éducation, de soumettre l’enfant à leurs exigences. D’où la nécessité de discipliner l’enfant, de le polir afin qu’il puisse vivre parmi ses semblables en respectant les règles de la vie commune. La discipline consiste à empêcher que les penchants naturels (qui sont en eux-même innocents c’est-à-dire étrangers à la question du bien et du mal= amoraux) se développent sous forme sauvage.
    Mais tout dépend de la nature de la discipline. Celle-ci peut être, selon les sociétés, un dressage contraire à la disposition au bien de la nature humaine. Elle peut les conditionner à la méchanceté, au mensonge, à la dissimulation.
    L’éducation idéale, qui ne se réduit pas à la discipline, consiste à perfectionner les dispositions de la nature humaine, à domestiquer ce qu’il peut y avoir de virtuellement vicieux dans ses penchants, non à la dénaturer.
    Bien à vous.

  25. kevin dit :

    bonjour madame,
    c’est bien le texte des réflexions sur l’éducation,
    j’ai bien compris le terme » innocent » dans le passage: il ne peut devenir moralement bon que par la vertu càd en exercant une contrainte sur lui meme, bien qu’il puisse etre innocent s’il est sans passion.
    Mais le terme « sans passion » je ne l’ai pas compris, je vois pas le rapport avec la passion dans ce passage.
    Merci madame de m’expliquer ce détail s’il vous plait.

  26. Simone MANON dit :

    Bonjour Kevin
    Mon site n’est pas un site d’aide aux devoirs. Je vous réponds car j’ai la nette impression que votre professeur ne vous a pas préparé en vous donnant les prérequis pour expliquer ce texte difficile.
    Kant définit ainsi la passion: « L’inclination que la raison du sujet ne peut pas maîtriser ou n’y parvient qu’avec peine est la passion » Anthropologie du point de vue pragmatique, Trad. M. Foucault, Vrin, p. 108.
    Il la distingue de l’émotion pour établir qu’elle est une inclination que le sujet entretient en l’inscrivant dans la durée, en concourant par sa raison à la poursuite de ses fins. La passion est donc ce qui aliène la raison, la corrompt en lui ôtant la possibilité de se donner ses propres fins.
    « La passion présuppose toujours chez le sujet la maxime d’agir selon un but prédéterminé par l’inclination. Elle est donc toujours associée à la raison ; et on ne peut pas plus prêter des passions aux simples animaux qu’aux purs êtres de raison »
    Dans l’état passionnel, la sensibilité a perdu toute innocence.
    En espérant vous avoir donné les moyens d’expliciter correctement le sens de ce texte.
    Bien à vous.

  27. JOnathan S dit :

    Bonjour,

    je ne comprendrais jamais cette position de Kant; soit l’homme est réellement libre, soit il ne l’est pas. Comment supposer qu’il le soit sans s’intéresser aux causes « matérielles »? La science est une métaphysique, soit elle explique tout, soi elle n’explique pas tout, il faut trancher, non?

    J’étudie en ce moment la philosophie de Kant pour un examen, cela me pose des problèmes de réflexions, pourriez-vous m’aider? Merci

  28. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Personne ne peut comprendre à votre place la fécondité de l’analyse kantienne. J’en déploie dans de nombreux articles le sens. Il vous suffit de les ouvrir. Voyez par exemple: http://www.philolog.fr/libertedeterminisme-la-question-epineuse/
    Bien à vous.

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