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    Il y a quelque chose de surnaturel, disait Pascal, à vivre dans un cachot et à ne pas se préoccuper de savoir si son arrêt de mort est donné. Tolstoï ne désavouerait pas cette fameuse pensée : 

«  Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt de mort est donné, n’ayant plus qu’une heure pour l’apprendre, cette heure suffisant, s’il sait qu’il est donné, pour le faire révoquer, il est contre nature qu’il emploie cette heure là, non à s’informer si l’arrêt est donné, mais à jouer au piquet. Ainsi il est surnaturel que l’homme, etc. C’est un appesantissement de la main de Dieu.

   Ainsi, non seulement le zèle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais l’aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas. » Pensée B 200.

   Tolstoï a beaucoup « joué au piquet » au temps béni de "l'appesantissement de la main de Dieu" éloignant ainsi, dans un art consommé du divertissement, le dévastateur sentiment de l’absurde et le désespoir. Mais, aux alentours de la cinquantaine, il fut rattrapé par « la vision d’Arzamas » et la terreur folle de celui qui fait l’expérience de la révélation de la mort dans sa vérité brute et nue. Dans une lettre à sa femme il évoque cette épouvante : « Avant-hier, j’ai passé la nuit à Arzamas, et il m’y est arrivé une chose extraordinaire. A deux heures du matin, une anxiété étrange, une peur, une terreur comme je n’en avais jamais ressenties se sont emparées de moi. Je te raconterai les détails plus tard, mais jamais je n’ai connu des sensations aussi pénibles, et que Dieu en préserve tout le monde ». Cette nuit d’Arzamas annonce la longue crise qui s’ensuivit et dont l’écrivain fait le récit, en 1882, dans un texte émouvant de simplicité et de sincérité : Confession. Ce n’est pas l’enjeu théologique de cet écrit  devant servir de préface à sa Critique de la théologie dogmatique qui m’intéresse ici. C’est sa portée existentielle. Quoi de plus éloquent que « la fable orientale » mobilisée ici par Tolstoï ? Je l’ignorais jusqu’à cette lecture mais je suis sûre qu’il me sera désormais impossible de l’oublier.

 

 

   « II m’arriva ce qui arrive à tous ceux qui ont contracté une maladie interne mortelle. D’abord, on voit  apparaître un symptôme insignifiant auquel le malade n’accorde nulle importance, puis les symptômes reviennent de plus en plus souvent et se fondent en une seule souffrance indivisible dans le temps. La souffrance augmente, et en un clin d’œil le malade se rend compte que ce qu’il a pris pour une légère indisposition est ce qu’il y a de plus important au monde pour lui, que c’est — la mort.

   La même chose m’arriva à moi. Je compris qu’il ne s’agissait pas d’un petit malaise, mais d’une chose importante, et que si les mêmes questions revenaient sans cesse, il fallait y répondre. Et je tentai d’y répondre. Ces questions semblaient si stupides, simples, enfantines. Mais dès que je les effleurai pour essayer d’y répondre, je dus me rendre à l’évidence que premièrement, ces questions n’étaient ni enfantines ni stupides, mais au contraire les plus importantes les plus profondes, et que deuxièmement, malgré toutes mes réflexions, j’étais impuissant à y répondre. Avant de m’occuper de mon domaine de Samara, de l’éducation de mon fils, de l’écriture de mes livres, je devais savoir pourquoi je le ferais. Tant que j’en ignorais la raison, je ne pouvais rien faire, je ne pouvais pas vivre. Au milieu de mes pensées à propos de l’organisation de mon domaine, qui m’occupaient beaucoup à cette époque, une question me venait soudain à l’esprit: « Bon, mettons que tu auras 6 000 dessiatines (une dessiatine égale approximativement un hectare) dans le gouvernement de Samara, 300 chevaux, et après ?... » Je plongeais dans une complète hébétude, ne sachant plus ce que je devais penser. Ou bien, dès que je me mettais à réfléchir à l’éducation de mes enfants, je me disais: « A quoi cela sert- il? » Ou encore, lorsque je me demandais comment le peuple pouvait accéder à l’aisance, je me disais soudain: « Et en quoi cela me concerne-t-il ? » Ou, pensant à toute la gloire que mes œuvres me procureraient, je me répondais à moi-même : «Bon, d’accord, tu seras plus connu que Gogol, Pouchkine, Shakespeare, Molière, tous les écrivains du monde, et alors ? » Et je ne pouvais rien y répondre. Les questions n’attendaient plus, il fallait y répondre immédiatement. Si je n’y répondais pas, je ne pouvais plus vivre. Or, il n’y avait pas de réponse.

   Je sentis que ce sur quoi je tenais s’était brisé, que mes pieds n’avaient plus d’appui, que ce qui m’avait fait vivre n’existait plus, que je n’avais plus rien qui me fasse vivre.

   Ma vie s’arrêta. Je pouvais respirer, manger, boire, dormir, ne pouvant pas ne pas respirer, manger, boire ou dormir; mais je n’avais point de vie, car il n’existait plus de désirs dont la réalisation m’eût paru raisonnable. Si je désirais quelque chose, je savais à l’avance qu’il n’en résulterait rien, et peu m’importait de satisfaire ou non mon désir. Si une fée m’était apparue me proposant de réaliser un de mes vœux, je n’aurais su que demander. Si, dans des moments, d’ivresse, il m’arrivait d’éprouver sinon des désirs, du moins un souvenir d’ancien désir, aussitôt dégrisé je savais que c’était une illusion, qu’il n’y avait rien à désirer. Je ne pouvais même pas désirer connaître la vérité, car j’en avais déjà une idée. La vérité, c’était l’absurdité de la vie. C’était comme si j’avais vécu en me dirigeant vers un abîme et qu’à présent, je me trouvais devant et que je voyais clairement que devant moi il n’y avait rien en dehors de ma perte. Je ne pouvais ni m’arrêter, ni reculer, ni fermer les yeux pour ne pas voir que devant moi il n’y avait rien d’autre que souffrances et vraie mort, anéantissement complet.

   Et voilà qu’en étant en bonne santé et heureux je sentis que je ne pouvais plus vivre, qu’une force irrésistible me poussait à me débarrasser de la vie. Je ne puis dire que je voulais me suicider.

   La force qui m’entraînait hors de la vie était plus puissante, plus complète, plus générale qu’un vouloir. Cette force était semblable â mon ancien désir de vivre, mais elle lui était opposée. De toutes mes forces, je tendais â m’éloigner de la vie. L’idée du suicide m’était venue aussi naturellement qu’auparavant celle d’améliorer ma vie. Cette idée était si tentante que je devais ruser avec moi-même afin de ne pas la mettre à exécution de manière trop hâtive. Si je ne voulais pas me presser, c’était uniquement parce que je voulais d’abord employer tous les efforts pour dénouer ce nœud : au cas où je n’y parviendrais pas, j’avais tout mon temps. Ainsi moi, un homme heureux, je devais cacher mes lacets afin de ne pas me pendre â la traverse entre les armoires dans ma chambre où je me retrouvais tout seul chaque soir, en me déshabillant, et je cessai d’aller à la chasse avec mon fusil afin de ne pas être tenté par un moyen trop facile de me délivrer de cette vie. Moi-même, je ne savais pas ce que je voulais : je craignais la vie, je cherchais à m’en éloigner, et en même temps, j’en attendais encore quelque chose.

   Cela m’arriva à une époque où j’avais accédé de tous les points de vue à ce qui s’appelle le bonheur absolu; je n’avais pas encore cinquante ans. J’avais une femme bonne, aimante et aimée en retour, de bons enfants et un grand domaine qui s’agrandissait et prospérait sans que je mette la main à la pâte. J’étais plus que jamais respecté par mes amis et mes proches, loué par les étrangers, et la pensée que mon nom était glorieux n’était point un leurre. Avec cela, non seulement je n’étais ni fou ni dérangé, au contraire, je jouissais d’une grande force morale et physique, une force que j’avais rarement vue chez des hommes de ma génération: j’étais capable de faucher aussi bien que les moujiks; intellectuellement, je pouvais travailler huit à dix heures d’affilée sans que cette tension me cause aucune gêne. Telle était ma situation lorsque j’en vins à l’idée que je ne pouvais plus vivre et que, tout en craignant la mort, je dus recourir à des ruses afin de ne pas me priver de vie.

   Cet état de mon âme, je l’exprimais de la manière suivante : ma vie est une plaisanterie stupide et cruelle que quelqu’un me joue. Il est vrai que je ne reconnaissais nul « quelqu’un » qui m’eût créé, mais ce mode de représentation, selon lequel quelqu’un m’aurait joué un tour bête et méchant en me mettant au monde, m’était la plus naturelle.

   J’imaginais malgré moi qu’il existait quelque part quelqu’un qui se tordait de rire en voyant qu’après avoir passé trente ou quarante ans de ma vie à étudier, à me développer, à grandir de corps et d’esprit, parvenu à la maturité de l’esprit et à ce sommet de la vie d’où celle-ci s’offre tout entière au regard, je me tenais à présent sur ce sommet comme le dernier des imbéciles, comprenant parfaitement qu’il n’y avait rien dans cette vie, qu’il n’y avait jamais rien eu, qu’il n’y aurait jamais rien. Ce quelqu’un riait...

Qu’il existât ou non, ce quelqu’un qui se moquait de moi, ma difficulté était la même. Je ne pouvais donner aucun sens raisonnable à aucun acte, ni à ma vie dans son ensemble. Je m’étonnais seulement de ne l’avoir pas compris dès le début. Tout le monde le savait depuis si longtemps. Pas plus tard qu’aujourd’hui ou demain viendraient les maladies, la mort (et cela était déjà arrivé) qui emporteraient ceux que j’aimais, et moi-même, et il n’en resterait que puanteur et vers. Mes œuvres, quelles qu’elles soient, seraient oubliées tôt ou tard, et moi-même je disparaîtrais. Alors, à quoi bon m’agiter? Comment pouvait-on vivre sans le voir: voilà qui était étonnant! On pouvait vivre tant qu’on s’enivrait de la vie; mais à peine dégrisé, on ne pouvait pas ne pas voir que tout cela n’était que tromperie, et tromperie stupide

   En fait, il n’y avait même rien de drôle ni de spirituel à cela, c’était tout simplement cruel et stupide.

   Elle est ancienne, la fable orientale qui raconte l’histoire d’un voyageur surpris par une bête féroce dans la steppe. Pour échapper à la bête, le voyageur se réfugie dans un puits sans eau, mais au fond de ce puits, il aperçoit un dragon qui a ouvert la bouche pour le dévorer. Et ce malheureux, qui n’ose pas sortir du puits afin de ne pas être tué par la bête féroce, ni sauter au fond du puits pour ne pas être dévoré par le dragon, s’accroche aux branches d’un buisson sauvage qui pousse dans une fente du puits. Ses bras faiblissent, il sent que bientôt il sera livré à la mort qui le guette des deux côtés. Mais il se cramponne à la branche, et aperçoit soudain deux souris, l’une blanche l’autre noire, qui tournent régulièrement autour du tronc de l’arbuste en le rongeant. D’une minute à l’autre, le buisson se brisera et s’effondrera de lui-même, et le voyageur tombera dans la gueule du dragon. Le voyageur le voit et il sait que la mort est inévitable; mais, tant qu’il reste suspendu, il cherche autour de lui et, trouvant des gouttes de miel sur les feuilles du buisson, les atteint avec sa langue et les lèche*. Ainsi moi qui m’accroche aux branches de la vie tout en sachant que le dragon de la mort m’attend inévitablement, prêt à me mettre en pièces, sans comprendre pourquoi je dois subir de tels tourments. Et j’essaie de lécher le miel qui me consolait auparavant; mais ce miel ne me réjouit plus, tandis que jour et nuit deux souris, l’une noire l’autre blanche, rongent la branche à laquelle je suis accroché. Je vois distinctement le dragon, et le miel a perdu sa saveur pour moi. Je ne vois qu’une chose: l’inévitable dragon et les souris, et je ne puis plus les quitter du regard. Et il ne s’agit plus d’une fable, mais d’une vérité vraie, incontestable et évidente pour tout le monde.

   Le leurre des joies de la vie qui autrefois faisait taire ma terreur devant le dragon ne me trompe plus. On a beau me dire: tu ne peux pas comprendre le sens de la vie, vis donc sans réfléchir — je ne puis le faire pour l’avoir fait trop longtemps dans le passé. Je ne puis plus ne pas voir les jours et les nuits qui défilent en me précipitant vers la mort. Je ne vois que cela, parce que c’est l’unique vérité. Tout le reste est mensonge.

   Les deux gouttes de miel qui, plus longtemps que les autres, avaient détourné mon regard de la cruelle vérité, l’amour de la famille et celui de l’écriture que j’avais pris pour de l’art, ne me paraissent plus suaves.

   « La famille.., me disais-je, mais la famille — c’est ma femme, mes enfants; ce sont des êtres humains aussi. Ils se trouvent dans les mêmes conditions que moi: ils doivent vivre dans le mensonge ou voir la cruelle vérité. A quoi sert leur vie ? A quoi me sert de les aimer, de les protéger, de les élever et de veiller sur eux ? Pour qu’ils en arrivent à ce même désespoir qui est le mien, ou pour qu’ils s’abrutissent? En les aimant, je ne puis leur cacher la vérité: chaque pas dans la connaissance les conduit à cette vérité. Et la vérité, c’est la mort. »

« L’art, la poésie ?... » Longtemps, influencé par le succès et les louanges des hommes, je m’étais persuadé que c’était là œuvre à faire malgré la mort qui viendrait tout anéantir, mes œuvres comme le souvenir de mes œuvres; mais bientôt je compris que cela aussi, c’était un leurre. Il me devint évident que l’art était un ornement pour la vie, un allèchement Or, la vie avait perdu son attrait pour moi: comment pouvais-je allécher les autres? Tant que je n’avais pas vécu ma propre vie, tant que la vie des autres m’avait porté sur ses vagues, tant que j’avais cru que ma vie avait un sens, même si je n’arrivais pas à l’exprimer, les diverses représentations de la vie dans la poésie et les arts m’avaient procuré de la joie. Regarder la vie dans le miroir de poche de l’art m’avait amusé; mais lorsque je commençai à chercher le sens de la vie et que je ressentis la nécessité de vivre par moi-même, ce miroir me parut inutile, superflu et ridicule, ou pénible. Le fait de voir dans ce miroir combien ma situation était stupide et désespérée ne me consolait plus. J’avais pu en jouir tant que dans mon for intérieur j’avais cru que ma vie avait un sens. A cette époque, le jeu des lumières, celui du comique, du tragique, de l’émouvant, du beau, du terrible dans la vie m’amusait. Mais lorsque j’appris que la vie était absurde et terrible, ce jeu du miroir cessa de m’amuser. La douceur du miel ne m’était plus suave, à présent que je voyais le dragon et les souris qui rongeaient mon soutien.

   Mais ce n’était pas tout. Si j’avais simplement compris que la vie n’a pas de sens, j’aurais pu me contenter de cette connaissance, sachant que tel était mon sort. Mais je ne pouvais m’en contenter. Si j’avais été comme un homme qui vit dans une forêt dont il sait qu’il n’y a pas d’issue, j’aurais pu vivre; or, j’étais comme un homme perdu dans une forêt, terrifié à l’idée d’être perdu et qui court dans tous les sens pour trouver un chemin en sachant qu’à chaque pas il se perd davantage, mais qui ne peut pas ne pas se démener.

   C’est cela qui était terrible. Et pour échapper à cette terreur, je voulais me tuer. J’éprouvais de l’horreur devant ce qui m’attendait, je savais que cette horreur était plus horrible que ma situation elle-même, mais j’étais incapable d’attendre patiemment la fin. J’avais beau me convaincre que de toutes les manières, un vaisseau finirait par éclater dans mon cœur, ou qu’il arriverait autre chose, et que tout serait fini, je ne pouvais attendre patiemment la fin. L’horreur des ténèbres était trop immense, et je voulais m’en débarrasser au plus vite grâce à un nœud coulant ou une balle. C’était cette sensation-là qui me poussait, avec le plus de force, vers le suicide ».

 Confession. Traduction Luba Jurgenson. Pygmalion, Gérard Watelet, p. 29 à 38.

 

 * Note de la traductrice : La destinée littéraire de cette fable métaphysique sera longue, culminant d’une certaine manière dans l’image du condamné de La Colonie pénitentiaire de Kafka qui continue à avaler des grains de riz pendant le supplice. Si le voyageur ne voyait pas les souris, il lécherait le miel en toute innocence. Il serait alors simplement victime d’une illusion. Mais il les voit et commet pourtant l’acte absurde de nourrir son corps voué à la disparition imminente. Quintessence de la condition humaine, cette image affirme, chez Tolstoï, le désespoir comme début de toutes choses, l’impossibilité de vivre comme source de la vie.

 

 

 

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22 Réponses à “Angoisse existentielle et désespoir. Léon Tolstoï.”

  1. Jérome dit :

    Madame,
    Je trouve ce texte très fort et particulièrement lucide, cependant l’auteur à ici déjà vécu d’une certaine manière, il a cru assez longtemps en la vie pour réaliser sa puissance à travers son art, qu’en bien même le subterfuge n’est pas duré jusqu’au bout.
    Cependant, que faire lorsque ce sentiment de l absurde nous traverse, alors que nous n’avons pas 25 ans? (ce qui est mon cas vous l’aurez compris).
    La lecture de penseurs comme Kierkegaard, Camus ou Nietzsche m’a mille fois convaincu que cette vie est trop forte pour l’homme, qui ne peut, au mieux, que créer la vérité et contempler son oeuvre, en espérant ne pas se souvenir du néant sur lequel il l’a battit.
    Une fois dit que les divertissements de toutes sortes (drogues y compris) ne constituent aucunement un salut pour l’homme, que faire selon vous?
    Comment cultiver vous ce plaisir quotidien pour la philosophie et pour la vie alors même que vous saisissez la force de ce genre de texte?
    J’espère que la part intime de ce commentaire ne vous causera aucunes gênes, je souhaite simplement une porte de sortie à cette mélancolie qui inondent mon âme et inhibe toutes mes actions.
    Merci pour votre travail et bonne continuation.

  2. Simone MANON dit :

    Bonjour Jérome.
    Votre témoignage m’émeut et je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à votre question d’une manière qui puisse vous satisfaire. Car vous pointez ici une donnée existentielle qui demeure de l’ordre du mystère ou de la grâce. C’est pourquoi je mobiliserai Clément Rosset pour en parler.
    Mais avant de le citer, il me semble qu’une précision s’impose. Il n’y a pas de vie digne à mes yeux sans effort de lucidité. Et pour qui s’efforce de le faire, l’absurde, l’insignifiance, la cruauté de l’existence sont incontournables. Mais cette conscience ne débouche pas nécessairement sur la mélancolie, cette terrible tristesse de vivre conduisant certains à la tentation du suicide.
    Et c’est là qu’est le mystère ou la grâce s’il faut donner un nom à ce qui est sans raison. La conscience de l’absurde n’altère pas chez Camus l’appétit de vivre. Au contraire, comme il le dit lui-même, elle est l’aiguillon de sa révolte, de sa liberté et de sa passion.
    Jamais les divertissements ne permettront une telle expérience. Ils témoignent bien eux aussi d’une certaine forme de grâce pour ceux qui trouvent en eux un rempart contre le désespoir mais un philosophe ne pourra jamais les justifier.
    La dignité d’un être pensant est de ne pas tricher avec la lucidité et pourtant de célébrer le plaisir d’exister fût-ce dans les épreuves les plus douloureuses. Pourquoi ce plaisir fait-il défaut à de trop nombreuses personnes?
    Dans certains cas on peut invoquer la pathologie autrement dit une physiologie morbide à laquelle seule la psychiatrie est peut-être en mesure d’apporter une réponse. Il ne faut pas sousestimer les conditions chimiques du fonctionnement humain, même dans sa dimension psychique. Je pense ici à la mélancolie, à la maniaco-dépression c’est-à-dire aux psychoses qui privent l’homme de l’exercice de ses possibilités psychiques.
    Là où ce n’est pas le cas, de manière avérée ( même dans la « normalité » la chimie joue des tours. Souvenez-vous de la remarque de Pascal:  » Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j’ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi » B 107), il faut recourir à l’idée de mystère ou de grâce. Ce que fait Rosset dans l’extrait suivant:
    « La joie est la condition nécessaire sinon de la vie en général, du moins de la vie menée en conscience et connaissance de cause. Car elle consiste en une folie qui permet paradoxalement — et est seule à le permettre — d’éviter toutes les autres folies, de préserver de l’existence névrotique et du mensonge permanent. A ce titre elle constitue la grande et unique règle du « savoir-vivre ». Or il n’est rien de plus dur ni de plus malaisé — rien qui ne paraisse plus compromis d’avance — qu’un tel savoir. On connaît sur ce cas le diagnostic célèbre de Montaigne, à l’extrême fin des Essais « il n’est rien si beau et légitime que de faire bien l’homme et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie. » La simple prise en considération de la réalité, le simple exercice de la réflexion suffisent ici à décourager tout effort, — sauf s’il s’y mêle l’assistance de la joie qui, telle celle du Dieu pascalien, vient se substituer aux forces défaillantes pour faire triompher, in extremis et contre toute attente, la cause la plus faible : ce par l’entremise d’un soutien que Pascal, dans l’apologue terminal de la seconde Provinciale, définit justement comme « secours extraordinaire». Reste que ce secours de la joie demeure à jamais mystérieux, impénétrable aux yeux mêmes de celui qui en éprouve l’effet bienfaisant. Car au fond rien n’a changé pour lui et il n’en sait pas plus long qu’avant : il n’a aucun argument nouveau à invoquer en faveur de l’existence, il est toujours parfaitement incapable de dire pourquoi ni en vue de quoi il vit, — et cependant il tient désormais la vie pour indiscutablement et éternellement désirable. C’est ce mystère inhérent au goût de vivre que résume un vers d’Hésiode, au début des Travaux et les jours : krupsantès gar ékousi théoi bion anthropoisi, « Les dieux ont caché ce qui fait vivre les hommes ».
    Je dis donc que l’appoint de la joie est nécessaire à l’exercice de la vie comme à la connaissance de la réalité. »
    Je vous souhaite de renouer avec cet « appoint », comme le fit Tolstoï au terme de sa crise morale. Fuyez l’état de tristesse, cherchez ce qui dans vos expériences fortifie le goût de vivre. Répondez à l’inertie dans laquelle la panne du désir vous englue par une activité: sportive, intellectuelle, contemplative, laborieuse etc. Peu importe laquelle… Mais ne subissez pas. Soyez l’acteur de votre salut. Il y aussi quelque chose qui se mérite dans la grâce. Pascal encore: « Il faut se connaître soi-même. Quand cela ne servirait pas à trouver le vrai cela au moins sert à régler sa vie, et il n’y a rien de plus juste. » (B 66)

    Bien à vous.

  3. PP dit :

    Jérôme, donne toi une maxime qui guidera ton action avant même de sentir sa vérité ; avant même d’avoir le goût de la vie, pose le comme un principe motivant ton action, comme un projet. Donne toi sans penser, sans réfléchir, de tout ton cœur jette toi dans la vie même si tu ne la désire pas encore. Découvre l’usage de ta raison, tu comprendras dans quelle mesure un homme se conditionne et peut contrôler une partie de sa force. Tu découvriras la joie car tu trouveras l’amour.

    N’hésite pas à revenir sur le forum. J’ai vécu ta désolation. Rassure toi, le pire est toujours l’annonce du meilleur.

  4. Jérome dit :

    Madame,
    votre réponse exigeante a quelque peu éclairé ma nuit et je vous en suis reconnaissant.
    habituellement je suis invité à l’oubli et aux distractions futiles.
    Sachez que je vais continuer à arpenter votre blog, notamment dans l’idée de combiner joie et lucidité.
    Encore merci pour votre travail et votre générosité.

  5. Gabriel pallais dit :

    Bonjour Jerome,
    Comme vous ,j’ai toute essayé , mais la solution est ailleurs, seulement la Foi, en
    Jesus peut vous en sortir de la la tête haute, lisez les Evangiles et vous verrez. Limpidement.
    courage car le meilleur est devant vous.
    Gabriel

  6. Frédérique dit :

    Ce texte soulève une interrogation de longue date. Quelle(s) différence(s) y-a-t-il entre angoisse et mélancolie? Toutes deux naissent de la conscience du non-sens de l’existence. La principale différence réside-t-elle dans le degré de souffrance? Si la mélancolie est généralement perçue comme douce et créatrice, l’angoisse n’est-elle que pure souffrance?

  7. Simone MANON dit :

    Je ne sais pas ce que vous voulez dire en parlant de la douceur et de la fécondité de la mélancolie, car en tant que psychose, cette maladie est rarement douce et elle n’est créatrice que lorsqu’elle est liée au génie, ce qui est somme toute fort rare.
    L’angoisse est d’ordinaire une expérience passagère, un existential selon Heidegger c’est-à-dire une expérience typique de l’existant ou de cet être-pour-la-mort que nous sommes.
    La grande question qu’elle conduit à se poser est la suivante: est-il possible de vivre dans la certitude du non-sens? Comment dépasser le nihilisme du sens? Je vais bientôt mettre en ligne un article concernant ce thème.
    Bien à vous.

  8. Clément dit :

    Madame,
    Etre tombé sur ce texte est un réel soulagement et je n’aurais pu mieux décrire ce que je ressens, ce désespoir que l’absence de sens peut provoquer. Je me sens moins seul dans cette réflexion qui est bien souvent incomprise et dénigrée, également par les professionnels en psychiatrie. A la suite de cette lecture, ma première question a été identique à celle de Jerôme, et lorsqu’on a moins de 25 ans?
    Je vous remercie de votre réponse claire, pleine d’espoir et de pistes à approfondir. J’ai tenté, en vain, de masquer cette absurdité qui m’avait sauté aux yeux; je suis donc particulièrement heureux de votre réponse. Elle m’est d’une formidable aide depuis plusieurs semaines et j’espère que cela continuera. J’attends avec impatience votre prochain article sur la possibilité de vivre avec cette certitude du non-sens.
    Merci pour votre travail.
    Cordialement.

  9. Simone MANON dit :

    Bonjour Clément
    Comme ce fut le cas avec le message de Jérôme, la souffrance que le vôtre exprime m’émeut profondément. Comment aider les autres, surtout lorsqu’il s’agit d’un jeune, à affronter la difficulté d’être c’est-à-dire à assumer notre condition? Car on ne peut pas vivre dans la certitude du non sens, c’est sûr. Les réflexions de Patocka, auteur qui m’a beaucoup occupée cet été, éclairent un peu la question, mais sans l’appoint de ce que j’ai appelé précédemment une grâce, il n’y a pas de solutions qui vaillent. Je vais mettre en ligne des textes de Patocka et de Tolstoï. Puissent-ils vous aider. http://www.philolog.fr/y-a-t-il-une-alternative-au-nihilisme-du-sens-patocka-et-tolstoi/
    Bien à vous.

  10. p.h dit :

    Pardonnez-moi d’intervenir mais il me semble que ce ne sont pas à des professionnels de la psychiatrie qu’il faut s’adresser mais à un psychanalyste , si possible d’orientation lacanienne.
    Comme l’écrivait Lacan, les non-dupes errent.
    Je pense aussi à la phrase de Camus  » il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre  » et à la chute du Mythe de Sisyphe  » il faut imaginer Sisyphe heureux « .
    Voici, tout à trac , des remarques fourre-tout comme elles viennent de la part d’une survivante qui fit une longue et lente remontée hors d’un gouffre.
    La joie peut être à ce prix. Cela en vaut la peine.

  11. Simone MANON dit :

    Merci de votre témoignage. Tout ce qui ouvre des possibilités de vie libre et joyeuse est à cultiver.
    Ce qui éclaire un ancien message obscur est aussi bienvenu.
    Vous avez raison: il existe des fronts moins spectaculaires que les tranchées où l’on a également rendez-vous avec l’expérience du feu, celle qui fait de vous un autre homme, un homme enfin libéré de ce qui diminue la vie.
    Bien à vous.

  12. Raphael dit :

    Très jolie texte de Tolstoi.

    Il y a quelque chose qui me gène dans toutes ces réponses apportées à la perte du désir de vivre. Elles viennent toutes d’une perspective purement intellectuelle. Il y a cette croyance sous-jacente que tout est pensée, que l’intellectuel n’a plus de physiologie.

    Or il est difficile de nier à quel point la biologie influence le désir. Je pense en particulier aux hormones et aux neurotransmetteurs. Notamment chez les hommes, le rôle de la testostérone!

    Donc je vois deux voies conciliables pour échapper à cette mélancolie : d’un côté un « retour au corps », aux instincts. Ce retour peut se faire par le sport, notamment les sports qui comprennent une part de peur (sports de combats, sports extrêmes) et par le sexe qui reprend tout son « sens » quand on cesse de l’intellectualiser.

    L’autre voie est celle du spirituel. C’est la voie qu’a prit Tolstoi dans Résurrection qui est selon moi son meilleur roman.

    Il est intéressant de voir que ces deux voies s’éloignent de la raison pur.

  13. Raphael dit :

    Une autre approche du problème :

    Qu’est ce qui fait que « l’imbécile » est heureux?

    N’est ce pas justement le fait qu’il ne pense pas? Son insouciance?

    Que dit l’individu lambda à celui atteint d’angoisse existentielle? « Tu te prends trop la tête ! » Mais cette « sagesse populaire » est souvent méprisée par l’intellectuel car il associe l’insouciance à l’inconscience.

    Le concept de moment présent apporte une solution à cette « quadrature du cercle ». C’est le but des pratiques contemplatives tels que la méditation ou même de la prière : apprendre à se détacher de ses pensées, apprendre à profiter du moment présent sans se soucier du passé ou du futur. Pour reprendre la fable utilisée par Tolstoi, c’est apprécié le miel tout en voyant les souris ronger le tronc de l’arbuste.

    Car apprendre à entrer dans le moment présent, ne signifie pas devenir inconscient. On peut plutôt voir cela comme un interrupteur qu’on décide d’enclencher où non, selon les besoins.

    La méditation a été pour moi et beaucoup d’autres une solution efficace contre les ennuis existentielles.

  14. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Rien dans les commentaires n’autorise le jugement que vous en faîtes.
    Il y est question de la joie comme grâce et de physiologie. Je ne vois pas ce qu’il y a d’intellectualiste en elles.
    Bien à vous.

  15. Philippe dit :

    Bonjour,
    Pour les mélancolisés dont j’ai été la seule solution est de vivre dans l’instant présent, éviter de ce jeter dans le passé et dans l’avenir. le bonheur est dans les petites choses du quotidien, en les faisant le mieux possible du fond de son cœur et en essayant le lendemain de les faire mieux que la veille. Il y a beaucoup de bonheur à faire les petites choses du quotidien avec de plus en plus d’application.

  16. Pascartes dit :

    Madame,
    Connaissez-vous le concept de flow développé par le psychologue hongrois Csikszentmihalyi?
    Pour résumer il consiste en un état psychologique de concentration maximale lorsque l’individu est engagé dans des activités ou défis qui, selon certains critères, lui permette en quelque sorte de limiter sa conscience au champ de l’action. Ce qu’il nomme « expérience optimale » s’observe notamment lors des performances sportives ou sexuelles. Dans ce cas, même si son déploiement est plus restreint, cette lucidité que vous pensez non négociable s’exerce bel et bien et ce moment est donc digne de l’homme selon votre conception. Or la notion de divertissement n’en est pas si éloignée au final. D’ailleurs dans votre commentaire vous incitez à l’activité pour conserver la joie. Ce ne serait qu’une question d’étendue de la conscience, après tout il y a des tas de phénomènes dont nous ne somme pas conscient et cela ne nous rend pas moins digne pour autant, ni plus malheureux. Le problème se porte pour moi sur la continuité de cet état de flow.
    Par ailleurs, la joie telle qu’exprimée dans le texte de Rosset n’est-elle pas elle aussi un artifice, une politique de l’autruche? L’homme lucide ne doit-il pas accepter la mélancolie qui naît de la distance entre la réalité et ses aspirations, et plutôt travailler à l’accepter et à être le moins malheureux possible, comme le professe Shopenhauer?
    Merci

  17. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Non, je ne connais pas cet auteur.
    Attention à ne pas confondre les notions d’attention ou ce que vous appelez « concentration optimale » et de lucidité. Si l’attention au réel est une condition nécessaire de la lucidité, elle n’en est pas une condition suffisante.
    Quant à l’expérience de la joie, telle qu’elle est décrite par Clément Rosset, vous n’en comprenez manifestement pas la nature.
    CF. http://www.philolog.fr/clement-rosset-lethique-de-la-cruaute/
    Bien à vous.

  18. Pape Yeku dit :

    Si seulement j’avais découvert ce site plus tôt ! Quand l’idée d’absurdité à commencée à s’imposer à moi à propos de presque tout les domaines auxquels je m’intéressais, je devais avoir une quinzaine d’années. Je n’ai pas vraiment attendu d’avoir un peu de vécu avant de nier le sens du monde en général, et malheureusement je n’ai pas non plus attendu de sortir de mon état pour me déscolariser. Difficile de parler de ce genre de choses, et encore plus à des psychologues satisfaits de leur habitude ! En tout cas je souhaite bien du courage aux autres, personnellement je cherche encore à bien comprendre ce qui m’a fait émerger, et si c’est une bonne chose. Je pense que le sentiment de joie d’exister et d’être soi, et un regard plus particulier (moins universel et absolu) sont surtout en cause. Et une certaine acceptation de la solitude pour le coup.

  19. Simone MANON dit :

    Bonjour
    L’important est d’émerger de la nasse où la vie se vit comme un fardeau.
    Au fond, peu importe de connaître le secret de cette forme de salut. Clément Rosset parle de grâce pour pointer le caractère miraculeux de l’allégresse, de la joie consubstantielle au fait de vivre.
    « La joie est la condition nécessaire sinon de la vie en général, du moins de la vie menée en conscience et connaissance de cause. Car elle consiste en une folie qui permet paradoxalement — et est seule à le permettre — d’éviter toutes les autres folies, de préserver de l’existence névrotique et du mensonge permanent. A ce titre elle constitue la grande et unique règle du « savoir-vivre ». Or il n’est rien de plus dur ni de plus malaisé — rien qui ne paraisse plus compromis d’avance — qu’un tel savoir. On connaît sur ce cas le diagnostic célèbre de Montaigne, à l’extrême fin des Essais « il n’est rien si beau et légitime que de faire bien l’homme et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie. » La simple prise en considération de la réalité, le simple exercice de la réflexion suffisent ici à décourager tout effort, — sauf s’il s’y mêle l’assistance de la joie qui, telle celle du Dieu pascalien, vient se substituer aux forces défaillantes pour faire triompher, in extremis et contre toute attente, la cause la plus faible : ce par l’entremise d’un soutien que Pascal, dans l’apologue terminal de la seconde Provinciale, définit justement comme « secours extraordinaire». Reste que ce secours de la joie demeure à jamais mystérieux, impénétrable aux yeux mêmes de celui qui en éprouve l’effet bienfaisant. Car au fond rien n’a changé pour lui et il n’en sait pas plus long qu’avant : il n’a aucun argument nouveau à invoquer en faveur de l’existence, il est toujours parfaitement incapable de dire pourquoi ni en vue de quoi il vit, — et cependant il tient désormais la vie pour indiscutablement et éternellement désirable. C’est ce mystère inhérent au goût de vivre que résume un vers d’Hésiode, au début des Travaux et les jours : krupsantès gar ékousi théoi bion anthropoisi, « Les dieux ont caché ce qui fait vivre les hommes ».
    Bien à vous.

  20. Pape Yeku dit :

    Merci pour votre réponse ! Je lis depuis quelques jours avec une très grande avidité tout les articles trouvables que vous avez écrit en lien avec ce thème, et je me demandais s’il pourrait être intéressant de m’attaquer à la lecture des ouvrages que vous citez. Patocka, et ses Essais Hérétiques sur la Philosophie de l’Histoire, est-il accessible à un novice ? Et quel livre de Clément Rosset est le plus exhaustif ? Ou bien Pascal et Schopenhauer sont plus appropriés pour commencer ?
    Merci d’avance et encore bravo pour ce superbe site.

  21. Simone MANON dit :

    Bonjour
    Il me semble qu’il est judicieux de commencer par les auteurs classiques. Pascal par exemple.
    Clément Rosset critique toute une tradition philosophique qu’il est bon de connaître un peu pour comprendre la pertinence de ses analyses. Idem pour Patocka. Mais tous sont accessibles. Pour Clément Rosset je vous conseille: Le Réel ou traité de l’idiotie.
    Bien à vous.

  22. Pape Yeku dit :

    Je m’y atèle au plus vite ! J’ai des connaissances un peu superficielles de l’histoire de la philosophie, je devrais m’y retrouver.

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