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   Quel antidote à l’ennui ? L’enthousiasme révolutionnaire, avait déjà suggéré Saül Bellow, un enthousiasme peut-être moins irrigué par le souci d’un monde meilleur que par le goût de la violence qui lui est substantiellement liée. D’où l’intérêt de lire ce texte de Fondane sur Baudelaire. L’auteur ne se contente pas de faire de l’ennui « le mal par excellence de la pensée », « la désaffection de la vie par la pensée », l’enfant maudit du péché originel, comme il a été vu dans l’article : ennui et connaissance. Il montre que « l’ennui à son tour engendre un besoin immense d’excitants, susceptibles, dans sa croyance, de le tirer de son état d’apathie; il ne recule devant rien : la drogue, la débauche, la violence, la cruauté; ce sont là ce que Baudelaire appelle « les paradis artificiels », la tentative vaine d’un redressement de l’équilibre perdu ». Ainsi s’éclaire l’idée que  « la cruauté est fille de l’ennui».

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     Qu’est-ce qui peut bien pousser Jeanne de la Rochefoucauld, (1705.1775),  marquise d’Urfé à suivre Casanova, l’enchanteur, dans la promesse qu’il lui fait de promouvoir sa régénération sous la forme de sa renaissance dans un nouveau corps,  un corps glorieux, fruit de leurs amours dans lequel son âme transmigrera à l’accouchement ?  Sa crédulité sans bornes, dira-t-on, car, nul doute qu’il en faut pour ouvrir un boulevard à de telles superstitions.  Et pourtant, elles ne sont pas rares. La fin du monde est régulièrement annoncée. Elle se produira, paraît-il, le 21 décembre 2012 à défaut d’avoir eu lieu au passage de l’an 2000 comme divers hallucinés l’avaient prophétisée.

   Inutile de multiplier les exemples. Il y a en chacun de nous un superstitieux en puissance, la question étant de savoir  comment rendre intelligible la propension des hommes à croire aux effets magiques de certaines paroles ou de certains actes, à des pouvoirs occultes, à la possibilité de communiquer avec les morts ou avec des êtres surnaturels etc. 

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 Est-il vrai que l’arbre de la connaissance n’est pas celui de la vie et qu’il eût mieux valu garder les yeux fermés sur le secret des choses? Echapper ainsi à la malédiction divine, ne pas être chassé du paradis et jouir de la plénitude de l’Être… « Oh ! félicité  de la créature menue – qui habite toujours et reste dans le sein qui l’a portée à son terme », « Et nous : toujours et partout spectateurs, tournés vers tout, et jamais au-delà ! », « Qui donc nous a retournés de la sorte, que quoi que nous fassions nous ayons toujours l’air de celui qui s’en va ? » (Rainer Maria Rilke. Huitième élégie de Duino »

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«  Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance: Keep your distance ! – Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. – Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n’éprouver ni ne causer de peine. »

               Schopenhauer. Parerga und Paralipomena, t. II, chap. 31, §400. Cité en note au bas de la page105 des Aphorismes sur la sagesse de la vie, par Cantacuzène. PUF, 1998.

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Joyeux Noël.

 

   Joyeux Noël à tous les lecteurs de ce blog et tous mes voeux de bonheur pour la nouvelle année.

   

    

 

«   Déjà en considérant la nature brute, nous avons reconnu pour son essence intime l’effort, un effort continu, sans but, sans repos; mais chez la bête et chez l’homme, la même vérité éclate bien plus évidemment. Vouloir, s’efforcer, voilà tout leur être; c’est comme une soif inextinguible. Or tout vouloir a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur; c’est par nature, nécessairement, qu’ils doivent devenir la ·proie de la douleur. Mais que la volonté vienne à manquer d’objet, qu’une prompte satisfaction vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un vide épouvantable, dans l’ennui; leur nature, leur existence leur pèse d’un poids intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme. De là ce fait bien significatif par son étrangeté même : les hommes ayant placé toutes les douleurs, toutes les souffrances dans l’enfer, pour remplir le ciel n’ont plus trouvé que l’ennui. »

 Schopenhauer. Le monde comme volonté et comme représentation, I, IV, §57. Traduction A. Burdeau, PUF, (1966. 2008), p. 394.

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      « J’ai dit que je me suis toujours ennuyé; j’ajoute que c’est depuis un certain temps relativement récent que je suis arrivé à comprendre avec une clarté suffisante ce qu’est réellement l’ennui. Pendant mon enfance, puis mon adolescence et ma première jeunesse, j’ai souffert de l’ennui sans me l’expliquer, comme ceux qui souffrent d’un mal de tête sans jamais se décider à interroger un médecin. Quand j’étais enfant surtout, l’ennui assumait des formes tout à fait obscures pour moi et pour les autres, formes que j’étais incapable d’expliquer et que les autres, ma mère par exemple, attribuaient à des troubles de santé ou à d’autres causes analogues; un peu comme la mauvaise humeur des petits enfants est mise sur le compte de la poussée de leurs dents.

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    «  Quand un homme n’a plus rien à construire ou à détruire, il est très malheureux. Les femmes, j’entends celles qui sont occupées à chiffonner et à pouponner, ne comprendront jamais bien pourquoi les hommes vont au café et jouent aux cartes. Vivre avec soi et méditer sur soi ne vaut rien.

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Fernando Pessoa

 

 

   « Personne encore n’a défini, dans un langage pouvant être compris de ceux-là mêmes qui n’en ont jamais fait l’expérience, ce qu’est l’ennui. Ce que certains appellent l’ennui n’est que de la lassitude; ou  bien ce n’est qu’une sorte de malaise ; ou bien encore, il s’agit de fatigue. Mais l’ennui, s’il participe en effet de la fatigue, du malaise, de la lassitude, participe de tout cela comme l’eau participe de l’hydrogène et de l’oxygène dont elle se compose. Elle les inclut, sans toutefois leur être semblable.

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    Je me suis toujours demandé si l’inaptitude à l’ennui était une force ou une faiblesse. Je ne parle pas de l’ennui occasionnel que l’on ressent dans une situation de désintérêt momentané, je parle de l’ennui existentiel, celui que, de Sénèque à Houellebecq, les grands auteurs ont décrit avec la profondeur que l’on sait. « Mécontentement de soi, va-et-vient d’une âme qui ne se fixe nulle part, résignation triste et maussade à l’inaction, […] tristesse, langueur, mille fluctuations d’une âme incertaine, hésitante à entreprendre, mécontente d’abandonner » Dans De la tranquillité de l’âme, Sénèque résume en quelques mots la symptomatologie de l’ennui et on a l’impression que toute la littérature de l’ennui ne sera que variations sur le thème.

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