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  Parler, c’est articuler des sons pour faire entendre du sens à quelqu’un. La parole est l’exercice de la faculté linguistique, faculté innée combinant la double fonction de symbolisation et de communication. Dire qu’elle est innée, revient à pointer la détermination biologique du comportement linguistique. Il implique des dispositifs anatomiques et physiologiques (des organes phonatoires et leurs commandes neuromusculaires) mais surtout des capacités neurocognitives à défaut desquelles Helen Keller n’aurait jamais pu établir un lien entre la sensation de l’eau coulant sur sa main et les signes qu’Ann Sullivan tapait sur son autre main. En ce sens, la parole est un fait de nature.

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   « Il reste que la science sociale doit prendre acte de l’autonomie de la langue, de sa logique spécifique, de ses règles propres de fonctionnement. On ne peut en particulier comprendre les effets symboliques du langage sans prendre en compte le fait, mille fois attesté, que le langage est le premier mécanisme formel dont les capacités génératives sont sans limites. Il n’est rien qui ne puisse se dire et l’on peut dire le rien. On peut tout énoncer dans la langue, c’est-à-dire dans les limites de la grammaticalité. On sait depuis Frege que les mots peuvent avoir un sens sans référer à rien. C’est dire que la rigueur formelle peut masquer le décollage sémantique. Toutes les théologies religieuses et toutes les théodicées politiques ont tiré parti du fait que les capacités génératives de la langue peuvent excéder les limites de l’intuition ou de la vérification empirique pour produire des discours formellement corrects mais sémantiquement vides. Les rituels représentent la limite de toutes les situations d’imposition où, à travers l’exercice d’une compétence technique qui peut être très imparfaite, s’exerce une compétence sociale, celle du locuteur légitime, autorisé à parler et à parler avec autorité : Benveniste remarquait que les mots qui, dans les langues indo-européennes, servent à dire le droit se rattachent à la racine dire. Le dire droit, formellement conforme, prétend par là même, et avec des chances non négligeables de succès, à dire le droit, c’est-à-dire le devoir être. Ceux qui, comme Max Weber, ont opposé au droit magique ou charismatique du serment collectif ou de l’ordalie, un droit rationnel fondé sur la calculabilité et la prévisibilité, oublient que le droit  le plus rigoureusement rationalisé n’est jamais qu’un acte de magie sociale qui réussit.

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La philosophie est souvent accusée d’être une discipline inutile. Comme l’écrit une des personnes intervenant sur mon blog « elle n’apporte pas de solution satisfaisante à mes problèmes ». Au fond, on lui demande de fournir des réponses positives aux questions que l’esprit se pose et, comme sur ce point, l’attente est déçue, on s’empresse de retourner à ses chères mathématiques ou à des sciences plus fécondes en matière de résultats théoriques et pratiques.

   L’intérêt de ce texte de Hannah Arendt est d’établir qu’une telle expérience, si fréquente, procède d’une confusion consistant à croire que le besoin de penser et l’appétit de savoir sont une seule et même chose. Or il importe de différencier les activités mentales afin de comprendre que connaître est une chose, penser une autre. Les deux correspondent à des intérêts fondamentaux de l’esprit humain mais ce ne sont pas les mêmes.

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   « La philosophie n’est véritablement qu’une occupation pour l’adulte, il n’est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsqu’on veut la conformer à l’aptitude moins exercée de la jeunesse. L’étudiant qui sort de l’enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu’il va apprendre la Philosophie, ce qui est pourtant impossible car il doit désormais apprendre à philosopher. Je vais m’expliquer plus clairement : toutes les sciences qu’on peut apprendre au sens propre peuvent être ramenées à deux genres : les sciences historiques et mathématiques. Aux premières appartiennent, en dehors de l’histoire proprement dite, la description de la nature, la philologie, le droit positif, etc. Or dans tout ce qui est historique l’expérience personnelle ou le témoignage étranger, – et dans ce qui est mathématique, l’évidence des concepts et la nécessité de la démonstration, constituent quelque chose de donné en fait et qui par conséquent est une possession et n’a pour ainsi dire  qu’à être assimilé: il est donc possible dans l’un et l’autre cas d’apprendre,  c’est-à-dire d’imprimer soit dans la mémoire, soit dans l’entendement, ce qui   peut nous être exposé comme une discipline déjà achevée.

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        « Aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé. Et une société, une civilisation ne se détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de comprendre leur raison d’être, quand l’idée dominante autour de laquelle elles étaient naguère organisées leur est comme devenue étrangère». René Grousset cité par Roger-Pol Droit dans Comment disparaissent les civilisations, Le Point, n° 2291, 4 août 2016.

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   « La « crise d’existence de l’Europe », dont on discute tant aujourd’hui et qu’attestent d’innombrables symptômes de péril mortel, n’est pas un destin ténébreux, une fatalité impénétrable; on peut la comprendre et la pénétrer du regard si l’on place à l’arrière-plan la téléologie de l’histoire européenne que la philosophie permet de découvrir. Mais l’intelligence de cette histoire présuppose que l’on ait auparavant atteint le phénomène Europe et qu’on ait été au cœur de son essence. Pour pouvoir saisir le caractère inessentiel de la crise présente, il faudrait dégager le concept d’Europe *(Cf. lien)  et y faire apparaître la téléologie historique qui ordonne les buts infinis de la raison; il faudrait montrer comment le monde européen est né d’idées de la raison, à savoir de l’esprit de la philosophie. La « crise » pourrait alors s’éclairer si l’on y discernait l’échec apparent du rationalisme. Si une culture rationnelle n’a pas abouti, la raison – comme on l’a montré – n’en réside pas dans l’essence du rationalisme lui-même, mais seulement dans son aliénation, dans le fait qu’il s’est enlisé dans le naturalisme et l’objectivisme.

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   Exposition du 2 juillet au 21 août 2016 à l’Espace Muséal Château-Mairie à Tourrettes-sur-Loup. (Place Maximin Escalier)

   Exposition du 9 juillet au 25 juillet 2016 à la Galerie Bogéna à St Paul de Vence (777 route de la Colle)

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   La peinture aussi peut être contrapuntique. Il suffisait pour réussir cette polyphonie de réunir ces deux femmes artistes dans une exposition commune.

  La main de l’une vibre des secousses telluriques du chaudron matriciel, celle de l’autre traverse l’apparence de la matérialité pour célébrer l’espace comme champ de forces volatilisant les corps dans un tourbillon d’ondes.

  A leur manière, chacune nous confronte à l’énigme de la matière. L’une en assume la consistance, l’autre la purifie de son épaisseur, convertissant la masse en pure énergie, libérant le corps des entraves de la pesanteur.

   Deux rapports à la matière exprimant, de toute évidence deux profils existentiels. L’une nous rattache à notre part obscure avec ses rêves et ses cauchemars, ses angoisses et ses espérances, l’autre nous communique sa joie d’épouser la transparence de l’air dans la jubilation du corps délié.

  D’un côté, la gravité d’une peinture faisant écho aux ambivalences de la psyché humaine aux prises avec son daïmon, de l’autre, la légèreté de la grâce dans l’ivresse du mouvement.

  L’une rend visible la métamorphose des forces souterraines dans des concrétions ayant la couleur de nos obsessions et de nos attentes, l’autre libère le corps des limites de la forme, restaurant les forces dans leur jeu inchoatif.

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   Ce n’est pas une mince affaire de déraciner les préjugés surtout lorsqu’ils sont, en grande partie, la production de la caste à laquelle on appartient. Je pense à toute cette tradition philosophique ayant bâti ses lettres de noblesse sur le mépris du corps, de la matière, du travail et de la technique comme en témoigne la célèbre distinction grecque entre les activités libérales et les activités utilitaires.

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    Faut-il penser que nous sommes en deuil de l’esprit des Lumières? Les lectures  que je viens de faire d’une pléthore de sociologues, anthropologues, théoriciens du genre m’amènent à le penser comme d’ailleurs en témoignent les textes que j’ai précédemment mis en ligne. Mais il faut savoir ce que l’on entend par esprit des Lumières car le siècle qu’on a appelé ainsi est un siècle si foisonnant qu’il inclut aussi des Contre-Lumières. Je me propose donc de ramasser en quelques idées majeures ce qui fut l’inspiration positive de cette époque féconde.

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   Si vous ne l’avez pas encore lu, il faut vous précipiter chez votre libraire. Olivier Bourdeaut nous offre avec ce livre  un rare moment de poésie pure. Un hymne à la vie où la fantaisie, le rire et la danse font la nique au prosaïsme, au sérieux et…à la tragédie. On lit ce roman comme emporté dans un rêve, celui de l’amour fou de deux êtres déjantés bien décidés à assumer leur folie dans une fête perpétuelle et une grâce capables de déjouer la monotonie des jours, le pathétique de la démence, l’apparente victoire de l’ordre des choses. Métaphore du don le plus précieux que puisse recevoir un enfant, ces drôles de parents incarnent jusque dans leur effacement le triomphe de la liberté, la puissance de la joie, le sel de la vie sans lesquels une écriture ou une destinée sont privées de toute magie.

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